Quinze jours plus tard…

Fallait-il partir de moi? de ma rencontre de l’Autre? Privilégier une perspective plus personnelle? ou plus professionnelle? Qu’importe! J’ai choisi les airs de Zebda (Essence ordinaire, 1998) et je me suis lancé dans l’écriture.

Mon visage est une page qu’on n’arrache pas
(Tombés des nues)

Les deux semaines qui viennent de s’écouler auront été marquantes à bien des points de vue. Être loin de sa famille, laisser des copains derrière soi, vendre sa maison, aborder un nouvel emploi — dans un nouveau pays — et apprivoiser tous les sentiments qui accompagnent cela, ça ne laisse pas indemne. C’est une expérience particulièrement intense.


C’est une expérience intense parce que malgré la souffrance (l’ennui, le vertige, la trouille) et malgré l’ivresse (la fierté, la confiance, la détermination) — ou peut-être justement grâce à elles — je n’aurai jamais autant eu l’impression d’être en vie. C’est comme si chaque minute existait, profondément, comme un univers chaque fois différent. Comme si elles m’interpellaient, une à une, me rappelant tour à tour que je suis un être humain — un être forgé par ses émotions. Un être dont l’existence tient essentiellement aux liens qu’il entretient avec les autres: les liens rassurants qui l’unissent à ceux qu’il aime et qui l’aiment; les liens, bienveillants, qui lui permettent de rejoindre ceux qui l’accueillent; et les liens, parfois plus inquiétants, qui se nouent et se dénouent avec les gens qui n’ont pas souhaité sa venue. Soixante minutes dans une heure. Mille quatre cent quarante dans une journée. Dix-huit mille sept cent vingt depuis que je suis arrivé à Paris.

Bien sûr, je me suis dit quelques fois « Laberge, dans quoi tu t’es encore embarqué? (soupir) » mais je me suis aussi souvent dit « Laberge, t’auras jamais été aussi fier que lorsque ta gang sera installée à Paris, que la routine aura repris ses droits sur la vie familiale et que nous serons tous imprégnés par cette expérience ». Le jour où je constaterai ce confort retrouvé, je serai ivre de joie.

Il y a bien sûr les difficultés qui précéderont cette ivresse — des difficultés dont j’aurais le réflexe de vouloir épargner les enfants. Mais je sais bien, par ailleurs, qu’ils sont aussi le tribut d’un irremplaçable cadeau: la connaissance de soi qui prendre prend forme dans la rencontre de l’Autre. Cette découverte de soi s’est tout juste amorcée pour moi, cette semaine, prenant forme dans une foule de choses. Je préfère garder pour moi certaines de ces choses, mais quelques autres méritent peut-être d’être partagées.

Sur la violence dans les cités

Je débarquais à New York le 9 septembre 2001. Deux jours plus tard, on pouvait d’ores et déjà dire qu’il y aurait un «avant» et un «après» le 11 septembre 2001.

Je suis débarqué à Paris le 31 octobre 2005. Les émeutes débutaient trois jours plus tard. Et je lis aujourd’hui dans le Nouvel Observateur: « le basculement historique que nous vivons […] c’est la République elle-même qui vit un tournant décisif […] il y aura un avant et un après-novembre 2005 ».

Tout ça m’interpelle. L’impression d’être (encore) aux premières loges d’une possible transformation sociale est fascinante. Exigeante aussi, parce que dans cette position, on a aussi, d’une certaine façon le devoir de comprendre. De comprendre comment se transforme une société dans des moments comme ceux-là. D’apprendre comment participer à de tels changements aussi — de découvrir quel est son propre rôle. Alors je lis. J’écoute. Je m’interroge. Tout ça en évitant de juger… sinon moi-même et le monde d’où je viens. D’où les réflexions suivantes…

Le pouvoir des mots

Comme le Nouvel Observateur en témoigne dans cet article, les mots ont joué un rôle déterminant dans toute cette pagaille. Les mots bien choisis comme les plus malheureux. « On crame [les voitures] pour venger les mots de Sarko » [« on vous débarrassera de cette racaille »]. Les images aussi sont déterminantes: « on ne les aime pas [les journalistes], on se méfie, parce qu’on souffre de l’image erronée qu’ils nous renvoient de nous-mêmes ». Comme si les représentations étaient plus fortes que la réalité… et que c’est l’insulte qui, s’ajoutant à l’injurieuse misère des cités, avait fait sauter la marmite. « Dans certaines circonstances, les mots sont des balles. Ou des cocktails Molotov » (Le Nouvel Observateur). Il est heureusement permis de penser que c’est le choix des mots qui constituera la meilleure voie pour sortir de la crise…

… s’ils le sont pas porteurs d’une vision trop manichéenne du monde, précise Disiz la peste dans une remarquable entrevue à Tout le monde en parle, au moment même où je vous écris! Il faut à voir cette entrevue — j’insiste! — à TV5-Canada mardi 15 novembre à 19h00 ou le mercredi 16 novembre à 23h30. C’est à peu près trente minutes après le début. Et se laisser aussi entraîner dans l’écoute des entrevues de Franz-Olivier Giesbert et Stomy Bugsy.

