Politique autonettoyante

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La campagne électorale fédérale est à peine commencée qu’on nous propose déjà sondages et savantes analyses — et on en a pour trois mois comme ça…

Alors, j’essaie de sortir un peu des sentiers battus pour essayer renouveler la réflexion. Dans cet esprit, je retiens deux textes pour aujourd’hui.

Un premier, très court, qui nous invite à réfléchir la société en s’inspirant de la magie du four autonettoyant (!):

Self cleaning | Seth Godin | 3 Août 2015

«…it takes care of itself, an ongoing cycle of productivity. […] Instead of waiting for things to degrade or even to break, we build in a cycle of honesty, a tradition of check-ins. […] The interstate highway system will continue to degrade until it falls apart, because infrastructure funding and repair wasn’t built into it from the start. […] It’s neither obvious nor easy to build a system that’s self cleaning. It requires addressing problems before they show up.»

Et un autre, plus long (et plus sérieux) qui suggère de remplacer les éternels débats électoraux par des simulations de situations de crise — pour voir ce que les candidats à une élection ont véritablement dans le ventre.

Want to be president? Show us how you’d handle a disaster | The Washington Post | 30 juillet 2015

«Every election year, our potential commanders in chief spend hours — days, really — preparing for the debates. They practice their comebacks and refine their zingers. […] All of which will be very boring and will tell us very little about the kind of leaders they would actually be. […] Instead, let’s have our aspirants try out for president by putting them in charge of a simulated crisis […] How would the candidates think through their options? How would they react? And wouldn’t we gain more insight by examining their responses…»

Des LEGO littéraires

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La section Ideas du site LEGO permet aux amateurs de proposer de nouveaux ensembles de blocs autour de thèmes de notre choix — de soumettre des projets de nouvelles boîtes de LEGO.

Ideas | LEGO

C’est une habile façon d’intéresser les gens au produit, bien sûr, mais aussi d’en faire parler — et d’alimenter les réseaux sociaux. Marketing!

Les projets proposés ont un an pour susciter l’adhésion d’au moins 1000 personnes, à défaut de quoi ils meurent. Une fois qu’ils ont atteint ce stade, ils ont ensuite six mois de plus pour atteindre 5000 partisans. Et s’ils atteignent cette troisième étape, ils disposent d’une dernière période de six mois pour atteindre 10000 partisans. Et pour rallier tout ce beau monde… il faut parler de LEGO partout sur les réseaux sociaux: faire campagne!

C’est seulement une fois qu’ils ont atteint 10000 partisans (ce qui peut donc prendre jusqu’à deux ans), que l’équipe de révision de LEGO se penchera sur le projet… pour n’en retenir que trois par année qui pourront être produits et mis en vente par LEGO (et qui vaudront notamment à leur auteur 1% des ventes générées).

J’ai trouvé particulièrement est intéressant de noter les lignes directrices qui sont imposées dans le processus (dont l’extraordinaire: «No selfies! Don’t submit photos of yourself or other people in your project.»).

Guidelines | Ideas | LEGO

Acceptable Project Content | Ideas | LEGO

Je vous parle de tout ça parce que j’ai découvert la section Ideas du site LEGO grâce à Book Riot, qui regroupait il y a quelques jours les propositions de projets actifs qui ont un rapport avec la littérature — dont Robin des bois, La petite maison dans la prairie, Sherlock Holmes, Charlie et la chocolaterie, le Magicien d’Oz et… Le petit prince!

How To Make Your Bookish LEGO Dreams Come True | Book Riot | July 28 2015

Le site nous invite bien sûr à aller voter pour que ces propositions deviennent réalité… mais pourquoi pas imaginer à notre tour de nouvelles boîtes de LEGO autour d’autres belles histoires?

Et vous, quel ensemble de LEGO littéraire rêveriez-vous d’offrir à un enfant pour son anniversaire?

Disparaître (ou pas)

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Nathan Bett est photographe. Il s’installe à New York et rêve de faire de la street photography — pour témoigner de la vie quotidienne.

In the Big Apple, you need only step out your front door — every moment, every teaming sidewalk, every intersection is a photo.

Sauf que ça ne se déroule pas comme il l’aurait souhaité. Il n’arrive pas à se faire oublier. Les gens le regardent, sont méfiants, voire hostiles à sa présence. Résultat, les photos ne sont pas naturelles parce qu’on devine aisément la présence du photographe. Il n’arrive pas à disparaître.

Lui vient alors une idée géniale: superposer les regards qui trahissent sa présence afin de l’amplifier.

