Quand lirons-nous pareille chose au Québec?

« …je serai donc amené à faire de nombreuses propositions lors des mois à venir. Je profite de ce blog pour préciser que […] j’aimerais que ce projet ait pour fil conducteur la recherche de l’intérêt général […] C’est pourquoi je vous invite tous, lecteurs de ce blog, socialistes ou non, à me faire partager votre opinion. La structure pyramidale des partis et la concentration du système médiatique font qu’il est parfois difficile pour un militant ou un citoyen de faire entendre sa voix et de diffuser ses idées : que ce blog y contribue ! Je m’engage à vous lire, je m’engage à me déplacer aussi souvent que possible en province pour vous rencontrer, je m’engage enfin qu’à l’issue de cette année nous ayons un projet qui préparera la grande transformation sociale que je souhaite. »

Source: 2005, l’année du projet, sur le carnet de Dominique Strauss-Kahn.

Réseau de journalistes éducation…

« …créer un réseau informel de journalistes « éducation » afin de pouvoir mutualiser facilement nos infos et nos analyses. Il s’agit en somme de nous donner les outils pour susciter un peu de désir de la part de nos employeurs de lire dans leurs colonnes plus d’enquêtes et de reportages sur l’école « ailleurs ». »

Source: Amitiés francophones, sur le carnet d’Emmanuel Davidenkoff.

Le début d’une idée: un mois d’expérimentation collective (ou quelque chose du genre!)

Après avoir rédigé mon commentaire à la suite de ce texte de Mario, j’ai eu le début d’une idée. Je la partage ici, afin de voir ce qu’il est possible d’en faire ensemble.

Depuis quelques semaines, plusieurs des personnes qui gravitent autour de ce carnet ont eu l’occasion d’entendre parler ou d’expérimenter une foule de nouveaux outils qui ont en commun de « créer des réseaux sociaux à partir d’informations très simples ». À titre d’exemples:

del.icio.us: des signets (on parle de social bookmarking)
– Carnets: des réflexions diverses
– Flicker: des photographies
– 43 Things: des objectifs personnels.

Tous ces outils ont également en commun de n’être vraiment puissants que quand on les utilise en synergie avec un aggrégateur de fils Web (on parle aussi de xml-rss).

Ce sont aussi tous des outils qu’on peut regarder d’un oeil distrait, mais qu’il faut expérimenter pendant quelque temps pour évaluer leur potentiel et saisir toute leur portée.

Or, à la pièce, sans aide, cette expérimentation peut s’avérer assez complexe. Il faut du soutien, des encouragements. Un réseau.

Mon idée: faire du mois de février un mois spécialement consacré à l’expérimentation de ces outils par les personnes intéressées. Un mois qui serait marqué par l’objectif d’étendre nos réseaux en faisant un effort particulier pour permettre à des gens de s’y greffer, avec de l’aide. Pour certain, ce ne sera peut-être qu’une occasion de satisfaire leur curiosité… qu’importe. Tant mieux même!

On pourrait articuler le mois autour d’un parcours d’installation/expérimentation au cours duquel les personnes intéressées (inscription volontaire) pourraient:

Semaine 1: Découverte des fils web

1. installer un agrégateur de fils web (différentes formes/outils possible);
2. s’abonner à quelques fils web de carnets (dont celui spécialement consacré au mois de l’expérimentation)

Semaine 2: Le social bookmarking

3. s’inscrire sur del.icio.us;
4. ajouter à ses abonnements quelques fils de signets sur des thèmes qui les intéressent;

Semaine 3: Un exemple d’autres fonctions de partages et de mises en commun facilitées par les fils Web (rss)

5. s’inscrire à 43Things.com;
6. définir/rallier quelques objectifs;
7. ajouter à ses abonnements quelques fils d’informations correspondants.

Semaine 4: à voir… (suivi d’espaces d’écriture? wiki? wikipedia? tout autre chose?)

L’idée, quel que soit la forme qu’elle prendra une fois qu’elle aura fait l’objet d’une discussion, devrait être essentiellement de permettre à des gens de faire à peu près simultanément l’expérimentation de ces technologies pour que nous apprivoisions ensemble « leurs possibles ». Rien de compliqué: les intéressées s’engagent seulement à prendre une heure ou deux par semaines pendant un mois pour faire l’expérience d’une série de technologies qui les intéressent ou qui les intriguent depuis quelque temps. J’imagine des groupes d’élèves donner un coup de pouce, des personnes à la retraite profiter de l’occasion pour s’installer quelques outils, rassurer de pouvoir compter sur une hot line en cas de problèmes… Une bonne vieille corvée quoi!

