Un des grands plaisirs du temps des Fêtes c’est l’existence de moments libres, absolument pas planifiés. Les journées où il n’y pas d’heure.
Ce matin, j’ai survolé les notes quotidiennes que j’ai prises au cours de l’année — dans le but de faire un premier bilan personnel de 2023. J’ai aussi survolé les notes prises à la même période au cours des années précédentes.
Ça m’a rappelé le plaisir que j’ai à faire des collages. Mon activité des dernières années: prendre un exemplaire de magazine (le plus souvent le New Yorker) et faire un collage à partir des images que je trouve à l’intérieur. Et seulement ces images. Un exemplaire, un collage.
Et comme y’a pas d’heure aujourd’hui, je me suis dit pourquoi pas?
Alors hop! Colle, ciseaux, le New Yorker du 4 octobre 2021 trouvé au bas de la bibliothèque… et 45 minutes de méditation créative plus tard, voilà!
Quel titre donner à cette petite œuvre?
Après un instant de réflexion, ça s’est imposé à moi…
L’auteur fait dans ce livre un survol de quatre grands rapports au temps: le Destin, le Progrès, l’Hypertemps et le Délai — avant d’en proposer une cinquième, qu’il propose comme une forme de synthèse: l’Occasion.
Le Destin nous place dans un rapport de fatalité essentiellement déterminé par le passé. Le Progrès nous place dans un rapport ouvert avec le futur en faisant une plus grande place à liberté. L’Hypertemps se manifeste comme une présentification de l’histoire marquée par l’omniprésence du temps à travers les écrans, les horaires et le phénomène du crédit (en mobilisant aujourd’hui les ressources du futur). Et le Délai, dont l’essence est d’analyser sous l’angle « du temps qui reste », à la manière d’un un compte à rebours qui nous approche d’une fatalité.
Ce quatrième rapport au temps, de plus en plus présent dans l’inconscient collectif, notamment dans le contexte des changements climatiques, pose particulièrement problème à Pascal Chabot:
« La récente prise de conscience du Délai fait naître des sentiments inédits. (…) J’aimerais par exemple nommer afuturalgie la douleur de se sentir privé de futur. Le Délai (…) a un retentissement émotionnel et affectif profond, qui peut s’accompagner d’angoisse ou de découragement. (…)
« Quel retournement curieux, que de voir des adolescents qui n’ont même pas eu le temps d’éprouver quelque nostalgie, faire déjà profession de foi afuturalgique! Avoir le sentiment de n’avoir pas de futur quand on n’a pourtant que cela, voilà la grande perversité de l’époque, qui doit nous rendre très prudents et même sceptiques dans la manière d’user de cette catégorie.
« Le plus élémentaire des devoirs envers la jeunesse est de ne pas lui livrer un manque d’avenir, ni concrètement – ce qui signifie qu’il faut agir –, ni intellectuellement, ce qui nous oblige à déboucher l’horizon, à investiguer pour savoir si d’autres schèmes temporels peuvent naître, car le Délai ne peut être le dernier mot.
« La responsabilité morale des intellectuels est ici engagée. Il y a comme un crime contre la jeunesse que de lui répéter qu’elle est la génération des tard-venus, des héritiers du monde de l’abondance qui n’en profiteront pas, ou encore des avant-derniers. »
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Pascal Chabot rappelle d’ailleurs tout au long du livre, de diverses façons que « des rapports divers à la liberté, à l’égalité et à la qualité sont en jeu derrière [ces différents rapports au temps], et [qu’il] est important de savoir choisir et favoriser. »
Dans le dernier chapitre, il porte notre attention sur le fait que le Destin, l’Hypertemps et le Délai sont en fait trois images de la fatalité, à la différence du Progrès, qui n’y participe pas. Et tout en reconnaissant que le Progrès n’est pas non plus une panacée, « ayant été la matrice d’une lecture triomphale de l’Histoire dont on a souligné la violence », il plaide « qu’il est essentiel de souligner que les qualités humanistes qu’il porte sont précieuses et doivent être cultivées. »
La question, « cruciale pour qui n’accepte pas la fatalité », devient alors de trouver « Comment réactiver le Progrès en le réorientant ? Comment sauver le Progrès de ses errements sans le sacrifier sur l’autel des culpabilités passées ? ». Ou, dit autrement « comment faire progresser notre conception du progrès ? »
Et c’est là qu’intervient à son avis le rôle de la philosophie — de la chronosophie — dont le mode de pensée doit être l’Occasion:
« L’Occasion est le moment opportun, que les Grecs appelaient kaïros. Ils avaient compris que si l’Occasion est un schème temporel, car rien ne concerne autant la chronosophie que de savoir comment agir et à quel moment, elle n’est en rien comparable au passé, au présent ou au futur. L’Occasion est comme une sortie du temps. C’est pour cela qu’elle est le temps philosophique par excellence : elle suppose le surplomb que la philosophie peut lui donner. (…)
« L’Occasion, c’est le temps philosophique de la résolution. La prise de conscience d’une fenêtre d’opportunité, qui signifie qu’il faut agir. »
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La lecture de Avoir le temps m’a donné envie de prendre un engagement envers moi-même.
Celui de me demander, aussi souvent que possible, de quoi le moment présent pourrait être l’occasion? — comme une façon d’éviter que le rythme du quotidien détermine à lui seul mon emploi du temps.
Conclusion de tout ça: le fil conducteur de mon année 2024 sera le désir de cultiver une conscience de l’Occasion.
