buzzz.tv… à la tv!

Ouf! Pour une idée apparue il y a deux semaines ce soir… (voir ici et ) Buzzz.tv déploie ses ailes à une vitesse folle!

Reportage au téléjournal… présenté par Bernard Derome… ça frappe!

Et, rappelons que comme les données générées seront publiques (tout en restant anonymes), tous ceux et celles qui le souhaitent pourront en proposer des interprétations statistiques, graphiques, etc.

Certains nous ont déjà annoncé quelques surprises… qui devraient être pas mal impressionnantes!

À suivre…

Expérience complémentaire à Buzzz.tv

On parle de buzzz.tv avec plusieurs amis par les temps qui courent, évidemment. Et il ressort d’un échange avec Rémy Charest et CFD qu’un groupe de l’Université de Sherbrooke mènera une expérience complémentaire demain soir, 1er octobre — en même temps que nous avec buzzz.tv (info déjà publiée ici à ce sujet, chez Mario, chez CFD).

Quelques extraits d’un article de la Tribune (je ne retrouve pas le texte sur le site et j’ai pas la date de publication en ce moment: à venir):

« Le débat télévisé des chefs de parti, le 1er octobre, fera l’objet d’une expérience chez les étudiants de sciences politiques de l’Université de Sherbrooke […]

Au cours des deux heures du débat, le public étudiant sera appelé, à partir de son portable, à donner constamment son appréciation lorsque chacun des chefs s’exprime, en pointant une échelle graduée de 0 à 5. […] Les données de l’ensemble des appréciations seront ensuite compilées pour donner la perception du public face aux différents chefs et à leur performance pendant le débat.

L’activité, qui se tiendra au Carrefour de l’information de l’UdeS, est organisée par un étudiant du 3e cycle en éducation, Gabriel Leboeuf, en collaboration avec le professeur titulaire Jean-Herman Guay, qui est directeur de l’École de politique appliquée de l’UdeS. »

À suivre…

(et pour ceux que cela intéresse, je tente de regrouper les textes publiés au sujet de buzzz.tv à cet endroit)

buzzz.tv

L’idée est née il y a dix jours. Autour d’une bière, avec Daniel et Carl-Frédéric. Nous jouions avec nos iPhone, nous émerveillant devant telle application, tel usage, telle possibilité… et rêvant de faire nous même un jour quelque chose avec ça. Nous avions envie d’inventer quelque chose, de participer, comme acteurs, à ce nouvel univers.

Je m’émerveillais notamment des possibilités qu’offre le iPhone pour permettre aux gens de témoigner, de s’exprimer, de partager et d’interagir les uns avec les autres de façons inédites — même plongés dans la vie quotidienne, au coeur de l’activité de la Cité.

Passant du coq à l’âne, on se disait aussi que la télé c’est (encore) tellement trop passif en comparaison avec tout cela.

Et soudainement, nous nous sommes dit: «eh pourquoi pas utiliser tous les iPhone et les iPodTouch qui se sont vendus au Québec et au Canada pour jazzer un peu le débat des chefs du 1er octobre? »

Wow! Et c’est rapidement devenu une évidence… il fallait le faire! Nous nous sommes donc retroussé les manches, nous avons commandé chacun une autre bière et nous nous sommes mis au travail. Schématisation, conception, vives discussions — de fil en aiguille le projet a pris forme.

Et dix jours plus tard, nous sommes prêts — grâce à l’équipe d’iXmédia qui, dès le lendemain a pris l’idée en main et à tout fait pour en faire une réalité.

L’idée est simple:

Se servir des dizaines de milliers de iPodTouch et de iPhone qui se sont vendus au Québec et au Canada au cours des derniers mois pour créer un nouveau genre d’interaction entre les gens qui regarderont à la télévision les débats des chefs du 1er octobre (en français) et du 2 octobre (en anglais). On a même étendu l’idée pour que tout le monde qui a un ordinateur à sa disposition puisse participer.

Il ne s’agit pas de remplacer les outils existants, mais de faire plus simple, pour permettre à tout le monde de passer de téléspectateur à participant à un événement télévisuel.

