Une tradition négligée…

Il y a de ces annonces qui trahissent le manque de perspectives historiques:

  • Le Premier ministre accueillait aujourd’hui la population à l’Assemblée nationale à l’occasion du Nouvel An.
  • Comme l’an dernier son bureau prétend qu’il s’agit là d’une « nouvelle tradition » lancée par le Premier ministre à l’occasion du 400e anniversaire de Québec…
  • …alors que, comme nous le rappelle Gaston Deschênes dans Bonne année quand même!, c’est une tradition qui avait seulement été oubliée depuis une trentaine d’années « par des premiers ministre [un peu trop] montréalais ».

Quoi qu’il en soit, c’est le retour d’une très bonne idée…

Mise à jour de fin de soirée: Le Soleil parle aussi de l’événement, sans plus de perspective.

De lecture et de jeux vidéos

Virginie commence l’année en citant un texte provocateur de Adrian HonThe Long Decline of Reading — dans lequel celui-ci suggère notamment que les auteurs et les éditeurs devraient emprunter certaines méthodes des réalisateurs de jeux vidéos pour intéresser davantage les jeunes lecteurs — les digital natives. Extraits:

« Allez dans n’importe quelle conférence sur les jeux vidéo, nous entendrez les gens parler de “récompense”. Les concepteurs ont réalisé (ou décidé ?) que récompenser le joueur en permanence était le moyen de l’accrocher. Ces récompenses peuvent prendre la forme d’extraits d’histoires, de nouveaux niveaux ou de nouveaux mondes, de trophées, d’animations, de vidéos, de points… qu’importe. Quelles qu’elles soient, elles doivent revenir régulièrement et fréquemment pendant la totalité du jeu, et, le plus important, au début du jeu.

Dans les dix premières minutes de beaucoup de nouveaux jeux, les joueurs reçoivent un tel tourbillon de récompenses (…) cela peut sembler ridicule, et parfois ça l’est, mais un encouragement constant maintient le joueur en contact avec le jeu suffisamment longtemps pour qu’il entre dans l’histoire (…)

Les livres ne sont pas interactifs. Vous ne pouvez pas donner aux lecteurs des récompenses parce qu’ils ont réussi à atteindre la page 6 (bien que…) Le principe est cependant le même : vous devez donner de l’élan au lecteur. Vous devez l’aider à traverser ces dix premières minutes énervantes, pendant lesquelles il n’est pas encore immergé dans le flux, et qu’il est encore susceptible d’être distrait par la télé, la radio, son portable, son ordinateur. Après ces dix minutes, s’il est accroché, il est accroché… (…)

Et Adrian Hon d’ajouter, faisant sans doute référence au moment où les livres seront distribués sous formes numériques:

« Faire que ces premiers paragraphes, ces cinq premières pages, soient toujours plus palpitantes sera la meilleure manière d’attirer de nouveaux lecteurs. Que cela soit réalisé au moyen de texte ou d’une présentation, via des sonneries de cloches et des sifflements ou du drame, l’objectif est de capturer l’attention. et ensuite, graduellement, insidieusement, engager les gens à continuer à lire par la seule force de la narration . »

À réfléchir.

Une fable sur le cinéma, le bricolage et l’esprit Web

bekindrewind

Sur Twitter, ce matin, quelques caractères de Jose Afonso Furtado, au sujet de ce texte, m’ont rappelé que j’avais acheté le DVD de Be Kind Rewind il y a quelques mois et que je ne l’avais toujours pas regardé.

J’avais découvert l’existence de ce film en lisant une entrevue avec son réalisateur, Michel Gondry, dans Le Monde, le printemps dernier. Une entrevue qui m’avait renversé par la façon dont elle rendait compte de ce qui me semble être au cœur de l’esprit Web — de toute la créativité qu’il libère, et du nouveau rapport à la culture qui l’accompagne.