La politique québécoise

Désarmée. C’est la perception que j’ai de la politique québécoise depuis deux semaines. Effet de distance? Peut-être. Mais je lis, je relis, j’écoute… et je ne comprends pas. Tellement de mots pour si peu d’idées. Sur la scène municipale. Sur la scène québécoise, sur la scène canadienne, c’est presque partout pareil. On vit une élection; on termine une campagne à l’investiture; on menace d’une élection… mais pour quelles idées tout ça dites-moi? C’est désarmant. Et ce n’est pas que la faute des politiciens! C’est celle des journalistes aussi. Et des chroniqueurs politiques. D’un peu tout le monde d’ailleurs!

Tout ça n’est pas sans lien avec le pouvoir des mots justement… parce que je pense que c’est effectivement en abdiquant le pouvoir des mots — en succombant à la langue de bois — que nous avons dépouillé la politique d’un potentiel de changer les choses dont nous aurions aujourd’hui bien besoin. Je ne suis évidemment pas le premier à le dire, mais ça ne m’a jamais davantage frappé qu’aujourd’hui.

Pour cette raison, j’ai le goût de saluer le courage de Lucien Bouchard, Joseph Facal et les autres signataires du manifeste Pour un Québec lucide, parce qu’ils ont osé faire appel à des mots qu’on avait perdu l’habitude d’entendre, ainsi qu’à Françoise David, François Saillant et leur groupe pour le manifeste alternatif, Pour un Québec solidaire, qui propose aussi une vision de la politique où les mots ont toute leur importance.

L’élection d’Andrée Boucher à la mairie de Québec

À défaut de présenter un véritable projet politique, Mme Boucher a au moins refusé de jouer le jeu du ronron politique — pour le meilleur et pour le pire. Cela dit, le résultat de cette élection m’inquiète — j’ai d’ailleurs déjà eu l’occasion de l’exprimer dans un commentaire formulé sur le site de Mario Asselin. Il m’inquiète parce que jusqu’à présent, Mme Boucher n’a choisi de s’engager que dans les domaines où elle se sent confortable et que cette attitude est profondément incompatible avec la complexité des enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. Et comme Mme Boucher n’a pas montré dans le passé une très grande capacité à saisir l’interrelation entre les différents domaines de l’action politique, je pense qu’il est légitime de s’inquiéter. D’autant plus que, sans vouloir abuser d’images inutilement percutantes, on a à Paris par les temps qui courent d’effroyables manifestations des conséquences que peut entraîner ce genre de politique de « une chose à la fois » — où on s’occupe tantôt d’éducation, tantôt de sécurité, tantôt de l’emploi — et quoi encore? — mais jamais de coordonner de façon prolongée un ensemble de mesures variées. « L’immigration et la politique de la Ville devraient faire partie d’une sorte de domaine réservé parce qu’elles relèvent de l’action à long terme », dit d’ailleurs à ce sujet Jacques Julliard, toujours dans le Nouvel Observateur.

Une nécessaire politique de la ville

Une politique de la ville, justement! Il en faudrait une au Québec. Pas juste plus de politique municipale! Pas seulement des politiciens plus audacieux ou plus courageux (mais ça aussi!): une vraie politique de la ville. Une politique qui s’appuie sur une véritable vision de la ville, en tant que le lieu où nous vivons ensemble — autant par souhait que par obligation. Une politique qui reconnaîtra et qui fera appel à tous les leviers politiques dont nous disposons pour bien vivre ensemble aujourd’hui… et demain. À commencer par l’éducation!

C’est quand même incroyable, quand on y pense, de devoir rappeler qu’il y a une dimension éducative dans la vie d’une ville, et qu’il ne suffit pas d’emprunter les mêmes boulevards et les mêmes avenues pour arriver à vivre ensemble! Parfois, je me dis qu’on a peut-être fait une erreur en créant les commissions scolaires si cela a eu pour effet de nous maintenir dans l’illusion qu’il n’y a de politique éducative qu’à l’échelle nationale où à l’échelle des établissements scolaires. Le véritable milieu de vie dans lequel l’éducation a un sens, c’est la ville.

