Survol des défis du numérique du point de vue des auteurs

J’ai eu la chance de m’adresser samedi dernier à une centaine d’auteurs membres l’UNEQ — une présentation qui semble avoir été appréciée. Le thème était ainsi décrit dans le programme de l’après-midi:

« … [la] présentation illustrera, à partir d’exemples concrets, l’intense bouillonnement qui secoue le monde du livre – non pas dans le but d’en tracer un portrait idyllique, ou catastrophique, mais pour aider chacune des personnes présentes à développer un regard personnel sur cette fascinante transformation culturelle. »

J’étais accompagné à cette occasion par Monsieur François M. Grenier, avocat spécialisé en litige dans le domaine de la propriété intellectuelle, chez Léger, Robic, Richard, à Montréal.

L’atelier a passé beaucoup trop vite (30 minutes chacun + période de questions)… c’est un peu frustrant, mais je suis convaincu que nous aurons d’autres occasions pour approfondir. Et, d’ici là, j’ai promis aux participants de mettre à leur disposition l’ensemble des liens auxquels j’ai fait référence (et ceux auxquels j’aurais souhaité faire référence, mais que je n’ai pu évoquer faute de temps). Les voici donc, à peu près dans le désordre — parfois suivi d’un court commentaire.

Lire la suite de « Survol des défis du numérique du point de vue des auteurs »

Sept jeunes maisons d’édition québécoises

Le numéro de janvier 2009 de L’actualité nous offre un portrait de sept jeunes éditeurs québécois. Un véritable plaisir à lire. On sent bien leur passion — c’est une série de textes vraiment très stimulant.

Sans compter qu’Isabelle Grégoire m’a fait réaliser qu’un texte sur la renaissance de l’édition québécoise, publié le 27 novembre dernier dans le Le Monde des livres, m’avait échappé — il est lui aussi très intéressant.

Il est possible de lire le texte de L’actualité en ligne, ici. Je vous le recommande chaudement.

Accès direct aux portraits:

Florence Noyer, Héliotrope
Jennifer Tremblay, La Bagnole (bas de la page)
Simon Philippe Turcot, La Peuplade
Antoine Tanguay, Alto (bas de la page)
Brigitte Bouchard, Les Allusifs
Éric de Larochellière, Le Quartanier (milieu de la page)
Mélanie Vincelette, Marchand de feuilles (bas de la page)

On peut également lire de (trop) courts extraits d’oeuvres récemment publiées par chacune des maisons d’édition ici.

Mais, surtout, je vous invite à découvrir les sites Web de ces jeunes maisons, qui contribuent à dynamiser la littérature québécoise.

Héliotrope
La Bagnole
La Peuplade
Alto
Les Allusifs
Le Quartanier (aussi: le blogue)
Marchand de feuilles (aussi: le blogue)

Communication, efficacité, standards… (soupir)

Je ne pensais jamais lire ça sur un site Web en décembre 2008:

« We urge you to check this page regularly for updates and additions »

Et encore moins quand l’organisme qui est responsable du site a cette mission:

« BISG works to develop, revise, maintain and further the implementation of standards that enable trading partners in the book industry to reduce costs and increase efficiencies in the supply chain. »

Et si on commençait par le RSS?

Conservateurs les organismes de représentation dans le monde du livre? Pas tous, bien sûr… mais parfois… comme dans ce cas…

Nationalisme et humanisme

Je suis en profond désaccord avec la charge que Mathieu Bock-Côté signe contre le Bloc québécois ce matin dans les pages du Devoir.

Le très médiatique candidat au doctorat à l’UQAM accuse Gilles Duceppe de trahison, participe au délirant discours du « coup d’état » et prétend que le Bloc s’est disqualifié pour de bon dans la défense des intérêts du Québec.

Foutaise!

On comprend que pour lui tout ce qui permettrait au Québec de vivre tranquille dans son coin (« un gouvernement fédéral plus discret [même très] conservateur ») est préférable à un fédéralisme plus centralisateur — il ajoute même que le Bloc devrait rester — comme au moment de sa fondation — « une coalition de nationalistes de tous les horizons »… comme si depuis 17 ans le contexte politique québécois, canadien et international ne s’était pas profondément modifié.