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Photo: un ex-libris fabriqué pour moi par Capucine Baz-Laberge
Bon, ben… je n’aurai pas complété mon défi d’écriture sous forme de calendrier de l’Avent. Force est de constater qu’il me manquait de disponibilité d’esprit. Partie remise…
J’ai reçu pour Noël un livre qui est le fruit d’un autre beau défi d’écriture qui ne se prend pas trop au sérieux: Ma vie en t-shirts, de Haruki Murakami.
Au fil des pages, l’auteur décrit sous forme de chroniques les t-shirts qui composent sa collection: leur histoire, d’où ils viennent, pourquoi il les a achetés, s’il les porte ou non (et pourquoi), etc.
Un passage a particulièrement piqué ma curiosité:
« Lequel de mes T-shirts a le plus de prix pour moi ? Je crois que c’est le jaune, celui qui porte l’inscription « Tony Takitani ». Je l’ai déniché sur l’île Maui, dans une boutique de vêtements d’occasion, et je l’ai payé un dollar. Après quoi j’ai laissé vagabonder mon imagination: quel genre d’homme peut bien être ce Tony Takitani ? J’ai écrit une nouvelle dont il était le protagoniste, nouvelle qui a ensuite été adaptée en film. Tout cela pour un dollar ! »
Je suis donc parti à la recherche de cette nouvelle, que j’ai trouvée sur le site du New Yorker. Elle a été publiée en 2002 et a simplement pour titre Tony Takitani.
C’est l’histoire d’un homme qui tombe en amour avec une jeune femme qui affectionne les vêtements de luxe de façon obsessive. Jusqu’à ce que… non, je ne vous le dirai pas… surtout qu’au moment où on pense que c’est la fin, eh bien non… un grand malaise vient s’ajouter.
C’est une histoire intrigante… que je trouve encore plus fascinante en sachant qu’elle trouve son origine dans un simple t-shirt jaune dont l’inscription avait particulièrement piqué la curiosité de Murakami.
« …plus tard, j’ai entendu dire qu’il s’agissait d’un T-shirt en rapport avec des élections. House désignait la Chambre des représentants (House of Representatives), et le « D» indiquait qu’il s’agissait des démocrates. Tony Takitani était l’un des candidats du Parti démocrate. Un jour, après la publication de ma nouvelle et sa traduction en anglais, j’ai reçu une lettre d’un homme qui me disait qu’il était Tony Takitani. Il ajoutait qu’il n’avait pas été élu mais qu’entre-temps, il était devenu avocat; il connaissait de beaux succès. »
Je me demande quel genre d’histoire un auteur pourrait inventer s’il trouvait un t-shirt avec mon nom écrit dessus.
En me levant ce matin, j’ai trouvé le lutin couché entre les pages du recueil des Fables de Lafontaine.
Il était installé à la page 246, où j’ai découvert une fable que je ne connaissais pas: Le chat, la belette et le petit lapin. C’est une histoire dans laquelle un chat est choisi pour résoudre un différend entre une belette et un lapin… et qui en profite pour les croquer l’un et l’autre!
Je pense que c’est ma fille qui m’a joué un tour pour s’inviter comme co-autrice dans la série de textes de mon calendrier de l’Avent.
Pourquoi elle l’aurait placé dans les Fables de Lafontaine? Je pense que c’est parce qu’en chiffonnant des feuilles de journal pour allumer le foyer hier soir, avec elle, j’ai mis de côté une page du Devoir qui présentait un texte invitant à relire l’œuvre du fabuliste.
Après m’être coulé un café, j’ai donc repris la page du journal pour lire l’article. Un passage a piqué ma curiosité:
« Les fables apparaissent à plusieurs comme de véritables boussoles sociales (…) En 2015, [un étudiant] en sciences politiques de l’UQAM a signé un mémoire de maîtrise intitulé État de nature et avènement de l’état civil dans l’œuvre de Jean de La Fontaine. »
Ça m’a donné envie de parcourir ce mémoire, que j’ai pu trouver facilement sur le site de l’UQAM. Une belle lecture de dimanche matin.
« [cette fable démontre] que le recours aux tribunaux peut être très coûteux et que, même, les plaideurs se mettent en danger à vouloir laisser un tiers trancher leurs litiges : le juge peut trancher en défaveur des deux parties. »
La magie de Noël m’a donné envie d’inventer une histoire dans laquelle cet étudiant est devenu conseiller politique pour le Premier ministre et qu’il s’occupe de dossiers qui pourraient nous amener à nous rencontrer… mais j’ai trouvé que ça aurait l’air beaucoup trop improbable.
J’ai reçu un nouveau message de l’ami anonyme jeudi. Un message plein de bienveillance.
Ça m’a fait réfléchir. Pas encore assez dans l’esprit de Noël… ok, ok… Alors j’ai décidé de prendre les grands moyens, et j’ai fait appel à Vince Guaraldi et Charlie Brown. Play. Ça ne peut pas nuire.
Je me suis pris un café, j’y ai ajouté un peu de Sortilège, et j’ai pris le temps de lire le nouveau Astérix, l’Iris blanc, avec les textes de Fabcaro. J’ai adoré. Ironique à souhait, plein de sourires.
C’est en relevant les yeux après avoir tourné la dernière page que j’ai vu le lutin agrippé au télescope… alors qu’on n’a pas encore sorti les décorations de Noël! Comment a-t-il pu?
Je me suis penché pour voir ce qu’il m’invitait à regarder.
