Communautés de pratique et gestion de savoirs

Gilles Beauchamp nous offre une excellente synthèse des idées de Wenger sur les communautés de pratique. En voici quelques extraits, auxquels il conviendrait d’ajouter, en entier, la section « Sept principes pour « cultiver des communautés » ».

« [Le concept de communauté de pratique] fait de la connaissance quelque chose de vivant plutôt que le réduire à la mémoire d’un ordinateur, quelque chose appartenant à des communautés aptes à maintenir, développer, partager ces connaissances. […]

« Une communauté de pratique ce n’est pas qu’un site web, une base de donnée et un répertoire de ‘best practices’. C’est un groupe qui interagit, apprend ensemble, construit des relations et à travers cela développe un sentiment d’appartenance et de mutuel engagement. » […]

On ne met pas sur pied une communauté de pratique comme on peut le faire pour une équipe de travail ou de projet, en réunissant des ressources humaines, des outils et en leur fixant des objectifs : on ne peut qu’encourager, favoriser le développement de processus et d’échanges entre des acteurs volontaires. […] on soutien une communauté de pratique, on ne la dirige pas ! »

Zeldin et la conversation

Dans le cadre des lectures nécessaires pour alimenter ma réflexion sur le blog comme l’art de la conversation, un extrait du dernier chapitre de:ZELDIN, Theodore, De la conversation, Fayard, 1999.

Comment la conversation favorise la rencontre des esprits

« … la conversation met en contact des idées aussi bien que des gens, et il n’est pas catastrophique de rester silencieux en observant la rencontre d’idées. […]

Penser, pour moi, c’est réunir des idées, des idées qui se mettent à flirter, qui apprenent à danser et à s’enlacer. J’y trouve un plaisir sensuel. […] Le cerveau regorge d’idées solitaires qui ne demandent qu’à ce qu’on leur trouve un sens, à ce qu’on reconnaissent leur intérêt. […]

Il est clair qu’une conversation ne peut être fait uniquement d’anecdote; entre les anecdotes, il faut le lien d’une pensée générale dont on puisse ensuite discuter. Il ne suffit pas que les idées se rencontrent: encore faut-il qu’elles s’enlacent. […] la conversation a besoin de temps d’arrêt, les pensées ont besoin de temps pour faire l’amour.

J’apprécie particulièrement les conversations qui se situent à la limite de ce que je comprends et de ce que je ne comprends pas, les rencontres avec des gens qui sont différents de ce que je suis.

… il est [aussi] bon de nous rappeler que ceux qui demeurent silencieux sont souvent occupés par la conversation qu’ils ont avec eux-mêmes, et que cette conversation-là peut être aussi valable et intéressante que bien d’autres. Elle signifie qu’on pense, alors que parler sans penser est vide. Que l’on change sa façon de penser, et la moitié du chemin est fait qui permettra de changer le monde. »

Responsabilité de l’émetteur et citoyenneté

Remarquable intervention de Bruno Devauchelle dans une liste de discussion à laquelle je suis abonné. Sous le titre « L’éducation aux médias, ou l’éternel embarras », il établit des liens très habiles entre, d’une part, la culture télévisuelle et les critiques (souvent très sévères) qui en sont faites et, d’autre part, la culture qui prend forme autour des nouvelles technologies.

« …il ne faudrait pas qu’on oublie de poser la question qu’avant d’émettre pour quelqu’un, on est soi même en tant qu’émetteur un citoyen et non pas un fournisseur. À force d’analyser les choses en terme de récepteur on oublie trop souvent d’interroger la responsabilité de l’émetteur… non pas pour le diaboliser à son tour, mais surtout pour le faire travailler à son mode d’analyse de ce qu’il propose. Après tout les dirigeants des grandes chaînes sont bien les décideurs qui choisissent les contenus qu’ils fournissent.

Lorsque j’écris un site web ou un message électronique ou une contribution, je ne me dis pas que c’est au récepteur d’être citoyen, mais bien à moi d’y être. Du coup évidemment l’autre le devient automatiquement, pas besoin de se poser la question… »

Le texte en entier mérite d’être lu. Comme le dossier du Monde de l’éducation auquel il fait référence

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Le leadership, l’énergie des autres et l’innovation

Sébastien Paquet revient ce soir sur la définition du leadership de Malcolm Knowles, que nous signalait Lilia Efimova il y a quelques jours.

Ça me donne l’occasion de mettre cette définition en parallèle avec une autre discussion que j’ai eue aujourd’hui relativement au fait que je suis moins un innovateur qu’une personne qui a la capacité de rassembler des conditions propices à l’innovation.

En effet, dans la plupart des projets auxquels j’ai la chance d’être associé, je suis moins l’innovateur principal que celui (ou un de ceux) qui rend possible la véritable innovation. Entre autre parce que, souvent, les vrais innovateurs n’ont pas tellement le goût de préparer le terrain pour recevoir l’innovation… avec ce que ça implique de patience et de stratégie politique. Et (trop) souvent, devant l’obstacle, ils attendent des conditions plus favorables.

Dans ce contexte, il est probablement vrai que mes habiletés consistent surtout à pouvoir contribuer à la mise en place d’un ensemble de conditions au sein duquel les véritables innovateurs peuvent laisser leur potentiel d’innovation s’exprimer plus efficacement.

Mon plaisir est moins d’innover que de faciliter ‹ et de côtoyer ‹ l’innovation.

C’est d’ailleurs probablement beaucoup comme ça qu’il faut interpréter ma détermination à faire de Québec une cité éducative… parce que cela aurait pour effet de créer à Québec un contexte extraordinairement favorable pour les plus innovateurs des pédagogues (à la fois dans et hors de l’école). À ce sujet, notons qu’un déblocage est prévu pour bientôt dans le dossier… à suivre… avec impatience!