Je récuse le nationalisme d’isolement que plaide Mathieu Bock-Côté et je condamne le cynisme de ceux qui croient que le Bloc n’avait pas à se mêler des querelles entre le Parti conservateur, le Parti libéral et le NPD — voire pire, de ceux qui, comme Mathieu Bock-Côté croient que Gilles Duceppe aurait dû profiter de la situation et faire « une alliance [avec] un gouvernement conservateur s’ouvrant à certaines revendications historiques du Québec. »

Non, franchement. Le nationalisme doit avoir des limites et la volonté de faire du Québec un pays doit continuer d’être motivée par un projet de société (lequel nous manque cruellement aujourd’hui) et par des valeurs humanistes.

Dans ce contexte, de mon point de vue, il serait absolument inacceptable que le Bloc québécois s’allie à un gouvernement qui s’était proposé de couper le financement aux partis politiques, de retirer aux employés du gouvernement le droit de grève et d’abolir le droit pour les femmes de recourir aux tribunaux pour protéger leur droit à un salaire égal. Un gouvernement qui a par ailleurs démontré à maintes reprises depuis quelques mois, notamment dans le dossier de la culture, qu’il est prêt à renier sa parole à tout moment.

La situation à Ottawa est invraisemblable, c’est vrai. Mais pour ma part, je suis fier de constater que Gilles Duceppe a préféré assumer l’humiliante alliance avec les Libéraux (et leur chef!) et le NPD que de nous engager dans la voie d’un nationalisme prêt à tout pour vivre seul dans son coin.

Je souhaite, moi aussi, être « maître chez nous », mais pas si cela me demande, même par opportunisme, de renier mon engagement humaniste pour la démocratie et pour les droits des femmes et des travailleurs.

Pour cette raison, j’appuie pour le moment sans réserve le Bloc et la coalition que j’espère voir prendre place au Parlement fédéral.

Bingo!

Inspiré par l’original, Buzzword bingo, j’avais réalisé avec des amis il y a quelques années une série de cartes de bingo papal et de bingomery.

Cybepresse vous offre ce soir… le bingo du débat des chefs!

Je ne suis pas certain que le respect que nous devons à la démocratie y gagne beaucoup… mais dans le contexte actuel, comment s’en étonner?

Pour ma part, je serai plutôt buzzzeur que joueur de bingo ce soir…

Une campagne électorale aux résultats prévisibles?

Une élection aux résultats prévisibles le 8 décembre? Je vous invite à lire la réflexion de Michel LeNeuf sur le sujet. Un extrait:

« …ça nous donne[ra] cinq ans pour nous retrousser les manches, nous cracher dans les mains et faire en sorte que tous les enfants sachent lire à la fin de la 1ère année du primaire. Cinq ans aussi pour donner le goût de lire à ceux qui voteront demain. Cinq ans pour leur faire connaître les classiques. Cinq ans pour développer leur culture, leur sens de l’histoire, leur goût de la chose publique et du service civil. Cinq ans pour leur apprendre à débattre d’idées, à aimer les idées, à les traduire en action de façon cohérente. Cinq ans pour reparler des rêves, pour construire un projet.

Et peut-être que dans cinq ans, on parlera enfin de la gouvernance locale, de la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale et de l’occupation du territoire. Les promesses et les grandes annonces qu’on nous sert aujourd’hui sont de bien pauvres succédanés de la vision et du projet de société qui nous manquent si cruellement. »

Je refuse pour ma part de croire que les jeux sont faits avant le jour de l’élection. Ne serait-ce que par principe. Dans tous les cas, il est indispensable de voter.

Et d’ici là, parmi les façons d’exprimer votre opinion sur le discours de ceux qui sollicitent votre confiance dans le but de devenir premier ministre ou première ministre, il y a Buzzz.tvà suivre ce soir.

Buzzz.tv, prise 2

Buzzz.tv a été amélioré… techniquement… afin de lui permettre de survivre à quelques milliers de sollicitations simultanées. [au sujet de buzzz.tvau sujet des améliorations / buzzz.tv sur Facebook]

Nouveaux tests, ouverts à tous — sur iPhone, iPod Touch ou à partir d’un ordi — dès dimanche soir à l’occasion de Tout le monde en parle. Passez le mot!

