Le fil de la mémoire des lecteurs…

Après Ça sent la coupe, je suis plongé dans la lecture de Lectodôme, de Bertrand Laverdure. Mes commentaires suivront bientôt, mais, d’ici-là, voici trois extraits d’un dialogue entre l’auteur et son éditeur, trouvé sur le blogue des éditions Le Quartanier.

« Je suis fasciné par l’apparition d’extraits de livre ou de livres entiers dans les livres. L’univers de la littérature est un univers tautologique, une vaste entreprise de relais d’œuvres. On écrit parce que nous avons lu; nous lisons pour écrire. L’ADN du style de chaque auteur correspond à ce qu’ils ont digéré des livres qu’ils ont lus. C’est pour cette raison que je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de livres mentionnés dans les romans contemporains. Nous vivons à une époque d’abondance littéraire et cet état de fait devrait se traduire par des hommages incessants aux auteurs qui nous ont frappés ou à ceux qui nous agacent. Les auteurs marchent dans une boue d’influences complexe et ils semblent avoir nettoyé leurs souliers en écrivant. »

« Je souhaite transformer chacun de mes romans en magazine contemporain de mes lectures et, incidemment, mettre de l’avant la lecture de mes collègues écrivains, mes lectures québécoises. Pourquoi? Parce que la diffusion des œuvres contemporaines fait défaut. Quelques articles sont publiés à la sortie des livres (encore, si l’écrivain est chanceux) et puis un silence de mort s’ensuit. Pourtant, la vie du livre, surtout de la fiction, repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs. Hormis les succès internationaux ou les livres populaires (Le petit prince ou Harry Potter) le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

« C’est ainsi que je me suis donné comme mission littéraire d’évoquer dans tous mes romans (Gomme de xanthane, Lectodôme et même le roman pour adolescent qui je publierai en 2009 à La courte échelle) au moins une dizaine d’auteurs québécois que je respecte, ai lus, ou admire. La curiosité intellectuelle est selon moi le premier devoir de l’écrivain. »

* * *

Quand Bertrand Laverdure dit que…

« la vie du livre (…) repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs (…) [et que] le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

…je trouve qu’il décrit très bien une des raisons qui explique que le développement de la blogosphère est aussi déterminant pour la culture québécoise — et pourquoi la dématérialisation du livre représente une opportunité extraordinaire pour la majorité des auteurs (et des éditeurs) d’ici.

ISBN | 9782923400440

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