Every Stare Directed at a Street Photographer in a Single Image | Medium

Quelques heures de Photoshop plus tard, il obtient des mises en scène que je trouve absolument fascinantes. Étranges, inconfortables, mystérieuses.

C’est le photographe qui était l’objet de ces regards, bien sûr, mais au moment où je regarde la scène qui en découle, c’est moi qui devient l’objets des regards. Qu’aie-je bien pu faire pour me mériter ces regards. « Qu’est-ce que j’ai fait? »

En effet: que faut-il faire pour se retrouver au coeur de pareilles scènes? Voire, pire, quelles conditions, indépendamment de toutes actions, peuvent nous placer dans ce rapport avec les autres.

Est-ce l’expérience de la rue d’un quêteux? des minorités visibles? d’une femme voilée?

Homme blanc dans la quarantaine avec un comportement discret, je ne sentirai sans doute jamais de tels regards dirigés sur moi.

J’en ai tout juste un peu fait l’expérience, quand j’ai brièvement eu les cheveux bleus — vers 25 ans — et dans certains milieux, lorsque présenté comme candidat du Parti Québécois (vrai vrai!).

Regroupés sous le titre Learning to Disappear, les photomontages de Nathan Bett, nous invitent à une profonde réflexion sur l’inégale facilité avec laquelle nous pouvons nous fondre dans le collectif. Et sur le confort, et l’inconfort, qui l’accompagne.

Learning to Disappear | Nathan Bett

Et vous, l’autorité?

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J’avais été profondément bouleversé, il y a quinze ans, par le film allemand Das Experiment, qui s’inspirait de l’expérience de Standford, qui avait été menée par Philip Zimbardo en 1971. C’est même devenu un de mes films cultes, avec Douze hommes en colère, Fight Club et Barton Fink.

L’expérience de Standford | Wikipedia

Das Experiment (L’expérience), le film (2001) | Wikipedia

Le professeur Zimbardo publiait aujourd’hui un remarquable texte sur Medium pour revenir sur cette expérience mythique, qui se retrouve de nouveau dans l’actualité à l’occasion de la sortie cette semaine d’un nouveau film à son sujet intitulé The Stanford Prison Experiment.

The Stanford Prison Experiment | Philip Zimbardo | Medium

Quelques extraits du texte — que je vous invite à lire en entier.

In the summer of 1971, I created a research project focusing on the psychological effects of prison life, for both the prisoners themselves and the prison guards.

The simple premise was to understand what happens when you put only good people in a bad situation.

This dramatic study has become known as the Stanford Prison Experiment, and it’s the subject of a new film directed by Kyle Patrick Alvarez, written by Tim Talbott.

La bande annonce du film (en anglais) est disponible ici:

The Stanford Prison Experiment Official Trailer #1 (2015)

On sent bien dans le texte de Philip Zimbardo que celui-ci reste profondément marqué par l’expérience qu’il a menée il y a presque 50 ans — où il s’était lui même trouvé engagé à un niveau insoupçonné:

In my adopted role of Prison Superintendent, I soon became insensitive to obvious prisoner suffering, failing to limit guard abuses. My girlfriend (now my wife) was the only person who saw the situation for what it had become, when she visited the jail on the fifth night. She said to me, “I know you from other situations. I know you’re a caring, loving person. I don’t recognize who you have become here, but realize that these boys are suffering and YOU are responsible for it.”

L’expérience reste évidemment d’une frappante actualité — et pas que dans les cas les plus extrêmes:

Such prisons of the mind are everywhere — in mental hospitals, jails, summer camps, high schools, businesses, and more.

La réflexion à laquelle nous convie le professeur Zimbardo dans son texte d’aujourd’hui, nous amène toutefois aussi de l’autre côté du miroir, vers un plus grand optimisme, en plongeant dans ses travaux plus récents avec le Heroic Imagination Project.

Can people learn how to recognize when authority oversteps its bounds, and cultivate the tools to resist and push back? I know they can.

By learning the skills, strategies, and knowledge of wise and effective social action, and channeling the private virtue of compassion into this civic virtue of heroism, youth and elders can change their world.

Finally, we replace the old notion of heroes as unique people, born to their elite status, or Super Heroes (who lack brains), with hero squads who work collaboratively, doing extra-ordinary deeds of daily heroism in their families, schools, businesses, and communities.

On passe vraiment dans ce texte, en quelques paragraphes, du côté le plus noir de l’être humain à sa dimension la plus claire et inspirante.

Et vous, l’autorité?