Tout ça en prévision du prochain débat des chefs, le 25 novembre 2008.

Malaise post-électoral…

J’éprouve un grand malaise devant la réaction officielle du Canada suite à l’élection de Barak Obama. Un très grand malaise.

Malaise devant le manque d’enthousiasme, d’abord. Alors que presque le monde entier se réjouit, notre premier ministre boude. Pas de déclaration publique, en personne, devant les caméras. Juste un communiqué, apparemment laconique, auquel fait référence la Presse canadienne, et qui n’est même pas archivé sur le site du premier ministre. Honteux.

En comparaison, la lettre, très personnelle, de Nicolas Sarkozy est exemplaire — et source de fierté, je crois, pour tous les Français. Gilles Duceppe a pour sa part transmis une lettre plus modérée, qui m’apparaît relever de la plus élémentaire courtoisie.

Certains diront que la réaction mitigée du premier ministre canadien s’explique par le fait que le Canada risque, plus que la France, de subir des conséquences négatives suite à l’élection d’un président démocrate. C’est, par exemple, ce que prétend le Fraser Institute.

Peut-être. Mais cela ne fait qu’accroître mon malaise.

Je m’interroge: est-ce que le Canada est à ce point devenu un pays calculateur, intéressé, pingre, voire mesquin — que ses intérêts économiques à court terme doivent passer avant toute considération humaniste, avant l’espoir d’une meilleure compréhension et de solidarités accrues à l’échelle internationale?

Je ne veux pas le croire. Je n’ai pas envie d’y croire. Je n’ai pas envie de vivre dans un pays qui oublie ses valeurs fondamentales pour défendre ses intérêts économique.

Lester B. Pearson où êtes-vous?

Non, franchement, la réaction du gouvernement canadien à l’élection historique de Barak Obama me dégoûte.

Shame on you Mr Harper.

13h27 — Mise à jour: apparemment le premier ministre a décidé de cesser de bouder. Le site du Globe and Mail nous apprend que Stephen Harper viendrait tout juste de déclarer que l’élection de Barak Obama était un « truly inspiring moment » et que « Canada will be there for the U.S. as its most reliable ally in the world ». More to come, ajoute le Globe and Mail…

Je suis un peu plus fier que je ne l’étais… un tout petit peu plus… (en espérant que Harper ne cherche pas seulement à corriger une erreur diplomatique).

Écrire pour proposer

Je m’interroge depuis mon retour de la France sur la manière de me remettre à l’écriture; à une écriture plus régulière. Pour retrouver une plus grande aisance rédactionnelle, mais aussi pour la gymnastique intellectuelle que cela procure.

Si je m’interroge autant, c’est parce que j’ai envie d’écrire dans le cadre d’un projet. J’ai envie d’écrire « pour quelque chose ». J’ai envie d’écrire à dessein.

Je n’ai pas envie de commenter.

J’ai envie de proposer.

Je me sens plus que jamais lié par la conclusion d’un texte que j’ai écrit il y a quelques années dans lequel je disais que le devoir d’un intellectuel est moins de commenter l’évolution de la société que de proposer des façons de la faire évoluer. De formuler des utopies et des projets qui donnent envie de marcher ensemble dans une même direction; mais aussi de proposer des manières, concrètes, qui pourraient permettre d’y arriver.

J’y crois d’autant plus que le contexte me semble particulièrement propice à une réflexion sur le pouvoir de la proposition, en tant que telle.

Je sens naître chez plusieurs des gens que je côtoie le désir d’explorer de nouvelles façons de voir les choses. L’envie, aussi, de poser des gestes concrets qui correspondent à ce nouveau regard.

Paradoxalement, au moment où le système financier s’écroule, où notre environnement se dégrade à vitesse accélérée et où on s’enlise dans une succession de gouvernements faibles — faute d’un projet de société capable de rallier la majorité — je n’ai pas l’impression que les gens que je côtoie sont abattus. J’ai, au contraire, l’impression que le contexte leur donne le goût de (re)prendre les choses en main.

J’ai envie de croire que les crises que traversent certains des systèmes complexes qui sont au coeur de notre vie collective peuvent avoir comme effet bénéfique de stimuler et de revaloriser l’action individuelle.