Peut-être qu’il serait plus réaliste de planifier ça pour le mois de mars? Je ne sais pas. Je n’en suis pas à un mois près.

Mais quand on sait le succès que connaissent les Festivals d’installation Linux et le rôle qu’ils jouent dans la dissémination des idées du mouvement opensource, je me dis qu’on serait bien fou de ne pas nous offrir des leviers du même type.

Alors, des partants pour soutenir un peu cette idée? Ou au moins pour en discuter?

Athène, cité éducative

Via 43Things, Josh Petersen me signale cet extrait de l’Oraison funèbre de Périclès pour les premiers morts de la guerre du Péloponnèse, en rapport avec l’idée de cité éducative.

« We alone do good to our neighbors not upon a calculation of interest, but in the confidence of freedom and in a frank and fearless spirit. To sum up: I say that Athens is the school of Hellas. »

Non mais, franchement, quel bel outil de réseautage! En un rien de temps, en commentant l’objectif d’un gars de la Colombie-Britannique par rapport à la politique municipale, me voilà en contact avec un des créateurs de 43 Things. On croit rêver…

Blogs, wikis, RSS (surtout!) et le reste…

Le texte Beyond blogs, and wikis, and other hot stuff, m’a mis sur la piste de cet autre: Blogs are not the only fruit

« Looking beyond blog and wikis, many other types of tools are adopting socially connected characteristics, such as photo sharing, social bookmarking, notetaking and many other types of applications. We will need better aggregation and concept matching tools in order to pull together an increasing amount of online interaction that is becoming spread across too many places right now »

…puis de celui-ci: 10 Reasons Nonprofits Should Use RSS

RSS is in relatively early stages. The tools are still pretty raw but it pays for nonprofits, in their efforts to gain mindshare for the change they are trying to make, it get in on the ground floor of these types of communication technologies. It’ll better position you to take advantage of them as they mature and additional uses become available.

Ouf… à la fois épeurant et ennivrant de trouver des choses aussi près de mes plus récentes réflexions pour le livre.

43 Things et l’apprentissage

Intéressant début de discussion ici, entre 17 personnes qui partagent l’objectif « d’explorer comment 43Things.com peut favoriser l’apprentissage ».

Précisons que 43 Things est un système qui permet d’établir des réseaux entre personnes qui partagent des objectifs, et ce, quelle que soit leur nature (c’est ici pour en savoir un peu plus… sachant qu’il vaut mieux l’essayer quelques jours pour comprendre l’étonnante mécanique).

J’amorce pour ma part la réflexion en étant frappé par le rapprochement qu’il est possible de faire entre la métaphore des Arbres de connaissances, et la nature du réseau qui se déploie grâce à des systèmes tels que 43 Things.

La possibilité pour les membres d’une communauté de formuler, communiquer et partager facilement leurs objectifs (personnels et collectifs) m’apparaît être une dimension essentielle à l’avènement d’une véritable cité éducative. C’est dans ce contexte qu’il devient possible de discuter de ces objectifs, de s’entraider pour les atteindre, d’en négocier le degré de priorité, voire d’en faire un projet de société.

Il reste évidemment possible d’imaginer une cité éducative sans outils informatiques mais il faut admettre que ceux-ci représentent des leviers de plus en plus puissants pour y arriver. J’en suis même à penser que quand des mécanismes de développement de réseaux humains aussi puissants que ceux que j’explore par les temps qui courent deviendront largement accessibles au sein d’une communauté, nous serons inévitablement au point de bascule vers la cité éducative, qu’on l’ait planifié ou non! Presque tout restera alors à faire… mais le contexte sera (enfin) favorable. Ce jour là, ce sera plus simple d’imaginer la ville comme une cité éducative qu’autrement. On aura changé de paradigme.

Décidément… faudra que je formule une suite à ce billet qui date déjà de presque 30 mois! Parce que bien des choses ont changées dans le cyberespace depuis ce temps!

Quand la responsabilité se substitue à l’obligation

Un extrait (oublié) de la page 186 du Rapport Faure (UNESCO, 1972) dont la version française numérisée est ici.

