Leadership, avez-vous dit?

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Le cousin qui se lâche! Un texte sur son blogue — le premier depuis plusieurs mois! J’ai donc pris le temps de le savourer, de le relire quelques fois… et de réfléchir un peu.

Circa CFD | Carl-Frédéric De Celles | Des impliqués. 

Sa réflexion m’a ramené à un autre texte que j’avais mis de côté il y a quinze jours.

La Presse | Laura-Julie Perreault | La fin du leadership 

Et immanquablement à mon expérience politique de la dernière année: les cinq semaines qu’a duré l’élection dans laquelle j’ai été candidat, bien sûr, mais aussi les mois qui ont précédé et ceux qui se sont écoulés depuis.

Je suis d’accord avec Carl-Frédéric lorsqu’il dit que les médias (et les médias sociaux: c’est à dire nous tous) ont tendance à ne célébrer qu’une seule forme de leadership, la plus exubérante — celle qu’exercent ceux et celles pour qui il est important de se mettre personnellement en valeur. Cela par opposition aux introvertis dont parle Susan Cain, dans un livre auquel le cousin fait référence et qui pique vraiment ma curiosité.

Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking

Je ne suis pas sûr, toutefois, de suivre Carl-Frédéric dans l’opposition qu’il formule entre le leadership et l’implication.

« Parce que ce qui compte en société ce n’est pas tant le leadership que l’implication. […] Ce sont les impliqués qui font la différence, c’est à eux que l’on devrait donner toute la visibilité. »

J’aime pourtant la distinction qu’il fait entre les leaders, les suiveurs et les non-nuiseurs — s’inspirant pour cela de l’aphorisme qu’il m’a mille fois rappelé par le passé: « lead, follow or get out of the way ». J’aime qu’il nous rappelle que pour qu’un mouvement fonctionne, il faut que les gens puissent se situer dans l’une ou l’autre des trois postures. Je pense que c’est aussi ce à quoi Barbara Kellerman fait référence quand elle dit, citée par Laura-Julie Perreault:

« On veut que les gens aient une voix, qu’ils se tiennent debout, mais ce que nous voyons aussi est que s’il y a trop de démocratie, plus rien ne se réalise […]

« L’enseignement du leadership [a] fait croire aux gens qu’il n’y a pas de vertu dans l’idée de suivre la direction que quelqu’un d’autre donne. Nous n’enseignons pas les vertus de la collaboration, d’être un bon acolyte. »

Et si je pense que Carl-Frédéric a raison de dire que:

« Il devrait y avoir tout autant de gloire et de visibilité pour les gens qui acceptent volontairement de se tasser du chemin en toute bonne foi pour ne pas nuire, et pour ceux qui travaillent en bon second, s’assurant que les projets avancent sans friction. »

Je suis toutefois un peu plus critique quand il affirme que « la vraie réussite est ailleurs [que dans le type de leadership que les médias célèbrent plus volontiers] ». N’y a-t-il qu’une seule forme de réussite? Je ne vois pas d’utilité à cette opposition. Pas plus que je ne vois d’utilité à affirmer que les trois postures — lead, follow or get out of the way — sont mutuellement exclusives.

Je pense que si on ne veut pas assister à la fin du leadership (ce qui serait dramatique — y compris pour la démocratie, qui repose à mon avis sur un équilibre, fragile, entre différentes formes de leadership) il faut plutôt accepter l’idée qu’il n’y a pas dans la vie des leaders, des suiveurs et des non-nuiseurs. Ce ne sont pas des catégories pour classer des personnes. On n’est pas l’un ou l’autre: on est parfois l’un et parfois l’autre. Ces postures ne sont pas des manières d’être, mais des manières de se comporter dans un contexte précis.

Plus encore, je crois que pour être un bon leader, il faut avoir été aussi, à d’autres moments, un bon suiveur, et dans d’autres encore un bon non-nuiseur. Et, de la même façon, pour être un bon suiveur, on a probablement intérêt aussi avoir été, à un moment ou l’autre de sa vie, dans une position de leader.

Pour cette raison, je pense que l’éducation — à l’école, dans le milieu professionnel, dans la communauté — devrait avoir pour objectif de permettre à chacun d’expérimenter, successivement, ces différentes postures et les défis qui leurs sont associés. C’est seulement à travers cet exercice que réside, il me semble, le véritable apprentissage de la démocratie. C’est aussi à travers celui-ci que nous pourrons reconnaître et encourager les talents d’exception dans chacun de ces rôles.

Et je poursuis ma réflexion…

Un commentaire

  1. Il n’y a pas d’opposition entre leadership et implication, l’implication se décline dans les trois volets (leadership, soutien, et non-nuisibilité). Je dénonçais uniquement le fait que les médias en oublie deux (ce qui n’implique pas de parler moins des leaders).

    Je réaffirme ici que les trois postures SONT mutuellement exclusives. Quand je sors la réplique « lead, follow or get out of the way », c’est toujours pour signaler à quelqu’un qu’il tente de combiner deux rôles incompatibles ou qu’il n’a pas les capacités pour le rôle qu’il pense (ou affirme) représenter. Je suis un fervent partisant du « branche toi, choisi un rôle et assume le jusqu’au bout ».

    Effectivement, tu as bien raison de dire que ces rôles ne sont pas des règles de vie, et qu’il est sage d’en choisir des différents dans différents contextes, différentes équipes et différents projets. Tu as aussi totalement raison de dire qu’on est rarement une excellent leader si on a pas été en mesure d’assumer d’autres rôles auparavant. Le tout est aussi vrai pour les suiveurs et les non-nuiseurs (il faut avoir été un bon leader pour être un bon non-nuiseur, ou un bon suiveur).

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