Sur la base de cette hypothèse, j’ai le goût d’explorer de nouvelles façons d’inspirer, de soutenir et de coordonner les actions de ceux et celles qui auront envie de s’engager dans cette voie.

Il ne s’agit pas d’engager tout le monde dans un même projet. Il ne s’agit pas de créer un nouveau groupe de pression. Il s’agit de contribuer à faire naître un contexte qui permet de transformer des intentions, des voeux et des rêves, en gestes à poser par chacun d’entre nous. Pour agir. Pour cesser de réagir.

Pour aller dans ce sens, à ma façon, j’ai envie de m’imposer une discipline d’écriture. Une discipline de forme — parce que la contrainte peut parfois aider à contourner certains réflexes d’écriture et favoriser un regard différent sur les idées qui nous amènent à écrire.

Dans le cadre de ce projet d’écriture, j’ai donc envie de m’obliger :

– à m’exprimer de façon particulièrement constructive, notamment en faisant en sorte que chacun de mes textes soit l’occasion de formuler une proposition concrète;

– à toujours écrire de manière à susciter un dialogue, notamment en m’adressant chaque fois à une personne précise et identifiée;

– à évoquer dans chacun des textes les valeurs et les projets qui m’amènent à formuler de telles propositions;

– et, au moment de me mettre à écrire, à ne jamais présumer qu’une idée est trop commune ou trop évidente pour mériter d’être formulée.

J’ai envie de m’obliger aussi à répondre à tous ceux qui s’adresseront éventuellement à moi sur des bases semblables. Parce que je me permets de rêver que cet exercice d’écriture peut être contagieux et donner lieu à une vague de propositions sans précédent, dont certaines pourraient éventuellement m’être adressées. Je le souhaite.

Je me suis fait la main au cours des derniers jours avec des textes formulés à l’intention de Carl-Frédéric et de Michaël. Le moment est maintenant venu de m’y consacrer plus sérieusement; de recommencer à écrire, pour proposer.

Ce projet ne m’empêchera évidemment pas d’aborder certains sujets sous d’autres angles, comme dans le cas de l’accord entre Google et les auteurs et éditeurs américains — au sujet duquel je dois encore écrire dans les prochains jours — mais je souhaite qu’il ait pour effet d’inspirer et de guider mon écriture au cours des prochains mois. Rien de plus. Rien de moins.

Créativité et innovation par temps durs

« Creativity doesn’t care about economic downturns. In the middle of the 1970s when we were having a big economic downturn, both Apple and Microsoft were founded. Creative people don’t care about the time or the season or the state of the economy; they just go out and do their thing. »

Source: NY Times: It’s No Time to Forget About Innovation

Via: Creativity in a Time of Financial Trial

Grâce à l’attention de Jean-Sébastien. Merci!

Google et les éditeurs de livres (1)

Google a annoncé mardi dernier qu’il était parvenu à un accord pour régler le litige qui l’opposait depuis 2005 à l’association des auteurs et à l’association des éditeurs américains relativement au programme Google Book Search.

Bien sûr, l’accord ne concerne en principe que les États-Unis, et doit encore être approuvé par les tribunaux, mais on peut d’ores et déjà affirmer sans trop de risque de se tromper que le 28 octobre 2008 restera comme une date importante dans l’histoire de Google (je dirais spontanément que c’est la quatrième : après la fondation et le lancement de adwords et de adsense), dans celle du Web, de façon générale, et à plus forte raison dans celle de l’édition et du commerce du livre.

Il faudra évidemment encore beaucoup de temps pour comprendre et évaluer l’étendue des retombées de cet accord complexe, mais une chose est certaine : les 134 pages qui le composent transformeront vraiment très profondément — et très rapidement — le commerce du livre (numérique, surtout, mais pas uniquement) non seulement aux États-Unis, mais aussi un peu partout dans le monde, y compris au Québec.

Dans ce contexte, quand je lis les communiqués émis par certains regroupements d’éditeurs américains et européens, qui laissent entendre que les éditeurs « ont gagné contre Google », que « Google accepte de payer 125 millions de dollars de compensation aux éditeurs » voire que cet accord « confirmerait la validité des règlements et politiques en vigueur sur le droit d’auteur »… je me dis qu’ils ne lisent certainement pas la même chose que moi — où qu’ils ne le font pas avec le même regard en tout cas! Parce que je pense qu’il faut être beaucoup plus nuancé.