Comment ça marche?

Simple: en se branchant sur buzzz.tv, les internautes qui le souhaitent verront sur l’écran de leur ordinateur, de leur iPodTouch ou de leur iPhone trois boutons:

En appuyant sur le pouce levé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils aiment ce qu’ils entendent.

En appuyant sur le pouce baissé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils n’aiment pas ce qu’ils entendent.

Et en appuyant sur le point d’exclamation, ils pourront lâcher un grand cri virtuel — pour dénoncer ce qu’ils perçoivent être un mensonge, par exemple. Ce bouton pourrait aussi servir à signaler, de façon plus générale, un temps fort du débat — quelque chose qui dépasse le simple « j’aime / je n’aime pas ». Pas aussi clair que les deux premiers? Très/trop subjectif? On le sait… et on assume. C’est même voulu ainsi.

Cliquer sur un de ces trois boutons, c’est buzzzer, faire un buzzz.

Des graphiques traceront évidemment aussi sur l’écran, en temps réel, l’évolution des buzzz de l’ensemble des participants.

Et le plus beau dans tout ça, le plus nouveau, le plus stimulant (et le plus subversif, il me semble!), c’est que nous rendrons disponible aussitôt après le débat l’ensemble des données ainsi recueillies — brutes — afin qu’elles puissent être traitées et interprétées collectivement, grâce aux idées aux compétences de chacun.

Que pourrons-nous en faire? Je ne sais pas. Traitements graphiques? Animations? Vidéos? etc. J’attends d’être surpris!

Seront ainsi rendus publics: liste des participants (anonyme: aucune inscription requise); ensemble des buzzz enregistrés et le minutage du débat (qui parlait à chaque instant). Trois fichiers donc, dont des exemples seront diffusés en début de semaine afin de permettre à ceux qui le souhaitent de se préparer.

Toutes les personnes qui ont contribué à rendre possible ce projet — complètement ludique et expérimental, sans aucune prétention scientifique — ont leurs hypothèses sur le nombre de participants que nous pourrons avoir et sur ce que pourraient révéler les données ainsi générées. Nous avons aussi chacun nos opinions sur les limites d’un tel exercice — et nous assumons absolument tout cela!

Je ne doute pas que nous aurons l’occasion de discuter du projet et de débattre de ses forces et de ses faiblesses dans les prochains jours et les prochaines semaines… et je me garderai donc bien de le faire par anticipation… (sinon pour dire que, oui, nous savons qu’il est possible que certains groupes tentent d’influencer indûment les résultats… et que nous croyons qu’elles joueront ainsi un jeu dangereux parce que leur action sera très probablement décelable dans les données publiques).

Nous avons, la conviction d’expérimenter quelque chose de nouveau, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres interactions d’un nouveau genre entre la télé et les gens qui sont assis devant… des interactions initiées par le monde… et où il ne s’agit pas seulement faire ce que le réalisateur de l’émission à prévu. Dans les débats politiques, certainement, mais pourquoi pas aussi dans d’autres types d’émissions?

Tout cela est fait avec humilité. Nous savons évidemment qu’il y a une foule d’autres outils qui peuvent déjà contribuer à relier les gens qui partagent un moment de télé… Mais ce sera notre contribution, que nous avons du plaisir et de la fierté à partager avec le monde, d’atant plus que nous croyons qu’elle apporte quelque chose de véritablement nouveau — en particulier sous l’angle du partage des données générées.

Tout se passera donc sur buzzz.tv.

D’abord un test dimanche soir pendant Tout le monde en parle, juste pour voir si le mécanisme fonctionne bien. Ensuite on referme tout et on termine le travail.

Le site sera officiellement ouvert mercredi à 19h45 — juste à temps pour le débat en français. Les données seront rendues publiques dans l’heure suivant la fin du débat.

Une version anglaise du site sera mise en ligne jeudi pour le débat en anglais. Même modus operandi. Les données disponibles une heure après.

Et pour la suite on verra.

Mario a déjà écrit un texte sur le sujet. Carl-Frédéric le fera sans doute aussi dans les prochaines heures. Et probablement d’autres aussi — nous le souhaitons.