Les premières glaces sur le fleuve. Quelques oiseaux pas frileux. Et un porte-conteneur dont la coque rouge tranche avec le beau blanc de la rive de Charlevoix.
Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas pris le temps de chercher un peu d’information sur les bateaux qui passent.
Hop, petit tour sur MarineTraffic, quelques mouvement de doigts, et… surprise!
Je n’en croyais pas mes yeux.
C’était Christmas II, parti d’un port inconnu, en direction de Québec, où il doit arriver aujourd’hui.
Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre…
En arrivant à l’Hôtel de Ville ce matin, j’ai vu une mitaine (perdue par un enfant?) qui avait été placée sur une tige de signalisation.
Et comme la scène me rappelait une autre photo prise il y a quelques années, j’ai sorti mon iPhone pour en faire une nouvelle photo.
Je me suis ensuite mis à la recherche d’une photo pour servir de support au texte d’aujourd’hui… en gardant toujours un lien avec celle qui accompagnait le texte d’hier
Mais malgré tous mes efforts, je n’ai vraiment rien trouvé de très inspirant…
Je me trouvais bon à rien ce soir… aucune d’inspiration… probablement sous l’effet de la fatigue.
C’est à ce moment que je me suis dit:
Franchement… plutôt que d’aller à l’Hôtel de Ville demain, je devrais peut-être aller au chalet…
Après un instant, je me suis entendu dire:
Hôtel de Ville… Chalet…
Et c’est alors que:
Chalet…
Ma foi… ça sonne comme…
Mais oui… voilà ce que je cherchais!
Et c’est à ce moment que, plutôt que de continuer à chercher une véritable photo… j’ai décidé d’en composer une nouvelle, à la manière d’un collage numérique pour lui donner une allure de rébus. Sans oublier d’y intégrer une pinte de lait semblable à celle qui était présente dans la photo de ce matin.
Et voilà:
(De) main, (j’irai au) chat lait.
Bon, Ok, Ok… je vous le concède: il est clairement temps que j’aille me coucher.
Ouf — quelle journée. Rien ne s’est déroulé comme prévu… et ça n’a généralement pas été pour le mieux!
Alors pas besoin de dire que je suis arrivé à la maison crevé, et avec évidemment encore une foule de choses à faire: suivis, courriels, téléphones… sans compter le texte de mon calendrier de l’Avent.
Je savais qu’il y aurait des jours où ce serait plus difficile, fatigué, sans trop d’inspiration. Comme ce soir.
Et pour ça non plus, ça ne s’est pas déroulé comme prévu!
Après avoir mangé une petite bouchée, je me suis assis devant la photo qui accompagnait le texte d’hier dans le but d’y trouver ce qui pourrait me servir de trait d’union vers une nouvelle image.
L’image de Léonard de Vinci? La tasse de café? Les crayons? Rien ne m’inspirait. Et j’avais beau me promener dans les photos qui se trouvent dans mon iPad et dans mon iPhone à la recherche d’une image à réutiliser… rien n’y faisait.
Toujours à la recherche de l’inspiration, mon attention s’est portée sur les enveloppes au bas de la photo.
Ça m’a fait penser que je devais sortir des timbres pour pouvoir mettre les cartes de souhaits que j’ai préparées hier après-midi à la poste.
Je me suis donc dirigé vers la pièce où j’ai travaillé, de la maison, jusqu’en novembre 2021. J’ai pris dans la bibliothèque la boîte où sont rangés les timbres… et au moment d’ouvrir la boîte… elle m’a glissé des mains et le contenu s’est répandu sur le sol.
Et là — surprise! Pas de timbres… mais plutôt un vrai fouillis! Et dans ce fouillis, une lettre inscrite sur une carte m’a sauté aux yeux! Le A sur l’As de pique! Comme celui sur la petite linogravure sur la photo d’hier!
L’image que je cherchais pour le texte d’aujourd’hui venait de se composer à mes pieds.
Je suis resté un moment à contempler le désordre.
Le fond d’un tube de crème pour les pieds; Un petit cœur en verre rouge; Le schtroumpf noctambule; Une licorne; Un écrou; Un bout de ficelle; Quelques pièces de monnaie; Un paquet d’allumettes d’expo67; Un stylo aux couleurs des Nordiques… Des Jacks, des Queens…. mais, non… aucun Kings!
Et plus incroyable encore… la maniboule refaisait surface à nouveau!
La maniboule, c’est un objet fabriqué par ma mère (il y a une quarantaine d’années), qui a le mystérieux pouvoir de réapparaître de temps à autre, sans trop qu’on sache comment ni pourquoi. Je suis certain que même si on voulait la perdre, on n’y arriverait pas.
Mais comment donc ces objets ont pu se retrouver dans cette boîte, où il devait pourtant n’y avoir que des timbres?
Quelles sont les chances qu’un paquet d’allumettes d’expo67 se trouve à partager l’espace avec un vieux tube de crème pour les pieds (qui devrait être à la poubelle depuis longtemps!), un paquet de cartes aux couleurs de Mondrian… et la maniboule?
Je me suis dit que l’Univers tentait forcément de m’envoyer un message. Une invitation à dormir plus? À rêver plus? À aimer plus? À écrire plus? À jouer plus?
Qui sait si ma maladresse n’a pas été provoquée (par qui? par quoi?) pour me plonger dans ces réflexions? Un acte manqué?
Certains lisent dans les feuilles de thé, d’autres dans le marc de café, ou dans les lignes de la main — pourquoi pas dans le contenu d’une boîte renversée?