Ainsi, au terme de trois lectures complètes de l’accord, et de celle plusieurs dizaines de textes publiés sur les blogues spécialisés, je sens le besoin de récapituler ce que j’en retiens… comme pour me faire une idée et intégrer tout cela dans le plan d’action qui m’anime depuis mon retour au Québec, qui motive la création d’un nouveau département au sein de De Marque, et qui doit conduire à la mise en place d’une infrastructure numérique collective, partagée par l’ensemble des éditeurs québécois qui le souhaiteront.

Comme il y aura vraiment beaucoup à écrire sur tout ça, ne serait-ce que pour me clarifier les idées, je vais regrouper dans les prochains jours l’ensemble de mes réflexions, notamment pour tenter de formuler simplement:

– Ce qu’est réellement Google Book Search
– En quoi consiste le litige auquel l’accord vise à mettre un terme?
– De quoi est constitué l’accord? Est-ce un bon accord? (Qui en sont les principaux gagnants/perdants?)
– Qu’est-ce que Google peut bien nous réserver pour la suite?
– Qu’est-ce que cela signifie pour le monde de l’édition québécois (et pour celui de l’éducation)?
– Quels défis cela pose-t-il à court et à moyen termes?

En terminant (pour aujourd’hui!) et sans vouloir présumer des conclusions de l’exercice — j’ai encore beaucoup à cogiter — disons que mon intuition à ce stade est à l’effet que les éditeurs américains ont choisi en signant cet accord de prendre tout de suite les revenus que Google leur proposait (et qu’ils n’auraient pas générés autrement parce qu’ils ne sont absolument pas prêts pour faire face aux défis du numérique; ce n’est donc pas un si mauvais accord!) mais qu’ils ont dû pour cela accepter que Google détermine dorénavant presque seul les règles du jeu dans le commerce du livre (jusqu’à pouvoir déterminer, et faire varier dans le temps, sur la base d’un algorithme secret, le prix de vente des livres — rien de moins!). À court terme, c’est peut-être un bon calcul pour les actionnaires des maisons d’édition, mais à moyen et à long terme cela pourrait s’avérer extrêmement contraignant et coûteux.

Quant aux pouvoirs publics, qui dans presque tous les pays occidentaux ont crû nécessaire d’accorder un statut particulier au livre (à la fois comme oeuvre et comme produit) ainsi qu’aux acteurs de ce secteur économique et culturel (éditeurs, bibliothèques et libraires, notamment), je pense qu’ils ont intérêt à lire et à analyser très rapidement les conséquences potentielles de cet accord sur les réglementations et les législations en vigueur… parce qu’à défaut de procéder de façon pressante à leur mise à jour afin de tenir compte du numérique, ce sont des accords de la nature de celui proposé par Google qui risque de de substituer, de facto à de larges pans de la Loi 51, au Québec, et à la Loi sur le prix unique, en France, par exemple.

Et si une chose est sûre… c’est que ce serait vraiment bête pour le Québec de s’être battu avec autant d’acharnement sur la scène internationale afin de défendre « l’exception culturelle » (et de réclamer avant autant de vigueur un siège à l’UNESCO) et de laisser par ailleurs tomber en désuétude les leviers réglementaires que nous avons mis tant d’années à mettre en place… simplement par manque de courage ou d’imagination — ou simplement par fascination devant la puissance et le succès de Google… qui sont tellement impressionnants qu’ils peuvent effectivement parfois donner l’envie de nous en remettre à lui plutôt que de devoir élaborer nous-mêmes les moyens de faire face aux défis du numérique.

En tout cas, pour ma part, cela me donne plutôt envie de me retrousser les manches…

Michaël Carpentier: réglementer la distribution des annuaires téléphoniques

Je poursuis avec ma formulation de propositions… en m’adressant cette fois à Michaël Carpentier.

–/ début /–

Michaël,

J’ai lu avec grand intérêt ton texte sur l’invraisemblable gaspillage qui entoure la distribution des annuaires téléphoniques. Une distribution tous azimuts, qui ne respecte ni la nature, ni les gens. Je ne veux pas d’annuaire téléphonique: tant pis, j’en aurai un! C’est inacceptable.

