Les enseignants et les TIC: blocage ou obstacles?

Au début de l’année, le ministère du Patrimoine canadien a mandaté le CEFRIO pour formuler des recommandations destinées à guider ses actions dans le développement de contenus d’apprentissage électroniques.

Les travaux préalables à la formulation des recommandations sont apparemment unanimes: les contenus pédagogiques actuellement disponibles s’adaptent difficilement aux objectifs d’apprentissage des programmes en vigueurs dans les différentes provinces canadiennes.

La revue de littérature du CEFRIO suggère par ailleurs que « loin d’être issues d’un quelconque « blocage » des enseignants face aux TIC, les lacunes observées dans leur appropriation des technologies paraissent plutôt attribuables à divers obstacles auxquels ils doivent faire face dans leur pratique ».

La plus importante des vingt recommandations du CEFRIO (et la seule publique pour le moment) est que:

« …le gouvernement canadien ne doit surtout pas tenter de tout faire lui-même et d’être ainsi seul responsable des ressources pédagogiques mises en ligne. Il doit plutôt agir en facilitateur et supporter le développement d’initiatives locales, mais « exportables » dans d’autres régions et contextes. »

Le rapport issu de ces travaux devrait bientôt être rendu disponible par le CEFRIO. D’ici-là, pour en savoir plus: Les enseignants canadiens et les ressources pédagogiques en ligne, sur le site du CEFRIO.

REPARTIR

L’AQUOPS lutte pour sa survie. Et ça joue avec mes tripes. Sans doute parce que l’AQUOPS a toujours été là aux grands moments de ma trajectoire professionnelle: découverte de l’informatique, décision d’enseigner, décision de quitter l’enseignement, découverte de l’entrepreneuriat, apprentissage de la culture de réseau. Je me rappelle…

1980. J’entre en première année.

1981. Trois pionniers fondent une association pour les utilisateurs de l’ordinateur au primaire et au secondaire. L’AQUOPS est née.

Il s’agissait de Normand Vinet, Francis Meynard et Marcel Labelle.

1988. Un groupe auquel sont associés ces pionniers publie un document essentiel dans l’histoire de l’éducation au Québec: le rapport du groupe REPARTIR. La même année où l’ordinateur fait son apparition dans la maison familiale (un Mac SE) et où j’entreprends d’interminables concours de programmation avec mon cousin!).

1989 (ou à peu près). Mon oncle François m’invite à visiter avec lui le salon des exposants du cinq ou sixième colloque de l’AQUOPS. J’y fais la connaissance de Jean Sylvestre. C’est l’année de mon premier modem (300 bauds) et de mon adhésion au Club Macintosh de Québec.

1993. Avènement du World Wide Web. L’AQUOPS a déjà 12 ans!

1995. L’AQUOPS présente un mémoire important dans le cadre du Sommet socio-économique sur les TIC à l’école.

Septembre 1996. J’ai la chance de découvrir le métier d’enseignant avec comme directeur d’école Martin Bouchard, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier ‹ un autre visionnaire qui gravite autour de l’AQUOPS. Une année INOUBLIABLE, où j’ai aussi eu la chance de prendre part à l’organisation d’un extraordinaire camp de jour technologique (dont un précieux artefact est ici). François s’en souviens sans doute très bien aussi!

Mars 1996. Autour d’un pizza, je fais le projet avec André Girard de regrouper nos « bookmarks éducatifs » sur une affiche, pour permettre à nos collèges enseignants de se faire une image de ce nouveau monde. Deux nuits de travail plus tard, je débarque chez le cousin, qui vient de fonder iXmédia, le mettant au défi de transformer mon poster-bricolé-avec-Inspiration-quelques-feuilles-et-beaucoup-de-scotch-tape en affiche professionnelle. Deux semaines plus tard, nous débarquons, sans préavis au salon des exposants du colloque de l’AQUOPS avec un paquet d’affiches sous le bras. Je vais voir directement la seule personne que je connais sur place: Jean Sylvestre, qui nous trouve un petit coin où installer une table. Nous vendrons dans les deux jours suivant 500 cartes des ressources éducatives de l’Infobourg québécois 1.0. C’est aussi l’année du Plan Marois.

1997. iXmédia et les Éditions Septembre s’unissent pour fonder Septembre Média. Je quitterai éventuellement l’enseignement pour y travailler à temps plein.

1997 à 2000. Pèlerinages annuels au colloque de l’AQUOPS. Il est inimaginable d’en manquer un seul instant. Nous y lancerons: trois livres (notamment l’Infoduc), deux affiches, trois sites Web (notamment l’Infobourg, évidemment!) et même un magazine (les Chroniques de l’Infobourg, devenu l’École branchée). J’y fais aussi la connaissance d’à peu près 50% des gens que je côtoie professionnellement aujourd’hui. Je me souviens particulièrement de ma rencontre avec Robert David, qui pilote alors le projet Cyberscol.

