Les blogues comme des bouteilles à la mer

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Ce matin, Jean Provencher reprend sur son blogue un texte publié sur le site de Radio-Canada. On y apprend qu’une bouteille lancée à la mer à Terre-Neuve, il y a douze ans, vient d’être retrouvée en Irlande.

L’historien raconte à cette occasion qu’il a lui-même lancé plus de 400 bouteilles à la mer, dans le Saint-Laurent, de 1974 à 1976. Quelques-unes ont déjà été retrouvées, mais aucune de l’autre côté de l’océan. Saint-Pierre-et-Miquelon, c’était quand même bien parti.

Tout ça m’a fait penser qu’écrire un texte sur un blogue c’est aussi un peu jeter une bouteille à la mer. On dépose le texte dans le Web, on signale son existence dans les réseaux sociaux, on le voit flotter quelques jours… avant qu’il ne soit inévitablement submergé par l’invraisemblable quantité d’autres textes, statuts, gazouillis qui se déversent chaque jour sur la plage.

Puis, au moment où on s’y attend le moins, un de ces textes refait parfois surface. Parce que quelqu’un est retombé dessus au hasard d’une recherche sur Google, par exemple.

Parce que ce qui est bien avec les archives des blogues, c’est qu’elles restent accessibles longtemps. En comparaison, publier ses idées seulement sur Facebook, c’est comme tirer ses bouteilles à la mer directement sur les rochers. Aussitôt lancée, aussitôt cassée — perdue à jamais. C’est quasiment impossible que quelqu’un retrouve nos idées, encore plus improbable qu’il les remette en circulation quelques années plus tard.

Je m’émerveille toujours quand je constate que des textes publiés il y a plusieurs années sont toujours consultés sur mon blogue. Ils ne sont plus consultés que quelques fois par années, certes, mais ils plusieurs textes continuent à faire leur chemin: ils flottent. Un commentaire vient parfois même s’ajouter à un texte publié il y a plus de dix ans. C’est, chaque fois, un très grand plaisir — un petit voyage dans le temps.

À d’autres moment, c’est le blogueur lui-même qui retrouve une de ses propres bouteille. En explorant les archives de son propre blogue. Ça m’est arrivé quelques fois dans les dernières semaines — et de façon particulièrement spectaculaire au cours des deux derniers jours.

Joé Bussière, président de Libéo, venait de publier un court texte sur Facebook au sujet de cet article de Wired, dans lequel l’auteur fait l’hypothèse que Mark Zuckerberg, président de Facebook, se préparait à être candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis en 2021.

Au cours des échanges qui ont suivi, je me suis fait la réflexion qu’il serait intéressant que Zuck publie un texte dans lequel il expliquerait ce qu’il ferait comme président — et particulièrement quelles sont les motivations l’amèneraient à faire un saut pareil.

Ça m’a ramené à l’esprit que j’avais eu à faire un exercice semblable il y a longtemps, à l’invitation du Conseil supérieur de l’éducation. Une présentation d’une trentaine de minutes sur le thème «Si j’étais ministre de l’Éducation…», si je me souvenais bien.

Recherche dans mes archives: je trouve bel et bien une référence à l’exercice. C’était le 30 mai 2004. Sauf que le lien qui devait me permettre de télécharger la version pdf du texte mon allocution ne fonctionne plus, à ma grande déception. Mais, heureusement, ce lien brisé me permettait tout de même de savoir le nom que portait le fichier à cette époque.

J’ai pris une chance en demandant à deux amis s’il était possible qu’ils aient encore un fichier portant ce nom sur le disque dur de leur ordinateur. Et, miracle!, Mario Asselin avait encore une copie du fichier… 13 ans plus tard. Merci Mario!

J’ai donc pu récupérer la bouteille, retirer le bouchon de liège, extraire le rouleau de texte avec précaution, détacher la petite ficelle, et me relire. Et, franchement, j’ai trouvé que ce n’était pas mal!

Ce sera le sujet d’un prochain texte.


Je fais un clin d’oeil, en terminant, au texte que j’ai publié ici le 28 décembre — et dont l’illustration était, justement… a message in a bottle!

Photo: montage à partir d’une oeuvre de Jackie Bassett.

12 commentaires

  1. @Benoît: wow! l’histoire de Norman MacDonald est fascinante! Merci pour les liens.

  2. AJOUT: Sébastien Provencher m’écrit, sur Facebook (je le reprends ici pour le conserver de façon plus durable):

    Dans un premier temps:

    «Ah oui, c’était une belle expérience. Je me souviens d’avoir observé mon père embouteiller ses messages dans le sous-sol de notre maison de Ste-Foy. Ensuite, on allait près de l’Anse au Foulon (si ma mémoire est bonne) pour les lancer et cela, en toute saison. On regardait les bouteilles partir avec le courant.»

    Et ajoute, quelques minutes plus tard:

    «J’ai demandé des précisions géographiques à mon père et voici sa réponse : « Nous descendions la côte Ross à partir du boulevard Liégois, tout près de rue Summerside. Aujourd’hui, ouverte au piétons, elle est fermée aux véhicules. Au pied, les vieux réservoirs blancs (4, je pense) de la Irving étaient toujours là. Puis nous nous rendions au quai de la Irving laissé à l’abandon, mais pas dangereux. Et là nous lancions. Souvent nous partions avec une boîte de bouteilles de la SAQ, en contenant 12 avec messages. Le paysage franchi n’était pas diable. Mais nous n’allions pas là pour la beauté du paysage, mais pour conquérir le Monde. »»

    Je trouve ça magnifique.

  3. Pour ma part, je me base sur la résurgence de mes vieux billets pour orienter l’écriture de mes guides pratiques. Un de mes vieux articles expliquait en 10 points comment soumettre un manuscrit à un éditeur, sur le plan technique. Google l’a aimé, on le consulte en moyenne une quarantaine de fois par jour depuis 5 ans. Je l’ai repris, je l’ai augmenté et j’en ai fait un livre. C’est devenu l’un de mes meilleurs vendeurs. Merci, Google Analytics.

  4. En lisant votre billet, je me suis rappelé avoir déjà utilisé cette métaphore de la bouteille à la mer… J’ai fouillé un peu et suis tombé sur le tout premier billet de mon blogue, en 2006, qui se terminait par la phrase: «Je mets maintenant mes écrits dans des bouteilles et les jette dans la mer de l’Internet…» http://www.machinaecrire.com/2006/09/intention.html
    Votre billet développe très bien cette idée.

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