Et c’est là que j’ai remarqué, dans l’ombre de la boîte, le jonc d’argent que je croyais perdu depuis longtemps.
Depuis quelques étés, je consacre un après-midi à récolter les différentes fleurs qui poussent sur le terrain. Je le fais généralement au début du mois de juillet, pour pouvoir comparer un peu, d’une année à l’autre, la variété et l’avancement de la floraison.
Je place les fleurs entre les pages d’une vieille encyclopédie Grolier pour les laisser sécher plusieurs mois. La conception de cet herbier annuel est aussi une activité qui me relie à l’œuvre du Frère Marie-Victorin, aux plans scientifique et politique.
Ce matin, je me suis assis à ma table de travail avec l’intention d’utiliser certaines de ces fleurs pour confectionner des cartes de Noël. J’ai pris dans la bibliothèque le tome de l’encyclopédie dans laquelle j’avais placé la récolte 2021 et j’ai tourné les pages: aster, fraisier, roses sauvages, marguerites, vergerettes, vesce jargeau — bien conservées, prêtes à être utilisées pour une correspondance. Je récolte évidemment toujours au moins deux exemplaires de chaque plante pour pouvoir en conserver au moins un exemplaire.
En sortant mon matériel, j’ai eu une première surprise: une belle petite linogravure avait été placée sur la boîte de crayon. Je ne la reconnaissais pas… au verso, une date était inscrite, qui correspond au passage de deux amies, dont les initiales sont présentes dans l’impression. Il n’était pas encore 8h et la magie était déjà présente dans la pièce.
Pendant le survol de la récolte, une page m’a particulièrement frappé. La disposition du trèfle des champs séché m’a rappelé la couverture de Les villes de papier, de Dominique Fortier. Un merveilleux petit livre en hommage à Emily Dickinson.
Mais la véritable surprise ne s’est manifestée que quelques instants plus tard… quand j’ai réalisé qu’au bas de cette page de l’encyclopédie, il y avait la définition du mot violette… qui me permettait de faire le lien avec la photo d’hier. Magie, magie!
C’est quasiment comme si le calendrier de l’Avent existait déjà et qu’il guidait mon attention pour que je puisse vous la raconter…
Ça ne fait que trois jours que c’est commencé et c’est déjà une étonnante aventure… ça promet!
J’ai toujours été fasciné par les bouteilles. Surtout celles dans lesquelles on distille les projets et les rêves.
Il y en avait une sur la photo d’hier d’ailleurs. L’aviez-vous remarquée? Elle était sur la petite table derrière le divan. Une belle petite bouteille d’un vert moiré, avec un petit bouchon formé par une goutte de verre translucide.
Presque tous nos visiteurs soulèvent le bouchon pour savoir ce que contient la bouteille. La plupart la referment aussitôt, concluant qu’elle est vide et qu’elle ne sert à rien. Et pourtant! Ils ne se doutent pas qu’ils viennent même de la remplir un peu plus.
Parce que cette bouteille conserve le souvenir de toutes les personnes qui sont passées chez nous.
Il m’arrive parfois de la placer sur la table et de l’ouvrir quelques minutes pour laisser s’échapper quelques souvenirs. Le silence dans la pièce est alors plus riche, plus dense. La mémoire s’active, les émotions et les sensations refont surface.
J’ai déjà écrit au sujet d’une autre petite bouteille colorée qui me sert à remuer les idées qui ont du mal à prendre forme. Ça leur permet de prendre plus rapidement leur envol.
À cette période de l’année, on peut même dire que les idées qui en ressortent sont teintées des couleurs de Noël.
Cette bouteille sera la vedette de la photo d’aujourd’hui:
—
Si vous n’avez pas de bouteille qui ne sert à rien dans votre environnement, je vous suggère fortement d’ajouter ça à votre liste de suggestions.
C’est vraiment le plus beau des cadeaux!
—
En tant qu’êtres humains vivant en société, on préfère croire que le temps est organisé et logique. Mais notre cerveau fonctionne d’abord par analogie. L’émotion et les sensations vont faire surgir un souvenir, sans que le temps soit précis. (…)
Si on doit absolument accoler une étiquette à mon travail, je préférerais les notions de slipstream [qui] renvoie à une forme de fiction spéculative qui s’éloigne des paramètres habituels de la narration et des genres, afin de mettre le lecteur dans une situation d’étrangisation par rapport au réel.
— Louis-Karl Picard-Sioui, dans XYZ, la revue de la nouvelle, numéro 156, Hiver 2024
Je triche un peu en publiant ce texte daté du 1er décembre… parce que je l’écris le matin du 2 décembre… mais puisque l’ami m’accordait un petit délai de grâce pour amorcer le défi, je le fais sans trop de gêne. Je tenais quand même à le dire, pour ne pas me faire reprocher de jouer avec les chiffres.
Pour moi, le plaisir d’un exercice d’écriture, c’est qu’il soit rédigé avec spontanéité, en se laissant guider par le récit qui s’invente à mesure qu’il s’écrit.
Pour que ça marche, il faut trouver un point de départ — une idée, une contrainte, qui va guider l’évolution de l’histoire. Il faut aussi que ça reste assez simple… surtout s’il faut écrire tous les jours, comme ici, sous la forme de calendrier de l’Avent. Parce que trouver du temps pour écrire de la fiction, dans des journées surchargées… ce n’est vraiment pas évident.