* * *

Je viens de terminer le visionnement du film et n’ai pas été déçu! L’histoire est originale, drôle, touchante — et source de réflexion. C’est une fable moderne très habilement tournée.

Au moment d’aller me coucher, il me reste en tête une question, celle du titre du texte vers lequel Jose Afonso Furtado m’a redirigé ce matin: What is The Bookstore Equivalent for “Be Kind, Rewind”?

La journée se termine presque comme elle a commencé. Be kind…

Mise à jour (après une nuit de sommeil…): Je réalise que la journée d’hier a vraiment été sous le thème de la production amateure, parce qu’en même temps que Twitter me pistait sur Be Kind Rewind, René Audet laissait ici un commentaire en rapport, lui aussi, avec le thème des user generated content (UGC): Les chats, les marmottes et les fins de la participation, par André Gunthert. Extraits:

« Qu’est-ce que l’UGC? Disons pour simplifier (…) que cette expression désigne les photos et les vidéos que vous et moi envoyons sur Flickr ou sur Youtube (…) les UGC n’ont pas la qualité des productions professionnelles. Etonnant, non? dirait Desproges. Et si la finalité d’une photo sur Flickr n’était pas de faire la une de CNN? Et si les contenus partagés servaient à autre chose que de supplétifs à la construction du spectacle? (…)

J’ai infiniment plus de respect pour l’inventivité et le talent que révèlent un bricolage réalisé en quelques heures avec les moyens du bord, comme « Amateur » de Lasse Gjertsen, que pour n’importe quel blockbuster standardisé. (…)

Alors, les User generated content ne sont-ils qu’un ersatz pour une industrie culturelle en crise? Tu comprends que je pense que ce n’est pas, de loin, l’aspect le plus important de ces contenus. Et que je ne crois pas du tout que le web 2.0 se dégonfle. La participation a ses propres fins, qui ne sont pas celles que lui assignent les entrepreneurs ou les traders. »

Un TGV entre Québec et Montréal… vu autrement!

On peut lire dans Le Soleil d’aujourd’hui deux articles en rapport avec le livre Rouler sans pétrole, publié aux Éditions Multimondes. Les textes sont regroupés sur Cyberpresse sous le titre Pierre Langlois, auteur de Rouler sans pétrole: pour la sauvegarde de la planète.

Le schéma de gauche (présent seulement dans l’édition imprimée du Soleil) a attiré mon attention — parce que j’aime beaucoup les idées qui transforment notre façon de voir les choses… et après ces quelques lignes de textes, tout à coup, le projet de TGV qui pourrait relier Québec à Montréal (en une heure!) et plus loin encore, jusqu’à Windsor… n’apparaît plus le même!

« …cela coûterait au moins de 30 à 35 millions $ le kilomètre ici pour implanter un TGV [traditionnel]. Ces coûts s’expliqueraient par la nécessité d’exproprier un corridor pour le train et le nivellement du terrain… [alors] que l’implantation de ce type de monorail coûterait entre trois et cinq fois moins qu’un TGV. « Au lieu de niveler le sol sur la distance entre Québec et Montréal, on aurait à travailler le sol sur quelques mètres carrés pour chaque pylône et à solidifier les structures existantes comme les ponts ». »

On peut feuilleter quelques pages du livre sur le site livresquebecois.com.

Bilan et perspectives pour Le Lien Multimédia

logo_lien_multimedia1Chaque fin d’année, Le Lien Multimédia propose à ses lecteurs un bilan et quelques perspectives pour l’année 2009. C’est dans ce contexte qu’on m’a demandé de répondre à trois questions, que je reprends ici (en gras) suivies de mes réponses.

* * *

Quelle a été, d’après toi, la meilleure idée à voir le jour dans le monde multimédia québécois en 2008?

Je dois d’abord préciser que je suis revenu au Québec à la mi-année après presque trois ans passés en France et qu’il n’a pas toujours été facile de suivre l’actualité du multimédia pendant cette période.