La politique de la ville en France est aujourd’hui largement décriée, mais elle a le mérite d’exister. Et ce que je comprends de tous ses enjeux me conforte plus que jamais dans l’impérative nécessité de continuer à développer l’idée de Québec comme une cité éducative. Parce qu’heureusement, malgré l’absence d’une politique digne de ce nom et la confusion dans les rôles que la naissance des commissions scolaires a possiblement engendrée, on n’a pas encore complètement dépossédé les administrations municipales des moyens d’agir dans une perspective éducative. Les bibliothèques, les services de loisirs, les politiques de consultations publiques, etc. peuvent encore jouer un rôle important. La concertation des différents acteurs sociaux pour favoriser les rencontres entre les secteurs du monde du travail, les milieux socio-économiques, les générations, les sexes, etc., est également essentielle. Je pense d’ailleurs, plus que jamais, que c’est ce qui doit être au coeur de toute politique de la ville. C’est aussi ce sur quoi devrait s’appuyer l’idée même de cité éducative. Avant tout le reste. Pour tout le reste. M’éloigner quelques années ne m’enlèvera certainement pas cette conviction.

Une révolution en cours….

Retour sur le terrain français, pour boucler la boucle des leçons que je retiens de mes deux premières semaines d’observation-adaptation-réflexion. Parce que l’autre chose qui me frappe profondément, c’est d’avoir la confirmation que les usages qui se développent autour des nouveaux modes de communication sont vraiment à la source d’une véritable révolution— parce que l’information ne sera jamais plus contrôlée uniquement par les médias et les pouvoirs publics.

Dans les banlieues de Paris, comme dans la France en générale, il y a de toute évidence actuellement un grand réveil. Au sujet de l’intégration des plus pauvres, des immigrants et des Français issus de l’immigration (même depuis plus d’une génération!) mais aussi, et peut-être surtout, au sujet du pouvoir que les nouvelles technologies procurent à ceux qui savent les maîtriser — au point, il faut bien le réaliser, où elles ont forcé le préfet de Paris à interdire certains rassemblements dans Paris pendant 24h! Quelques extraits:

« Depuis les affrontements de Clichy-sous-Bois, la plate-forme […] déborde de blogs Photos, vidéos… Dans cet espace parallèle, on trouve tout ce qui échappe à la presse. […] des vidéos des émeutes téléchargées à partir des téléphones portables […] et [même] des appels: « Aux armes citoyens… » » (Nouvel Observateur)

« « Il n’y a que les petits qui s’amusent à cramer les voitures… Mais nous, on ne joue pas. On veut des réponses concrètes, plus de discours. Sinon, soyons clairs: ça pétera ». Les plus grands s’organisent. Ils filment, photographient tout ce qui se passe dans les cités, se retrouvent sur Internet, échangent leurs puces de portables pour brouiller les pistes. » (Nouvel Observateur)

« Que le gouvernement en soit arrivé à l’admettre sur la foi de quelques rumeurs, et malgré son souci de doser alarmisme et sérénité, cela montre l’étendu de son inquiétude […] ce sont les jeunes incendiaires qui ont pour le moment le monopole du mouvement et de la surprise. » (Libération)

Cette fois, ces technologies sont peut-être utilisées sans revendications clairement exprimées (ou qui soient perceptibles comme telles jusqu’à présent) mais la prochaine fois, il pourrait en être bien autrement. Je pense qu’il y a des surprises à l’horizon — ici, comme ailleurs. Et l’ici, justement, n’est-il pas également là, là et là. Vraiment, plus que jamais, ailleurs, c’est aussi ici.

Toutes ces technologies sont devenues tellement simples. C’est incroyable. Il faut le réaliser. Publier un blog ne demande pratiquement aucune expertise technique; la vidéoconférence est un jeu d’enfant; les réseaux sans fil (Wifi) sont partout; et les téléphones cellulaires permettent de prendre des photos et de la vidéo n’importe où et de faire parvenir les images en quelques secondes à n’importe qui dans la rue d’à côté ou à l’autre bout du monde.

Le monde change. Profondément. Les mouvements sociaux ne seront plus jamais pareils. La politique aussi doit s’adapter en conséquence. Malheureusement, aucun signe ne m’indique que les hommes et les femmes politiques se préoccupent actuellement de cette question. Je ne suis même pas certain qu’ils réalisent à quel point les fondements mêmes de leur pouvoir sont en train d’être minés par leur refus de voir. Sur ce point, la France et le Québec sont bien semblables d’ailleurs. C’est dramatique.

* * *

Je sais bien ça ne fait que deux semaines que je suis en France avec un regard de migrant. Je suis bien conscient du caractère relativement superficiel que cela procure à mes réflexions. Mais c’est le meilleur regard dont je dispose et la meilleure réflexion dont je suis capable pour le moment. C’est d’ailleurs avec humilité que je la formule.

