Déambuler

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Vacances. Presque.

Le plaisir d’aller sans destination. De se laisser surprendre par les ruelles. D’accepter les invitations imprévues. De flâner.

Il y a partout des surprises quand on s’ouvre les yeux et l’esprit pour les accueillir. C’est plus facile pendant les vacances, mais ça devrait rester un exercice quotidien.

Comme cette ruelle de Québec aux allures new yorkaises où je me suis perdu la semaine dernière.

Comme ce jeune étudiant qui lit L’étranger assis au milieu d’un groupe d’immigrants volubiles dans l’autobus ce matin.

Comme ce qui m’attend, peut-être, au prochain coin de rue, derrière cet arbre, à la quarante-troisième page du livre, au fond de la tasse de thé ou en croquant ce dernier biscuit.

Les vacances c’est le pays des merveilles.

La goutte

Je suis arrivé une quinzaine de minutes à l’avance. Pour avoir le temps de souffler un peu. Il faisait chaud et je devais m’assurer d’avoir les idées claires.

J’ai fixé du regard la goutte sur la paroi du verre. Oui, celle-là.  Et j’ai tendu l’oreille. Pas pour écouter ce que les voisins se racontaient. Juste pour le bruit, pour l’ambiance. Pour saisir l’empreinte du moment.

Et soudain, il était là. Déjà.

Avant même que je puisse prendre une gorgée.

Place Saint-Germain des Prés

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Je me dirigeais d’un bon pas vers la petite Place du Québec quand mon regard a été attiré par cette vitrine. Je n’avais jamais remarqué qu’il y avait une boutique Vuitton à cet endroit, sur la droite, juste avant les Deux Magots.

Des piles de papier, des plumes et quelques dactylos, dans une mise en scène chic et de bon goût. Du grand Vuitton. Je me suis approché.

Le texte inscrit sur la première feuille qui a attiré mon attention commençait par:

Il vous est peut-être déjà arrivé de manquer un train…

J’ai repris ma route en imaginant la suite.

Ne pas courir

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Cape Cod, l’été dernier. Le panneau le précisait bien: ne pas courir.

Ne pas courir s’il vous plaît.

S’il vous plaît… mais en ajoutant tout de même un bonhomme allumettes avec les yeux en X et la bouche en O, comme pour ajouter un effet dramatique.

Il ne faut pas courir quand on est à la recherche d’un cornet de crème glacée.

Je l’ai appris ce jour là. Je le sais maintenant.

Je me demande si la chose s’applique aussi à la poursuite de nos rêves.

Salon Michel

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Trente-cinq ans.

Six fois par année. 210 fois. Moins les trois ans où j’ai vécu en France. 192 fois. Moins quelques exceptions. Disons 180 fois.

Cela fait donc environ 180 fois que je me fais couper les cheveux ici, dans le petit salon sans rendez-vous de Place Beshro, sur le Chemin Sainte-Foy.

J’avais quatre ans la première fois.

Aujourd’hui j’écris ce texte sur mon iPhone pendant que c’est mon fils de douze ans qui se fait couper les cheveux.

Le temps passe…

– – –

P.S. À mon tour sur la chaise, la coiffeuse commence son travail et me dit: «eh ben, tes cheveux commencent vraiment à être plus clairsemés sur le devant de la tête, avais-tu remarqué? ». (…) Y’a vraiment pas à dire, le temps passe…

Synthetica

Nuit de vadrouille à la recherche des souvenirs perdus.

Ici et là. Et où encore? Qui sait?

Is this my life?

Marche dans la ville. La nuit. Les néons. La foule.

Taxi! Plaça Reial. Thanks.

À l’arrivée, cette jolie fille qui monte dans la voiture que nous laissons.

Sur son t-shirt:

« Never let your dreams go out »

La voie pénétrante d’Emily Haines. Partout. La musique de Metric. Omniprésente.

Synthetica sur la Rambla. Et nous. Et nous.

I’ll shut up and carry on.

Cafe Luna

C’était l’été dernier, en famille, à Boston. Tout près du MIT Museum. Déjeuner-brunch en famille. Une journée magnifique en prologue à une semaine fabuleuse à Cape Cod.

Le cerne de la tasse de café sur la nappe de papier du Cafe Luna est vite devenu un soleil levant.

Un soleil qui a eu tôt fait de provoquer un déferlement de couleurs sur la table, pour le plus grand plaisir de la serveuse émerveillée et des autres clients.

Il devrait toujours y avoir des nappes de papier et des crayons de couleur dans les restaurants.

Automne

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Je pense que depuis sept ans j’ai pris une photo semblable chaque année, au même endroit. Entre deux rendez-vous, à la Buchemesse de Francfort — le plus souvent en terminant un hot-dog garni d’oignons frits.

Certaines années les feuilles sont plus vertes, ou plus rouges, mais chaque fois elles me reconnectent avec le Québec pendant un instant.

Elles me rappellent que l’automne s’achève à la maison, que ce sera bientôt l’hiver, qu’il faudra bientôt préparer le terrain, changer les pneus, s’habiller beaucoup plus chaudement.

Et ça me fait du bien.

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver.

— Gilles Vigneault

La seule forme de prudence convenable

Dernière journée avant les vacances.

Reste plus qu’à faire la réunion du conseil d’administration, pour adopter plan d’action et budget pour la prochaine année. Et partir l’esprit d’autant plus tranquille.

Des vacances à lire, écrire, jouer et travailler dehors, rénover — et voyager un peu.

Des vacances dont la fin coïncidera probablement avec le déclenchement d’une élection au Québec. Une élection déterminante — dans laquelle je compte m’engager pleinement. Cela me semble indispensable.

C’est tout cela — les défis personnels, professionnels et collectifs/sociaux — qui me sont revenus à l’esprit en traversant ce matin le terrain de l’Assemblée nationale, où j’ai croisé (la statue de) René Lévesque.

Ses mots m’ont touché.

Le vent

Du vent!

Du vent!

Le vent qui soulève la robe de Marilyn.

Le vent qui porte les cerf-volants; les rêves des enfants.

Le vent qui porte les paroles; les plus insignifiantes, les plus insensées, les plus indispensables.

Le ventriloque.

Le vendredi.

Un vent de changement, surtout.

C’est ce que nous avons conclu.

Une fois de plus.

Qu’il souffle!

Qu’on hisse les voiles — qu’on prenne le large!

Ralentir


Tout va trop vite, c’est bien connu. Il faut ralentir. Il faudrait. Et pourtant, ce n’est pas facile.

Je pense que le meilleur outil pour y arriver, c’est un appareil photo. Ça force à relever le regard. Ça invite à voir les couleurs, les contrastes, à sourire devant les coïncidences, les superpositions. Ça donne le goût d’écrire.

Pas facile l’hiver, à Québec. Plus facile le printemps, à Paris.

Prendre une photo, prendre une pause, écrire.