Cela dit, je n’ai pas trouvé que 2008 était un très grand cru en termes d’innovation — une année de maîtrise et d’approfondissement peut-être davantage.

Ce qui me vient toutefois le plus spontanément à l’esprit comme « meilleure idée », ou comme « meilleure nouvelle » de 2008, c’est la campagne Web de Québec Solidaire lors des dernières élections. Rien de si extraordinaire, me direz-vous? C’est vrai. Avec des résultats très mitigés? Peut-être. Mais je pense que nous avons enfin eu un exemple québécois du « comment faire de la politique sur le Web en 2008 » — un exemple que les autres partis ne pourront pas ignorer.

Chapeau à Anne-Marie Provost et son équipe, ainsi qu’à tous ceux et celles qui les ont appuyés et qui leur ont fait confiance pendant cette campagne.

Reste au Parti québécois et au Parti libéral à se retrousser les manches maintenant — et sans attendre les prochaines élections! Parce que la démocratie ce n’est pas seulement voter, et qu’Internet nous amène à repenser la manière dont peut se vivre la démocratie québécoise au quotidien.

Le flop de 2008?

Aucun doute dans mon esprit, le grand flop de 2008 c’est le manque de leadership politique dans le domaine du multimédia et d’Internet.

Je trouve invraisemblable qu’au moment où notre société est en train de se transformer rapidement sous l’influence des « nouvelles technologies », le Québec ne dispose d’aucune vision d’ensemble, et encore moins de stratégie, dans ce domaine. Ce n’est pas sérieux: ni d’un point de vue social, ni d’un point de vue économique.

Je trouve invraisemblable qu’aucun des partis politiques n’ait présenté de propositions sérieuses à cet égard lors de la dernière campagne électorale.

Quelques mesures ici et là, bien sûr, mais quel plan d’ensemble? En éducation? En culture?

Et je ne dis pas que c’est seulement la faute des hommes et des femmes politiques — nous avons aussi, comme citoyen, une responsabilité dans ce déplorable état de fait.

Cessons d’accepter l’inacceptable: engageons-nous dans les démarches qui contribuent à faire émerger une vision partagée du rôle des technologies de l’information et de la communication dans le développement du Québec (unplannumeriquepourlequebec.com par exemple); écrivons aux élus; proposons-leur des plans d’actions. C’est urgent!

Une chose que tu aimerais voir en 2009?

J’aimerais que le Québec se dote d’un plan ambitieux en rapport avec le rôle d’Internet à l’école. Un plan avec une portée d’au moins dix ans — parce que l’école n’est pas une institution qu’on peut bousculer; et parce que les responsabilités qui incombent aux enseignants exigent qu’ils aient un temps suffisant pour adapter leurs pratiques pédagogiques à la vision que ce plan devrait énoncer.

Ce plan ne parlerait pas seulement de technologie et d’équipements, mais aussi (surtout!) de l’ouverture sur le monde qu’Internet rend possible dans les écoles; de la forme que nous souhaitons voir prendre au matériel éducatif et du rôle des éditeurs scolaires pour développer ce matériel. Préciser aussi ce que tous les enfants québécois devraient savoir pour être en mesure de développer leur identité dans ce nouveau monde aussi — parce que c’est un véritable défi qui échappe aujourd’hui largement à l’école.

La « réforme » était une nécessité. Il faut continuer de l’appuyer. Ses fondements correspondent bien aux défis que les enfants devront relever lorsqu’ils seront adultes.

Je suis convaincu que plusieurs des difficultés que nous rencontrons dans la mise en oeuvre de cette réforme tiennent essentiellement au fait que nous n’avons pas encore su faire appel aux technologies pour aller au bout des convictions qui nous ont guidés jusqu’ici — c’est pourtant nécessaire. C’est le défi que ce plan devrait nous aider à relever.

