Ne plus attendre

J’ai eu le privilège d’être invité à titre de conférencier à la soirée Ciné-psy du 10 octobre dernier. Je devais commenter le film Qu’est-ce qu’on attend? J’avais choisi de le faire en traçant des liens avec le contexte québécois, dix jours après l’élection. Une conversation a évidemment suivi la présentation.

Le film raconte l’engagement des citoyens dans la transformation du village alsacien d’Ungersheim en réponse aux défis écologiques auxquels l’humanité est confrontée. C’est un village dit «en transition», du nom d’un mouvement qui a pris forme en Grande-Bretagne, et qui regroupe aujourd’hui plus de 400 villes et villages partout dans le monde.

J’ai évidemment commencé ma présentation en décrivant rapidement mon parcours, pour aider les soixante-dix, ou à peu près, participants à mieux comprendre le point de vue que j’allais leur présenter.

J’ai conclu cette première partie en énonçant deux phrases qui se sont avérées très importantes pour moi au cours de ce parcours:

  • Je préfère faire avancer 100 personnes d’un pas, qu’une seule personne de 100 pas.
  • Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Et je suis passé rapidement au coeur de la présentation.

Je reprends ici l’essentiel des notes que je m’étais préparées pour la soirée.

***

QU’EST-CE QU’ON ATTEND?

Revenons sur un certain nombres d’éléments qui me semblent importants pour alimenter la conversation.

D’abord une limite évidente du film: il décrit une situation très particulière : une très petite ville (2000 habitants), qui a le même maire depuis vingt-quatre ans (le précédent a été maire trente-quatre ans!). Qui plus est, le film met la lumière sur l’implication d’une partie très limitée de la population: à peine une cinquantaine de personnes. Il faut donc mettre les choses en perspective.

Le film pourrait donc avoir l’air anecdotique, mais malgré cela, ce qui nous est raconté est loin d’être banal parce que cela permet d’illustrer très efficacement plusieurs dimensions de la dynamique sociale que je trouve qu’on oublie trop souvent — et qui sont tout à fait applicables, transposables, dans de plus grandes villes, comme Québec.

J’en retenu cinq éléments qui me semblent particulièrement importants.

C’est le maire d’Ungersheim qui présente lui-même le premier, dès le début du film:

«La première étape [de la transition] c’est d’être libre dans notre tête.»

Ça peut avoir l’air simple de prime abord, mais ça suppose bien des choses! Des conditions socio-économiques favorables, une certaine éducation, une relation saine aux médias, à la publicité et à la partisanerie, etc.

Il ne sera pas possible de faire face aux défis environnementaux et au réchauffement climatique sans accorder une grande importance à la réduction des inégalités sociales, à l’éducation et au développement d’une meilleure hygiène intellectuelle.

Le deuxième élément est évoqué par l’adjointe du maire:

«…j’y ai participé, ça m’a permis d’ouvrir un peu mes horizons.»

Son témoignage doit nous rappeler que c’est généralement en mettant la main à la pâte qu’on s’ouvre l’esprit. Pas l’inverse.

C’est une erreur de vouloir d’abord convaincre les gens. C’est beaucoup plus efficace de rendre l’engagement agréable — de donner le goût aux gens de participer à quelque chose parce qu’ils y trouveront du plaisir.

C’est dans le plaisir de l’action, en côtoyant des gens convaincus et inspirants, que les convictions peuvent prendre forme et que l’importance et le sens de tout ça peut se manifester.

Le troisième élément est révélé par le dialogue entre le maire et le producteur de porc du village, à l’occasion d’une fête foraine:

«On fait partie de la diversité tous les deux: toi tu es un mangeur de viande et moi non, mais on se respecte.»

C’est une scène qui nous rappelle que le leadership peut s’exprimer sans dogmatisme. Il se révèle aussi dans la fraternité et l’acceptation des désaccords.

On peut être en désaccord et travailler ensemble. C’est quelque chose que la joute partisane (et sa couverture médiatique) nous a malheureusement fait perdre de vue depuis quelques années.

Le quatrième élément est apparu dans la scène du repas familial chez le maire, quand lui et sa conjointe disent:

« Un maire végétarien et ne boit pas d’alcool, ça ne se voit pas souvent… Il y a peu de familles qui vivent comme nous… il faut donner l’exemple…

Il faut sortir de cette politique qui consiste à prôner des actions qu’on n’applique pas soi même…

… il faut se rappeler de Ghandi qui nous a dit que l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. »

Le maire nous rappelle de cette façon à quel point la légitimité de l’action politique est liée à la cohérence de ses principaux acteurs.

Il me semble probable qu’un manque de cohérence perçu entre le discours et l’action des vieux partis politiques soit la principale cause du résultat des élections du 1er octobre.

