Québec: réseaux ouverts ou réseaux fermés?

Une ville c’est un réseau: de lieux, de personnes, de projets, de rêves. C’est un lieu qui peut être, plus ou moins stimulants selon la manière qu’on a de l’habiter.

Le Web, c’est un réseau: de personnes, d’idées, de projets, de rêves. C’est un réseau qui se superpose à la ville — qui s’y intègre (ou qui devrait s’y intégrer).

La ville de Québec est, un peu trop souvent à mon goût, une culture de réseaux fermés — où les institutions jouent un rôle déterminant et où on peut donner l’Impression de consulter très largement, même sans vraiment ouvrir le jeu. Un environnement où les gens qui sont « rattachés au pouvoir » ne prennent pas la parole publiquement parce qu’ils savent qu’ils sauront bien se faire entendre et où ceux qui ne le sont pas ne s’expriment pas non plus parce qu’ils ont la perception que « de toutes façons » ils ne seront pas écoutés. J’exagère peut-être, mais c’est un peu comme cela que j’interprète le silence constaté sur le Web concernant Québec Horizon Culture.

En comparaison, le Web est un univers que je trouve particulièrement stimulant parce qu’on y trouve, le plus souvent, une culture de réseaux ouverts — où chacun peut avoir voie au chapitre; où les échanges se font au grand jour, ou le partage est la norme. Je ne sais pas qui lit mon blogue, mais tout le monde peut y intervenir — et relancer des discussion ailleurs à partir de ce que je dis. J’ai fait connaissance de dizaines de personnes, à Québec et ailleurs dans le monde de cette façon. Les échanges que j’ai avec ces personnes nourrissent mes réflexions et fertilisent mes projets tous les jours.

Je pense qu’un peu de culture Web ferait le plus grand bien à la ville de Québec. Et plus ma réflexion prend forme en prévision de Québec Horizon Culture, plus j’ai envie de faire porter mon intervention sur cette dimension du développement culturel de la ville — à partir d’exemples et de propositions concrètes. Cela me donne aussi envie de revisiter à cette occasion le sens qu’on donne au mot « culture » dans le cadre de ce rendez-vous — comme je l’avais fait au rendez-vous stratégique de la culture en 2007. Bien entendu, la culture Web, ça ne se passe pas seulement sur le Web, c’est une attitude, un désir d’ouvrir les réseaux; d’ouvrir ses réseaux.

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Je laisse la réflexion en plan pour ce matin (texte écrit dans le bus, mis en ligne entre deux réunions!) — mais j’aurai l’occasion de la poursuivre un groupe d’amis ce midi et de témoigner des conclusions de notre conversation au cours de la fin de semaine.

D’ici là, j’attire votre attention sur quelques textes publiés sur Québec Horizon Culture dans les derniers jours — dans une perspective de culture de réseaux:

Québec Horizon Culture, par Andrée Pelletier — en rapport avec la médiation culturelle, et qui m’a permis de découvrir l’existence du Groupe de recherche sur la médiation culturelle de l’UQAM

Le Soleil – 17 février 2009, par Jean-Sébastien Bouchard, qui a été le seul, à ma connaissance, à répondre à mon invitation d’imaginer l’article du Soleil qui traitera de Québec Horizon Culture le lendemain de l’événement (j’essaierai de le faire à mon tour au cours de la fin de semaine).

(&) Ask for money, you’ll get advice — le sort prévisible de Québec Horizon Culture ?, de René Audet, qui réagit à mon compte rendu de la soirée Participe Présent.

« Ce qui me frappe, c’est la lecture un peu ébahie des acteurs du milieu (…) devant la machine politique qui se met en place pour l’événement Québec Horizon Culture. Une machine à mobiliser de force le milieu des affaires pour l’impliquer dans la survie du momentum culturel que Québec 2008 a pu créer — d’ailleurs un peu à l’étonnement de tous. Et les constats d’un arrimage problématique fusent : qu’en est-il de la médiation culturelle ? du monde de l’éducation ? de la diversité culturelle ?  »

Je rappelle aussi la « revue du Web » de Québec Horizon Culture. C’est ici.

J’attire aussi votre attention, en terminant, sur ce texte d’Hubert Guillaud, dans Internet Actu,  dont j’ai trouvé la lecture extraordinairement stimulante: Comment s’approprier la ville ?

« Le Centre canadien d’architecture, sis à Montréal, propose jusqu’au 19 avril une exposition intitulée “Actions : comment s’approprier la ville ?” qui présente 99 interventions visant à transformer “positivement” nos villes. Architectes, designers et artistes en provenance du monde entier s’intéressent à nos activités anodines (jardinage, recyclage, jeu, marche) et montrent combien l’engagement individuel contribue à façonner la ville et suscite l’engagement d’autres résidents. »

J’aime la dose de subversivité qu’on trouve dans ce texte, et dans l’exposition — entre autre parce qu’un peu de subversivité ne ferait pas de tort non plus à Québec. Une subversivité créative, pas juste réactionnaire…

Ce sera donc une exposition à voir lors d’unde mes fréquents passages à Montréal.