Pour ma part, je vous dirais que si je suis emballé par l’ensemble du projet et curieux de découvrir ce que nous pourrons apprendre de toutes les données générées (quel traitement pourra en être fait, avec quels outils, quelles méthodes, par quel genre de monde), je suis tout particulièrement intéressé par ce que pourra révéler l’usage du point d’exclamation.

Je rêve que l’intelligence collective nous permette d’identifier cinq ou six moments dans le débat qui seraient autrement passés relativement inaperçus dans le contexte d’une écoute individualisée. Je rêve aussi que nous documentions ensuite collectivement les raisons de ces pics de buzzz (dans un wiki?) ou que des journalistes se servent de ces données pour interpeller « en notre nom » les candidats ou qu’ils rédigent des articles sur ces sujets.

Ce serait, il me semble, une étape significative dans le développement d’une participation accrue des citoyens dans la vie politique telle qu’elle nous est traditionnellement rapportée par la télévision.

Peut-être que je suis naïf. Peut-être que je m’illusionne. Quoi qu’il en soit, j’ai le goût d’y croire et d’essayer. Et en plus, j’ai du fun à le faire! Et à voir le regard de ceux qui ont rendu tout cela possible cette semaine… je me dis que c’est un fun pas mal contagieux… alors on serait ben fous de s’en passer!

Et on debriefera tout ça ensemble ensuite de toute façon… quel que soit le résultat de l’expérience!

P.S. aussi, pour les habitués, buzzz.tv sur Facebook et sur Twitter

Faire entendre notre voix

Tout simplement impossible de ne pas répercuter ici le texte absolument remarquable de Wajdi Mouawad adresse aux artistes et qui est publié dans Le Devoir d’aujourd’hui:

Faire entendre notre voix

Je n’ai rien à ajouter, sinon que je pense qu’on pourrait faire une version très semblable à ce texte au sujet de ceux et celles qui consacrent leur vie à l’éducation. Et je le signerais volontiers!

Démocratie, politique… et campagne électorale

Je suis renversé par plusieurs choses que je lis depuis le déclenchement des élections. Et plus encore depuis hier — notamment tout ce qui entoure la diffusion de cette vidéo.

Je suis renversé parce que j’ai l’impression qu’on a perdu de vue ce qu’est la démocratie, la politique à laquelle elle donne forme et les élections qui sont un moment très spécifique de cet ensemble.

Pour moi:

La démocratie, c’est la conviction que les meilleures conditions du développement d’une communauté humaine reposent sur un pouvoir également réparti entre tous les membres qui la composent. C’est l’utopie fondatrice de notre civilisation.

Le système politique, c’est l’organisation qu’on se donne pour tenter d’opérationnaliser cette vision, pour la rendre fonctionnelle — pour faire en sorte que ça marche. C’est cette volonté de mettre en pratique qui nous a amené à imaginer un système de représentation par lequel une personne en représentera plusieurs autres dans les assemblées nationales… et à regrouper les idées au sein de groupes/partis politiques, notamment.

La politique, c’est la vie de l’ensemble des institutions qui constituent le système politique; c’est la vie des partis, le boulot des députés, les mobilisations des électeurs pour se faire entendre de leurs représentants et de ceux qui aspirent à le devenir et ce que les médias en rapportent.

Les élections / les campagnes électorales, c’est le moyen qu’on s’est donné pour élire ces représentants dans les différentes assemblées. C’est un moment précis, ponctuel, de la vie politique. Ce n’est pas la démocratie.

La démocratie ce n’est pas voter une fois tous les quatre ans (ou, dans notre système défaillant: quand le premier ministre le décide)… c’est le débat, continu, qui doit contribuer au développement des communautés humaines auxquelles on s’identifie.

Dans ce contexte, les campagnes électorales sont d’une certaine façon un mal nécessaire. Une période où, forcément les débats sont simplifiés à outrance, où les luttes sont âpres et où tout peut être mis en oeuvre pour faire resurgir dans la place publique les sujets que chacun croit importants. Ce n’est pas le temps des nuances. Ce n’est pas le temps de l’approfondissement. C’est le temps où on souhaite que les choses s’expriment « un peu plus crûment » que d’habitude afin de pouvoir identifier les personnes en qui nous aurons confiance de remettre notre pouvoir de citoyen pour les années à venir. Parce que c’est bien cela élire un député.

