Valeurs, légitimité et méthodes

Un passage de l’entrevue que Philippe Couillard a accordée à La Presse canadienne a attiré mon attention:

Il faut savoir «nommer des valeurs en politique, avant de nommer des éléments de programme», dit-il.

Je suis d’accord sur le principe et je me réjouis de le lire aussi clairement exprimé. Sauf que.

Sauf que je trouve qu’il se dégage par ailleurs de l’ensemble du texte une inconfortable impression de paternalisme qui m’apparaît en contradiction avec les valeurs que prêche le premier ministre. Comme ici, par exemple:

il [se] voit comme celui qui donnera aux jeunes, bientôt aux commandes, tous les «leviers» nécessaires pour composer avec ce monde changeant aux valeurs différentes de celles de la génération actuellement au pouvoir. (…) Le gouvernement devra donc agir en ayant toujours à l’esprit les attentes des jeunes.

«Agir en ayant à l’esprit les attentes des jeunes». Ça ressemble un peut trop à mon goût à «faire à la place des jeunes». Je trouverais préférable qu’on trouve des moyens d’impliquer davantage les jeunes dans les processus décisionnels, sans attendre.

Ça m’a aussi ramené à un autre constat important de mes réflexions des derniers mois: la légitimité du message politique sera de plus en plus tributaire de la nature de la démarche qui l’aura précédé.

Si on ne change pas les façons de faire de la politique, pour engager davantage les gens dans la définition des valeurs et des programmes qui animent les partis, on ne changera pas grand chose, au fond. Comme le rappelait François Chartier récemment, dans un tout autre contexte:

«La démarche génère le produit. Si on ne change pas la démarche, on va toujours produire la même chose.»

Et c’est là que la réflexion qui inspire le courant l’Initiative, auquel j’ai déjà consacré cet autre texte, me semble le plus inspirant. Pour reprendre les mots d’un de ses instigateurs:

À notre époque un parti politique ne devrait plus prétendre dire aux gens ce qui est bon et ce qui est mal pour eux. Un parti politique devrait plutôt être perçu un véhicule pour porter leurs besoins et leurs désirs.

Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais une chose est certaine: avec tous les moyens de communication et de collaboration dont on dispose aujourd’hui, il ne manque pas de ressources pour le faire — c’est surtout la volonté de le faire qu’il nous manque encore.

Il va bien falloir commencer à y penser plus activement (et très concrètement!) en prévision de la prochaine fois ou nous aurons à (ré)inventer un parti politique.

Photo: une oeuvre de Geneviève De Celles.

One comment

  1. Y a quelques années, feu M. Ryan avait pondu un texte sur les valeurs du PLQ. (Dans lequel on présentait sa généalogie, qui remontait au parti patriote des années 1830, rien de moins!) Il serait sérieusement temps de le mettre à jour…

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