2001. DeMarque achète Septembre Média. Un autre élan est donné au projet… encore et toujours à l’AQUOPS.

2002. On sent un essoufflement d’un peu tout le monde dans le milieu. Le plan Marois est terminé, les pionniers sont fatigués. Plusieurs projets tirent le diable par la queue. Malgré cela, le colloque de l’AQUOPS est de plus en plus gros. Lentement mais sûrement, je m’éloigne de l’AQUOPS.

Avril 2005. Cela fait deux ans que je ne suis pas allé au colloque. Probablement autant de temps que je n’ai pas reçu de correspondance de l’association, sinon l’annonce de chacun des colloques. Je pense que je ne m’y reconnais plus. À moins que ce soit parce que j’ai perdu la conviction que « c’est là que ça se passe ». Comme si l’énergie était ailleurs. Mon énergie est allée ailleurs en tous cas…

Juin 2005. J’apprends que l’association est menacée de fermeture. <b/CHOC.

L’AQUOPS FERMÉE? IMPOSSIBLE!

Impossible? Mais pourquoi au fond? Cela fait bien deux ans qu’elle ne fait pratiquement plus partie de mon environnement, que je me suis dit ‹ comme probablement bien des gens.

Mais j’y ai bien pensé. J’en ai parlé autour de moi. J’ai relu le document de fondation de l’association. J’ai rencontré le nouveau directeur général de l’association. J’ai relu les prises de position du président actuel et de son prédécesseur. Et je me suis fait une idée.

Non, décidément, l’AQUOPS ne peut tout simplement pas mourir. Mais il lui faut REPARTIR.

La suite de ma réflexion au cours de la fin de semaine.

P.S. En attendant, pourquoi ne pas prendre le temps de lire (ou relire) le rapport du groupe REPARTIR? (et rappellez-vous… ça été écrit en 1988!)

Fin de la discussion

J’ai été directement interpellé par Normand Péladeau plus tôt aujourd’hui dans la liste edu-ressource. Son message ne se retrouve toutefois pas dans les archives de la liste, pour une raison que j’ignore.

Établissant ce qu’il présente comme un portrait des « positions respectives » dans l’actuel débat sur la réforme, monsieur Péladeau termine ainsi son message:

« Êtes-vous d’accord avec ce portrait Monsieur Laberge? Et vous, autres lecteurs de cette liste? »

J’ai d’abord pensé répondre, parce que le portrait présenté est pour le moins injuste, mais je résisterai. Et je fais l’hypothèse que presque tous les lecteurs de la liste feront de même parce qu’ils auront constaté comme moi que M. Péladeau manque trop souvent à ce que Mario Asselin appelle le devoir d’être constructif.

Qu’importe ce que je pourrais répondre puisque, dans tous les cas, je ne pourrai que m’exposer au sarcasme de mon interlocuteur. Je pense avoir montré à plusieurs reprises mon intention et ma capacité à prendre part à une conversation de façon positive, en faisant preuve à la fois d’écoute et d’esprit critique.

Je ne nie pas la pertinence de certaines interrogations sur la réforme en cours et sur son implantation au secondaire, mais je ne peux plus accepter la tournure que prend la discussion à laquelle nous convie ses actuels détracteurs (avec pour résultats des sections commentaires fermées ici et , par exemple).

Alors à défaut de nouveaux interlocuteurs pour discuter de ces interrogations (ou d’un radical changement d’attitude des interlocuteurs actuels), je vais dorénavant me concentrer sur la poursuite de mon travail de terrain, afin d’éprouver mes convictions au contact de ceux et celles qui vivent cette réforme au quotidien.

Je persiste et signe, le devoir des intellectuels ne peut se limiter à critiquer. Il doit aussi, et surtout, être de proposer.

Voyager dans le temps

Gilles Jobin lance une invitation des plus intéressantes:

« Imaginez une machine vous permettant de remonter le temps. Cette machine ne peut vous donner qu’une heure, une toute petite heure dans le passé. À quel personnage célèbre rendriez-vous visite ? Quelles questions lui poseriez-vous? »

Ma réponse a été un peu trop spontanée, j’y ai laissé plusieurs coquilles par empressement… et je m’en excuse en vous invitant à ajouter la vôtre!