Le moment des débats, des nuances, de l’approfondissement, des idées nouvelles et des valeurs, c’est entre les élections. C’est dans les associations, dans les conseils de quartiers, dans les instances des partis politiques, dans les journaux et sur le Web, dans les blogues, les wikis, etc. que ça se passe. Dans l’espace public au sens large. Et ça demande du temps, de la constance et de l’engagement.

Et c’est parce qu’on a trop souvent renoncé à ce temps long de la vie démocratique que les campagnes électorales prennent l’importance qu’elles ont aujourd’hui et qu’on se retrouve à vouloir faire en 34 jours des débats de fonds de façon nuancée sur la place publique et sans préparation préalable.

Si la vidéo que certains décrient avait eu la prétention de faire office de position politique, ou de contribuer à un débat public sur le financement de la culture, hors d’une période électorale, je me serais sans doute rallié à plusieurs des arguments évoqués depuis hier (quelques-uns évoqués ici: simplisme caricatural, injuste opposition anglophones-francophones, anonymat relatif, etc.). Mais nous sommes à une période très précise de la vie démocratique et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser cette production: comme un moyen de faire resurgir un sujet dans l’espace public pour amener les gens à se positionner et forcer une polarisation des prises de position, pour rendre le vote plus facile le jour venu. C’est de ce dont il s’agit. Rien de plus. Et en ce sens, je pense que la vidéo joue très bien son rôle — elle force à réagir, à prendre position. C’est ce qu’on souhaite en période électorale.

En complément de cette réflexion toute personnelle — que j’ai fait d’abord et avant tout pour m’éclaircir moi-même les idées — je dirai que ce qui me semble commun aux périodes électorales et à la politique, de façon générale — à la vie politique — c’est la nécessité de faire exister des réseaux de réflexions et d’action autour des valeurs que chacun souhaite voir débattre dans l’espace public… puis devenir des motifs de différenciation des programmes politiques, et progressivement des raisons de voter pour un candidat ou un autre dans une élection.

Or, ce qui me frappe depuis quelques jours, dans ce qui me semble la première campagne électorale canadienne où les technologies et les nouvelles formes de réseaux prennent une place déterminante… c’est que les tenants des valeurs traditionnellement associées à la droite sont clairement plus forts, plus structurés et plus efficaces que les autres. Ça se voit à une foule de choses… les sites web des partis et groupes associés, la capacité de réagir rapidement, systématiquement et avec des messages clairs aux textes publiés dans les journaux, sur le web, dans les blogues, à participer aux émissions radiophoniques, etc.

Personnellement, ça me désole. Mais je dois le constater. Et souhaiter que ça nous donne une bonne leçon pour les prochaines semaines (s’il est encore temps) et pour la prochaine fois. Évidemment, sans attendre la prochaine campagne électorale… parce que c’est dans la vie démocratique, au quotidien, que ça se passe… pas pendant les élections.

Lecture du cahier Livres du Devoir

À rebours

Page F6: Louis Cornellier commente le livre de Patrick Moreau, Pourquoi nos enfants sortent-ils de l’école ignorants? J’aurais aimé écrire ce texte (l’article, pas le livre-refrain!). Bravo: « L’humanisme a une histoire, mais il doit aussi avoir un présent ».

Page F5: Je découvre que la Librairie Monet quitte l’ALQ «…dans [le cadre d’]une démarche politique […] [et pour] marquer notre désir de porter nos propres mandats pour l’avancement du métier de libraire au Québec [parce que] Monet demeure une librairie engagée et militante. » Pour avoir fait pas mal de recherche sur les librairies québécoises en ligne depuis quelques temps, je peux témoigner du dynamisme de cette librairie. Je serai curieux d’en savoir plus. Le rôle de libraire est tellement important par les temps qui courent.