Le blog comme une conversation

Une réflexion de Sébastien Paquet, intitulée Links and public discussion, et le texte de Ray Ozzie sur The rebirth of Public Discussion, me trottaient dans la tête depuis quelques jours quand, soudain, ce midi, sans même y penser, je m’entends remercier Florence Le Cam en lui mentionnant que j’avais beaucoup apprécié notre discussion… pour les mêmes raisons qui font que j’aime publier ce blog:

‹ Parce que que ça m’oblige à réfléchir tout haut;
‹ Parce que ça me permet de revisiter périodiquement ma démarche;
et, surtout,
‹ Parce que ça me donne la chance d’alimenter très efficacement mes réflexions à partir de celles d’autres personnes que j’apprécie et je sais mener des réflexions périphériques.

…en d’autres mots parce que ça me permet de situer ma réflexion personnelle dans un espace public dont les caractéristiques sont de nature à soutenir et à stimuler ma démarche tant au plan cognitif qu’au plan affectif.

J’en conclu qu’il aurait été préférable de renverser mon affirmation de ce midi pour affirmer que si j’apprécie autant ce blog, c’est parce qu’il donne lieu à une discussion qui se prolonge dans le temps, où tous les gens qui s’intéressent aux réflexions dans lesquelles je suis engagé sont conviés, et qui, de surcroît, serait autrement impossible.

Décidément, bien avant d’être un travail d’édition…
…l’art du blog, c’est l’art de la discussion.

Le Québec de Michel Venne

Dommage que le malheureux palmarès des écoles secondaires ait occulté tous les autres textes du plus récent numéro de l’Actualité.

Michel Venne y présente un habile collage d’extraits de son prochain ouvrage, intitulé « Souverainistes, que faire ? », qui sera disponible en librairie le 12 novembre. À lire par tous ceux et celles qui cherchent une voie politique moins enfantine que le « bon ben moi j’joue pu » proposé par l’ADQ.

Je retiens de l’article quelques extraits…

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Outils de collaboration et apprentissage

Dans ce texte publié par Chief Learning Officer, Curt Bonk fait un très large survol de l’évolution passée et future des outils de collaboration conçues à des fins d’apprentissage [le caractère gras à la fin de cet extrait est de moi]:

« There is no mistaking the shift in society’s focus from thriving on competition to the need for collaboration. Communication and conversation are among the keys to learning. As Peter Drucker often points out, we need knowledge workers who are skilled in problem-solving, collaboration and learning. Therefore, education must prepare workers for these environments. Collaborative technologies have emerged to offer a way to familiarize learners with these new expectations and experiences. (…)

If we look ahead another 10 years, standard collaborative technologies will include features or options for videoconferencing, chat, surveying, mentoring, joint document creation and resource sharing. Novel features might include sensor indicators of the need for collaboration as well as the availability and selection of collaborative partners. Specialists will also be available on demand to help brainstorm ideas or edit collaborative documents. And there undoubtedly will be peer and expert ratings to choose the best person for the job or to match learners to specific types of expertise.

As education needs become lifelong, advances in collaborative learning tools will impact everyone. But it is not necessarily the tools for collaboration that will be the most important or interesting, but the types of interactions made possible by these technologies. »

Difficultés scolaires des garçons et féminisme

Intéressant point de vue développé par Johanne Fortier dans Le Soleil d’aujourd’hui au regard des difficultés scolaires des garçons. Son texte s’intitule S’inspirer du féminisme, plutôt que le dénigrer. En voici un extrait:

« la démarche féministe devrait être inspirante pour les garçons qui ont intérêt à se débarrasser des stéréotypes sexuels qui les éloignent de l’école et de la réussite. (…) Les garçons pourraient aussi méditer ce beau paradoxe : les filles, qui passent pour les plus conformistes, sont pourtant celles qui parviennent le mieux à se distancier des stéréotypes sexuelsŠ et qui réussissent. »

Les jardins suspendus…

Francis Vachon alimente la discussion qui entoure la démolition prochaine de deux bretelles d’autoroute au centre-ville de Québec.

L’idée de Dale est brillante, élégante, subversive. J’aime beaucoup

Des bretelles d’autoroute transformées en jardins luxuriants constitueraient une métaphore extraordinaire pour le protocole de Kyoto.

En plus, ça aurait l’avantage de ne pas nous faire oublier nos erreurs du passé… question d’éviter de les répéter. Parce que (heureusement) il ne restera bientôt plus beaucoup du béton-de-l’ère-Lamontagne et qu’il ne faudrait pas non plus perdre de vue cette glorieuse époque de l’urbanisme de Québec. Appellons-ça un aide mémoire salutaire.

Et côté promo pour la ville: une merveille. Cas unique au monde (j’imagine), combien de photographies pourraient en être prises et publiées dans les journaux, magazines, etc.?

Enseignant-ressource

Mario Asselin nous décrit le modèle d’enseignant-ressource, qui joue un rôle de plus en plus important dans le développement pédagogique de l’Institut St-Joseph de Québec. Un modèle à répandre, certainement.

« L’objectif de l’enseignant-ressource est de faciliter le faire-apprendre. Son but est de faire émerger de meilleurs apprentissages chez les élèves. En brisant l’isolement que vit tout enseignant, ce « mentor » met en relation des enseignants avec des outils ou des pratiques qu’il connaît. En exerçant son leadership, il réalise lui-même des apprentissages au service de la construction d’une seule et même « communauté d’apprentissage ». »