Perforée

C’était il y a tellement longtemps.

Ou si peu de temps, au fond.

Pour les enfants-Google-YouTube ça remonte à la préhistoire, mais nous, on connaît des gens qui ont programmé avec des cartes perforées. Étrange élasticité du temps.

Quand aujourd’hui succède à hier avant de laisser sa place à demain.

* * *

C’est sur le mur que les perforations se révèlent.

On les disait manquantes — des trous! — alors qu’elles sont tout à coup lumineuses et que la carte n’est plus qu’une ombre.

Décidément, cette carte perforée n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Silence

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At least I have my thoughts all to myself
My content and the view outside

Depuis quelques jours, ma vie a pour trame sonore l’album Spending Time With Morgan de Ane Brun. J’adore!

Les chansons sont toutes belles. La voix est envoûtante. Les autres albums sont également très bons, mais celui-là m’est particulièrement tombé dans l’oreille cette semaine.

Je marchais tout à l’heure, rue Saint-Paul, sous une petite neige, avec Headphone Silence dans les oreilles — c’était magique.

J’attends maintenant un ami, rue Cartier — en écrivant tranquillement, sur le même air — et c’est tout aussi magique.

Feels like none can see me
They see right through me
Cuts me off from the rest of the world

Synthèse

Ce matin, dans Le Devoir, j’ai lu un article intitulé Internet sans entrave. On y fait référence à la Pirate Box — avec une image forte.

En cours de matinée, un ami m’a fait suivre une vidéo effarante où on voit une femme plonger malgré elle dans une rivière infestée de crocodiles après la rupture de l’élastique qui devait la retenir lors d’un saut de bungee.

Ce midi, à la pizzeria, il y avait un panier de jouets pour enfants à côté de notre table. J’y ai plongé la main pour en ressortir quelques items et fabriquer, sans trop réfléchir, une petite scène dont j’ai fait une photo.

En la regardant ce soir, je réalise que j’avais inconsciemment réalisé une étonnante synthèse de ma consommation médiatique matinale.

Restait à comprendre la présence du Rubik’s Cube

…vous savez, l’amusant casse-tête qui nous en a fait voir de toutes les couleurs et auquel il manque ici un morceau (le pirate est assis dans l’espace laissé libre)?

* * *

C’était le retour au travail ce matin. Est-ce que je vous l’avais dit?

Et est-ce que je vous ai dit que notre dîner avait pour but d’établir les priorités des prochaines semaines.

En y pensant bien, la présence du Rubik’s Cube s’explique peut-être assez bien elle aussi!

Au bout de la ligne

Il y a des photos plus faciles à faire parler que d’autres. Comme celle-ci, qui a été prise par Guy Bergeron ce matin, à Lo de Marcos, par exemple.

* * *

C’est le petit matin. On devine la brise qui accompagne le lever du soleil. Le bruit des vagues.

À la mer!

Et toutes ces lignes entremêlées. Hameçons rouillés. Bientôt appâtés.

À la mer!

Qu’y aura-t-il au bout de ces lignes?

Quels poissons?  Quels repas?

Et à l’autre bout? Qui aura-t-il?

Quels enfants? Quels espoirs?

À un bout de la ligne, il y a l’humain. Toujours.

Tout est de savoir à quel bout on se trouve.

Crêpes

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A. dormait encore. Il faut bien profiter de la fin des vacances. J’en ai profité pour faire les crêpes. La bonne vieille recette de Pinard. Laissez reposer 1h au moins sur le comptoir…

C: — les crêpes ne goûtent pas comme d’habitude.

A: — c’est papa qui les a faites…

Moi: — c’est la recette du plus grand cuisinier au Québec… ben meilleur que Ricardo (dit avec une pointe de fausse jalousie).

De fil en aiguille, on ressort le livre de Pinard. Déjà presque vingt ans. Pas de photos. L’ancêtre.

La section Dites-le avec des crêpes commence par: « Chère Josée… »

Elle même. La di Stasio.

On sort le troisième opus. Reçu à Noël. Fait de magnifiques photographies. Avec la même intelligence.

Échanges sur l’édition, la gastronomie, les mots et les goûts.

