L’art de la guerre

Gros match ce soir. Demi-finale de Coupe du monde de rugby. La France rencontre l’Angleterre.

Il y a quelques minutes… échange d’avant match entre amis… égrenage de statistiques: futilités.

La seule défaite de l’équipe de France face aux Anglais qui importe, c’est celle des Plaines d’Abraham. Voilà le seul véritable enjeu ce soir: venger la défaite de 1759. J’espère que les Ibañez, Dusautoir, Pelous, Chabal et Dominici l’auront bien à l’esprit au moment où sera donné le botté d’envoi. Tout ce qui s’est passé entre nous au cours de 250 dernières années pourra être oublié si le XV de France l’emporte ce soir.

C’est beau le rugby.

Yvonne

La vie nous réserve bien des surprises! J’en ai eu un autre bel exemple cette semaine quand ma professeure de première année m’a rendu visite à l’occasion d’un voyage en France.

J’avais adoré mon prof de première année… celle qui m’a appris à lire et à compter, apprentissages fondamentaux s’il en est! Forcément, c’est un peu grâce à elle si j’ai la chance de vivre ici, à Paris, depuis deux ans. Ana aussi a eu Yvonne comme prof de première année, un an plus tard, dans la même petite école primaire de Sainte-Foy (où sont aussi allés Béatrice et Étienne avant le départ pour la France).

J’avais retrouvé la trace d’Yvonne il y a quelques années au moment où j’ai travaillé avec son fils, Éric, à une époque particulièrement riche en apprentissage pour moi, au plus fort de l’aventure Septembre Média / Infobourg, etc.

Mais là, plus tôt cette semaine quand j’ai eu un coup de fil d’Yvonne, puis quand elle est arrivée chez nous, que nous lui avons présenté les enfants, l’école primaire juste à côté, discuté de souvenirs et des défis qui se succèdent au fil de la vie… vraiment, je me suis dit que la vie est merveilleusement imprévisible et que le monde est incroyablement petit.

Une autre très belle rencontre, à laquelle ma mère a même participé en faisant cadeau à Yvonne d’un texte écrit il y a quelques années dans lequel elle raconte sa première rentrée scolaire…

Le poète des temps gris

Daniel Boucher était de passage à Paris il y a une dizaine de jours. Trois soirs de spectacle. J’y suis allé une première fois, le mardi; une seconde, le samedi.

J’ai déjà eu l’occasion d’y faire référence ici, Daniel Boucher est étroitement associé à mon arrivée en France. Je lui ai déjà écrit pour lui dire à quel point, sans qu’il ne le sache, il m’avait accueilli à Paris. Ce sont ses chansons que j’avais dans les oreilles, en novembre 2005, quand je déambulais dans la grisaille du petit matin, ma famille au loin, dans un mélange d’envoûtement et d’angoisse, à l’aube d’une aventure merveilleusement imprévue.

Des matins et des soirs; sur la rue, dans le métro, dans mon minuscule appartement temporaire, puis dans l’appartement familial, avec les miens, mes amours. Les mots, la musique — avec bonheur, mon pays dans les oreilles.

Cette fois il était là, au Zèbre de Belleville, à Paris. Et moi aussi.

Le mardi j’y étais avec l’ami Marc.

La salle était presque vide une quinzaine de personnes — des conditions difficiles pour un artiste, à plus forte raison lorsqu’il est hors de chez lui. Mais il a été bon. Très bon. Malgré l’inconfort. Show intimiste où toutes les personnes présentes ont eu droit à des remerciements personnels en fin de spectacle. Difficile pour Daniel Boucher, certes, mais pour ma part, je n’aurais pu rêver de mieux. Curieuse expérience — proche de la communion. J’y ai revécu avec émotion mes premiers matins dans Paris — bien plus intensément que je ne l’aurais cru, même si je le souhaitais — et j’y suis retombé en amour avec le parlé québécois, la musicalité de ma langue et la culture qu’elle révèle. Un coup de foudre que je ne suis pas prêt d’oublier. D’autant plus qu’Ana avait eu l’amoureuse idée d’une complicité avec le chansonnier, qui m’a dédié la chanson Deviens-tu ce que t’as voulu et que nous avons eu la chance de discuter, relaxe, avec lui en fin de soirée. Hey toi!

Le samedi j’y étais avec toute la famille.

La salle était comble — des québécois, bien sûr, mais aussi des français (heureusement!), des suisses, des italiens. Et là, Daniel était à son aise. Un grand spectacle, plein d’énergie, que les enfants ont dévoré des yeux et des oreilles. Je souhaitais qu’ils puissent s’imprégner de cette musique qui sera pour moi, pour toujours, associée à notre vie en France — et que nous pourrions ainsi, pour la vie, partager du fond du coeur. Étienne avait mis son gilet des Canadiens pour Boule à mites, Béatrice et Capucine préparé ensemble un dessin que celle-ci est allé lui porter, sur scène, à la fin du spectacle.

Une soirée vraiment merveilleuse.

Merci Daniel! Après m’avoir accueilli en France, tu m’as fait redécouvrir le son des mots de mon pays, chez-moi, à l’autre bout du monde. Merci.

Note: Paroles de la chanson Le poète des temps gris ici et représentation magique de celle-ci .

