Facebook, non merci!

En réponse à la question de Mario…

Disons-le d’entrée de jeu, Facebook est un environnement de mise en réseau d’une redoutable efficacité. C’est un des systèmes les plus impressionnants que j’ai vu sur le Web depuis plusieurs mois, voire des années. Je continue d’ailleurs à l’explorer, poussé à la fois par le besoin de comprendre son fonctionnement (fascinant!) et par une forme d’addiction caractéristique de tous les systèmes qui s’appuient sur le partage continu d’information entre « amis ».

Bien sûr que Facebook permet d’interagir avec les gens — de le faire mieux, ça je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook regroupe des gens de qualité — permet-il d’échanger autrement avec eux, je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook est un outil qui permet de soutenir le développement d’une communauté d’apprentissage — mais à quel prix?

Mais à quel prix?

Au prix d’accepter que les gens qui contrôlent le déploiement de mon réseau puissent commercialiser librement tous les renseignements qu’ils possèdent à mon sujet — ceux que j’ai accepté de leur confier volontairement comme ceux qui se révèleront de l’usage que je fais de leur système (et qui se multiplient de façon effarante à mesure que se développent des applications en vertu de la Facebook Platform for third-party developers).

Parce que la clé de voûte de tout le système Facebook est l’invraisemblable espace de confiance qu’ils ont réussi à créer et qui fait en sorte que les utilisateurs acceptent de divulguer librement — et sans aucune précaution— un très grand nombre de renseignements personnels, sur lesquels ils n’auront plus aucun contrôle par la suite (ni le lendemain, ni dans cinq ans ou dans dix ans). Pire, le système amène même insidieusement les utilisateurs à accepter que ces renseignement soient transmis à des tiers presque sans notre autorisation — et qu’elles soient mises à jour au fil du temps, pratiquement à leur insu. Je pense que c’est comme une moissonneuse de renseignements personnels qu’on peut le mieux décrire Facebook d’un point de vue économique.

Et c’est là que je sors de ma zone de confort. C’est là que je décroche. C’est là que je choisi de ne pas miser sur un système aussi dangereux — aussi puissant soit-il.

C’est là que je choisi de ne pas m’appuyer sur un système auquel je n’accepterais pas d’exposer un enfant ou un ado — parce que je pense qu’il n’est pas possible, à ces âges d’évaluer les conséquences des traces qu’on laisse dans pareil système.

Évidemment, je mesure bien la limite de mon argument, parce que les jeunes n’attendent pas qu’on les invite pour investir ces lieux enchanteurs, et je ne veux pas abdiquer mes responsabilités d’éducateur. À l’évidence, ils faut apprendre aux enfants et aux ados à maîtriser leur identité numérique! — mais je ne pense pas que Facebook soit un bon endroit pour le faire — trop rapide, trop opaque, trop mystificateur et, surtout, trop peu maîtrisable par l’utilisateur.

L’attrait de pareils systèmes ne doit pas nous faire oublier que ce n’est pas par hasard si un grand nombre de pays ont mis en place des lois pour encadrer le droit de chacun de contrôler, un tant soit peu, l’information qui circule à son sujet.

Il y a des dangers bien réels associés au développement des bases de données de renseignements personnels. Nous pourrions en parler longuement — et sans doute cela sera-t-il utile de le faire prochainement — mais pour le moment, la non prise en compte de ces dangers dans l’environnement Facebook me semble suffisante pour en décourager l’utilisation de façon assez générale.

…sinon pour favoriser sa compréhension dans une perspective éducative, ce qui m’autorise à continuer à l’utiliser avec modération — heureusement, aie-je envie d’ajouter avec humour!

Plus sérieusement, je pense qu’il ne faut pas détourner notre attention, c’est encore dans les blogues, les fils RSS et les wikis (sous leurs diverses formes) que se trouvent les outils dont nous avons besoins pour inventer de nouveaux contextes éducatifs mieux adaptés au XXIe siècle. Il faut continuer de miser sur des outils qui accordent un beaucoup plus grand contrôle aux utilisateurs. Cela me semble absolument indispensable dans un contexte où l’éducation doit plus que jamais s’appuyer sur la créativité, la solidarité et la pratique de la liberté.

Dans ce contexte, Facebook… non merci!

17 commentaires

  1. Je partage absolument ton point de vue, Clément. Excellent billet, en passant, qui place l’intégrité avant l’efficacité (si efficacité il y a). Je suppose que tu as vu cette présentation du côté sombre de Facebook :

    http://albumoftheday.com/facebook/

    Vrai ou faux, je n’en sais trop rien. Mais cela fait réfléchir.

    Personnellement, le caractère fermé de Facebook m’irrite au plus haut point. Et puis, cette façon de galvauder le principe de l’amitié! Derrière le paravent des réseaux sociaux, en regardant par les fentes, on aperçoit une volonté de commercialisation, d’égotisme et de popularité qui exploite les faiblesses de la nature humaine.

    Pour l’avoir essayé, je ne vois rien dans Facebook que je ne saurais faire avec d’autres applications, en laissant aux membres de ma communauté le choix de leurs outils, et pour lesquels je devrais sacrifier encore davantage de ma First Life.

  2. Merci pour ce texte dans lequel on sent le «vrai» Clément! Je reste encore ouvert à découvrir certains aspects de Facebook mais il y a tellement de bruit dans ce système que c’est difficile d’y voir une utilité réelle. C’est certainement bon pour les amateurs de bebelles et les égocentriques mais, fondamentalement, en quoi ça peut nous aider à avoir une meilleure vie? La preuve reste à faire.