Les crêpes étaient vraiment très bonnes.

Oiseaux

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Ces petits oiseaux font entendre leurs chants seulement quelques semaines par année. J’aime particulièrement lorsqu’ils gazouillent le petit renne au nez rouge.

Ils migrent pour se poser dans le sapin familial depuis trente ans. Ils se nourrissent de pommes, également suspendues aux branches de l’arbre de Noël.

Ils repartiront probablement aujourd’hui, réjouis par l’agréable rencontre d’hier soir où ils ont pu assister avec nous à un ineffable spectacle de magie offert par C. et A.-M. (pauvres cuillères!).

La mise à mort des consommateurs improductifs

« Extraits du journal de Jules Flegmon

10 février. — Un bruit absurde court dans le quartier à propos de nouvelles restrictions. Afin de parer à la disette et d’assurer un meilleur rendement de l’élément laborieux de la population, il serait procédé à la mise à mort des consommateurs improductifs : vieillards, retraités, rentiers, chômeurs, et autres bouches inutiles. Au fond, je trouve que cette mesure serait assez juste. […]

12 février. — … il n’est pas question de mettre à mort les inutiles. On rognera simplement sur leur temps de vie. Maleffroi m’a expliqué qu’ils auraient droit à tant de jours d’existence par mois, selon leur degré d’inutilité. Il paraît que les cartes de temps sont déjà imprimés. J’ai trouvé cette idée aussi heureuse que poétique. […]

13 février. —C’est une infamie! un déni de justice! un monstrueux assasinat! Le décret vient de paraître dans les journaux et voilà-t-il pas que parmi  » les consommateurs dont l’entretien n’est compensé par aucune contrepartie réelle « , figurent les artistes et les écrivains! À la rigueur, j’aurais compris que la mesure s’appliquât aux peintres, aux sculpteurs, aux musiciens. Mais aux écrivains! Il y a là une inconséquence, une aberration, qui resteront une honte suprème de notre époque. Car, enfin, l’utilité des écrivains n’est pas à démontrer, surtout pas la mienne, je peux le dire en toute modestie. Or, je n’aurai droit qu’à quinze jours d’existence par mois. »

* * *

Ce sont quelques extraits de La carte, troisième nouvelle du Passe-muraille, de Marcel Aymé.

Je n’ai rien à ajouter. Seulement une suggestion à formuler:  garder ce texte en mémoire lorsque l’actualité politique reprendra dans quelques jours.

Téléporté!

La téléportation est aujourd’hui possible, j’en ai fait l’expérience ce soir.

— Ah ben ça, c’est la cerise sur le sundae… me direz-vous.

He ben justement, partons de là, si vous le voulez bien!

Ainsi, à partir du Dairy Queen où j’avais été transporté (allez savoir pourquoi), qui est situé à l’intersection de General McMullen Drive et de Ceralvo Street, je me suis dirigé vers le Nord. J’ai tourné à droite juste avant d’arriver à la cabane bleu ciel du casse-croûte Chris & Kids (c’était fermé, mais de toute façon, un hot dog avant de se coucher, ce n’est vraiment pas l’idéal!)

Je me suis alors retrouvé sur une petite rue tranquille d’un peu moins d’un kilomètre. Je n’aurais pas fait le choix d’y vivre, mais la visite a été agréable. La plupart des terrains étaient clôturés, mais presque toutes barrières étaient ouvertes. J’ai vu peu de maisons à vendre et toutes étaient relativement bien entretenues. Malgré le caractère modeste du quartier, j’ai pu voir en remontant la rue une vieille Cadillac rouge (devant le 513) et une Mercedes brune (devant le 121). À part ces deux exceptions, je n’ai vu que des voitures assez ordinaires et quelques pickups.

Devant le 320, des enfants jouaient dans la rue, sans supervision d’un adulte. Le quartier doit donc être assez sécuritaire. J’ai quand même vu des espadrilles suspendues aux fils électriques au-dessus de la chaussée (devant le 229) — ce qui est généralement un signe de la présence de gang de rue.  Personne n’a semblé remarquer ma présence, à l’exception des deux chiens qui sont sortis de la cour du 213 pour solliciter quelques caresses et qui m’ont suivi pendant quelques instants.