«Il faut se méfier de l’écart grandissant entre le discours professé et le discours pratiqué», me disait un ancien professeur. Ça devra certainement faire partie de la réflexion du Parti Québécois et du Parti Libéral.

Le cinquième et dernier élément que j’ai choisi de retenir a été soulevé par l’agriculteur conseiller municipal:

«[Le maire] a une idée à la seconde. On a parfois de la difficulté à le suivre. Il faut parfois freiner un peu, sinon il peut un peu déraper quand même… (rire), mais on le soutient et on est fier de notre village.»

On peut exprimer des doutes, voire des désaccords, avec quelqu’un et continuer à l’appuyer dans son travail en faveur du bien commun.

J’ai envie d’ajouter un sixième élément, qui se dégage de façon plus implicite des échanges avec les citoyens:

Le rythme auquel on fait les choses n’est pas sans importance.

La modification de notre rapport au temps est peut-être aussi une étape essentielle de toute véritable prise de conscience environnementale (tant au plan individuel que collectif).

Je pense qu’une des grande leçons du film, c’est qu’on peut se réapproprier le temps. Le temps n’est pas une contrainte, c’est quelque chose qu’on peut modeler par nos choix.

Plusieurs de ces éléments sont d’ailleurs regroupés dans le petit guide auquel le maire fait référence dans le film. Le guide est facilement accessible sur le site Web du village.

Le guide regroupe 21 actions qui se déclinent en trois sections:

  • Autonomie intellectuelle
  • Autonomie énergétique
  • Souveraineté alimentaire

Je trouve que c’est un remarquable résumé de ce qui devrait inspirer les partis politiques québécois dans leur façon d’aborder les enjeux liés aux changements climatiques.

Je ne peux pas finir mes commentaires sur le film sans souligner ce qui est pour moi la plus belle scène du film (et la plus forte symboliquement): la jeune boulangère qui joue du piano dans son atelier pendant que le pain cuit, et son sourire en décrivant son mode de vie à Ungersheim:

«Être boulangère ici, c’est juste extraordinaire».

***

LE MOUVEMENT DES VILLES EN TRANSITION

Je propose de s’éloigner maintenant du film pour approfondir un peu ce qui caractérise le mouvement des villes en transition.

Je souligne que Écosociété a publié quelques livres sur le sujet, mais pour les besoins de ce soir, je me suis plutôt inspiré à la page que Wikipedia consacre au mouvement — et à laquelle vous aurez facilement accès dans les prochains jours.

Le concept clé du mouvement des villes en transition est la résilience.

Dans ce contexte, la résilience est entendu comme la capacité d’un milieu de vie, d’une ville ou d’un village à traverser une crise économique ou écologique.

Le mouvement tente de répondre en particulier aux risques associés à une crise énergétique liée au pic pétrolier et aux changements climatiques.

Concrètement, pour les adeptes de la transition, la résilience est la capacité d’une ville ou d’un village à ne pas s’effondrer aux premiers signes d’une pénurie de pétrole ou de nourriture.

Un enfant le dit avec candeur dans le film: «Je suis fier de vivre à Ungersheim, parce que quand il n’y aura plus de pétrole, nous on sera plus avancé.»

Il est important de comprendre que les notions de transition et de résilience sont, dans cette perspective, profondément différente, voire contradictoire, avec celle de développement durable, qui est généralement celle qu’on met de l’avant au Québec.

Par exemple, une communauté qui récupère massivement ses déchets (de plus en plus de déchets) pour les expédier en vrac dans un centre de tri réduit peut-être sa pression sur l’environnement, mais ne devient pas plus résiliente pour autant.

Pour travailler sur sa résilience, elle ferait mieux de transformer localement ces matières recyclable en matériaux d’isolation, par exemple.

En ce sens, l’originalité du mouvement des villes et villages en transition, par rapport plusieurs autres mouvements écologistes tient en quelques points, qu’il me semble important de nommer.

C’est un mouvement qui s’appuie sur une vision optimiste de l’avenir.

Pour le mouvement des villes en transition, les crises annoncées sont vues comme des opportunités pour changer de façon positive la société actuelle.

C’est une vision qui diffère d’autres courants écologistes qui adoptent plutôt un point de vue pessimiste, décrivant un avenir sombre qui aura pour conséquence de réduire notre qualité de vie actuelle — et qui a souvent pour conséquence de déprimer les gens et de leur faire croire qu’ils sont impuissants devant l’avenir.

C’est un mouvement qui concerne l’ensemble de la communauté.

Pour les transitionnistes, le changement ne peut pas venir seulement d’une somme de gestes individuels. Et pas seulement non plus des autorités politiques, par l’entremise de législations. Il ne peut être le fait que d’un engagement collectif, d’une rencontre des citoyens, dans l’action.