Le projet est encore plus amusant si la construction du récit devient l’occasion de porter un autre regard sur le quotidien, à la recherche de la magie qui reste autrement enfouie dans la routine.
Tout ça pour dire que la nuit de jeudi à vendredi a bel et bien porté conseil et j’ai trouvé ce qui sera le fil conducteur pour cette fois.
Les textes vont s’inspirer chaque jour d’une photo, avec comme contrainte qu’il y ait un élément commun pour passer d’une photo à l’autre.
Et comme il faut bien commencer quelque part, je m’impose comme première photo celle que je peux prendre devant moi à l’instant où j’écris.
Qu’est-ce qui sera le trait d’union vers la photo de demain? Le chat? Mes orteils? La photo accrochée au mur? La revue posée sur le divan? Le télescope? La vue du fleuve? Le mur de lambris?
Juste au moment où je me préparais à fermer les dossiers pour aller me coucher, j’ai reçu un courriel inattendu:
Cet ami anonyme (je finirai bien par découvrir de qui il s’agit!) fait référence à un exercice d’écriture que j’avais fait en 2020 (en pleine pandémie): Mon théâtre matinal.
Tous les jours j’allais prendre une marche d’une trentaine de minutes, et je rédigeais au retour de courts récits, qui ont fini par composer toute une histoire. J’avais eu vraiment beaucoup de plaisir à le faire… et je sais que plusieurs lecteurs en avaient eu aussi.
Alors comment refuser le défi qui m’est lancé? Bien sûr que j’accepte!
Je fais confiance à la nuit pour me suggérer un bon point de départ.
C’est dur la politique — très dur même. Particulièrement quand le climat social est tendu et que les médias sociaux carburent à la polarisation des opinions et laissent libre cours à des excès de toutes sortes.
C’est dur, mais c’est beau aussi — très beau même!
La semaine qui vient de se terminer a certainement été une des plus difficiles depuis deux ans. Complexe par les enjeux qu’il a fallu aborder, périlleuse par les risques qu’elle comportait, et éprouvante émotivement pour tout le monde. On a eu le vertige, on a pleuré et on a ri — ensemble.
***
Je pense qu’on a aussi bien passé à travers parce qu’on a réussi à cultiver le sens à travers la tempête.
On a réussi à garder le cap sur le pourquoi.
Et on a assumé la vulnérabilité qui accompagne l’audace.
La politique, c’est une aventure d’équipe. L’énergie passe des uns aux autres — parfois des rôles plus discrets vers les plus visibles, parfois à l’inverse.
Ça fonctionne quand la cohésion et la solidarité sont maintenues. On y a mis beaucoup d’énergie cette semaine. Avec succès, je pense.
Le cabinet, le caucus, le maire — chacun a été là pour les autres, à un moment ou un autre.
Les échos médiatiques de la politique ne sont souvent que la pointe de l’iceberg — le plus gros du travail, ce sont les efforts qu’on consacre à cultiver ce qui nous lie les uns aux autres.
***
J’ai été ému cette semaine de voir le maire, les conseillères et les conseillers — et toute l’équipe — encaisser les résultats d’un sondage.
J’ai été impressionné par leur capacité à se soutenir — et à rebondir.
Je l’ai été encore plus par la solidarité avec laquelle ils ont encaissé une deuxième claque sur la gueule deux jours plus tard.
J’ai été fasciné par la dignité du maire à l’occasion d’un point de presse où il a réussi à témoigner avec autant d’éloquence que d’humilité de la dimension humaine de la politique (regarder en particulier à partir de 2:35; puis à partir de 19:40).
J’ai été renversé par les manifestations d’appui et de bienveillance à l’égard de l’équipe qui se sont spontanément exprimée, de toutes sortes de façon au cours de la semaine — comme quoi les médias sociaux peuvent heureusement être les vecteurs du meilleur comme du pire.
J’ai aussi été épaté par le soutien spontané d’un réseau d’alliés, certains discrets, certains plus visibles, qui ont choisi de prêter main-forte à l’équipe pour traverser la tempête — parfois même s’ils n’étaient pas d’accord avec nous sur tout. Parce que le courage stimule le courage. Merci!
Et j’ai été incroyablement fier de lire ce matin le message inspirant porté par celui que j’accompagne tous les jours dans ses fonctions — et ça, même avec un genou par terre, au terme d’une semaine éprouvante.
Pour le dire avec un clin d’œil à Quai d’Orsay, en trois mots: dignité, sens, leadership.
***
Je n’écris pas souvent ici depuis que je suis directeur de cabinet — la discrétion que m’impose mon rôle ne s’y prête pas tellement. Mais aujourd’hui, ça me semble essentiel de témoigner de la fierté que j’ai de faire partie de cette équipe incroyable.
Une équipe qui a montré cette semaine qu’elle sait passer à travers une tempête et trouver le moyen d’en sortir la tête haute, en s’appuyant sur un inestimable réseau d’alliés.
Une équipe qui s’est constituée progressivement au cours des deux dernières années et qui sait continuer à évoluer, par l’ajout de nouveaux membres qui sont venus enrichir les réflexions et inspirer d’autres façons d’agir.
Une équipe qui fait toujours de son mieux et qui accepte de se transformer pour durer, en restant guidée par les objectifs qui lient chacun de ses membres.
Je tiens à lever publiquement mon chapeau à cette équipe parce que c’est grâce à elle que je peux travailler tous les jours au genre de politique que j’ai décrit dans plusieurs textes sur ce blogue depuis vingt ans… en croyant souvent que c’était utopique! Eh ben non! On est là et on le fait!