Page F2, section En bref. Étrange de mentionner le site qu’Harper Collins a lancé plus tôt cette semaine sans en donner l’adresse. Cela s’appelle Authonomy et c’est ici…

Encore plus désolant (vraiment!): comment Le Devoir peut laisser passer un texte tout faux?!? Sony viendrait de lancer son premier livre électronique: le PRS505 en est pourtant à sa deuxième version et est disponible depuis deux ans! Il ne serait pas compatible avec le Macintosh: alors que je l’utilise couramment sans inconvénient et les témoignages en ce sens sont partout sur le Web! L’objet doit se vendre en principe aux environs de 300$: pourquoi le conditionnel, il est ici à 299,99$

(Je suis rassuré, je ne suis pas le seul à avoir détecté la bêtise, Yves Nadeau l’a commentée avant moi sur le site du Devoir.)

Ce qui est vrai, c’est qu’aujourd’hui, il est à peu près impossible de trouver des livres d’auteur québécois à lire sur le Sony PRS505 (ou sur tout autre livrel de ce type, parce qu’il en existe plusieurs autres modèle) et que c’est un problème culturel auquel il est important de s’attaquer sans tarder.

C’est d’ailleurs ce qui m’anime actuellement…

Et tiens, pour ceux et celles qui s’intéressent à cet univers de l’édition numérique, vous pouvez avoir des traces de ce qui retient mon attention au fil des jours en vous abonnant à ce flux RSS ou en vous abonnant par courriel ici.

Rentrée scolaire

Clément: Vous avez eu une belle journée à l’école les enfants?

Capucine, 6 ans: oui! super belle!

(silence)

Capucine: eille papa, la semaine prochaine on va avoir des devoir! (chantonnant) la semaine prochaine on va avoir des devoirs (chantonnant) on va avoir des devoirs……

(silence)

Étienne, 8 ans: tu vas voir Capucine, c’est énervant.

Capucine: non, ça va être cool!

(silence)

Béatrice, 10 ans: Ça paraît que t’es pas en cinquième année!

(silence)

Les parents se regardent en souriant.

Tout est dit.

Drôle et triste à la fois.

Science-fiction sur papier journal

Je peux me tromper… mais au rythme où se font actuellement les changements dans le monde de l’écrit, tant pour les médias que pour le livre; et dans la façon par laquelle on accède aux informations qui nous intéressent… il me semble que signer un contrat d’impression pour 20 ans relève pratiquement de la science-fiction!

Un contrat de 1,7 milliard – Transcontinental imprimera le Globe and Mail jusqu’en 2028

Vous lirez encore le journal sur papier dans vingt ans vous croyez? Pour prendra la mesure que cela représente à l’échelle temps du Web… je me contenterai de rappeler que Google fêtera ses 10 ans le 27 septembre (source).

L’utopique (mais pourtant nécessaire) cité éducative

Dans son texte de la rentrée, Michel Dumais m’interpelle, parmi quelques autres. Il nous fait part de quelques idées pour améliorer l’éducation au Québec. Il propose. Il ose proposer. Cela mérite qu’on réagisse davantage que cela n’a été le cas jusqu’à présent — parce que si nous sommes souvent prompt à réagir à la critique, nous devrions garder davantage de temps pour contribuer aux échanges plus constructifs.

Participer, réagir, commenter, c’est aussi une humble, mais très efficace, façon de valoriser la proposition au détriment de ce qu’André Roux qualifiait dans un commentaire la semaine dernière d’imposture de l’esprit critique… alors, je me lance, avec spontanéité, sans trop apporter de nuances, afin d’alimenter la discussion — dans l’esprit du texte qui me donne l’occasion d’écrire.

* * *

Michel parle d’accorder plus d’importance à la qualité de la langue à l’école; à la culture générale et au nécessaire apprentissage de l’anglais — à laquelle il croit qu’une année entière devrait idéalement être consacrée. Sur le fond je partage plusieurs de ses idées, mais je pense que c’est une erreur de demander encore tout cela à l’école. On en demande déjà beaucoup à l’école. On lui demande trop. On demande trop à ses acteurs. Trop de trop de choses. Trop de variété.