C’est un mouvement qui adopte un point de vue psychologique.

C’est un des éléments particulièrement original du mouvement, qui plaide qu’il faut s’attaquer à notre usage déraisonné du pétrole comme on aborde les dépendances toxicologiques et qu’il est fondamental de tenir compte des craintes, du désespoir et du déni devant les défis environnementaux avant d’espérer susciter l’engagement des gens.

Le mouvement s’appuie sur la conviction que le principal frein au passage à l’action est le sentiment d’impuissance et d’accablement que provoquent les catastrophes écologiques annoncées. C’est quelque chose pour lequel les médias pourraient manifestement faire preuve d’un peu d’autocritique…

Le modèle des villes en transition fait appel à la psychologie en adoptant une vision positive et en offrant, dans l’action, des espaces où les personnes peuvent exprimer leurs craintes, tout valorisant leurs actions et en célébrant autant que possible les avancées collectives, même modestes.

Pour faire face aux changements climatiques on a besoin de citoyens qui ont confiance à l’avenir, malgré les défis importants, qui savent qu’ils peuvent avoir une influence sur la suite des choses et qui, de ce fait, n’hésitent pas à se mettre à l’action.

Parce que c’est généralement en marchant qu’on trouve son chemin… et que quand on cherche activement des solutions on finit toujours par en trouver.

***

CONSIDÉRATIONS MÉDIATIQUES ET POLITIQUES

Je crois que les médias devraient s’inspirer des grandes principes de la transition. Ils devraient être plus conscients de leur influence sur la mise en marche des citoyens. En adoptant une approche fataliste et présentant les défis climatiques comme des menaces pour notre qualité de vie, je pense qu’ils compliquent le problème plus qu’ils n’aident à le résoudre.

Chaque fois qu’on suscite la peur ou qu’on déresponsabilise les gens on s’éloigne d’une solution aux changements climatiques.

Comme Cyril Dion le décrit bien dans son Petit manuel de résistance contemporaine, notre façon de raconter les histoires, et de présenter les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont pas neutres.

Les partis politiques gagneraient aussi à s’inspirer des principes de la transition. Ils devraient consacrer leurs énergies à créer des conditions favorables à l’action citoyenne plutôt qu’à revendiquer la supériorité de leurs propres solutions.

Ils faut tout faire pour que les gens sentent qu’ils peuvent faire quelque chose, que c’est en se retroussant les manches, ensemble, à l’échelle locale, qu’on va pouvoir relever les défis des changements climatiques. Pas en attendant l’impossible de la part de nos politiciens ou d’insaisissables autorités internationales.

Les citoyens doivent évidemment pouvoir compter sur l’intervention de l’état devant les changements climatiques, mais le rôle de l’État doit être de soutenir et d’accompagner pas d’entretenir l’illusion qu’il pourra régler le problème à la place des citoyens.

Pour que la transition fonctionne, il faut simplifier l’administration de l’État pour la rapprocher des gens, éliminer les réglementations inutiles ou désuètes qui découragent la prise d’initiative, stimuler l’entrepreneuriat, offrir de meilleures protections aux gens vulnérables, assurer la solidarité des uns et des autres, redonner sa place à la culture.

Il faut créer des conditions pour permettre aux gens d’oser faire autrement, de prendre des risques, ou pour reprendre les mots de l’initiateur du mouvement des villes en transition, Rob Hopkins: «créer un lieu des possibles».

On serait bien mieux de parler de Québec comme une ville de rêves que comme une ville de rêve. Le pluriel fait toute la différence. Québec, ville des possibles.

Je suis profondément convaincu que c’est en redonnant du pouvoir aux citoyens qu’on va créer des conditions favorables à la transition. Pas en les infantilisant. Il faut favoriser tout ce qui stimule l’initiative, qui développe la confiance en soi (individuelle et collective) et qui démontre qu’on a un pouvoir sur notre destin.

C’est d’ailleurs aussi en valorisant la résilience, l’autonomie, l’estime de soi et la confiance dans l’avenir qu’on redonnera éventuellement le goût aux québécois et aux québécoises de se donner un pays. Bien plus que par une surenchère de discours  aussi passionnés que déconnectés de l’état d’esprit d’une grande partie de la population.

***

Quand je lis la conclusion de l’éditorial du Devoir du 10 octobre 2018, je m’interroge:

«…le cri d’alarme répété ad nauseam par le GIEC se cherche plus que jamais des porte-parole politiques crédibles, populaires et résolus aux quatre coins de la planète.»