La rue Remolino se termine un peu plus loin, à l’intersection de la rue Escuela. L’école secondaire est à quelques minutes de là, sur la droite. C’est à cet endroit que j’ai pris la photo ci-dessus, afin de témoigner de mon étrange expérience. Pour vous aider à me croire.

Et avant que vous ne le demandiez, c’est évidemment en m’introduisant dans ce charmant petit garage aux portes bleues que j’ai pu être retéléporté dans mon lit sans devoir repasser par le Dairy Queen.

Il ne me reste maintenant plus qu’à éteindre ma lumière pour la nuit.

Déjà vu

Vous le voyez? À l’arrière-plan?

Je l’ai vu prendre une photo de la voiture, à la dérobée.

Je me suis demandé pourquoi.

Et j’en ai pris une à mon tour. Pour essayer de comprendre.

Je trouverais forcément des indices dans l’image. C’est ainsi que ça se passe dans Millenium. Dans le premier tome, je crois.

J’allais découvrir qui est cet homme et pourquoi il s’intéressait à cette voiture.

C’était il y a un mois. J’ai analysé la photo des centaines de fois sans comprendre, jusqu’à ce que je relise Le Décret, quatrième nouvelle du Passe-Muraille de Marcel Aymé.

À l’arrière-plan. C’était moi. Moi à un autre moment.

« Il y aura bientôt un mois que j’ai noté le récit de mon aventure et à le relire aujourd’hui j’éprouve le regret très vif de n’avoir pas été plus précis. Je me reproche de n’avoir su prévoir ce qui m’est arrivé depuis. Durant ces quelques semaines, je me suis si bien remboîté dans notre triste époque, que j’ai perdu la mémoire de l’avenir. »

Petits papiers

J’ai étiré le plaisir des vacances de quelques jours cette année. J’en avais bien besoin.

Mais toute bonne chose a une fin.

Deux petits papiers colorés trouvés au fond de ma poche se sont chargés de me le rappeler ce matin: fini les bonbons!

Ils m’ont aussi rappelé New York, où je les avais pris à la sortie d’un resto, en décembre.

J’ai aussi revu une oeuvre magnifique de Josée Landry Sirois — un des coups de coeur de notre déambulation dans les galeries d’art il y a quelques jours.

Y’a peut-être pu de bonbons au fond de mes poches, mais j’ai encore des rêves plein la tête.

Ça va être une maudite belle année.

Galons

C’était un matin d’hiver, au départ de Québec.

Je lisais. Le Devoir, proablement.

J’ai levé les yeux peu après le décollage. Page A6, juste après l’éditorial.

Merde! 

Quatre galons dorés sur l’épaule devant moi. C’est le commandant.

Devant moi. Au fond de l’appareil.

J’ai pensé en informer la chef de cabine — un galon, argent, sur la manche.

Je n’ai pas osé. Pas voulu l’inquiéter.

Tout s’est bien passé.

On s’est posé sans encombre à Montréal.

Le temps

Quelque chose me fascinait.

L’accumulation? Les objets? les chiffres? les aiguilles? le supplice?

En général on regarde un cadran à la fois, pour vérifier l’heure qu’il est. Pour savoir si on a le temps.

Et voilà que c’est eux qui me regardaient, d’un air sévère, me rappelant mon heure de lever, celle d’un rendez-vous important, le moment où mes enfants sont nés — et quoi encore? Me revenaient à la mémoire chacun des moments où le temps s’arrête. J’étais envahi par le temps, ce grand insaisissable. L’éternité dans un instant.

Combien de temps suis-je resté devant cette oeuvre?

Comment le saurais-je?

J’y suis encore.

* * *

Réveils, 1960 — Arman (Armand Pierre Fernandez)

« Arman’s Accumulations, collections of discarded objects, draw attention to the reverse side of consumer culture. This collection of various alarm clocks, each brocken and marking a different minute and hour, emphasizes the futility of trying to possess and mesure time. »

Collection Museum of Contemporary Art Chicago.