Cinq minutes par jour

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J’avais un peu négligé les réseaux sociaux depuis quelque temps. J’en faisais un usage paresseux, me contentant de lire ce que Facebook et Twitter m’apportaient sans chercher à aller au-delà. Or, se satisfaire des algorithmes c’est un peu comme se contenter de manger du fastfood.

J’ai donc fait un peu de ménage (y’a rien comme éliminer quelques abonnements et masquer les publications de quelques amis pour y voir plus clair) mais surtout, j’ai suivi quelques liens un peu plus en profondeur que j’en avais pris l’habitude, j’ai exploré les abonnements des personnes les plus inspirantes auxquelles je suis abonné sur Twitter. Ça m’a permis de faire rapidement plusieurs belles découvertes, très stimulantes!

Ma plus agréable surprise a été de trouver sur mon parcours cette entrée du blogue morning.computer, de Warren Ellis:

I Steal Time | morning.computer | 21 juin 2015

C’est une publication qui m’a beaucoup touché.

Photo carrée, très réaliste, texte spontané — et référence à l’écriture comme outil de prise de conscience et d’éveil.

C’est pas mal ça que je souhaite faire avec ce blogue.

Thanks Warren, I’m back!

Ma plus grande déception

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Je suis de plus en plus convaincu que le monde du livre se prépare à une nouvelle période de bouleversements, dont les effets seront probablement beaucoup plus violents que les précédents.

C’est dans ce contexte que j’écrivais samedi soir sur Twitter que ma plus grande déception, après sept ans chez De Marque (plus de dix ans de développement actif dans le monde du livre), c’est l’absence d’intérêt pour les API — qui permettraient pourtant toutes sortes d’innovations déterminantes pour la suite des choses.

Un échange spontané a suivi, notamment avec Sebastian Posta et Virginie Clayssen. Celle-ci revient sur le sujet aujourd’hui et en profite du même coup pour redonner vie à son blogue (belle retombée d’un soupir technique!). Elle en profite pour clarifier pour ses lecteurs ce qu’est un API (merci!).

10 recettes pour réveiller votre blog endormi | teXtes | 20 juillet 2015

J’apprécie particulièrement sa conclusion:

«Les maisons d’édition disposent donc de données (et quelles données !). Pour la technologie, elles se sont mises en route, mais il y a encore pas mal de chemin à faire. En commençant par offrir un accès contrôlé à certaines de leurs données via des APIs, peut-être pourraient-elles progresser plus rapidement sur ce chemin, en associant des développeurs talentueux à la réflexion sur de nouvelles manières de considérer leur catalogue, qui constitue l’essentiel de leur richesse.»

On voit bien que les ventes de livres numériques ne se développeront pas d’elles-mêmes. Partout où Amazon n’est pas là pour tirer activement le marché, tout est très lent, trop lent — et ce n’est pas positif pour autant, pour personne! Les équilibres économiques de presque tous les acteurs sont plus précaires que jamais. Il devient urgent de tenter quelque chose de nouveau.

Back to basic: le numérique c’est aussi un puissant moyen de stimuler les ventes de livres, qu’ils soient numériques ou imprimés. C’est peut-être ce que nous avons le plus négligé dans les derniers mois. Travailler sur la visibilité des livres (évident) mais aussi sur leur découvrabilité (moins évident, mais encore bien plus puissant).

Il faut qu’on trouve moyen d’accélérer et d’approfondir les échanges sur le sujet. D’explorer de nouvelles pistes, concrètement, aussi. C’est fondamental.

Je suis convaincu que les API et toutes les données auxquelles ils peuvent donner accès seront des ingrédients essentiels pour la suite des choses.

On part de loin… il n’existe même pas, à ma connaissance, de liste d’API existants, ou même de données qu’on saurait regroupées dans diverses bases de données et plateformes, et qui pourraient faire l’objet d’API.

Il faudrait peut-être commencer par ça…

Abécédaires

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Je m’étais dit il y a quelques semaines que ce serait agréable d’avoir un projet d’écriture pour l’été. Un défi sans aucune prétention, pour le simple plaisir de jouer avec les mots et de sortir un peu des sentiers battus.

J’ai exploré quelques pistes avant de m’arrêter sur l’idée d’une série d’abécédaires rédigés dans un format Twitter: donc pas plus de 140 caractères pour chacune des vingt-six entrées de chaque abécédaire.

Le compte Twitter où je regroupe tout ça est ici: @abecedaires

J’en ai fait deux jusqu’à présent:

L’abécédaire d’un jour férié

A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

L’abécédaire du vol TS0812

A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Combien y en aura-t-il d’autres? Je ne sais pas.