Dans un autre ordre d’idée, j’aimerais aussi que les éditeurs, les auteurs et les libraires, notamment, s’engagent dès maintenant, et avec conviction, dans le passage au numérique et dans les premières étapes de la dématérialisation du livre. Je vais personnellement y consacrer toutes mes énergies au cours des prochains mois, parce que je suis convaincu que par delà les risques qui inévitablement associés à de tels bouleversements techno-socio-économiques, il y a là une extraordinaire opportunité pour la culture québécoise de voir naître de nouveaux talents et de se faire connaître plus largement que jamais auparavant.

L’image comme porte d’accès à la connaissance

En cette période où la tradition veut qu’on porte un regard rétrospectif sur l’année qui se termine, je me suis demandé lequel des milliers de textes que m’a rapporté mon agrégateur cette année avait le plus marqué mon imagination en ce qui concerne l’avenir du Web — et par voix de conséquence, celui de la société dans laquelle nous vivons.

Il y en a évidemment plusieurs… mais celui qui me reste le plus durablement ancré dans les neurones, celui qui me tarabuste depuis près de deux mois, c’est Is YouTube the Next Google? Et, complémentairement, celui que Internet Actu a publié sur le même sujet quelques jours plus tard: Quand YouTube remplacera Google.

« During one of the conference breaks (…) he mentioned that his son accesses the web through YouTube (…) Whenever [he] needed any information, he would open up YouTube, type in the search term and then just watch the videos that showed up as matches. He never Googled anything; he never went to any other site; his entire web experience was confined to YouTube videos. »

Je n’avais n’avais d’abord que survolé ce texte, le jugeant un peu farfelu. Mais depuis, je constate que mes enfants aussi accèdent spontanément au Web par YouTube — avec une efficacité étonnante. Pas sur tout les sujets, bien sûr, mais avec une efficacité sûrement équivalente à celle que nous offrait les meilleurs moteurs de recherche il y a une d’années.

Qu’est-ce à dire? Qu’est-ce que cela signifie d’un point de vue éducatif et culturel? Est-il possible d’accèder à la connaissance pratiquement sans savoir écrire, uniquement par l’image? Quelles conséquences sur la construction de l’esprit humain, et sur son fonctionnement? Cela me semble extraordinaire. Cela me semble périlleux. Je ne sais trop qu’en penser.

Cela me rappelle un autre texte qui m’avait beaucoup marqué, lu en 1993 alors que j’étudiais au baccalauréat en enseignement au secondaire. C’était dans le deuxième numéro de Wired, sous la plume de Seymour Papert: Obsolete Skill Set: The 3 Rs.

« In my forthcoming book, The Children’s Machine: Rethinking School in the Age of the Computer, I use as a thematic image an encounter with a four- year-old girl who heard that I grew up in Africa and asked if I knew how giraffes sleep. I did not. But the ensuing conversation led me to pursue the question when I got home. Reference books were scattered all over my floor as I jumped from one to another in an exciting exploration of the giraffe’s world. As I enjoyed the chase I pondered the unfairness of being able to get all this fun out of the girl’s question – why couldn’t she do what I was doing?

Not long ago the answer would have been obvious: She can’t read. But today, there is no technical obstacle to creating a « Knowledge Machine » that would allow a girl of four to navigate through a virtual knowledge space where she could see for herself how giraffes live. It will take time for the vast quantities of information available in print to be recast for such a machine. But it will happen; and when it does, the Knowledge Machine (a metaphor for much more varied forms of media) will provide easier access to richer and fuller bodies of knowledge than can be offered by any printed encyclopedia.

Admitting the prospect of Knowledge Machines does not imply that people will no longer need to read. But reading will no longer be the unique primary access road to knowledge and learning, and it should therefore no longer be the dominant consideration in the design of School. »

Ce texte m’avait évidemment amené à lire The Children’s Machine: Rethinking School in the Age of the Computer. Il est vraisemblablement temps de le poser à nouveau sur ma table de chevet.

