Le rôle de villes

Julie Lemieux, en éditorial dans Le Soleil d’aujourd’hui:

« Le débat sur les défusion n’aurait jamais dû avoir lieu […] mais puisque le gouvernement a choisi de plonger les villes dans ce bourbier, il vaut mieux tenter de lui trouver une quelconque utilité. Pourquoi donc ne pas profiter de l’occasion pour lancer une réflexion collective sur le vrai rôle des municipalités? […] Ceux qui croient que le rôle d’une ville se résume à l’entretien des trottoirs, des routes et du réseau d’aqueduc pourraient ainsi saisir cette chance pour expliquer le fond de leur argumentation […] Ceux qui croient, au contraire, que les villes ont tout ce qu’il faut pour jouer un rôle plus large dans la société devraient aussi s’exprimer. […]

« Il serait donc intéressant que cette période de flottement permette aux gens de tous les milieux — entrepreneurs, artistes, politiciens, simples citoyens — de lancer un débat constructif sur leur vision de la ville de l’avenir. »

Je partage tout à fait ce point de vue. En conséquence… faudra bien que je trouve le temps de rédiger un petit quelque chose en ce sens.

D’autant plus que le dossier « Québec Cité éducative » est un peu plus long que souhaité à mettre en place. Les pas faits dans les derniers mois sont considérables, mais il reste à passer ça dans le domaine des « actions à long terme » et à trouver la meilleure manière d’agencer les acteurs en fonction des intentions qui sont, heureusement, plus en plus largement partagées.

Sans compter que la vision « trottoirs, routes et réseau d’aqueduc » ne serait pas très propice au développement du projet. C’est le moins que l’on puisse dire!

Ordinateur vs enseignants et spécialistes

Le Devoir publie ce matin un texte qui fera réagir bien des gens… En effet, un nouveau mode de redistribution des budgets a été imposé aux écoles de la Commission scolaire de Montréal cette semaine pour « faire en sorte qu’à l’avenir, les sommes […] destinées à créer des postes enseignants se traduisent effectivement en postes enseignants et en véritables services, et non plus transformées en papier, en ordinateurs ou en mobilier, comme c’est le cas actuellement».

Cela fait des années que des gens s’indignent des sommes croissantes qui sont consacrées aux ressources informatiques dans les écoles en disant qu’il vaudrait mieux engager plus de profs, d’orthopédagogues, etc. C’est un discours que je déplore par qu’il est trop simpliste quand il nous amènent à conclure qu’on a mieux à faire que d’acheter des ordinateurs. Il faut aussi nous interroger sur les coûts qu’il y aurait à ne pas avoir d’ordinateurs dans les écoles! Est-ce que ce serait une situation plus acceptable? Certainement pas.

Une société est un système très complexe, dont le système scolaire est une composante fondamentale. Et dans des systèmes aussi complexes, il est toujours démagogique de croire qu’on peut choisir entre deux choses comme si tout était noir ou blanc. Il nous faut plus d’enseignants et de spécialistes, certes, mais aussi des ressources informatiques parce qu’il est impensable aujourd’hui « d’apprendre à apprendre » sans faire appel aux réseaux auxquels l’ordinateur nous donne accès.

Loin de moi l’idée de dire que tous les investissements en ressources informatiques ont été pertinentes, qu’elles n’auraient pas pu être mieux planifiées ou distribuées d’une meilleure façon… mais il n’est certainement pas suffisant de simplement dénoncer ces dépenses. Pour que les critiques soient légitimes et constructives, il faut les compléter par des alternatives.

Le texte de ce matin amènera bien des gens à dire dans les prochaines semaines au sujet des ordinateurs dans les écoles « moi j’aime mieux avoir plus de profs »… Il ne faudra pas oublier de demander à ces personnes: « alors, tu lui vois quelle place à l’ordinateur dans l’école toi? Tu crois qu’on pourrait s’en passer? Quel prix es-tu prêt à payer pour cela? ».

C’est seulement dans cette zone de gris qu’une saine discussion pourra s’entamer.

Livre, photocopillage, économie, culture, éducation…

René réagit à un texte de Gilles Pellerin publié dans Le Devoir à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Il nous invite à bien distinguer les motivations qui nous font dénoncer le photocopillage (la réflexion conviendrait aussi bien à la musique et aux mp3).