Tout n’est pas parfait, bien sûr. On fait des erreurs, évidemment. Et on apprend, encore. Mais, comme le dit mon cousin, on continue d’avancer, ensemble, avec sens.
Et ça, c’est infiniment précieux.
***
Plusieurs amis m’écrivent ce matin pour me demander comment je me sens après cette dure semaine.
Quelle aventure! — c’est ce que je me dis spontanément quand je pense aux deux dernières années.
Deux années absolument passionnantes, avec l’extraordinaire groupe d’élu.e.s et de collègues qui forment l’équipe du cabinet de la mairie.
Au cours de ces deux années, nous avons dû découvrir, apprivoiser et maîtriser la complexité que ça représente de faire de la politique aujourd’hui.
Parce que ce n’est vraiment pas facile d’exercer la responsabilité du pouvoir politique dans un contexte où tout semble favoriser la polarisation et les controverses.
Ce n’est pas facile de privilégier le long terme, de miser sur le dialogue et la pédagogie. Pas facile de cultiver la conviction que les consultations et les débats peuvent faire naître des consensus, pas seulement confirmer ou amplifier les divisions.
Ce n’est pas facile, mais c’est incroyablement satisfaisant!
Tellement que deux ans plus tard, nous sommes plus convaincus que jamais de la force de cette approche. On constate tous les jours que c’est la meilleure façon de rassembler, de mobiliser et de responsabiliser. C’est la meilleure façon de faire en sorte que tout le monde se sente concerné par notre avenir collectif.
Il n’y a plus aucun doute dans notre esprit: il est toujours préférable d’avancer, au risque de se tromper et de devoir ajuster par la suite. Parce que devant tous les défis auxquels nous sommes confrontés, il faut chaque fois privilégier le mouvement, plutôt que le statu quo.
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Ma récente participation au dévoilement de la chaise des générations qui est destinée à l’Assemblée nationale m’a ramené à l’esprit la perception que j’avais de la politique québécoise il y a cinq ans. Très négative, pessimiste, cynique. J’avais l’impression que les gens se mobilisaient seulement contre les choses — et moi aussi.
C’est un énorme changement avec ce que je constate aujourd’hui.
Question de point de vue? Peut-être, mais je me réjouis tous les jours de voir de plus en plus de personnes et de groupes se manifester de façon positive: en faveur des choses. Je constate que de plus en plus de citoyens prennent l’initiative d’appuyer publiquement le maire et les conseillères et conseillers de Québec Forte et Fière pour défendre la pertinence de nos projets. Et ça fait une énorme différence. C’est extrêmement motivant.
Non seulement ça aide à faire naître des projets et les idées, mais je crois que ça change aussi profondément la psychologie collective. C’est stimulant. Ça donne du courage. Ça aide à croire que le changement et l’innovation sont possibles. Ça crée des conditions favorables pour envisager le futur de façon positive. Ça chasse l’anxiété paralysante.
On aspire même à ce que cette énergie et cet optimisme inspirent par-delà les limites de la ville de Québec.
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Il faut évidemment du courage pour se battre en faveur du tramway — contre vents et marées — et pour travailler à l’expansion des transports collectifs et de la mobilité active, parce qu’on croit à l’importance de transformer rapidement la mobilité partout dans la ville, tant pour des raisons économiques, qu’écologiques.
Il en faut aussi pour faire face à la crise du logement et aux changements que ça va impliquer dans l’aménagement de la ville.
Même chose avec le défi de soutenir le développement économique de la ville et l’accompagnement des entreprises, tout en préservant les milieux naturels et la biodiversité.
On est déterminé à faire preuve de courage pour stimuler le développement d’un nouveau tissu économique à Québec: l’économie circulaire, des technologies vertes et susciter des innovations dans la poursuite de la carboneutralité. Et faciliter du même coup l’émergence de nouveau leaders, hommes et femmes, pour notre ville.
On va travailler avec acharnement à revitaliser des rues commerciales délaissées et à soutenir celles qui donnent déjà vie aux quartiers où elles se trouvent.
Et on va mettre la même énergie à accompagner les grands événements culturels et sportifs qui contribuent à notre qualité de vie et au rayonnement de la ville partout dans le monde.
Et ce ne sont là que quelques exemples.
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Pour continuer avec encore plus de vigueur, on aura besoin de soutien. De toutes les formes de soutien.
Et oui — aussi de soutien financier.
C’est la raison pour laquelle je vous invite à faire un don à Québec Forte et Fière, et, si le cœur vous en dit, à participer à l’événement-bénéfice qui aura lieu le 15 novembre prochain.
Si vous partagez ma conviction, notre conviction, au sujet de l’importance d’une approche courageuse de la politique; une approche positive, qui donne envie de s’engager en faveur des projets, s’il vous plaît, soutenez financièrement notre engagement.
Je sais que plusieurs craignent de s’associer à un parti politique en faisant un don. C’est pourtant un geste démocratique sain, valorisé par notre système démocratique, qui est basé sur l’existence de partis politiques et qui accorde une place d’importance au financement populaire. Ce n’est pas un geste contre les autres partis politiques, c’est un geste d’encouragement à un groupe dont l’action vous semble importante. Vous pouvez même donner à plus d’un parti politique!
Il ne faut pas craindre de soutenir un parti politique. On devrait au contraire être fier de contribuer de cette façon à la vigueur de notre démocratie.