Le fil de la mémoire des lecteurs…

Après Ça sent la coupe, je suis plongé dans la lecture de Lectodôme, de Bertrand Laverdure. Mes commentaires suivront bientôt, mais, d’ici-là, voici trois extraits d’un dialogue entre l’auteur et son éditeur, trouvé sur le blogue des éditions Le Quartanier.

« Je suis fasciné par l’apparition d’extraits de livre ou de livres entiers dans les livres. L’univers de la littérature est un univers tautologique, une vaste entreprise de relais d’œuvres. On écrit parce que nous avons lu; nous lisons pour écrire. L’ADN du style de chaque auteur correspond à ce qu’ils ont digéré des livres qu’ils ont lus. C’est pour cette raison que je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de livres mentionnés dans les romans contemporains. Nous vivons à une époque d’abondance littéraire et cet état de fait devrait se traduire par des hommages incessants aux auteurs qui nous ont frappés ou à ceux qui nous agacent. Les auteurs marchent dans une boue d’influences complexe et ils semblent avoir nettoyé leurs souliers en écrivant. »

« Je souhaite transformer chacun de mes romans en magazine contemporain de mes lectures et, incidemment, mettre de l’avant la lecture de mes collègues écrivains, mes lectures québécoises. Pourquoi? Parce que la diffusion des œuvres contemporaines fait défaut. Quelques articles sont publiés à la sortie des livres (encore, si l’écrivain est chanceux) et puis un silence de mort s’ensuit. Pourtant, la vie du livre, surtout de la fiction, repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs. Hormis les succès internationaux ou les livres populaires (Le petit prince ou Harry Potter) le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

« C’est ainsi que je me suis donné comme mission littéraire d’évoquer dans tous mes romans (Gomme de xanthane, Lectodôme et même le roman pour adolescent qui je publierai en 2009 à La courte échelle) au moins une dizaine d’auteurs québécois que je respecte, ai lus, ou admire. La curiosité intellectuelle est selon moi le premier devoir de l’écrivain. »

* * *

Quand Bertrand Laverdure dit que…

« la vie du livre (…) repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs (…) [et que] le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

…je trouve qu’il décrit très bien une des raisons qui explique que le développement de la blogosphère est aussi déterminant pour la culture québécoise — et pourquoi la dématérialisation du livre représente une opportunité extraordinaire pour la majorité des auteurs (et des éditeurs) d’ici.

ISBN | 9782923400440

Une ville de rêves

Ma contribution au projet 400 ans 400 blogues sera assez brève; et très personnelle.

Juste quelques mots pour dire et me souvenir que ça a été une expérience extraordinaire de revenir à Québec cet été — au coeur de la fête — et de redécouvrir ma ville; notre ville.

Quelques mots pour dire que je suis heureux d’être de retour; heureux d’avoir choisi de me réinstaller à Québec après ces presque-trois-ans passés à Paris — une autre ville extraordinaire.

Quelques mots pour témoigner du fait que nous avons choisi Québec parce que c’est une ville de taille humaine, où la vie quotidienne (familiale et professionnelle) est plus simple que dans de plus grandes villes et que cela nous laisse, concrètement, beaucoup plus de temps pour réaliser nos projets… et pour rêver sans cesse à ceux qui suivront. Nous l’avons choisi aussi parce que c’est une ville inspirante; une ville phare d’une culture dont nous sommes fiers.

Quelques mots pour dire que je suis fou de Québec quand elle est une ville créative, une ville d’idées; une ville de projets — une ville d’où on se projette dans l’avenir. Une ville éducative. Je suis fou de Québec parce que c’est une ville qui, forte de son histoire (dont il a été trop peu question cet été), est encore à inventer. Comme le pays dont elle est la capitale.

Quelques mots pour dire que j’aime rêver à Québec.