À suivre. 

Mise à jour:

L’abécédaire du Globe and Mail du 7 août 2015 

A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

(ou, regroupés dans une seule page, en cliquant ici…)

Enjeux médiatiques

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Je poursuis ma lecture de textes d’Olivar Asselin — tirés de Pensée française, un livre publié en 1937, dont une version numérique peut d’ailleurs être trouvée sur le web:

Olivar Asselin | Pensée française | 1937
Version .doc | Version epub | version pdf

Je reprends ci-dessous des extraits d’un texte écrit en 1934 dans lequel l’auteur présente le projet éditorial du journal qu’il vient de fonder: l’Ordre. Encore une fois, du vocabulaire un peu vieillot, quelques idées anachroniques, mais surtout une similitude étonnante avec plusieurs des enjeux auxquels sont confrontés les médias encore aujourd’hui. Je vous laisse constater.

En guise de programme

L’Ordre écrira et interprétera le mot à la française. — Pour l’Ordre la renaissance nationale ne consistera pas uniquement, ou surtout, dans l’intensification de la natalité, mais dans le développement des plus hautes virtualités du peuple: intellectuelles, morales, même physiques.

Aussi libre que peut l’être en notre pays un journal rédigé par des hommes vivants en société. — L’Ordre estimera faire tout son devoir en restant indépendant des puissances d’argent, de l’esprit partisan, des combinaisons factieuses, des fanatismes irraisonnés (…)

Prendra les hommes comme ils sont, mais dans l’espérance de pouvoir les améliorer un peu. — (…) L’Ordre ne demandera donc pas aux hommes publics plus qu’ils ne savent donner. Tout au plus se permettra-t-il de décerner à la sottise, en toute circonstance, le bonnet d’âne.

Travaillera de son mieux à mettre un peu d’ordre dans les idées, en combattant certaines balivernes dont le monde est en train de périr: démocratie, suffrage universel, diplomatie de place publique, etc. — (…) Il ne manquera pas une occasion de démontrer par des faits que la démocratie est un mensonge, le suffrage universel une duperie, la diplomatie de place publique une calamité.

Évitera néanmoins de chercher le salut de la société dans d’autres formules aussi creuses, quoique plus nouvelles, sans tenir compte de l’expérience. — Traitera avec le plus grand respect les directives papales en matière politique et sociale, mais ne s’en laissera pas imposer par les gens qui voudraient les appliquer à tort et à travers, sans rien y comprendre et sans tenir compte des circonstances de temps et de lieu.

S’efforcera de toujours appeler un chat un chat. Osera, à l’occasion, appeler le fripon par son nom. — (…) Il niera hardiment à des déclassés, incapables de gagner honnêtement par eux-mêmes $1000 par année, le droit de gérer au nom des contribuables un budget de 40 à 50 millions, par exemple. (…)

Réunira, sous la direction d’un journaliste d’expérience, un groupe d’hommes jeunes, enthousiastes, relativement instruits, indépendants des partis politiques, traditionalistes de tempérament et d’éducation, mais dégagés des influences de coterie qui menacent de stériliser et d’avilir la vie intellectuelle du Canada français tout en prétendant l’élever. — (…) Le directeur de l’Ordre a choisi comme collaborateurs des jeunes gens (…) n’ayant jamais appartenu aux partis politiques, d’esprit foncièrement national, mais libérés des niaises admirations pour la routine, le conventionnel et le « gnan-gnan ».

Consacrera la moitié de son espace aux questions canadiennes; le reste à la reproduction d’articles de la presse française, belge, suisse, balkanique, exprimant d’autres points de vue, sur les choses du monde, que ceux de la presse anglo-saxonne. Se fera un devoir de dénoncer l’hypocrisie ou la stupidité de certaines dépêches anglaises ou américaines, de la canaillerie de la propagande allemande. — L’Ordre n’est pas à proprement parler un journal d’information et ne publiera ni dépêches ni faits-divers. Il visera cependant à faire connaître au public canadien, en les rétablissant ou même en les interprétant, les faits supprimés ou dénaturés par les propagandes anglaise, américaine et germanique, avec le concours « d’hommes d’état » ahuris et de journalistes bornés ou malhonnêtes. Dès le début il prouvera par des documents que l’espèce de propagande antisémitique qui se poursuit chez nous (car il peut y avoir des antisémites honnêtes, bien qu’ils soient rares) est l’oeuvre de canailles.