Carnets et démocratie

François résume bien l’essence du monde des carnets:

« J’insiste sur l’importance pour un blogueur d’être fidèle à ses convictions. La blogosphère est un agora. Un réel espace (par opposition à virtuel) […] où les voix s’entrechoquent et concourent ultimement à la démocratie, la vraie, c’est-à-dire celle qui repose sur le débat public. »

Il y a aussi des tonnes d’autres à choses à dire sur de nombreux autres textes publiés dans les dernières heures, par François notamment. J’y reviendrai.

Les députés à l’école…

« Nombre de députés [ontariens] passeront cette semaine une journée complète à l’école avec les élèves et le personnel enseignant […] Les députés ont terminé leurs études il y a en moyenne 34 ans, et les classes de la province ont beaucoup changé depuis lors. […] Il est important que les députés retournent à l’école pour voir de près comment les décisions provinciales en matière de politiques influent directement sur les élèves. »

Faudrait lancer le défi à Jean-Marc Fournier de lancer le même défi aux députés québécois. On fait naître un mouvement en ce sens dans la carnetosphère?

Il faut lire le communiqué complet du ministère de l’éducation de l’Ontario.

Être un filtre, pas un relais

« Des règles du jeu semblent inscrites dans [les médias] mais ne sont pas dévoilées [amenant un] retour aux combats des cirques médiatisés […] Or, une évolution nouvelle peut être pensée et transformer nos médias.

La blogosphère peut permettre ce renouveau, en autant que chacun se pense non pas comme un relais mais bien comme un filtre. »

‹ Martin Lessard, dans ce très pertinent rappel à l’ordre.

La puissance d’Internet

« La puissance de l’Internet réside davantage dans sa sociologie que dans sa technologie, c’est-à-dire dans sa capacité à faire interagir les hommes, rapidement et sans trop de hiérarchie, autour de préoccupations extrêmement diverses. »

‹ Patrick Bazin, directeur de la bibliothèque de Lyon (cité par La Feuille)

Merci à René, pour avoir attiré mon attention sur ce texte, qui est tout à fait dans l’esprit de cette conférence.

Nouvel espace politique pour Québec

Même si je savais que ça viendrait bientôt, je trouve que c’est toute une coïncidence que le site soit rendu public ce soir: politiqc.com est né.

« Ce site s’adresse aux citoyens de la ville de Québec qui souhaitent avoir l’opportunité de participer activement à la politique municipale. […] Il est né des questionnements d’un citoyen qui constate que les politiciens sont généralement inaccessibles aux citoyens ordinaires et sensibles aux groupes de pressions organisés. Et de l’expérience politique d’un ex-candidat à la mairie de Québec qui souhaite un dialogue direct et franc avec les citoyens plutôt que les filtres imposés lors d’une campagne politique. » (à propos du site)

Déjà, les premiers textes viennent alimenter mes réflexions de la fin de semaine. Lisez plutôt:

« …political blogging is a way to share the dillemas of representing people. » (Tom Watson cité ici)

« Internet donne donc la chance de parler directement aux citoyens, et de les entendre. Quel est le rôle des représentants intermédiaires de l’état quand un chef peut parler et entendre tous ses concitoyens […] les représentants de l’état devront apprendre à composer avec la nouvelle réalité du web et à en tirer parti. » (Michael Carpentier, ici)

Ce sera une expérience à suivre attentivement. Et à laquelle participer, sans doute.

Ébauche d’un manifeste

Note: de récentes discussions sur le contexte politique à Québec, au Québec et au Canada ont à la fois suscité mon exaspération et stimulé mon désir de voir se transformer de façon concrète la manière dont se vit la démocratie dans notre petit coin du monde. D’où l’ébauche de ce manifeste qui vise à policer les formations politiques qui s’accaparent aujourd’hui beaucoup trop souvent la vie démocratique.

MANIFESTE POUR L’INDÉPENDANCE POLITIQUE

Nos systèmes démocratiques donnent lieu par les temps qui courent à des votes particulièrement serrés. Pour gagner ces votes, les formations politiques polarisent des débats qui ne correspondent pas toujours aux préoccupations de l’électorat. Les élus donnent trop souvent l’impression d’être plus redevables à leur parti qu’à leurs électeurs. Comme si la démocratie représentative avait été kidnappée par la politique partisane.

Nous croyons que l’activité politique est trop fortement influencée par les médias, les sondages et les influences clandestines.

Les élus ne devraient jamais formater leurs messages en fonction des médias;

Les sondages ne devraient jamais servir à manipuler l’opinion publique;

La légitimité politique doit reposer sur l’existence d’un dialogue permanent avec l’électorat.

Or, pour faire face aux défis qui se présentent à nous il est plus important que jamais de valoriser la diversité des opinions — ce que les formations politiques arrivent très mal à faire, notamment à cause de la nécessaire, mais déplorable, ligne de parti.