Son point de vue est particulièrement intéressant parce qu’il illustre bien qu’on ne gagne pas à mélanger les arguments économiques et les arguments culturels ou éducatifs dans ce genre de réflexions et de discours. Ce sont des perspectives qui se complètent mais qui ne doivent pas se confondre.

« Ce qui me gêne par ailleurs dans l’amalgame commun des dénonciations actuelles, c’est de confondre droit d’auteur et propriété intellectuelle. Les deux notions sont clairement liées, mais ici encore, c’est la seule dimension économique du premier terme qui s’impose. […] La dénonciation du photocopillage et du téléchargement est entièrement fondée sur des arguments économiques et donc sur une rhétorique de la culpabilisation. Si l’on veut prôner le livre, c’est d’abord comme objet de culture qu’il faut le présenter.

Vers la fin de Rescol…

« Parallèlement, certaines initiatives du programme Rescol seront abandonnées. Ces programmes sont : Rescol à la Source, Compétence.ca, Collections numérisées du Canada, Camps de l’innovation et de l’entrepreneurship, Semaine des technologies de l’information du Canada et RéseauBiblio. En outre, le Bureau des partenariats internationaux sera dissout et nous considérons transférer certaines de ses fonctions à d’autres directions générales du ministère.

Le Réseau des écoles innovatrices va être maintenu pendant la première partie de l’exercice financier en cours afin de permettre la mise en ¦uvre de l’étape finale de ce programme dans les écoles qui font déjà partie du réseau.

Étant donné les changements apportés à Rescol, son portail ne sera plus l’objet d’activités importantes. »

Source:

Jusqu’où peut-on aller pour défendre ses idées?

J’ai passé une soirée inoubliable vendredi au Théâtre du Trident avec la présentation de la pièce Aux portes du Royaumes de Knut Hamsun.

La pièce fait habilement réfléchir sur la liberté de pensée et sur les influences auxquels les libres-penseurs sont confrontées. Sur le prix de cette liberté également. C’est une oeuvre d’une grande puissance et le jeu de Hugues Frenette et Hélène Florent est exceptionnel.

Ma conclusion au sortir de la pièce: la « libre pensée » comme « une oeuvre individuelle » est une illusion destructrice. La « libre pensée » dans laquelle il faut croire et qu’il faut défendre et protéger est une « oeuvre collective ». Les idées qui changent le monde sont le plus souvent le fruit d’une construction collective, pas celle d’un être qui s’isole pour réfléchir.

Je pense qu’en s’obstinant à « penser seul », Ivar Kareno se fragilisait comme personne (le coût sur sa vie personnel était énorme!) et rendait aussi ses idées vulnérables (face à divers chantages).

Dans un monde aussi réseauté que le nôtre, sans doute vaut-il mieux « réfléchir tout haut », dans un espace collectif, et ajuster sa pensée aux échos suscités par la gestation de l’idée. Exposée de cette façon aux influences, il me semble que l’oeuvre du libre penseur est mieux protégée… parce qu’elle pourra être défendue par les nombreuses personnes qui l’auront vue naître, mais aussi parce qu’elle sera protégée des éventuelles concessions auxquelles leur auteur pourrait être invités pour diverses raisons.

La pièce aborde aussi la question des compromis qu’il peut être nécessaire de faire dans une vie au regard de ses valeurs ou de ses convictions. Une pièce très juste, qui met en scène un « choc » de personnages d’une rare intensité, tout en réussissant le tour de force de ne pas être pontifiant. Tout est en subtilité et on ressort de la pièce sans pouvoir vraiment dire lesquels des personnages ont eu raison et lesquels ont pu avoir tort. On est forcé de réfléchir… ce que je n’ai pas fini de faire!

C’est un très grand moment de théâtre que Marie-Thérèse Fortin nous avait programmé avant de partir pour Montréal. Au point où le metteur en scène, Claude Poissant, nous disait (avec raison) avoir l’impression de contribuer à la naissance « d’un classique ». Parce qu’aussi invraisemblable que cela puisse paraître, cette pièce n’a apparamment pratiquement jamais été jouée (en français du moins).

Merci Mme Fortin. Merci beaucoup. Et bonne chance avec le Théâtre d’Aujourd’hui.

Mise à jour du 9 janvier 2017 — les liens vers la pièce sur le site du Trident ne fonctionnent plus, mais le site du Devoir présente toujours une critique de la pièce, signée par Isabelle Porter.