Devrait fournir chaque jour trois heures de lecture propre à intéresser le soir comme les matin, le lendemain comme le jour même.  — Si la formule de l’Ordre ne convient guère au lecteur qui désire savoir heure par heure tout ce qui se passe dans le monde, elle sera précieuse à quiconque se soucie moins de tout savoir que de penser droit. Trois heures après sa publication, le journal de pure information, en nos pays, n’a plus aucune actualité: la rédaction de l’Ordre sera encore d’actualité plusieurs jours après l’apparition du journal, ce qui permettra aux gens peu fortunés de s’y mettre à plusieurs pour s’abonner.

Dans le domaine des choses canadiennes, y compris le théâtre, le cinéma, les lettres en général, le sport (oui, le sport), fera une guerre loyale mais sans merci aux bourreurs de crâne. À cette fin, s’abstiendra d’accepter les entrées de faveur, quoi qu’il en coûte sur ce point à la caisse du journal et à la nature toute humaine de ses rédacteurs. Non qu’il veuille le faire à la vertu, mais parce que, du premier au dernier, ses rédacteurs voudraient pouvoir, dans l’éloge comme dans le blâme, parler librement. — L’espèce de cloison étanche qui règne aujourd’hui dans la plupart des journaux entre la Rédaction et l’Administration (mettons des majuscules, l’occasion en vaut la peine) n’existera pas à l’Ordre. La Direction accepte d’avance la responsabilité de tout ce qui paraîtra dans le journal et dont elle aura pu humainement prendre connaissance. (…) Dans le Canada français comme partout ailleurs, la critique littéraire, théâtrale, artistique, cinématographique, tend à devenir complaisante, parfois vénale. Le sport est plus que jamais un business méthodiquement organisé et truqué par des faiseurs. (…)

Publiera peu de réclame, et seulement pour des maisons ou des produits dignes de confiance. Tout en pratiquant à l’occasion, sans vaine parade, le nationalisme, voire le particularisme économique, ne permettra à personne d’exploiter le patriotisme, à plus forte raison l’antisémitisme dans ses colonnes pour vendre au public de la camelote, d’ailleurs fabriquée, la plupart du temps par des Juifs. La réclame, disséminée à travers la rédaction sous forme de texte courant, sera, croyons-nous, de lecture agréable. En moyenne, elle n’occupera pas le dixième du journal. (…)

Fera une place honorable au correspondant qui, sachant écrire, aura quelque chose à dire et le courage moral de signer. — L’anonymat, arme des lâches, n’aura sa place dans l’Ordre que si la Direction juge à propos de couvrir l’article ou le communiqué de sa responsabilité. Mais, bachelier ou non, universitaire ou non, homme de lettres ou non, l’on devra d’abord écrire en français.

Avec les modestes ressources matérielles à sa disposition, et empêché par la formule même de sa rédaction de compter sur la ferveur active de la foule, espère que tout Canadien-Français instruit, pouvant contribuer chaque jour à une véritable réforme de l’esprit public, le prix d’un verre de bière, lui apportera son concours. — Songez-y, le sacrifice quotidien d’un verre de bière (ou, si vous êtes une femme, de la moindre coquetterie) vous permettra de collaborer à une oeuvre de culture française et de réveil national. (…)

L’Ordre, 10 mars 1934.

La nature de la réforme

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En faisant le ménage de la bibliothèque en prévision d’un chantier de peinture, j’ai remis la main sur un petit livre, publié en 1937: Pensée française, d’Olivar Asselin.

Certains des textes regroupés dans ce livre (sous-titré Pages choisies) ont mal vieilli, mais d’autres, sous un vocabulaire vieillot, apparaissent remarquablement contemporains. J’en reprends ici un premier extrait, d’autres pourraient suivre dans les prochains jours.

De la nécessité du repos pour les réformateurs

L’erreur constante des réformateurs et de s’imaginer que la réforme est une affaire permanente, et de ne pas savoir quand s’arrêter. Tout abus qui a duré longtemps a des chances de durer longtemps, car le peuple, comme toutes les bonnes bêtes, ne raisonne pas, et pour lui faire prendre conscience de ses malheurs faut lasser son endurance à l’extrême. Le réformateur sera acclamé s’il s’en prend à des abus dont tout le monde se plaint; où il se tue, c’est à vouloir enseigner la différence entre l’assez bien et le mieux à des êtres qui savent juste discerner entre le très mal et le très bien. (…) Si le peuple aime à se faire voler, pourquoi le priver complètement de ce plaisir?