    Tout à fait d’accord avec toi au sujet de l’importance de certains outils tels les wikis, les blogues et le RSS. Je les vois de plus en plus comme des amplificateurs et des catalyseurs de ce qui se passe dans le monde physique et en celà, ils acquièrent une indéniable pertinence.

    Des outils pour faciliter le dialogue, l’apprentissage et l’ouverture: voilà ce dont nous avons bien besoin. Est-ce que des patentes pour dires à nos pas-si-amis-que-ça que nous sommes en train de nous décrotter le nez tout en faisant la promo d’un service ou d’un produit valent la peine que l’on s’y investisse? Il y a assurément des moyens et des outils qui permettent de garder vivants nos réseaux en communiquant une information moins futile et superficielle.

  3. Merci à vous d’avoir commenté.

    Clément, moi aussi je trouve que ton titre («non merci!») est en décalage avec ta position. Je sais bien que tu te méfies (moi aussi d’ailleurs), je vois aussi que tu parles de «quitter ta zone de confort», «de décrocher»… mais je suis sûr que tu vas continuer de t’intéresser au cheminement de l’environnement Facebook malgré le «non merci!». Entre ne pas «appuyer un système» et laisser les jeunes aller sans les accompagner, je suis sûr que tu vas continuer de jeter un oeil et tenter d’éduquer de l’intérieur.

    Je ne vois pas «blogue et wiki» ou «Facebook». Il me semble que nous pouvons porter un peu d’attention à ce qui se passe chez l’un sans renier l’importance des autres lieux qui doivent conserver notre attention privilégiée. Surtout que les gens que nous voulons influencer migrent en partie sur cet environnement… quitte à passer pour un «amateur de bebelles égocentriques». Je vois d’autres utilisations sur Facebook que ceux que nomme JSB; je ne commenterai pas sur le «décrottage de nez»… c’est trop facile de rester accroché sur ce volet de l’utilisation. Si j’avais découvert les blogues par Skyblog, j’aurais probablement passé tout droit d’un truc qui a beaucoup transformé ma vie professionnelle. Je ne compare pas les deux phénomènes, mais suis-je si touriste de croire que je me dois de mieux comprendre ce qui crée cet «invraisemblable espace de confiance qu’ils ont réussi à créer»?

    Merci encore pour votre spontanéité; même si j’ai l’air de celui qui défend Facebook, je suis tout aussi inquiet que toi Clément de ce qui s’y passe.

  4. Héhé! On dirait bien que tu as été un peu piqué par mon commentaire, Mario ;-) Par «vrai Clément», je veux dire que je ne sens pas qu’il a un agenda derrière son texte.

  5. Un exemple de « moissoneuse » qui pousse à la méfiance :
    http://www.flipviewer.com

    Petit plugin sympa, mais…

    6. Collection of Viewing Information. You acknowledge that you are aware of and consent to the collection of your viewing information by E-Book and/or the provider of the content being accessed via the Software during your use of the Software. Viewing information includes, without limitation, the time spent viewing specific pages, the order in which pages are viewed, the time of day pages are accessed, IP address and user ID. This viewing information may be linked to personally identifiable information, such as name or address.

    De l’importance de lire les conditions d’usage…

    Pour moi, c’est clairement « non merci! »

  6. Je me suis inscrit sur facebook et j’ai y trouvé et associé quelques relations. Seulement voilà, par la voie de l’un de mes amis qui avait des problèmes avec un créancier, nous avons tous été aspergés d’insultes jusque à nos mails personnels ! L’horreur absolue. Aussi, comme d’autres, je me retire de ce site. Mieux vivre caché, mieux vivre heureux !

  7. Lol, facebook te profile pour mieux cibler ses annonces publicitaires. Tu crois franchement qu’ils en ont quelque chose à foutre de toi? Ridicule.

  8. Facebook est une formidable machine à renseignements.. vous pouvez vous inscrire sous un faux nom bien sur et espionner ka masse de moutons qui ont la gentillesse d’afficher leur « fiche technique », leurs photos et leur orientation sexuelle, politique, religieuse…
    si vous etes mechants, vous pouvez copier coller les photos et les renseignements et éclater à volonté vos « amis ».
    si vous etes encore plus mechants, vous pouvez creer un profil, du nom d’un ami à vous qui n’est pas inscrit et l' »éclater » à coup de photos diffamatoires etc…
    méfiez vous de facebook, personne n’est plus à l’abri d’une violation de vie privée, qux répercussions psychologiques parfois désastreuses

  9. Exactement et entièrement d’accord avec tout ce que j’ai pu lire dans ce billet.
    Pour ma part, je résiste encore comme vous ici à ce Facebook.
    Et je remarque une chose assez inquiétante : la séparation entre d’un côté les utilisateurs de Facebook, et « les autres ». En clair, je vais prendre mon exemple. Je suis actuellement en échange international, et la plupart des étudiants ne communiquent plus que via leur réseau Facebook, m’excluant moi, et quelques autres de soirées et autres informations importante, mais dont je ne suis jamais mis au courant, bien que mon mail soit visible dans les mailing de l’école.
    C’est vraiment inquiétant je trouve parce qu’on se retrouve avec une communauté qui se replie sur elle-même, celles des utilisateurs de Facebook, qui font leurs trucs entre eux, à leur risques et périls qui plus est, tandis que les autres sont peu à peu exclus de certains aspects de la vie sociale.

  10. Facebook m’est apparu comme un phare dans la nuit.

    J’ai ouvert un compte Facebook en donnant un minimum d’information (+/- exactes, j’en conviens, mais quand on est dans le noir, on s’abstient…)

    J’ai retrouvé qui je devais retrouver, et je me suis retirée.

    Et Facebook s’est dissipé comme la nuit à la venue de l’aurore.

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