Alex Alavais: incontournable!

Alex Alavais a complété la rédaction des huit parties de son texte. Les quatre premiers m’avait fait écrire ceci… les quatre derniers sont à la hauteur! Un texte brillant!

Et finir avec un wrap-up faisant référence à l’oeuvre de Freire… vraiment fantastique!

Sommaire final:

Part 1: Collaborative Web Publishing as a Technology and a Practice
Part 2: Weblogs as « Replacement » Educational Technology
Part 3: The Open Classroom
Part 4: Trips without the field
Part 5: New apprenticeship
Part 6: Timeless education
Part 7: Some practical implementation issues
Part 8: Collaborative web publishing in a democratic knowledge society

Will, Mario… et la communauté!

Mario initie à la suite d’un texte de Will Richardson une intéressante réflexion sur l’influence de la communauté dans le succès d’un déploiement de carnets en milieu scolaire.

En fait, pour être bien certain d’engager la réflexion « dans le bon sens » je pense qu’il faut surtout comprendre que « l’intention d’ouvrir l’école sur sa communauté » est à la base et que les carnets deviennent un moyen d’appuyer cette volonté, et non l’inverse.

En ce sens, l’utilisation des carnets est clairement une démarche utilitaire.

Ajout: la discussion est bien entreprise sur le carnet de Will Richardson également. À suivre… Pour le moment, les deux textes suivant me semblent les plus pertinents:

It’s the Writing Stupid! (Greg Ritter)

Invest in the conversation (Ken Smith)

Weblogs as « replacement » educational tech

Lilia Effimova attire notre attention ce matin sur quatre chapitres d’un livre dont les premières versions sont sur le site Web de Alex Alavais afin que l’auteur puisse profiter de nos commentaires avant publication (un bel exemple des nouvelles formes que peut prendre un comité de lecture!).

À première vue, ces textes constituent une indispensable lecture pour les prochains jours:

Part 1: Collaborative Web Publishing as a Technology and a Practice
Part 2: Weblogs as « Replacement » Educational Technology
Part 3: The Open Classroom
Part 4: Trips without the field

Je retiens particulièrement, de la deuxième partie, ce résumé très simple des raisons qui font des cyberportfolios un projet aussi intéressant…

Lire la suite de « Weblogs as « replacement » educational tech »

Des chirurgiens qui jouent…

Le Soleil y faisait référence cette semaine, le carnet du MIT Technology Review nous en dit un peu plus ce matin… Les chirurgiens qui jouent avec des jeux vidéos sont plus habiles que les autres!

«… doctors who spent at least three hours a week playing video games made about 37 percent fewer mistakes in laparoscopic surgery and performed the task 27 percent faster than their counterparts who did not play video games. »

Pour en savoir plus: Scalpel, Sponge, Joy Stick…

Qu’est-ce qui se passe vraiment à l’école ?

Un texte de Réginal Fleury, enseignant au secondaire, s’est ajouté au dossier sur l’école de Parole Citoyenne. Un extrait:

« Décrochage et échecs scolaires, démotivation des élèves et dépression des enseignants et enseignantesŠ Selon certains médias, notre système d’éducation est au bord du gouffre. Mais est-ce vraiment tout ce qui se passe à l’école ? Quand y avez-vous mis les pieds pour la dernière fois? […]

En tant que lieu social, l’école ne doit pas être perçue comme un espèce de sanctuaire où seuls les élèves, les enseignants et, très occasionnellement, les parents peuvent entrer. Elle ouvre souvent ses portes au grand public […] Il est même possible de participer à l’administration de l’école de votre quartier, de prendre part à son amélioration. […] Une autre façon de s’intéresser à l’école est de participer aux élections scolaires. […] Ce ne sont que 15 % des électeurs québécois qui se sont déplacés pour aller voter aux dernières élections scolaires. D’un côté, on s’indigne de l’état de l’école, de l’autre, on s’en désintéresse.

Je vous incite à aller visiter une école. Non pas seulement vous inquiéter de ce qu’on en dit, mais observer de vos propres yeux comment elle va. […]l’école est un lieu social qui ne peut que bénéficier de l’intérêt et de la participation du milieu où elle s’inscrit. »

Pour lire le texte complet.