Est-ce qu’il faut attendre l’apparition de leaders politiques crédibles pour que le mouvement se mette en marche ou est-ce que c’est dans le mouvement et dans l’action que vont pouvoir apparaître ces leaders?

Est-ce que les partis politiques initient les mouvements ou s’ils les accompagnent.

Devant ces questions, certains annoncent la fin des partis politiques.

Je crois plutôt dans l’apparition de nouvelles formes de partis politiques, qui comprendront mieux que leur rôle est de stimuler l’action des citoyens et non pas de se substituer à eux.

Je m’intéresse particulièrement aux expériences de ce type qui sont actuellement menées dans certains pays scandinaves.

Je crois qu’il y aurait bien plus à gagner pour le Parti Québécois de s’inspirer de ce genre d’initiative qu’à passer son temps à se colletailler avec Québec Solidaire.

L’élection municipale de 2021 sera aussi une belle occasion de réinventer cet espace politique et de démontrer la force de l’action citoyenne quand on lui offre des conditions favorables.

Photo: Untitled, oeuvre de l’artiste Sud-Coréen Kang Seok Young, vue au Brooklyn Museum en octobre 2018.

5 comments

  1. Clément, j’aimerais te demander à quel moment,l’on pourra te voir impliqué dans un parti politique pour mettre en pratique ces enseignements si appropriés…être le changement que l’on rêve.

  2. @Pierre: Pour le moment je réfléchis (ce texte en est l’illustration) et je tâte l’intérêt de diverses personnes à emprunter aussi ce genre de voies. Je me réjouirais évidemment que le Parti Québécois décide d’aller dans cette direction. Quoi qu’il en soit… il faut poursuivre encore un peu la réflexion, s’interroger sur ce que tout cela peut vouloir dire concrètement.

  3. @Sandrine: Merci! Le concept d’acte préparatoire engageant me semble extrêmement intéressant. J’ai survolé le texte, mais je le mets de côté pour approfondir très prochainement.

  4. Salut Clément, je vois de cette réflexion sur le film « Qu’est-ce qu’on attend? » comme une suite logique de tes vendredis « sandwich »: et surtout comme un appel à l’engagement politique citoyen et où tu présentes, par cette réflexion, un éclairage sur ta posture citoyen publiquement engagé actuelle. Ton texte est dense et aux entrées multiples. J’en retiens trois : la réappropriation du temps, la transition et la résilience.

    La réappropriation du temps: si le temps n’est pas une contrainte, il faut se le réapproprier en prenant en compte les conséquences des décisions et des gestes posés dans le temps alors qu’il est impossible de les caviarder. D’où l’éternel exemple de la pâte à dent sorti du tube. Je crois davantage qu’il faut parler de se réapproprier la confiance dans ses actions. Ces actions prennent appui aujourd’hui non sur des croyances mais sur nos capacités de lecture du temps actuel, sur nos capacités d’analyse de données convenus lesquelles s’appuient sur des constats ou des données éprouvées dans des contextes précis (j’ai des problèmes avec les données dites « probantes » qui souvent se contredisent selon les camps des souteneurs). C’est tout un défi de garder « espoir » et ne pas sombrer dans la nostalgie. Et c’est particulièrement vrai quand on se remémore comment , « dans le temps », il semblait être possible de partager un projet de société. La mémoire est sélective concernant « nos histoires ».

    La transition: Je comprends que tu te colles au message du film ou une cinquantaine de personnes se mettent en marche guidé par un maire maintenu au pouvoir parce qu’il est un artiste et non un technocrate comme on le voit si souvent dans des organisations qui vieillissent mal, comme les ministères qui se complaisent dans leurs règles et leurs formulaires. Je reviens au vocable « transition ». En 2019, la transition, comme la formation continue tout au long de la vie, n’est pas quelque chose de normal, mais la norme. La révolution numérique et la révolution climatique, comme nous devrions appeler cette dernière, sont permanentes et fulgurantes. L’adaptation constante au changement est la seule voie de survie. Et c’est plus d’une cinquantaine qu’il faut dans le village, mais une masse critique qui en regardant dans le rétroviseur n’est plus nostalgique mais qui porte l’espoir de la direction qu’une communauté est en train de prendre. Ce sont les pas franchis depuis Hier qui doivent aider à conforter« la résilience » c’est-à-dire cet art de savoir rebondir. Comment en faudra t-il de ces masses critiques locales, régionales et nationales pour infléchir le « tout à l’économie » ? Nous devons vraiment avoir la foi pour devenir résilient.

    Merci Clément pour ce texte qui nous amène à réfléchir et surtout à poser des gestes dans différents domaines pour bâtir la confiance chez ceux auprès de qui nous intervenons en les engageant dans un mouvement d’amélioration continue qui devient la norme, peu importe notre sphère d’influence.

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