Je ne peux pas terminer sans laisser une trace d’incroyable nombre de coïncidences (ou ce qui apparaît comme tel) qui marquent mes journées depuis un mois. Tellement qu’il serait même invraisemblable de toutes les rassembler dans un roman!

Je ne peux pas non plus passer sous silence à quel point le clavardage et la vidéoconférence ont été des outils extraordinaires au cours des deux dernières semaines en me permettant de discuter et de voir mes enfants tous les jours — et pour eux de ne pas trop s’ennuyer de leur père. Jamais je n’oublierai le soir où, de retour de ma première journée de travail à Paris (ouf!), j’ai eu le plaisir de trouver parmi mes courriels un extrait du spectacle de chant de ma grande fille… que mon départ précipité m’avait malheureusement fait manquer. Inoubliable.

À travers tout ça, je souris particulièrement en constatant qu’au moment où la ville qui m’accueille m’offre autant d’occasions de réfléchir sur l’importance de l’éducation… sur le pouvoir des mots et sur la portée accrue qu’offrent les technologies à ceux qui les maîtrisent, c’est à un groupe d’édition dont la valeur s’appuie notamment sur l’édition éducative (avec Bordas et Nathan) et sur le bon usage de la langue française (avec Le Robert) que je me joins.

Ma mère m’a jeté un bouquin sur la table
Un gros machin qui rentrait pas dans mon cartable
C’est tous ces mots qui ont allumé la lumière

(Le Petit Robert)

Et je me dis que c’est à moi, à nous, maintenant, de trouver comme l’ordinateur — ce gros machin — pourra à son tour contribuer à allumer la lumière là où depuis quelques jours il a surtout allumé des feux.

7 commentaires

  1. Ouf! Quel texte… Tu en avais d’accumulé. Autant d’idées dans un seul texte relève du prodige.

    Je retiens de ton témoignage que tu te révèles à la hauteur du personnage que nous imaginons d’ici. Je sais qu’une toute petite semaine nous sépare d’un îlot où ta présence nous offrira d’intenses moments d’analyses et de prospectives… Que j’ai hâte!

    «Le migrant» Laberge nous convie à un rendez-vous mardi soir et je ne manquerai pas d’y être.

    Je ne sais pas si tu as lu Foglia (http://www.cyberpresse.ca/article/20051112/CPMONDE/511120429/1014/CPMONDE ), mais force est d’admettre que tu as le don de te trouver aux endroits où il y a de l’action qui marque l’évolution de nos sociétés ;) Quel don…

    Je te souhaite une belle et bonne semaine.

  2. Bonsoir Clément,

    Tu avais de l’inspiration la journée où tu as écrit ce texte.

    Je souhaite que ton séjour à Paris soit extrêmement enrichissant. Je te réaffirme que le Québec a besoin de gens comme toi… la Ville de Québec encore plus.

    Amitié

    Ann

  3. Clément, texte captivant, plein d’idées, qui répond au vide que tu exprime par des mots…

    Le choc des cultures c’est aussi le choc des idées. En espérant que le tient ne fait que commencer!

    à suivre j’espère!

    amitié

  4. Clément je t’ai lu avec grand intérêt. Avec toi je crois que nous en sommes à un tournant de notre histoire. Je te vois très actif dans la recherche des moyens à découvrir pour prendre le détour au bon moment. Je n’ai jamais autant vu comment le bon moment c’est aujourd’hui: et tu es là.
    J’ai confiance en toi,
    René.

  5. C’est drôle que le fait d’être loin nous permette souvent d’avoir une vision plus nette de ce qui se passe en notre propre pays… Je suis bien d’accord avec ton « impression » au sujet du manque d’idées dans les médias et dans la politique d’ici. Qu’est-ce que ça cache? Le fait que nous soyons trop gâtés par un style de vie qui frôle l’arrogance? Le fait que nous sommes très scolarisés, mais insuffisamment (ou incorrectement) éduqués? Le fait que le chemin qui mène vers la politque laisse trop souvent de côté des gens qui auraient cette capacité à mener des débats plus profonds? Peut-être autre chose ou tout ça à la fois.

    Continue de nous faire part de tes réflexions pour nourrir les nôtres, mon cher Clément.

    À bientôt,

    Sophie

  6. Très touché par la lecture de cette publication
    Très heureux d’accueillir une personne comme toi, Clément
    Très envieux de ton courage, de ta détermination
    Très désireux de commencer notre collaboration
    Très impatient d’avoir, ensemble, des discussions sur le monde qui nous entoure, sur la vie telle que nous la voyons, l’espérons…et peut être la changerons !!
    Bref, dépêches toi de « rentrer » car tu es chez nous, chez toi !!! Bienvenu et à bientôt

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