Cher Robert…

Note: C’est avec une très grande déception que j’ai pris connaissance de la diatribe de Robert Bibeau au sujet de la conférence de Seymour Papert aux RIMA. Plutôt que de répondre au texte de façon trop impersonnelle et de risquer une escalade qui serait bien involontaire (merci Thierry!), j’ai jugé qu’il vallait mieux m’adresser directement à son auteur, que je connais un peu (d’où le ton familier!).

* * *

Salut Robert,

C’est avec un grand étonnement que j’ai pris connaissance du texte que tu as écris en réaction à la conférence que Seymour Papert a prononcée aux RIMA devant ce que tu décris comme une « galerie complaisante de disciples éplorés ». Je constate par ailleurs que c’est en fait à un texte de l’Infobourg que tu as réagis puisque tu n’étais pas présent aux RIMA et que le texte de la conférence n’a été publié nulle part jusqu’à présent. Cette nuance ne t’enlève évidemment pas le droit d’avoir une opinion sur le discours que Papert puisqu’on peut en trouver de nombreuses traces sur Internet.

Lire la suite de « Cher Robert… »

Bibeau sur Papert, d’après l’Infobourg

Réagissant à ce texte de l’Infobourg au sujet de la conférence de Seymour Papert il y a trois semaines dans le cadre des RIMA, Robert Bibeau se lance dans une diatribe à la limite du pamphlet, voire du procès d’intention.

Même si j’apprécie généralement les auteurs qui adoptent un style polémique, ce texte me semble déplorable à bien des égards. S’il est vrai que plusieurs éléments du discours que développe Papert depuis trente ans sont critiquables, on aide pas à comprendre la pensée de l’homme en faisant de toutes les critiques à son endroit un véritable salmigondis.

Commentaires plus complets à suivre… mais en attendant, j’aime beaucoup mieux le ton adopté ici (aussi très critique)… qui a donné lieu à cette conversation.

Jules Verne…

Ana signale que nous soulignerons l’an prochain le centenaire de la mort de Jules Verne. Il y a des dizaines de projets pédagogiques à faire à partir de ces écrits. J’en rêve depuis longtemps.

Faudrait donc pas tarder à y penser… il me semble qu’il y a là matière à une foule de collaboration inter-écoles, à Québec et ailleurs. Pour explorer la science, la technologie, la géographie, l’histoire… écrire, lire, dessiner…

Et en plus, toute son oeuvre est dans le domaine public…

Créer des espaces d’innovation

Pour éviter que la richesse de la conversation entreprise là ne se perde dans mes archives, je reprends ici la réponse faite à Mario à la suite d’échanges entre Serge, lui et moi.

—/ début /—

Mario, quand tu dis qu’il faut « continuer à innover, prudemment, mais assurément », je partage évidemment ton point de vue. J’ai toutefois le goût d’ajouter qu’il faut surtout conserver une préoccupation pour le « partage de l’innovation » et pour faire en sorte que les contextes dans lesquels on innove favorisent la participation périphérique légitime ‹ cet essentiel mouvement par lequel des observateurs deviennent progressivement des acteurs du changements. Je pense que c’est cette préoccupation qui distingue les innovations efficaces et les « éternels projets pilotes »… dont nous avons une déplorable habitude au Québec.

D’autre part, je me permets d’ajouter que j’ai depuis plusieurs années la ferme conviction que tout le monde a le goût d’innover — comme tout le monde a le goût d’apprendre. C’est essentiel à l’être humain.

Cette conviction a beaucoup influencé mes choix dans les dernières années. Au point où je ne vise plus aujourd’hui à être un innovateur, mais à être un « créateur d’espaces d’innovation ». Mon objectif n’est plus moi-même d’innover, mais d’arriver à rassembler ici et là des conditions qui permettent aux gens que je côtoie d’oser prendre des risques, de (re)découvrir le plaisir de l’audace, etc. Les innovateurs ne sont pas rares… ce sont les conditions propices à l’innovation qui le sont. C’est cette rareté qu’il faut combattre.

Je pense qu’il est important d’avoir cette idée à l’esprit pour éviter de nous tromper quand vient le temps de poser des actions qui ont pour but la transformation du monde dans lequel nous vivons.

Mieux vaut faire confiance aux gens et leur offrir un contexte favorable à l’innovation plutôt que de leur indiquer une voie à suivre et devoir par la suite les convaincre de nous suivre.

—/ fin /—