Je te remercie pour les heures que tu as passé à documenter l’attitude du Groupe Pages Jaunes, notamment.

Je pense, comme toi, qu’il faut aller plus loin.

Tu fais dans ton texte un survol d’hypothétiques moyens pour faire pressions sur le Groupe Pages Jaunes afin qu’ils cessent de nous imposer leurs annuaires. A priori, dans un tel cas, je ne crois qu’à la réglementation. Mais encore faut-il obtenir cette réglementation.

Dans ce cas, elle me semble évidente — surtout quand on pense que plusieurs villes ontariennes ont récemment interdit la vente d’eau embouteillée parce que les bouteilles vides emplissaient les sites d’enfouissement et les incinérateurs (de façon totalement inutile, qui plus est, puisque l’eau qu’elles contenaient n’est généralement pas de meilleure qualité que l’eau du robinet).

Il y aura une campagne municipale en novembre prochain dans toutes les municipalités du Québec. Je pense que c’est l’occasion rêvée de faire de la réglementation que nous souhaitons un enjeu partout au Québec.

Comme tu es un expert du référencement Web, je te propose de coordonner les efforts de ceux et celles qui voudront joindre leurs efforts pour que les réglementations à cet égard se multiplient en mettant en place une stratégie de manière à rendre incontournable une page Web (à produire) qui pourrait regrouper un ensemble de moyens pour faire valoir l’idée d’une réglementation dans toutes les villes et les villages du Québec.

Ce pourrait être une page Web très simple, avec des éléments de discours; des documents pdf à faire circuler (numériques ou imprimés); des modèles de lettres à faire parvenir aux élus, etc. D’autres volontaires pourraient nous aider à rédiger tout cela et à produire des documents visuellement « punchés ».

Je suis convaincu que si tu prenais dès aujourd’hui le leadership de ce mouvement (c’est déjà bien parti… il ne te reste à peu près qu’à confirmer que tu acceptes officiellement d’assumer ce rôle!) il y aurait une foule de gens pour s’engager dès maintenant à tes côtés.

Qu’est-ce que tu en penses?
Des idées pour cette stratégie?
Des suggestions à faire quant à la manière de construire le site évoqué?

Ou alors peut-être que tu souhaites transformer cette proposition? Qu’importe… si on avance, ensemble, dans la suite de tes premiers efforts.

Merci pour tout, de toute façon!

Clément

–/ fin /–

Que ferait CFD avec un million de dollars?

Je cogite depuis quelque temps à la manière de me relancer dans une écriture publique plus régulière. J’ai longtemps été à la recherche d’un angle, d’un projet d’écriture — parce que je crois beaucoup aux contraintes qu’on s’impose afin de faire naître des idées différentes à partir de perspectives nouvelles. Je crois qu’il faut parfois forcer notre regard à regarder dans des directions qui nous sont moins naturelles ou familières — dans des directions que le quotidien ne nous amène pas forcément à explorer.

Je résumerai sans doute dans les prochains jours les quelques règles/guides d’écriture que je suis tenté de me m’imposer pour les prochains mois, mais je peux d’ores et déjà dire qu’ils tourneront autour de la proposition. J’ai envie que l’écriture contribue à me maintenir dans un esprit d’ouverture et de proposition — pas de commentaire et de critique.

Alors en guise de réchauffement, j’ai eu envie ce matin de faire une proposition à mon cousin… une proposition dont l’idée m’est venue à la lecture de ce texte et de ce profil de lui publiés sur le site de la Jeune chambre de commerce de Québec.

—/ début /—

Cher Carl,

En réponse à une question de la JCCQ, qui te demande « Que feriez-vous avec un million de dollars? », tu dis: « [je le placerais] pour qu’il génère des intérêts qui puissent financer de nombreux petits projets ». Permets-moi d’être surpris.