Alors, si vous êtes fiers du courage dont font preuve le maire, les conseillères et les conseillers, et toute l’équipe de Québec Forte et Fière, s’il vous plaît, ajoutez-y un peu de votre propre courage en cliquant ici pour participer à l’événement-bénéfice du 15 novembre, au coût de 100$, ou en cliquant plutôt ici pour faire un don du montant de votre choix.
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J’ai fait pendant des années au moins un aller-retour Québec-Montréal par semaine pour des raisons professionnelles. Mais depuis deux ans, aucun. Ça rendait mon déplacement d’aujourd’hui d’autant plus spécial. Constat: je m’ennuyais du train — même trop lent, même pas assez fréquent.
Il faut dire que l’occasion rendait aussi la chose particulièrement stimulante. J’avais été invité à participer au dévoilement de la chaise des générations qui est destinée à l’Assemblée nationale. Une chaise qui a été réalisée par des jeunes de l’école de la Magdeleine, à Montréal, avec la participation de Marc Séguin, artiste, et la complicité de Frédérique Bérubé, cinéaste (qui a présenté de magnifiques extraits de film). Sans oublier le bienveillant accompagnement de l’inspirante équipe de Mères au front.
Le hall de la Maison du développement durable était plein de femmes et d’hommes de tous les âges, dont il m’a semblé que les yeux brillants témoignaient d’une belle confiance dans l’avenir — si on y travaille bien, solidairement. Il y avait même des représentants des quatre partis politiques présents à l’Assemblée nationale: les députées: Alejandra Zaga Mendez, de Québec Solidaire, Madwa-Nika Cadet, du Parti Libéral du Québec, Agnès Grondin, de la Coalition Avenir Québec, et Méganne Perry Mélançon, pour le Parti Québécois.
On m’avait demandé de raconter l’histoire de la première chaise des générations — celle par laquelle tout à commencé, en 2021, à Québec. Qui aurait pu croire à ce moment que deux ans plus tard, 69 autres municipalités auraient leur chaise des générations, une quarantaine d’autres seraient engagées dans le mouvement, ainsi que plusieurs députés, et bientôt, peut-être, l’Assemblée nationale. C’est vraiment une extraordinaire aventure qui ne fait probablement encore que commencer.
L’histoire de la première chaise, donc…
Il a fallu que je remonte dans mes souvenirs pour trouver ce que je crois être l’origine de cette histoire. Je pense qu’il faut l’associer à une anecdote survenue en 2017.
J’étais devant la télévision, à la maison, à chialer contre l’actualité et sur ce qui se passait à l’Assemblée nationale. Trop de négatif, trop de pessimisme, trop décourageant! À un moment, je me suis exclamé: « Ça n’a pas d’allure! Faut que ça change… S’il le faut, je vais aller manger un sandwich toutes les semaines devant le parlement pour que ça change! ». Ma fille de quinze ans (à ce moment-là) m’a alors regardé dans les yeux et m’a dit: « ok, fais-le si tu es sérieux. ». J’étais pris à mon propre jeu d’éducateur.
Résultat: nous avons été quelques-uns à nous relayer pendant un an, le vendredi midi, le temps de manger un sandwich, à parler de politique positive, de façon de combattre le cynisme et le pessimisme. Constat au bout de tout ça: aucun regret, ça nous a fait du bien, mais notre démarche avait trouvé bien peu d’échos.
Quelques mois plus tard, Greta Thunberg entreprenait la dorénavant célèbre Skolstrejk För Klimat. En s’installant elle aussi, le vendredi, devant le parlement suédois. Puis un peu partout dans le monde. J’ai eu la chance de voir Greta à Stockholm en 2019 — et j’ai été frappé par la force de la parole des enfants, des jeunes; par l’attention qu’elle suscitait, et par le fait qu’il était impossible d’y rester indifférent. On a vu cette force à l’œuvre à Montréal en 2019.
Au même moment, je découvrais les textes d’un philosophe australien, Roman Krznaric, qui portaient sur les dangers du court-termisme. Il insistait sur la nécessité de donner la parole à des représentants des générations à venir pour y échapper. Il nous mettait en garde: il ne faut pas coloniser le futur comme on l’a fait avec les continents, comme si personne n’y résidait. Les enfants vivent dans l’à-venir. Ses textes nous invitent à mener nos vies de manière à être de bons ancêtres. Il donnait des exemples de comment la Finlande avait mis en place un comité de jeunes, Israël un ombudsman des générations à venir, le Pays de Galles un commissaire et comment au Japon on désignait dans certaines consultations des participants avec le mandat de parler au nom des futures générations.
Je trouvais tout ça très inspirant, mais je n’avais pas de contexte pour mettre ça en œuvre.
Ça allait changer subitement en novembre 2021, quand Bruno Marchand, fraîchement élu maire de Québec, m’a demandé de devenir son directeur de cabinet — ce que j’ai évidemment accepté avec enthousiasme.
Aussitôt happés par le rythme des événements — un quotidien où tout se présente comme une urgence et où tout sollicite également l’attention… nous avons rapidement compris qu’un de nos plus grands défis serait de cultiver la capacité de prendre du recul, de mettre les choses en perspectives et de prendre des décisions à long terme.
Sans un truc, un ancrage, un symbole fort pour nous rappeler pourquoi on faisait de la politique — nos convictions, nos idéaux, le bien commun — et le courage nécessaire pour prendre les décisions en conséquence… on risquait de céder à la politique au quotidien et à la tentation de faire des choix en fonction de la prochaine élection.