Sur les bouleversements à venir dans le monde du livre…

Le Devoir a publié samedi un texte intitulé Culture : l’épreuve de la dématérialisation (réservé aux abonnés), dont l’essentiel porte sur la presse écrite et l’avenir des journaux, mais dont la dernière partie s’intéresse à l’avenir du livre. Et là, franchement, je n’ai pas de félicitation à faire à Stéphane Baillargeon: catastrophisme, approximations, erreurs factuelles. Désolant. Je me suis permis de le dire…

Fort contraste avec le ton adopté par Hugh McGuire le même jour, dans le Huffington Post (info). Son texte, intitulé What If the Book Business Collapses? explore de façon beaucoup plus optimiste les bouleversements qui se profilent à l’horizon pour le monde du livre. Quelques extraits:

« The state of the book publishing business is dire. Publishers are cutting back staff, editors are getting fired, or leaving. Amazon is putting the squeeze on everyone, and bookstores across the land are having a hard time, with major closures expected. (…)

So the rest of us, readers and writers and lovers of books, entrepreneurs and technologists (…) are going to have to come up with new and different ways to get books written, published and in the hands of readers. (…)

I’m optimistic. New technologies are coming along that change the economics of books: ebooks, ipods, print-on-demand, the web, and more to come yet. The readers are there, maybe fewer of them, but no less passionate. The writers are there. (…)

So it’s up to us — all of us who care about books — to figure out what the book business is going to look in the next decade or so.

Exciting times. »

Je partage cette excitation.

Habitudes d’achat de livres des Canadiens

Lu dans Le Soleil de ce matin sous le titre « Les écrivains canadiens, ces inconnus »; retrouvé sur Cyberpresse.ca sous le titre Margaret Atwood? Connais pas…

« …les Canadiens consacrent somme toute assez peu de temps à lire la prose de leurs compatriotes. En effet, à peine 22% des ouvrages que les répondants affirment avoir lus au cours des 12 derniers mois ont été écrits par des Canadiens. En fait, les consommateurs accordent très peu d’importance à la nationalité de l’auteur du livre qu’ils achètent: ce facteur arrive à l’avant-dernier rang dans la liste qu’on a proposée aux répondants. »

« « Ce qui m’intéresse, c’est d’abord le sujet, l’histoire du roman, pas la personne qui l’a écrit, confirme Robert Émery, rencontré dans une librairie du centre-ville de Montréal. En fait, je dirais même que je préfère les auteurs étrangers parce qu’ils me font découvrir plus de choses en me racontant comment est la vie dans leur pays.  » »

« Joëlle Gagnon, libraire en chef de la librairie Raffin, rue Saint-Hubert, note que la nationalité de l’auteur ne devient un critère pour ses clients que lorsqu’ils prévoient offrir un livre en cadeau à un étranger. « Les demandes pour des auteurs canadiens sont très rares, mais elles sont un peu plus fréquentes pour les écrivains québécois depuis quelques années », note-t-elle. »

Un tableau accompagne la version lue dans Le Soleil:

Critères de choix

Les Canadiens ont acheté 14 livres en moyenne ces 12 derniers mois. Voici, dans l’ordre, les facteurs les plus souvent cités comme ayant influencé leurs choix:

  • Le sujet du livre (80%)
  • Le nom de l’auteur (42%)
  • Le bouche à oreille (41%)
  • Le prix (23%)
  • Les critiques et les prix remportés (19%)
  • Les listes de meilleurs vendeurs (15%)
  • Les illustrations et la mise en pages (12%)
  • L’adaptation au cinéma (11%)
  • La nationalité de l’auteur (4%)
  • La nationalité de l’éditeur (3%)

Je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur la version complète du sondage de Patrimoine canadien.

Ça sent la coupe

Ça sent la coupe

J’ai recommencé à lire des romans début décembre après plusieurs mois de pause… fin d’aventure française et retour au Québec obligeant — avec la fatigue qui accompagnait tout ça.

Après m’être lancé dans Millenium (tomes 1 et 2 en une quinzaine de jours; le tome 3 m’attend au pied du lit) j’ai eu envie de m’offrir un survol éclectique de jeunes auteurs québécois.