Je suis surpris parce qu’en ces temps de tempête financière… Il me semble qu’un point de vue entrepreneurial exigerait de faire davantage confiance au travail et aux idées des gens qu’à la spéculation que nous offrent les marchés boursiers ou qu’aux placements qui contribuent à immobiliser l’argent dont les entrepreneurs ont bien besoin par les temps qui courent. « Les banques prêteront de toute façon à des entrepreneurs l’argent que tu leur confierais », me diras-tu? Je suis sceptique… et je préférerais pour ma part te voir choisir toi-même les projets dans lesquels tu as envie de croire, ceux qui sont portés par des entrepreneurs qui partagent des valeurs avec toi. C’est trop facile de confier ce rôle aux banques et de se laver les mains par la suite de leur manque d’éthique (ce que nous faisons tous, je ne te le reproche pas personnellement!).

Cela dit, et puisqu’on est de toute façon dans le domaine des scénarios (« Que feriez-vous… ») j’aurais une proposition à te faire… pour élargir la discussion et, qui sait?, la transformer en quelque chose de positif pour la ville et la région de Québec. Sans compter qu’elle pourrait être très amusante à mettre en place. Tu sais comment on peut avoir du fun à réaliser des projets ensemble! La voilà donc cette idée:

Pourquoi ne pas mettre en place (avec la JCCQ?) un site de placement fictif dans des projets régionaux? Quelque chose de très simple. Les personnes intéressées pourraient, par exemple, s’inscrire sur le site et se voir virtuellement créditées d’un million de dollars, qu’ils pourraient investir, en tout ou en partie dans des projets régionaux. Ces projets pourraient être ceux dont les journaux se font l’écho, où ceux de promoteurs qui viendraient les soumettre, les décrire et préciser leurs besoins sur le site. Chaque mois, les participants pourraient être invités à prendre connaissance des nouveaux projets et à réajuster leurs investissements (la répartition de leur million de dollars) s’ils le souhaitent. La JCCQ pourrait se servir des palmarès résultants pour animer son site web, et mettre en valeur dans son réseau et lors de ses événements les projets dans lesquels les participants croient le plus. Cela contribuerait sans doute à attirer vers eux de véritables investisseurs privés ou institutionnels. Ce serait, il me semble, un geste concret pour « soutenir financièrement et stratégiquement de bonnes idées », comme tu le dis si bien — pour passer du conditionnel à la réalité, au présent.

Alors, qu’est-ce que tu en dis? Je pense que c’est le genre de projets dont tu pourrais facilement te faire le promoteur auprès de la JCCQ — voire d’autres partenaires. Je suis évidemment volontaire pour participer à tous les remue-méninges nécessaires pour faire de l’idée une réalité.

J’attends impatiemment tes réactions!

Clément

—/ fin /—

Buzzz.tv: ouf, quelle soirée!

« Alors, comment ça s’est passé? » — la question que tout le monde me/nous pose au terme de ce premier débat des chefs.

Nous avons donc pris le temps de debriefer la soirée ensemble au terme de l’expérience de ce soir. Et voilà ce que nous en retenons — sous forme de communiqué… parce que plusieurs journalistes nous demandaient aussi un bilan spontané.

1er octobre 2008 — 23h30
Bilan de l’expérience Buzzz.tv — débat en français

Des milliers de personnes ont souhaité s’exprimer par Internet ce soir au cours du débat des chefs en français. Toutes les données issues de cette expérience inédite peuvent être consultées à l’adresse: www.buzzz.tv

Moins de deux heures après la fin du débat, de premières représentations graphiques de ces données apparaissent sur le Web. À titre d’exemples:

Une chronologie interactive du débat
Une géolocalisation des opinions exprimées

L’expérience de ce soir confirme le très grand intérêt de la population pour une interaction sociale accrue autour de la télévision — au point où le serveur de Buzzz.tv a été incapable de suffire à la demande jusqu’à 20h30. En conséquence, le nombre de participants a été réduit de manière à assurer un volume de données constant sur la durée restante du débat. Soyez assurés que les coupables seront sévèrement punis! ;-)

Tel que prévu, l’expérience sera reprise demain à l’occasion du débat anglophone. Si des problèmes devaient se reproduire, nous nous répéterons, comme ce soir, que Buzzz.tv, c’est un laboratoire pour enrichir l’expérience sociale de la télévision — un projet qui sortira renforcé par ces deux soirées de débats électoraux.

Pour un suivi plus complet des réactions sur le projet Buzzz.tv il est aussi possible de consulter la page delicious.com/tag/buzzztv (cette page qui sera mise à jour au cours des prochains jours).

À suivre demain donc.