On ne devrait confier à l’école que ce qu’il n’est pas possible pour la société de faire autrement. Seulement ce qui demande une telle concentration de ressources et de moyens qu’il n’est pas possible — encore — de permettre aux enfants d’apprendre autrement. C’est le sens historique de la création de l’école.

L’école, dans une société pauvre — économiquement ou culturellement — c’est le meilleur moyen que nous avons trouvé pour réunir les ressources à un endroit, pour les concentrer, pour permettre à tous les enfants, notamment, de pouvoir en bénéficier. C’est aussi une façon de s’assurer que ces ressources soient partagées le plus équitablement possible. Les bibliothèques répondent aussi à un besoin semblable.

On a bâti les écoles parce qu’il n’y avait pas quelqu’un qui savait lire dans toutes les maisons. Parce qu’il n’y avait pas d’autres livres que la bible dans bien des foyers. Parce que la musique et les arts plastiques étaient inaccessibles à une large partie de la population.

Mais dans une société de plus en plus riche — à tous égards — je pense qu’on devrait progressivement alléger le fardeau de l’école… et revenir à l’essentiel: exiger d’elle ce qui ne peut pas être fait autrement.

Ce n’est malheureusement pas ce qu’on fait aujourd’hui. Même ce qu’on pourrait faire avantageusement hors de l’école on le demande à l’école. C’est trop facile. Et contre-productif.

Permettre aux enfants d’apprendre l’anglais? Privilégier l’immersion? Pourquoi pas! Mais pourquoi à l’école? Pourquoi pas l’été? Pourquoi pas un vaste programme de camp d’été en langue anglaise dans les différentes provinces canadiennes ou aux États-Unis? Et pourquoi pas payé par l’État — en tout ou en partie. Ce n’est pas seulement une question de fric, c’est une approche, une question de méthode.

Il faut accepter de réfléchir les questions d’éducation autrement. Il faut accepter de remettre en question le paradigme fondateur de l’école contemporaine: 100% des élèves à l’école, en présence d’un prof 100% du temps.

La culture de l’accompagnement à laquelle fait référence Michel? Ce ne devrait pas une exigence faite aux profs: c’est l’affaire de toute la société. Les enfants devraient être plus souvent bienvenus sur les lieux de travail. On devrait inventer de nouveaux espaces de rencontres entre professionnels et étudiants. On devrait faire plus souvent appel aux jeunes retraités et aux personnes âgées pour réaliser des activités éducatives au coeur de la ville. On devrait utiliser davantage les places publiques. On ne devrait plus construire un immeuble sans prévoir au rez-de-chaussé un espace éducatif pour être en mesure de témoigner de l’importance des activités qui s’y déroulent dans la vie de la communauté. On ne devrait plus accepter que les journaux soient publiés sans quelques pages où, chaque jour, des jeunes pourraient interpeller leurs aînés, proposer des projets, faire appel à de l’aide ou solliciter des conseils. On devrait trouver inacceptable qu’une grande entreprise (et même une petite) ait un site Web sans consacrer au moins une section de ce site aux savoir-faire qu’elle rassemble, à leur importance pour la société et aux méthodes et démarches nécessaires pour les acquérir.

Comment est-il possible qu’en 2008, toutes les écoles n’aient pas déjà au moins une page web avec, en permanence, une liste de besoins et de souhaits continuellement mis à jour? Une page Web qui la relie aux autres écoles de leur secteur, à l’hôtel de ville, à des associations, aux familles, aux écoles d’autres villes — voire d’autres pays. Un système de pages Web (et de flux rss) qui permettrait de structurer les besoins, de façon dynamique; qui permettrait aux forces vives d’un milieu de s’engager aux côtés des profs; qui permettrait aux milieux de constater plus adéquatement qu’un palmarès les richesses et les forces les uns des autres — et à l’État de pallier aux iniquités, lorsque nécessaire. Ce n’est rien de très compliqué techniquement aujourd’hui. Le défi est politique: il faut en avoir la volonté. Si seulement on en faisait le « avant la fin de la décennie nous marcherons sur la lune » de notre époque?