« Nous voici portés bien au-delà d’un simple changement systémique, si radical soit-il. Ce sont les termes mêmes du rapport entre société et éducation qui changent de nature. Une configuration sociétale qui ferait cette place à l’éducation, qui la situerait à ce rang, mériterait un nom bien à soi: cité éducative. Son avènement ne pourrait se concevoir qu’au terme d’un processus de compénétration intime de l’éducation et du tissu social, politique et économique, dans les cellules familiales, dans la vie civique. Il implique que puissent être mis en toutes circonstances à la libre disposition de chaque citoyen les moyens de s’instruire, de se former, de se cultiver à sa propre convenance, de telle sorte qu’il se trouve par rapport à sa propre éducation dans une position fondamentalement différente, la responsabilité se substituant à l’obligation. »

Éducation permanente et cité éducative

Extrait du Rapport Faure (UNESCO, 1972). Page XXXV, de la version française numérisée (que m’a trouvée Jean Trudeau, merci!). L’emploi du gras est de moi.

« C’est pourquoi la Commission a mis tout l’accent sur deux notions fondamentales : L’éducation permanente et la cité éducative. Si les études ne peuvent plus constituer un ³tout² définitif qui se dispense et se reçoit avant l’entrée dans la vie adulte, quel que soit le niveau de ce stock intellectuel et l’âge de cette entrée, il faut alors reconsidérer les systèmes d’enseignement dans leur ensemble et leur conception même. Si ce qu’il faut apprendre est à réinventer et à renouveler constamment, alors l’enseignement devient l’éducation et, de plus en plus, l’apprentissage. Si apprendre est l’affaire de toute une vie à la fois dans sa durée et dans sa diversité, ainsi que de toute une société, en ce qui concerne tant ses ressources éducatives que ses ressources sociales et économiques, alors il faut aller encore au-delà de la révision nécessaire des ³systèmes éducatifs² et penser au plan d’une cité éducative. Telle est la vraie dimension du défi éducatif de demain. Il n’est pas sûr que les conservatismes culturels soient plus faciles à vaincre que les résistances économiques ou politiques Mais si, en face du prix, on mesure l’enjeu, comment refuser le combat ?

Or, de ce combat, nous possédons les moyens. »

De fils (web) en aiguilles…

Intéressante opportunité: intégrer continuellement dans un seul fil web presque tout ce que je rassemble d’information dans le cyberespace. Tant par mes lectures que par l’écriture.

Grâce à Feedburner, voici un fil web qui permet de suivre au quotidien:

– les meilleures pages Web que je découvre (et que je collige sur del.icio.us);
– les textes que je publie sur ce carnet;
– les principaux commentaires que je formule sur les carnets d’autrui (grâce à del.icio.us et à cette idée);
– les photos que je souhaite partager (et qui sont rassemblées sur Flickr).

C’est pas encore parfait… mais ça donne une idée des possibles.

Une prédiction? L’année 2005 sera marqué par l’apparition d’outils de gestion des fils Web infiniment plus évolués que ce dont nous disposons aujourd’hui. Même les plus puissants que je connais sont à la fois insuffisants et beaucoup trop compliqués… Je pense que tout reste à faire en ce domaine!

De quelle nature est l’interaction carnetière?

Par rapport à ceci, sur le carnet de Mario, et à cela, sur celui de Stéphane, je me permets de proposer la lecture de ce texte de Jill Walker, que me suggérait il n’y a pas très longtemps René Audet:

Social and Scholarly

« While direct links are part of this, they’re not the only markers of shared ideas, and I’m sure that these other more diffuse artefacts are important in the development of research and of shared ideas, although this is hard to measure.
[…] Perhaps it’s a mistake to confuse scholarly debate with the idea of social ties, or a cluster. […]

Let’s also remember the less explicit and visible ways in which ideas evolve and are shared. »

Le Québec perd un grand homme…

« Normand Maurice, celui qu’on a surnommé « le père de la récupération et du recyclage » au Québec, s’est éteint vendredi à l’âge de 58 ans à Victoriaville, victime d’un cancer […]

Normand Maurice a reçu bien des hommages, y compris le premier Phénix en environnement, décerné au Québec en 1995. Mais aucun de ces prix ou hommages ne traduit réellement la couleur du personnage, son surprenant leadership moral et intellectuel ainsi que ses dons exceptionnels de persuasion. […]

Il a été très tôt interpellé — il le racontera des dizaines de fois — par l’énormité du problème des décrocheurs scolaires et l’impuissance du réseau de l’éducation à leur faire une place. Plus de la moitié des jeunes qui arrivent au secondaire, répétait-il, en sortent sans aucun diplôme, ce qui les voue en grande partie à l’aide sociale chronique. […]