C’est à ce moment que les écrits de Krznaric me sont revenus à l’esprit et, avec eux, l’idée d’inviter les futures générations dans un de nos lieux de décisions. Et c’est ainsi que l’idée est née d’ajouter une chaise dans la salle du comité exécutif, pour représenter leur présence et nous rappeler l’importance de penser à eux au cours de nos délibérations. L’idée de la chaise a probablement aussi été inspirée par le travail d’artiste de ma mère, au sein duquel la chaise joue un rôle symbolique très important.
On ne savait toutefois pas à ce moment la forme que cette chaise allait prendre. Nous avons proposé à un groupe d’élèves de l’École Sacré-Cœur, et à leur éducatrice, Noémie Ouellette, de fabriquer la chaise.
Et ils ont produit une merveille à partir d’une chaise d’occasion, qu’ils ont peinte de couleurs vives, à laquelle ils ont ajouté des branches tombées après un épisode de verglas et de feuilles découpées dans une affiche électorale. Du beau, du sens et de l’imagination. Beaucoup d’imagination — en plein ce dont nous avons besoin pour faire face aux très grands défis qui nous attendent dans les prochaines années — en particulier dans le contexte des changements climatiques.
Les élu.e.s et les membres du cabinet ont spontanément adopté cette chaise, qui a trouvé sa place au centre de la salle où nous faisons la plupart de nos délibérations. C’est un symbole qui nous aide à faire une forme de politique inspirante, qui a la capacité de réunir et de mobiliser.
La chaise est tous les jours près de nous et il arrive même qu’on s’y réfère explicitement quand vient le temps de faire les arbitrages qui sont nécessaires pour prendre plusieurs décisions. La présence de la chaise nous aide parfois à faire preuve de courage en faisant pencher la balance du côté de l’avenir, malgré les inconvénients à court terme.
La chaise a peu à peu fait parler d’elle dans les mois qui ont suivi, notamment dans Le Soleil, jusqu’à ce que Nathalie Ainsley communique avec moi pour me dire que Mères au front avait envie de soutenir l’idée et de favoriser sa diffusion partout au Québec. Ce à quoi nous avons évidemment décidé de prêter notre concours avec enthousiasme.
Et c’est là que s’arrête l’histoire que j’avais la mission de raconter aujourd’hui. La suite de l’histoire continue à s’écrire tous les jours, avec des élèves de partout au Québec et avec le soutien de Mères au front (il faut voir la page de leur site web qui est consacrée à la chaise!). Je trouve que c’est à la fois émouvant et une grande source d’optimisme.
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Il va sans dire que je trouverais extraordinaire que la chaise présentée avec forte conviction aujourd’hui par les jeunes de l’école de la Magdeleine trouve sa place à l’Assemblée nationale. J’y crois. La présence des représentantes des partis me donne confiance qu’elle trouvera son chemin jusque là.
Il me semble que ce serait un symbole fort pour la démocratie, pour inviter les jeunes à s’y engager et à croire en sa capacité de changer le monde, pour le mieux.
On en aurait bien besoin à un moment où l’anxiété devant l’avenir risque plutôt de provoquer une spirale de désengagement qui compliquerait encore un peu plus les choses.
Je suis convaincu que c’est avec le sourire et les yeux brillants, comme ceux que j’ai vus aujourd’hui, qu’on a les meilleures chances de relever les nombreux défis qu’on a devant nous.
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Avant de reprendre le train vers Québec, j’ai accordé une entrevue à Janic Tremblay, qui devrait faire partie d’un reportage sur les chaises des générations pour l’émission Tout terrain (probablement diffusé la fin de semaine prochaine). Nous avons notamment parlé de caractéristiques communes à plusieurs des chaises réalisées par les jeunes. Nous avons aussi abordé le fait que les chaises n’apportent pas de réponses aux élu.e.s — leur présence ne détermine pas leurs décisions… elles permettent surtout de poser les problèmes un peu différemment, en apportant un peu de perspective — et qu’il est important de garder à l’esprit que « les représentants des générations à venir » ne penseront pas tous de la même façon… pas plus que « les jeunes », « les femmes » ou « les aînés », ne forment aujourd’hui des groupes monolithique. À suivre…
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J’ai envie de conclure en partageant un extrait du message que j’ai partagé avec le caucus et l’équipe du cabinet en quittant Québec ce matin — parce que c’est aussi chacune d’elles et chacun d’eux que je représentais à Montréal:
« C’est un très grand honneur pour moi de vous représenter — de nous représenter, tous et toutes — à cette occasion.
Comme je vous le disais, trop rapidement, la semaine dernière, je vois le mouvement qui naît autour de la chaise comme un reflet de l’influence que notre approche peut avoir par-delà les limites de la ville. Ça témoigne que notre façon de faire de la politique peut inspirer. Si des gens ont envie d’emboîter le pas, c’est parce que vous êtes inspirantes et inspirants à voir aller.
Il faut s’en souvenir quand on a l’impression d’être embourbés dans des dossiers précis, qu’on fait face à des difficultés qui nous résistent. Parce que notre action dépasse ces frustrations. Nos gestes ont souvent une portée beaucoup plus large qu’on le croit au moment de les poser.
Nos sourires sont plus forts que nos grincements de dents. »
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J’ai vraiment passé une très belle journée. Pleine de sens. C’est précieux.
Bravo et merci aux élèves de l’école La Magdeleine, à tous ceux et celles qui les ont accompagnés — et à Mères au front pour tout le travail, partout au Québec!