Le réformateur intelligent est celui qui, la place balayée, sait rentrer chez lui jusqu’à la prochaine épidémie, quitte à rappeler de temps en temps à la plèbe, par quelques paroles opportunes, qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

Certes, l’habileté suprême est encore, à l’instar de quelques-uns de nos hommes publics, de se mêler aux voleurs en temps de calme et aux réformateurs en temps de crise; mais pour jouer ce double rôle avec succès, il faut une souplesse et une grâce qui manqueront toujours au commun des hommes

Collier’s Weekly, 13 mai 1911

Lettre au jeune moi

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Il y a quelques semaines, Pete Sampras a publié dans The Players Tribune une lettre au jeune Pete Sampras, celui qui, à 16 ans, entreprenait alors sa carrière de joueur de tennis professionnel.

« …né le 12 août 1971 à Washington D.C. aux États-Unis, est un joueur de tennis américain. Professionnel de 1988 à 2002, il a remporté 64 titres en simple sur le circuit ATP, dont 14 tournois du Grand Chelem et 5 Masters. Il est le seul joueur de l’ère Open à avoir achevé six saisons au premier rang mondial » (Wikipedia)

Son texte est intéressant parce qu’il fait référence à plusieurs événements précis de son exceptionnel parcours, mais aussi parce qu’il aborde quelques sujets plus généraux:

« On top of that, don’t forget to take care of your most important weapon: your body. Be aware of what you’re eating. There will be times when you wake up in the middle of the night before a match craving crazy things like hamburgers and pizza. It’s because your body is missing something. If you ignore those cravings and don’t figure out what your body needs (and it’s definitely not burgers or pizza), you’ll get on the court the next day and fall flat. »

« It’s the people in your life (…) that will shape you. Appreciate them. »

Letter to My Younger Self | The Players Tribune | 29 juin 2015

Et même si la morale de la lettre est un peu vertueuse et prévisible dans ce genre de texte, je l’ai notée comme un rappel, utile, de ce qu’il ne faut jamais perdre de vue:

« Play hard, do it on your own terms and stay true to yourself. Do that, and you can’t go wrong. »

Et moi, qu’est-ce que j’aurais envie d’écrire à Clément-quand-il-avait-seize-ans?

Partout en même temps

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La Presse nous apprenait la fin de semaine dernière que la musique sera maintenant disponible partout en même temps.

Les albums sortiront désormais partout en même temps | La Presse | 12 juillet 2015

Fini les zones géographiques, les sorties retardées… et toute la complexité qui accompagnait ce mode de commercialisation archaïque. L’industrie musicale a fini par comprendre qu’il y avait plus à perdre qu’à gagner en procédant comme elle le faisait: incitation au piratage, complexité dans la gestion des droits numériques, etc.

Vu sa proximité avec l’industrie de la musique, on peut penser (souhaiter) que l’industrie cinématographique emboîtera bientôt le pas. Il restera alors à l’industrie du livre à franchir la même étape (certains éditeurs l’ont déjà fait — reste les plus gros).

Je m’étonne que ça ait pris tellement de temps pour en arriver là. Il me semble que c’était pourtant une des manières les plus évidentes et les moins coûteuses de tenir compte des impacts de l’arrivée du numérique dans les industries culturelles. Non?

Et il reste tant à faire.

Photo: Scène de Où tu vas quand tu dors en marchant, 2015.

Repos, amitié et fantaisie

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Ça aura été une très belle fin de semaine.

Fin de semaine de repos, après deux mois particulièrement chargés — satisfaisants, enrichissants, bien sûr, mais fatigants, aussi.

Fin de semaine d’amitié, avec un souper improvisé avec des amis vendredi soir et samedi le méchoui devenu tradition, chez Miguel, ami du secondaire et deuxième voisin. Une cinquantaine de personnes, un agneau, du soleil, du plaisir. Une image souvenir laissée sur Instagram:

Méchoui | 27 juin 2015

Une fin de semaine de fantaisie aussi, parce qu’en faisant un peu de ménage, j’ai pris le temps de m’amuser avec l’esthétisme de l’opération. Par pur plaisir. Ça a donné ces deux photos:

Ma table de chevet | 28 juin 2015

Les livres autour de la table de chevet | 28 juin 2015 

Et comment ne pas finir ce rapide éloge de la fin de semaine sans remercier Benoît, mon neveu de 10 ans, qui avait bien lancé ça quelques jours plus tôt en m’envoyant la photo d’une de ses créations, que j’ai reprise ci-dessus, en écho au texte suivant, dont je m’étais émerveillé sur Facebook:

«On se retrouve à la banane, Place Gérald-Godin?» | Le vadrouilleur urbain | 17 juin 2015

Merci Benoît, ta complicité et ta fantaisie sont inspirantes!