Normand Maurice fait partie de ceux qui ont amorcé sur le terrain le virage du développement durable avant que le concept n’existe et qui ont incité une partie importante de la population à devancer leurs gouvernements dans bien des domaines. »

Source: Le Québec perd un pionnier de l’environnement, sous la plume de Louis-Gilles Francoeur, dans Le Devoir du 5 janvier 2005 (texte réservé aux abonnés)

J’ajouterai seulement que l’oeuvre de Normand Maurice est aussi exemplaire qu’inspirante dans la perspective du développement de cités éducatives.

Lire aussi:

Un visionnaire en éducation et environnement

Sans diplôme, pas d’avenir – vrai ou faux ?

Surprises dans le rétroviseur

Relecture ce soir de larges extraits du rapport commandé à Edgar Faure par l’UNESCO au début des années 70. Le document, intitulé Apprendre à être, est rapidement devenu « un classique ». Il s’agit vraiment d’un ouvrage exceptionnel.

La copie que je possède appartenait à mon père. Sa belle signature orne la page de garde. Il a probablement lu ça au moment de ma naissance ou pas longtemps après puisque l’ouvrage a été publié en 1972 et que je suis né en 1973. Faudra que je lui pose la question.

Je savais déjà qu’on trouvait dans ce rapport une section intitulée « Vers une cité éducative ». J’ai même utilisé à plusieurs reprises dans les derniers mois le très court extrait suivant pour faire valoir mon projet de faire de Québec, justement, une cité éducative:

« La ville, surtout lorsqu’elle sait rester à la taille de l’homme, contient, avec ses centres de production, ses structures sociales et administratives, ses réseaux culturels, un immense potentiel éducatif, non seulement par l’intensité des échanges de connaissances qui s’y opèrent, mais aussi par l’école de civisme et de solidarité qu’elle constitue. » (p. 185 de la version française)

Je dois dire que, malgré cela, je m’émerveille de ce que m’a fait découvrir ma lecture de ce soir! En particulier:

1. Des réflexions sur « le projet éducatif » vraiment contemporaines, qui peuvent pratiquement être transposées 30 ans plus tard. Un exemple. On peut vraiment dire que toutes les bases de la réforme de l’éducation en cours au Québec aujourd’hui sont dans cet ouvrage.

2. Des propositions sur l’innovation en éducation qui appellent presque inévitablement l’utilisation de technologies inexistantes à l’époque… mais dont nous disposons aujourd’hui! Un exemple. (Je sens qu’il faudra que je précise ma pensée là-dessus!)

3. Une vision du changement qui correspond bien à celle que j’ai appris à me forger dans les dernières années et m’inspire particulièrement au moment d’écrire le livre qui me trotte dans la tête depuis tant d’années. Un exemple.

4. Aussi, une très sage invitation à ne pas se battre pour la cité éducative, mais d’en faire « un combat politique […] un appel à l’effort, à l’imagination, à l’audace conceptuel et pratique». Un extrait.

Note: comme j’ai trouvé une version anglaise numérisée du document (format pdf: 2 Mo environ) sur le site de l’UNESCO, certains extraits pourront y avoir été copiés-collés pour une raison de rapidité évidente.

Il est par ailleurs intéressant de noter que l’expression « cité éducative », choisie en français (langue maternelle de l’auteur principal du rapport) a pris la forme « learning society » en anglais.

Je dois dire que ça fait quand même un peu étrange de retrouver les sources évidentes du projet auquel on travaille activement depuis des années dans un ouvrage que lisait nos parents au moment de notre naissance…

Faut croire que l’éducation que j’ai reçue au fil des ans était au diapason des propositions de l’équipe d’Edgar Faure et que si je me reconnais dans ce texte et que j’oeuvre indéniablement à en concrétiser la vision (en bonne partie sans le savoir, jusqu’à ce soir!) c’est que j’ai vraiment appris à être de cette façon.

Faudra que je remercie (encore une fois) mes parents pour avoir été de si efficaces passeurs. Il ne me reste plus qu’à jouer humblement mon propre rôle dans cette grande chaîne de l’innovation pédagogique.

En ce début d’année 2005, je suis plus convaincu que jamais que c’est en tissant les liens entre certaines « nouvelles technologies » et l’idée de « cité éducative » que j’y parviendrai.