On aura beau mettre tous nos espoirs et toutes nos ressources entre les quatre murs de l’école, si on ne place pas celle-ci au coeur d’un véritable écosystème communautaire nous serons cruellement déçus. L’école au centre de la société c’est anachronique: l’école au coeur de la vie communautaire — et de la vie des jeunes c’est mieux. Demander à l’école de résoudre les problèmes de Montréal-Nord c’est irréaliste. Faire en sorte d’engager les forces vives de Montréal dans la vie du quartier et mobiliser des ressources autour des écoles de Montréal-Nord, ça semblerait promis à plus de succès…

La cité éducative c’est ça. La cité ce n’est pas la ville. Ce n’est pas le pays. C’est l’environnement dans lequel on vit. C’est l’espace qu’on partage avec les autres. C’est le vivre ensemble. Et pour bien vivre ensemble, je suis convaincu qu’il n’y a rien comme apprendre ensemble.

Il faut relire Illich et ses learning web. Il faut relire Freire sur le dialogue. Il faut revoir l’oeuvre du Frère Marie-Victorin avec les cercles des jeunes naturalistes. Il faut réhabiliter la place publique comme lieu d’apprentissage. Nous avons des technologies et une connaissance de la psychologie de l’apprentissage qui nous permet de faire un grand pas de plus sur la voie que ces grands pédagogues nous ont indiquée.

L’école reste nécessaire, bien sûr — mais seulement quand on ne peut pas faire autrement. Serais-je utopiste? Ou naïf ? Michel assume. Moi aussi.

Prenons donc dans les prochaines années (ce sont des processus lents, autant l’accepter sereinement) l’habitude de nous demander si tel ou tel autre apprentissage ne pourrait pas se faire mieux hors de l’école que dans une classe.

Osons croire que l’école c’est là où on va pour apprendre seulement ce qu’il n’est pas possible d’apprendre mieux ailleurs… d’autant que je pense qu’on peut être sans crainte: même avec ce point de vue, le programme de l’école sera sans doute encore chargé pour de très nombreuses années.

On évitera au moins une chose: tout/trop attendre de ceux qui font l’école, au quotidien.

Éducation, critique et action

Dans une lettre publiée dans Le Devoir (et probablement dans d’autres journaux ) le 21 août, le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Monsieur André Caron, nous dit qu’en éducation, l’heure n’est plus à la critique, mais à l’action — en ajoutant que nous sommes trop sévères avec notre système scolaire, qui est l’un des meilleurs du monde.

Je partage son point de vue selon lequel nous bénéficions globalement d’un très bon système d’éducation — et il est vrai que nous avons toutes les raisons d’en être fiers. Je crois toutefois qu’il en est ainsi précisément parce que nous n’avons cessé d’être exigeants à son égard. Je trouve par conséquent pour le moins paradoxal qu’il nous demande de suspendre notre esprit critique pour plonger davantage dans l’action.

Plus concrètement, ce n’est certainement pas en cessant d’interpeller les commissions scolaires que nous renforcerons le système public d’éducation — dont je suis un fervent défenseur. Ce n’est pas en nous demandant de suspendre notre esprit critique ou en faisant appel à la solidarité pour que cesse l’expression des des points de vue divergents que nous ressortirons globalement plus fort de cette période où l’éducation est — plus que jamais — déterminante pour l’avenir de notre société.

J’aurais préféré qu’André Caron fasse un meilleur accueil à la critique, tout en nous invitant à le faire de façon plus constructive — en faisant davantage appel à la proposition qu’à la démolition. Parce qu’il a raison sur le fait que nous sommes souvent injustes dans notre façon de critiquer ceux qui font l’école.

Une telle attitude aurait été plus conforme à l’idée que je me fais du fonctionnement d’une société démocratique dont la force repose à la fois sur la possibilité pour les citoyens de s’exprimer et sur la capacité des leaders à favoriser la concertation, l’apparition d’une vision partagée de l’avenir et de faire naître de petits et grands projets collectifs.

Pour combattre le cynisme que déplorait François Legault un peu plus tôt cette semaine il faut miser sur l’esprit critique, la parole et la créativité des gens; certainement pas leur demander de se taire.

