Culture: pourquoi c’est gratuit?

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Le Devoir nous apprend aujourd’hui que l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) s’inquiète de la gratuité des produits culturels qui s’est répandue pendant la pandémie.  

L’OMPI souligne qu’il n’y avaient pourtant pas de problème d’accès aux contenus culturels, qui sont déjà largement présents en ligne et se demande alors pourquoi avoir produit autant de nouveaux contenus et presque tout balancé gratuitement sur le web.

Je pense que c’est une occasion de réaliser tout le travail qu’il reste à faire pour permettre aux différents secteurs culturels d’entrer dans l’ère numérique. On a bien sûr fait quelques pas — mais assurément pas encore les pas les plus déterminants, qui sont plus que jamais nécessaires. 

Il y a encore trop de monde qui n’ont pas compris qu’il ne s’agit plus de faire « des projets culturels numériques » mais bien de planifier une transformation en profondeur des modèles économiques dans le domaine de la culture — parce qu’il est devenu indispensable de tenir compte de la transformation des pratiques culturelles… qui sont là pour rester, pandémie ou non.

Mais pourquoi donc nous sommes nous retrouvés à devoir produire autant de nouveaux contenus pendant la crise et à les offrir gratuitement?

C’est surtout parce que nous avons depuis plusieurs années confié la promotion de la culture à de grandes entreprises internationales, essentiellement, dont le modèle d’affaire est basé sur la gratuité et la mise en valeur de la nouveauté. On a fait ça parce que c’était plus simple et que ça nous évitait de se poser un paquet de questions difficiles — mais ce sont ces questions qui nous rattrapent aujourd’hui. 

Pour exister sur Facebook (et bien d’autres médias sociaux) il faut sans cesse faire du nouveau… et le donner. C’est le prix à payer pour être mis en valeur par les algorithmes de recommandation et donc pour être vus. Pendant qu’on donne nos créations, Facebook s’enrichit en vendant de la pub et en construisant des profils de consommateurs, qu’il revend allègrement.

On a bien sûr numérisé beaucoup de contenus culturels et on a aussi produit beaucoup de contenus inédits — qui ont été mis en ligne sur les sites web de nos différentes organisations culturelles. Et il fallait le faire!

Mais comme on s’est trop souvent contenté d’en faire la promotion sur Facebook, à mesure que le temps passe tous ces contenus deviennent de moins en moins visibles, difficiles à trouver, jusqu’à être oubliés. Conséquence: beaucoup d’argent investi pour bien peu de résultats.

C’est comme ça qu’on se retrouve trop souvent dans une situation où les contenus culturels sont brièvement très visibles mais ne génèrent aucun revenu pour les créateurs, ou encore ils sont commercialisé de façon équitable pour les créateurs mais pratiquement invisibles.

Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat de nos choix.

Pour que le milieu culturel ne soit plus aussi désemparé qu’il ne l’est actuellement, il va falloir assurer une meilleure découvrabilité aux contenus culturels québécois et mettre en place des mécanismes de commercialisation adaptés aux pratiques de consommation actuelle.

Ça veut dire quoi la découvrabilité? Ça veut dire permettre à quelqu’un qui cherche une expérience culturelle (musique, lecture, cinéma, etc.) qui correspond à ses goûts de pouvoir la trouver facilement — et pouvoir se la procurer instantanément, simplement et pour un coût raisonnable. 

  • Je cherche un film québécois joyeux sur le sport…
  • Je cherche un roman policier qui se passe à Montréal, sa couverture est rouge…
  • Je cherche un livre pour enfants sur les dragons…
  • Je veux écouter des chansons québécoises sur le printemps… 
  • Je veux voir un spectacle de théâtre mis en scène par Anne-Marie Olivier…
  • J’aimerais assister à un spectacle de danse à Québec la fin de semaine prochaine…
  • Je veux voir une exposition sur le design québécois…

Assurer une bonne découvrabilité aux contenus culturels ça suppose d’abord de très bien comprendre comment les gens font des recherches sur le Web. Ça implique aussi de décrire les contenus culturels de façon adéquate (c’est un savoir-faire essentiel dans un monde numérique). 

Tout cela n’est plus un luxe, c’est devenu une absolue nécessité. 

Il y a heureusement déjà des chantiers à ce sujet (dont une mesure du Plan Culturel numérique du Québec, que j’ai le plaisir de coordonner) — mais la crise actuelle révèle à quel point il faudra aller plus vite et plus loin dans cette direction. On veut réussir à (ré)inventer des modèles économiques soutenables pour la culture — et pour les créateurs — dans un environnement qui sera de plus en plus numérique.  

Il ne suffit plus de soutenir les modèles économiques actuels pour faire face (résister) au numérique. Il va falloir transformer en profondeur les modèles économiques de nombreux organismes et entreprises culturelles pour réussir à tirer profit du numérique. Il faudra aussi aider les Québécoises et les Québécois à changer certaines de leurs pratiques en conséquence. 

Ce ne sera pas facile. Personne ne sait vraiment comment faire. Mais il va falloir passer par là, ensemble — avec une grande solidarité.

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