Révolution tranquille, saison 2

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Je me suis demandé cette semaine si, à travers tout ce qu’on voit et qu’on déplore depuis quelques jours, ce n’était pas la Révolution tranquille qui se révélait être à bout de souffle.

La manière dont on a organisé la société québécoise depuis 60 ans ne semble pas en mesure de répondre aux besoins provoqués par la crise.

Nos institutions en santé, en éducation et en culture, notre organisation du travail et de larges pans de notre filet social se montrent terriblement dépourvus pour faire face à autre chose que « la normalité ».

Bien sûr, la Covid-19 crée une situation sans précédent, qu’on espère de courte durée et surtout ne pas voir se reproduire. Mais il y a quelques doutes — que les défis des changements climatiques ne font qu’accentuer.

Il n’y aura vraisemblablement jamais de retour à la normalité telle qu’on la vivait avec insouciance en 2019.

Je me dis aujourd’hui que la crise actuelle n’est en fait qu’un puissant révélateur, qui ne fait qu’amplifier (temporairement?) des réalités qu’on arrivait encore à ignorer, mais qui soudainement nous sautent violemment au visage.

Parce qu’on savait déjà que notre système de santé était mal en point. On savait aussi que notre système de soins aux personnes âgées ne pourrait pas tenir la route devant le vieillissement de la population — mais on étirait le vieux système, un peu plus chaque année, en y ajoutant parfois de l’argent à défaut de s’attaquer aux causes des problèmes. Là, ça craque de partout, on ne peut plus l’ignorer

On savait déjà que le système scolaire tardait à intégrer la culture numérique — mais on se faisait à croire que ce n’était pas si grave. On acceptait de se priver des possibilités offertes par les technologies, notamment pour répondre aux besoins des élèves qui éprouvent des difficultés, pour toutes sortes de mauvaises raisons. On acceptait encore, après 25 ans d’investissement massifs dans les technologies numériques, que même les portails scolaires soient encore incroyablement dysfonctionnels pour assurer la communications avec les parents. Actuellement on est forcé de se rabattre sur des courriels bricolés avec quelques liens vers des sites Web pour assurer un semblant de continuité pédagogique et c’est absolument inacceptable.

On savait déjà que les écosystèmes culturels se transformaient plus vite que les programmes de soutien et que la réglementation en vigueur — mais on préférait regarder ailleurs. Plusieurs acteurs préféraient défendre des acquis que de prendre le risque de s’adapter parce que le statu quo restait trop confortable. Mais depuis un mois on est confrontés à la dure réalité que les géants du Web ne nous permettent pas de rétribuer adéquatement les créateurs parce qu’ils nous forcent à presque tout faire gratuitement pour nourrir leurs modèles publicitaires. Ça ne peut pas tenir plus longtemps, on le voit bien.

Et toutes ces pressions sur nos institutions ne vont pas aller en diminuant, même une fois le coronavirus disparu.  L’évolution démographique ne va pas changer du jour au lendemain. En 2030 il y aura 300 000 personnes âgées de plus qu’aujourd’hui.

L’évolution technologique ne va pas ralentir non plus — l’adoption de la culture numérique par les citoyens non plus, au contraire!

***

La Révolution tranquille, c’était un moment déterminant où on s’est dit que l’avenir auquel on aspirait collectivement ne serait pas possible en améliorant simplement ce qui existait, et qu’il faudrait inventer une autre façon d’organiser la société. C’est le moment où on a eu suffisamment de confiance en nous pour le faire.

En quelques années on a créé le ministère de l’Éducation, on a construit des écoles partout sur le territoire, on a créé le ministère des Affaires culturelles, on a créé la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et le Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ), on a inventé Hydro Québec, la Caisse de dépôt et de placement, Investissement Québec, on a mis en place toute une fonction publique.

On a bâti toutes les grandes institutions autour desquelles s’organise actuellement notre vie collective. Et quels progrès ça nous a permis de faire! Wow!

Je commence à croire qu’on se retrouve aujourd’hui dans une situation semblable.