C’est une autre belle semaine qui commence demain.

Réflexion du 24 juin 

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Jour de Fête nationale un peu spécial. Je prends le temps de réfléchir aux derniers mois — à mon engagement politique, comme citoyen d’abord, comme militant du Parti Québécois, aussi, et comme candidat dans une récente élection partielle.

Comment on le fait ce pays? Concrètement.

Parce qu’il faut arrêter de parler au futur. Ce n’est pas « comment on le fera ce pays? », c’est « comment on le fait? ». Tous les jours. Une parole à la fois. Un geste à la fois. Surtout un geste à la fois.

Et quoi de mieux pour réfléchir à ça que le dialogue et le partage?

C’est dans cet esprit que je reprends, ci-dessous, le courriel que je viens d’envoyer à un militant qui m’interrogeait sur la place faite à l’indépendance dans ma stratégie électorale dans Jean-Talon.

Un échange à poursuivre — avec vous.

* * *

Bonjour (…),

Avec plaisir pour reparler de stratégie [électorale] (…)

Pour faire bref, tout de même:

Mon raisonnement s’appuie sur les observations faites au cours des six dernières années de mon engagement pour le Parti Québécois dans Louis-Hébert (observateur à l’exécutif, puis conseiller, puis président) et dans Jean-Talon (conseiller, puis président) et plus récemment comme président régional.

Un des constats principaux est qu’on souffre d’avoir trop négligé notre ancrage dans la réalité des enjeux locaux. On (re)part de loin. On a négligé nos relations avec les organismes communautaires, les lieux de concertation, les endroits où s’exercent les pouvoirs locaux. Et ça nuit beaucoup à notre légitimité — voire à notre crédibilité lorsqu’on prend la parole.

On peut bien parler d’indépendance autant qu’on veut, si on veut que le message porte, il faut qu’il soit écouté, entendu, compris. Et si on n’est pas capable de le faire en ancrant nos propositions dans la réalité, locale, de chacun des milieux dans lesquels nous sommes, ce ne sera pas possible d’y arriver.

Alors oui pour les grands discours, oui pour en parler chaque fois que possible, oui pour que ce soit le thème essentiel, voire unique, de l’élection de 2018, mais entretemps, la priorité c’est de réancrer notre action dans les milieux que nous voulons convaincre.

Il faut pouvoir être en mesure de faire la démonstration que l’indépendance, ça aura des effets dans le quotidien, et que ça permettra d’aborder différemment des enjeux de proximité. Et que les gens qui portent ce projet sont des gens capables d’être concrets, qui osent se mettre les mains dans la réalité, pas seulement de parler du haut d’une tribune ou de façon désincarnée.

Alors concrètement, dans une partielle comme celle qu’on vient de vivre, où il n’y aurait pas de changement de gouvernement, au moment où le mouvement souverainiste est tout juste en train de retrouver sa cohésion, et où la stratégie pour la suite n’est pas encore déterminée… j’ai jugé — et je ne le regrette pas du tout — qu’il était prioritaire de travailler à cet ancrage, et de profiter de l’occasion pour (re)bâtir les ponts nécessaires avec les forces vivres de Jean-Talon, pour leur montrer que je pouvais me battre à leurs côtés.

Et je vais continuer de le faire dans les trois prochaines années.

Et je vais militer pour qu’on fasse de même dans toutes les circonscriptions de la Capitale-nationale.

Je suis convaincu que c’est en adoptant une approche de politique de proximité et en associant chacune de nos actions à des enjeux locaux, qu’on (re)gagnera en crédibilité et que notre parole retrouvera toute sa légitimité. Si on veut pouvoir faire porter entièrement l’élection de 2018 sur l’indépendance, il faut d’abord faire la démonstration que nous sommes prêts à s’engager dans les enjeux locaux.

Voilà, en gros, ma réflexion sur le sujet.

Donner envie aux gens de nous écouter en leur prêtant main-forte, concrètement. Leur parler ensuite d’indépendance, franchement, en continuant à travailler à leur côté.

C’est ce dans quoi je crois.

Clément

L’importance d’écrire

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Il y a des jours où les coïncidences sont fortes dans ce que le réseaux sociaux nous offrent à lire.

Par exemple hier, où ces deux textes me sont tombés dans l’oeil à quelque minutes d’intervalle.