Québec réel, Québec imaginaire

À l’invitation de Hervé Fischer, Le Devoir a décidé d’ouvrir un espace sur son site pour recevoir les propositions des lecteurs sur le thème Québec réel, Québec imaginaire:

« Alors, qui sommes-nous, nous les Québécois, en 2007? Et qui voudrions-nous être dans 30 ans sur cette petite planète bleue? Y avons-nous encore vraiment notre place aujourd’hui? Et de quel Québec futur rêvons-nous?

Nous vous invitons à vous exprimer sur deux questions:

– Qu’est-ce que le Québec réel?
– Votre Québec imaginaire?

Le débat est ouvert. Ou plutôt, il se poursuit! Nous attendons avec impatience vos réponses… »

Les premières contributions sont ici… et je retiens évidemment particulièrement celle de mon père, qui est là.

Première conclusion… à chaud

Toujours au sujet de la non-conférence…

J’étais un peu perplexe ce matin sur la possibilité de gérer à la fois le local et le distant de façon satisfaisante pour tous.

De mon point de vue, à distance, c’est un succès, mais j’espère que cela ne se sera pas fait au dépend du local — où les contraintes étaient sans doute nombreuses, le contexte un peu statique et les conversations un peu figées — tous les yeux sur son ordinateur et le casque sur les oreilles.

Le « une personne à la fois » a peut être un peu trop marqué la discussion, il manquait peut-être un peu de souplesse — je ne sais pas… Je répète que, pour ma part, j’ai eu plus que je n’attendais en participant à distance. Je pense que cela tient beaucoup à la qualité de l’organisation et de l’animation de la journée.

Quoiqu’il en soit, pour moi, ce type de rencontre est surtout un tremplin pour des jours et des semaines de discussions encore plus riches — un catalyseur pour nos échanges.

J’ai envie de conclure en suggérant que notre défi dans la prochaine année est peut-être de donner davantage la parole aux enfants dans les débats sur l’éducation, la réforme, l’évaluation, etc. — notamment (surtout?) en faisant appel aux outils que nous offre le Web 2.0. Je pense que c’est à nous de créer les contextes qui leurs donneront le goût de s’exprimer et les moyens de se faire entendre.

Quand nous parlerons du réseau éducatif il ne faudra jamais oublier qu’ils en sont plus que jamais partie prenante.

Évidemment les fruits de la journée sont maintenant à lire, annoter, enrichir, compléter, relire, réfléchir… à partir d’ici.

Note: Tag pour technorati: vers_education_deuxpointzero

Education 2.0 ?

Est-ce qu’une des questions n’est pas de savoir quelle place on peut faire aux enfants dans le fonctionnement de l’école? Comment on peut passer d’un contexte où les adultes contrôlent complètement l’environnement d’apprentissage à un environnement où les adultes le maîtrisent, mais en valorisant davantage l’apport des élèves, même quand il est subversif (parce que c’est bien ce dans quoi le web 2.0 est le meilleur, non?)?

[toujours dans le cadre de la non-conférence]

Note: Tag pour technorati: vers_education_deuxpointzero

Prise de notes — 1

Expérience intéressante avec la non-conférence. Près de 40 participants, relativement peu de difficultés techniques. Le principal défi est de mettre en place une discussion souple, avec autant de gens sur place qu’à distance.

La première partie a été un peu laborieuse à cet égard, mais après une pause qui a permis aux gens sur place de faire connaissance de façon un peu plus chaleureuse, la deuxième partie de la matinée (heure de Québec) s’est beaucoup mieux déroulée. Je suis très curieux de voir quel bilan nous ferons de tout ça à la fin de la journée (et en particulier quel bilan les participants sur place feront des avantages et contraintes de la participation distante).

Une partie des notes est prise en direct à l’intérieur de la plateforme de vidéoconférence Via, et donc réservée aux participants, et une autre en parallèle dans le wiki de la conférence.

Pour le moment, deux heures après le début, ce qui m’indispose encore un peu c’est que je ne vois pas clairement s’il y a un projet social ou éducatif derrière notre discussion… Pourquoi tout ça? Quelles motivations/objectifs partageons-nous? Qu’est-ce qui justifie tous ces efforts?

Heureusement, il reste encore du temps pour peut-être aborder ces questions…

Note: Tag pour technorati: vers_education_deuxpointzero

Gérer une ville comme une business ?

Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:

« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »

Cela ne me plaît pas.

Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.

Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.

Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.

Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.

Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.

Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!

Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.

Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?

Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.

C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.

Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.

Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.

Contraste

Ici: « Moi, j’invite les enseignants progressistes à revendiquer leur autonomie professionnelle, individuelle et collective et à prendre leurs responsabilités pour faire avancer les idées-forces d’un véritable renouveau. »

: « Quant à moi, dans mon rôle de conseiller pédagogique, j’apprendrai par coeur le discours que je dois maintenant tenir. Après tout, c’est pour ça que je suis payé… »

Cri du coeur d’un libraire

« Eteignons ces p… de téléviseurs et frénétiquement, délicieusement, voracement, doucement, emparons-nous d’un livre, et demain, devant l’étalage de ce bienheureux libraire en sifflant ou chantant, armé d’un sourire, trouvons le temps de flâner et de converser. »

À lire sur BiblioObs, le nouveau site littéraire mis en place par le Nouvel Observateur et Rue 89.