Cela dit: bonne rentrée à tous celles et ceux qui font l’école au quotidien — au ministère de l’Éducation du Loisir et des Sports; dans les services des commissions scolaires (les services éducatifs notamment); dans les écoles publiques et privées et dans les classes, surtout, et les profs tout spécialement. Et les élèves aussi bien sûr!

Je vous souhaite vraiment tout le soutien auquel vous êtes en droit de vous attendre de votre communauté .

Les explorateurs de l’Amériques

Il est tard, pas le temps de rédiger longuement, mais je ne peux pas attendre pour vous présenter cette réalisation des éditions du Septentrion et de iXmédia, avec la collaboration de la Ville de Québec:

« Dans le cadre du 400e anniversaire de la ville de Québec […] le maire de Québec […] a invité ses homologues de la Franco-Amérique. Les 9 et 10 août derniers, une quinzaine de maires du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Vermont, du Maine ou encore de la Louisiane se sont retrouvés à Québec pour célébrer le fait français en Amérique. […] des vidéos […] représentant six trajets parcourus par les voyageurs d’autrefois [leur ont été présentés] — six chemins de pénétration du continent, le long desquels les Français ont essaimé de nombreux toponymes. Ils ont été conseillés par Dean Louder, Jeanne Vallois et Denis Vaugeois. »

C’est ici, et c’est impressionnant. Pour tous les curieux, pour les profs d’histoires et de géographie, mais aussi, plus simplement, comme remarquable exemple de la transformation d’une « simple carte » dans un contexte d’édition numérique.

Ciudad educadora

Hier soir, rencontre annuelle de la famille Laberge. Quelques-uns me demandent si je suis toujours aussi motivé par l’idée de cité éducative. Réponse: évidemment! Mais après presque trois ans hors de Québec, il faut que je prenne le temps de voir comment le projet a pu avancer, et ce qu’en ont fait celles et ceux qui ont gardé le phare — notamment au sein du comité qu’avait mis en place la Chambre de Commerce de Québec. Il faut que je prenne le temps de retrouver une nouvelle façon de contribuer à ce projet.

Ce matin, lecture du Soleil. Deux articles de Laurie Richard, me ramènent à la cité éducative. Dans Un changement incroyable et dans Des outils de développement: l’architecture, l’art et l’éducation, la journaliste nous parle de la métamorphose de Medellin, ville emblématique de la Colombie. Cela me ramène à la cité éducative parce que même si cela n’est pas mentionné dans les deux articles, je sais que Medellin est une des villes membres de l’Association internationale des villes éducatrices — avec Québec, Laval, et peut-être bientôt Lévis.

Dix-huit projets de la ville de Medellin, dont certains sont évoqués dans les textes de Laurie Richard sont d’ailleurs brièvement décrits sur le site de l’association: c’est ici.

Des bibliothécaires interdits de séjour au Canada

« …a number of intending delegates – including a number of people who hold office in IFLA or who were coming to the Conference to work as volunteers for IFLA – who have been refused visas to enter Canada. »

« It would be a great pity if this essentially decent nation which has in many ways a positive record on multiculturalism were to allow its anxiety over security – and its proximity to the United States – to damage its reputation as a supporter of human rights and civil liberties. After all, if the Chinese can allow entry to journalists accredited by the IOC and Russia can allow entry to football fans with tickets for the UEFA Champions League Final, then surely Canada has nothing to fear from library and information professionals registered for the IFLA Conference?! »

Source: Oops Canada

Pensons-y avant de condamner la Chine dans les prochains jours… et n’hésitons pas à partager la honte autour de nous…

Aussi: info générale sur l’événement concerné: World Library and Information Congress

Maisons d’édition de la région de Québec

Toujours dans le contexte de mes efforts pour (re)découvrir et comprendre l’environnement personnel (Québec) et professionnel (l’édition) dans lequel je reviens, j’ai reporté sur une carte quelques informations sur les maisons d’édition de la région de Québec.

La carte est en mode « collaboration ouverte » si certains ont envie d’y ajouter de l’information.