Hashtag voyage | Annabelle Moreau

Why every travel photographer should carry a notebook | Jens Lennartsson

Deux textes qui invitent à écrire, souvent et spontanément, pour profiter pleinement des moments que la vie nous offre.

Dans le premier, publié dans l’excellent À l’Essai, Annabelle Moreau décrit son expérience d’écriture (et des réseaux sociaux) en voyage — et comment celle-ci en est venue à faire partie intégrante de l’aventure. Extraits:

«Depuis que les médias sociaux sont partout dans nos vies, l’expérience du voyage est nécessairement différente et la façon de la raconter aussi. Je suis convaincue que notre manière de voyager s’est également modifiée. Découvrons-nous de la même manière un nouvel endroit maintenant que nous pouvons être constamment branchés sur l’ailleurs?»

«Loin de tout, de mes repères, de mes proches ou de mon entourage, je suis plus à même de consacrer du temps à l’écriture et à la réflexion. C’est peut-être cliché, mais si certains doivent s’ancrer dans une routine pour écrire ou créer, moi, c’est le contraire. Une chambre d’hôtel, une ville nouvelle ou un billet de train sont suffisants pour faire naître en moi le désir brûlant de raconter, d’écrire le nouveau, l’ailleurs et même le connu, l’ordinaire, que je découvre autrement.»

«Pour moi, raconter un voyage n’est plus alors seulement «publier» ou « partager » des photos, mais tenter de l’ »écrire » et de le créer sur les différentes plateformes de diffusion.»

«Pourquoi écrire en voyage, alors? Et tenir un blogue? Est-ce qu’on veut réellement partager son expérience ou simplement montrer qu’on s’éclate à l’étranger? Dans mon cas, il est plus question d’écrire une histoire parallèle et personnelle que de faire état de mes découvertes. C’est l’aspect littéraire et créatif qui me pousse à inventer mon périple en ligne, à le sublimer et créer une narration fictionnelle sur les médias sociaux.»

Dans le second, Jens Lennartsson, décrit l’importance pour les photographes de prendre des notes sur le contexte dans lequel des photos sont prises — spécialement en voyage.

«…the act of note-taking will give you a much greater travel experience! Picking up your notebook and spending a few minutes now and then, jotting down what is happening around you, will make you more aware. Suddenly, you realize what the surroundings offer vastly more than you first thought.»

«The most important words to jot down are the details you can’t Google. How it feels like to visit that particular restaurant, what the main course smelled like or how the waiter ended up with that scar on his upper lip. The goal is to collect something that not everyone (actually only the people that visited the exact same spot as you) knows.»

«Note-taking is not just for journalists but for anyone that wants to experience a destination with more than just one sense.»

Ces réflexions me semblent importantes, voyage ou pas. La prise de notes spontanées et l’écriture sont de puissants moyens pour vivre plus intensément chaque moment que la vie nous offre. Et d’en ancrer les souvenirs (réels, magnifiés ou inventés) dans notre esprit. Pour les partager. Ou pas.

L’été commence. C’est un bon moment pour se rappeler tout ça.

Découvrir son pays

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Je suis un très grand fan des photographies de Mériol Lehmann. Et, plus encore (si c’est possible) de la série qu’il consacre aux villes du Québec: landscape.

J’aime le regard qu’il porte sur les villes aux paysages industriels, particulièrement. Sur les villes aux lumières commerciales, aussi. Et sur les villes forestières ou agricoles, évidemment.

Malartic, Noranda, Sorel, Tracy,  Bécancour, Asbestos, Atholville, Amqui, Causapscal, Carleton, mais aussi Québec, Maizerets, Giffard, et bien d’autres.

J’ai eu la grande chance de visiter Rouyn-Noranda une fois, deux jours, il y a quelques années. J’ai été renversé par ce que j’ai vu là — de familier et d’étrange à la fois. La photo ci-dessus, prise rapidement au détour d’une rue témoigne de ma surprise.

Mais dans le regard de Mériol, c’est autre chose. Les paysages prennent de nouvelles dimensions. Ça touche parfois au sublime.

Mériol maîtrise l’art de saisir à la fois les contrastes les plus frappants et les nuances les plus subtiles. Il nous fait découvrir un pays, notre pays, comme la majorité d’entre nous ne l’a jamais vu — ni même imaginé.

Je vous invite à prendre le temps d’explorer landscape:

Landcape | Mériol Lehmann | Tumblr

ou, mieux, le site Web portfolio de Mériol:

Mériol Lehmann | Site Web de l’artiste

et pourquoi pas, commander une de ses oeuvres:

Crated | Mériol Lehmann