Par conséquent, ce dont nous avons vraiment besoin pour changer la politique actuelle, c’est de faire élire des démocrates indépendants qui pourront plus facilement témoigner, animer et prendre position librement. Des démocrates qui pour bien jouer le rôle, devraient faire officiellement voeu de proximité.

Le voeu de proximité

En faisant voeu de proximité, un candidat s’engage, s’il est élu, à:

1. Toujours commenter le travail des autres élus de façon constructive;

2. Toujours expliquer ses décisions à l’aide de « parce que »;

3. S’adresser toutes les semaines aux personnes qu’il représente;

4. Animer tous les mois une assemblée publique destinée à ses électeurs;

5. Organiser ses rassemblements politiques dans des endroits où l’accès à Internet est facile et gratuit;

6. Ne jamais convoquer de conférences de presse;

7. Rendre publics tous les sondages qu’il pourrait commander;

8. Répondre lui-même au courrier électronique qui lui est adressé;

9. Rendre disponible une version préliminaire de tout document important préalablement à sa publication officielle;

10. Ne faire d’alliance qu’avec des élus qui ont également fait le voeu de proximité.

Faire voeu de proximité, c’est s’engager à maintenir un contact permanent avec les électeurs, c’est rejeter la critique au profit de la pédagogie et miser sur le dialogue au lieu de la confrontation. C’est reconnaître le devoir d’exprimer clairement ses opinions et de justifier ses changements de position. C’est aussi favoriser l’avènement du « journalisme citoyen » dont l’influence est nécessaire pour faire contrepoids aux médias de masse.

Le voeu de proximité est un cadre de travail dont l’exceptionnelle rigueur conférera à ceux qui l’adopteront toute la légitimité nécessaire pour modérer les ardeurs des formations politiques qui s’accaparent autrement la démocratie représentative.

Questions d’éducation… et de civisme!

Bravo à Marie-Andrée Chouinard qui dénonce clairement dans Le Devoir de demain, les enfantillages dont nous n’avons surtout pas besoin par les temps qui courent:

« De mauvais effluves de partisanerie politique ont envahi hier le Salon rouge, à l’Assemblée nationale, où se déroulait l’étude des crédits octroyés au ministère de l’Éducation. Résultat? Un cirque, une garderie — au mieux, la maternelle — et des échanges batailleurs menant au vide politique le plus déshonorant…

Ils devaient éplucher les crédits budgétaires alloués à l’éducation. Ils devaient causer réforme, réinvestissement dans les universités, religion à l’école et anglais à la première année. […]

Les discussions, qui se sont terminées à l’heure du dîner hier sans avoir véritablement permis de creuser quelque crédit que ce soit –ou si peu –, doivent se terminer la semaine prochaine. Espérons un peu plus de hauteur dans les délibérations. […] »

Vous n’y croyez pas? Lisez par vous-même!

Linux, l’Australie… et le Québec

Au moment où les discussions autour de la place du logiciel libre en éducation prennent de l’ampleur au Québec ‹ en particulier autour de la question des portails scolaires ‹ il m’apparaît important de s’intéresser également aux réflexions que mènent d’autres éducateurs sur le sujet ailleurs dans le monde.

Évidemment, les points de vue sur cette question sont à peu près aussi nombreux que les situations sur lesquelles il est possible de se pencher. C’est d’ailleurs pourquoi je préfère ne pas m’attarder aux cas particuliers et porter davantage mon attention sur les textes qui mettent en évidence les rouages qui influencent les débats et qui guident les prises de position. Autrement dit, c’est la dimension systémique de l’affaire qui m’intéresse le plus.

C’est dans cette perspective que je me suis intéressé à un texte publié il y a quelques jours dans ZDNet Australia.

Lire la suite de « Linux, l’Australie… et le Québec »

Un weblog pour enseigner la géo

Pas le temps de commenter ce soir, mais pour référence, ce texte tiré du Café pédagogique (#62):

Pédagogie : Un weblog pour enseigner la géo
Vincent Fabre, jeune professeur certifié, a mené l’expérience de la création collective d’un blog en géographie, en 5ème. L’expérience est décrite dans un mémoire professionnel […]
«Mon idée était donc à la fois de mener une pédagogie active nécessitant l’investissement de chaque élève en fonction de ses connaissances et de promouvoir une construction commune du raisonnement géographique avec un travail collaboratif. […] En outre, l’outil informatique et l’utilisation d’Internet favorisent une nouvelle relation des élèves à l’apprentissage. Le rôle du professeur est immédiatement redéfini par la configuration de la salle et par son nouveau rôle de médiateur entre l’apprenant et le support. […] »
Le mémoire professionnel
Le blog des 5èmes 6