J’avais été intrigué par Matthieu Simard en explorant le projet Epizood des Éditions de la Courte Échelle, dont il est l’auteur d’une des premières séries : Pavel. Au cours des derniers jours, j’ai donc lu de lui Ça sent la coupe (dont il y a une nouvelle édition).

Je pense que le commentaire qui en a été fait dans Le Libraire est assez juste:

« Ça sent la coupe, c’est une vraie histoire de gars : ça parle pas mal de hockey, mais aussi des chums, des blondes, du besoin d’amour et de sexe. La télé, surtout si elle mesure 51 pouces, est un beau refuge pour Matt, surtout quand Théo ne s’en fait pas scorer trop. Malgré tout, le monde et la gang continuent d’exister, et quand son bon ami Mike déprime ou que sa copine Julie le laisse, il lui faut rebondir pour la coupe de la vraie vie. Un livre sans prétention, écrit dans une langue parlée digne des plus beaux épisodes de Lance et compte, une histoire qui fait sourire et beaucoup de bien, et qui va aider les copines à mieux nous comprendre. »

…je laisserais toutefois tomber la dernière phrase. Parce que si c’est un vrai livre de gars… un livre distrayant… un livre qui permet de se moquer de certains de nos travers de gars… je serais bien désolé qu’il aide qui que ce soit à me/nous comprendre. Le récit relève plus de la caricature que du portrait.

Mais je n’en fais pas le reproche à Matthieu Simard, qui a eu, je crois, beaucoup de plaisir à écrire ce livre — et qui m’a fait rire à plusieurs reprises. Et je ne crois pas qu’il avait la prétention de faire avec son deuxième roman une grande fresque sociologique.

Ça sent la coupe restera pour moi comme un polaroïd acidulé d’une saison de hockey, écrit par avec une écriture très blogue par un gars presque ordinaire (vous en connaissez beaucoup des gars qui écrivent trois pages à la fin de chaque match de hockey avant d’aller se coucher?).

Pour en savoir plus sur Matthieu Simard: son site et son blogue.

ISBN: 2760409759 | 9782923662053

Quelques chiffres sur l’édition québécoise en 2007

Parmi mes lectures du temps des Fêtes, pour préparer quelques projets d’écriture — de réponses à des blogueurs et, peut-être aussi d’un livre à venir en 2009:

« Il semble bien que, contrairement à 2005 et à 2006, la forte croissance des ventes de livres au Québec en 2007 ait surtout profité aux éditeurs étrangers. Ce ralentissement de l’édition québécoise sur son marché est en partie compensé par un accroissement des ventes hors Québec, tandis que tant les distributeurs que les éditeurs du Québec ont connu un repli relatif sur le réseau de détail face aux fournisseurs étrangers. »

Source: Édition québécoise 2007 : exportations en hausse et baisse sur le marché national – No 43, Décembre 2008

Je retiens particulièrement de ce document les figures 4 et 5, concernant les ventes directes des éditeurs vs les ventes réalisées par les distributeurs.

L’école, par delà les discours: dire merci

Michel LeNeuf nous fait cadeau d’un texte touchant — presque un conte de Noël, malgré sa tristesse: à lire absolument. À faire lire, aussi, à tous ceux et celles qui tiennent parfois des discours désincarnés sur l’éducation — parce que l’école c’est d’abord et avant tout du vrai monde: des personnes, des défis, des drames — l’humanisme au quotidien.

Il reste une dizaine de jours avant la pause scolaire des Fêtes. Dix jours pour trouver une façon — votre façon — pour dire un grand merci aux enseignants de vos enfants, à la directrice d’école, aux psychologues, orthopédagogues, etc. : à tous ceux et celles qui font l’école au quotidien.

La liste de choses à faire d’ici Noël est déjà longue, je sais, mais ces remerciements devraient figurer tout en haut de la liste…

Ne pas oublier de dire merci.