Une impasse dans notre manière d’organiser notre vie collective et d’assurer le bien être et l’émancipation des personnes.

Je pense qu’il faut à nouveau se poser la question: est-ce qu’il sera possible de bâtir l’avenir que l’on souhaite en améliorant juste un peu les institutions actuelles?

Est-ce qu’on pense que ce sera en transformant un petit peu le fonctionnement de nos systèmes de santé et d’éducation qu’on pourra rendre tout ça plus satisfaisant?  Ou si on aura besoin de changements plus radicaux, qui devraient être portés par de nouvelles institutions qui aborderont avec des regards neufs les défis auxquels nous sommes confrontés: au plan sanitaire, technologiques et écologique, notamment?

Et si la crise actuelle était l’occasion d’amorcer une nouvelle révolution tranquille? Et si cela nous permettait d’initier nouvelle phase de créativité et d’innovation pour réinventer notre façon d’organiser la société — en créant de nouvelles institutions dont les fondements tiendraient compte de compte de la réalité du Québec contemporain?

Je trouve que c’est une perspective stimulante. Elle aurait pour effet de valoriser celles et ceux qui innovent dans l’ombre depuis des années et qui pourraient devenir les leader de la suite des choses: en éducation, en santé, en culture, et dans tous les domaines.

François Legault disait hier « ce n’est pas le temps d’être découragé, c’est le temps de se retrousser les manches ». Je suis d’accord — à plus forte raison si ce n’est pas pour patcher ici et là, mais pour créer quelque chose de nouveau, dans un contexte social et politique qui valorisera l’innovation.

La révolution tranquille c’était un état d’esprit. Un état d’esprit qu’il faut retrouver.

La possibilité de sortir de l’isolement et de la crise dans un tel contexte me rend profondément optimiste.

J’y crois.

Photo: Dans mon espace de travail: photo, objet et oeuvres de Geneviève De Celles.

4 commentaires

  1. Une révolution n’est jamais terminée. Par contre, l’élection de 2003 a porté un sérieux coup de frein à un mouvement déjà mis à mal par Bouchard. Sans le savoir, c’est le progressisme (souverainiste ou fédéraliste) que nous avons mis au rancart à ce moment.
    Et cela fait tellement longtemps que les x et les y n’ont jamais vu autre chose.
    Leur choix portent plus sur le dirigeant que sur la direction à suivre. Voilà le problème.

    Je ne partage donc pas ton diagnostic, mais il est vrai qu’il faut moderniser l’Etat et le rendre plus apte à répondre aux enjeux d’aujourd’hui. Le progressisme économique et social des leaders du PQ qui ont toujours cru en un état fort nous auraient probablement mieux servi que la droite de Bouchard, Charest, Couillard et Legault.

    Je demeure optimiste. Cela ne peut pas toujours ne pas arriver!

  2. @Normand: je vais poursuivre la réflexion dans un prochain texte. Je pense toutefois qu’il faut éviter de dire que le problème est chez les X et les Y. Le problème est collectif — il n’est pas plus l’affaire d’une génération que d’une autre.

  3. Laissez faire la révolution tranquille. En fait, ce qui s’est passé en 1960, c’est que le Québec est devenu un État moderne, tout simplement. À partir de là, il nous de faire les choix nécessaires pour s’offrir les services que nous désirons.
    De plus, on ne peut guère comparer la situation des personnes âgées d’aujourd’hui avec celle d’il y a 70 ans. Elles sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus âgées, entre autres parce qu’elles reçoivent des soins médicaux inimaginables autrefois. Des soins qui viennent avec des couts, qu’on semble ne pas vouloir payer.

    En fait, ce qui a changé le plus depuis 70 ans, selon moi, c’est notre impression de contrôler les évènements. Le monde a connu des grippes dévastatrice en 1957 et en 1968, chaque fois avec environ un million de morts, surtout parmi les personnes âgées. Mais c’était la vie, ou bien la volonté de Dieu. Aujourd’hui, les morts sont la faute des gouvernements.

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