Retard

Vite. Plus vite. Encore un peu plus vite.

J’allais être en retard. Le trottoir était bondé. Je ne pouvais pas aller aussi vite que je l’aurais souhaité. Les gens s’arrêtaient devant les menus, hésitants, avant d’entrer dans les restaurants. Je devais zigzaguer. Pardon. Excusez-moi. Merci. Pardon.

Nouveau regard sur ma montre. Merde, mon rendez-vous!

Courir? C’était bien trop humide! Un taxi? Aucun en vue.  Merde. Merde. Merde. Et si seulement je savais où. Où était ce rendez-vous?

Mais je savais que j’allais être en retard. Très en retard.

Et soudain, le ciel s’est assombri et cet immeuble est sorti du sol — droit devant moi. Alors, j’ai recommencé à y croire. Je serais peut-être à l’heure. J’allais être à l’heure. Mais j’avais peur.

Kafka sur la Main. L’absurde. L’illusion.

J’y suis resté prisonnier dix ans. Quinze ans peut-être.

J’aurais préféré être en retard.

Il dira plus tard qu’il ne regrette rien, mais il le raconte en pleurant.

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

La petite télé

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Journée sportive. Hockey. Mini-basket. Une pratique. Deux matchs.

J’observe.

Des caméras vidéos. Des appareils photos. Des téléphones. Des iPhones. Des photos. Beaucoup de photos! Souvent.

Mais pas tout le temps. Et pas au hasard. C’est intriguant.

Tous les appareils semblent se lever en même temps, comme si les bras qui les portaient étaient guidés par une même intention.

C’est comme si les moments forts étaient encore plus excitants vus dans un écran — cadrés. Encadrés. Comme à la télé.

Clic. En mémoire — celle de l’appareil. Pour les souvenirs ça reste à voir.

Ça m’intrigue.

Ça m’intrigue parce que sont les autres moments qui m’intéressent le plus — ceux qui préparent ces moments-clics. Les moments de préparation, les chutes, les complicités, les oups et les tapes dans le dos qui disent la prochaine fois ça va aller mieux.

Ce que j’aime voir dans la petite télé, c’est ce qu’on ne voit pas assez dans la grande télé.

Et si Apple était devenu éditeur?

Ouf! — Les annonces d’Apple hier font décidément beaucoup parler d’elles!

J’ai eu l’occasion de réagir une première fois rapidement hier en répondant aux questions de Fabien Deglise, mais comme dans le cas d’à peu près toutes les annonces de Apple, il faut prendre le temps de s’accorder un peu de perspective avant de vraiment se faire une idée de ce que signifieront vraiment ces annonces une fois la poussière retombée. Voici donc ce que j’en pense maintenant, vingt-quatre heures plus tard.

Je réfléchis tout haut… je cherche un angle pour analyser tout ça.

* * *

Je ne détaillerai pas les annonces en tant que telles — cela a été fait sur de nombreux autres sites. Néanmoins, si on résume ce qu’Apple a annoncé:

  • un nouveau logiciel de création de livres, et en particulier de manuels scolaires (iBooks Author)
  • une mise à jour de iBooks adapté à une utilisation en milieu d’apprentissage (iBooks 2)
  • un outil pour organiser des documents dans un cadre d’enseignement (iTunes U)

À première vue, iBooks Author est vraiment un extraordinaire outil de création; iBooks 2 une mise à jour majeure de l’application; et iTunes U quelque chose de très prometteur. Je dis semble parce que je n’ai pas encore eu le temps d’analyser suffisamment cette portion des annonces. Tout cela est bien fait et bien mis en marché. C’est du grand Apple, encore une fois.

Ce qui frappe particulièrement cette fois, c’est à quel point le discours de l’entreprise est vertueux. En gros, elle dit: voici les outils grâce auxquels les écoles pourront (enfin) bénéficier de la puissance des technologies. Plus encore: il s’agit de réinventer le manuel scolaire, voire le curriculum lui-même. Comme si les écoles attendaient l’aide d’Apple pour (enfin) changer.

Là où le bât blesse, c’est qu’Apple nous offre un environnement informatique complètement fermé: les livres produits avec iBooks Author ne pourront être vendus que sur le iBookStore; seront dans un format unique à Apple, et ne pourront être lus qu’avec l’application iBooks 2, sur un iPad. Est-ce un crime? Certainement pas. C’est même remarquablement ingénieux… d’un point de vue commercial. Mais les discours vertueux en prennent un coup. S’il s’agissait surtout d’aider les écoles, même en vendant des iPad, Apple aurait minimalement dû annoncer à la même occasion une mise à jour de iOS pour permettre à plus d’un utilisateur de partager un appareil (sessions multi-utilisateurs, comme MacOS peut le faire)… sauf que ce sera beaucoup plus payant si les écoles (ou les parents) achètent un iPad par élève au lieu d’un iPad par pupitre.

Faut-il reprocher ces choix à Apple? Je ne pense pas (mais je suis peut-être trop cynique!). Je pense sincèrement qu’Apple propose des applications remarquables, un environnement commercial particulièrement efficace et qu’elle réussira à générer de la valeur (des profits) pour ses actionnaires. Il me semble qu’on devrait plutôt garder nos reproches aux médias qui relaient le message de la pomme un peu trop docilement… et, plus encore, pour nous interroger sur notre propre manque d’esprit critique devant ces innovations.

* * *

Au fond, je me demande si ce qu’il faut surtout comprendre des annonces d’hier, ce n’est pas qu’en plus de vendre des iPad et des logiciels, Apple a maintenant choisi de devenir éditeur… et qu’en dénonçant des éléments particuliers des conditions d’utilisations de iBooks Author et les choix de formats non standard, on passe à côté de ce qui est vraiment en train de se passer.

Je dis ça parce que, si on y pense bien, en faisant l’hypothèse que la stratégie d’Apple est de progressivement devenir elle-même un éditeur, à sa façon, on comprend beaucoup mieux les choix qu’on lui reproche avec une interprétation plus classique des annonces d’hier — à commencer par le nom de l’application: iBooks Author.

En effet, si Apple est éditeur, on peut se dire que les conditions d’utilisation du logiciel s’apparentent à un contrat d’auteur, et alors, il n’est pas anormal qu’elles prévoient une forme d’exclusivité. Il n’est pas anormal non plus que les ventes soient limitées à sa propre boutique, comme certains éditeurs misent essentiellement sur la vente directe pour diffuser leurs productions (ce n’est pas à l’auteur de choisir les canaux de ventes à privilégier). Rien de choquant, non plus, dans ce contexte, à ce qu’Apple se réserve le droit de ne pas tout publier ce qui lui sera soumis. Pas surprenant non plus qu’Apple soit tenté de barrer le chemin à certains concurrents. C’est comme ça que ça se passe…

Sauf que.

Sauf que si Apple devient éditeur, il faudra bien en tenir compte — et analyser ses choix et ses stratégies en conséquence, en particulier dans le marché scolaire. Et pour le moment, le modèle proposé par Apple n’est pas tellement différent de celui des éditeurs scolaires traditionnels. Un peu plus multimédia, mais pas beaucoup plus ouvert aux dynamiques sociales et à la co-construction. Pas moins axé sur l’enseignement et pas beaucoup plus sur l’apprentissage. En cela, la démarche d’Apple est très innovatrice, mais pas particulièrement révolutionnaire.

Vu sous cet angle, j’ai moins envie de reprocher ses choix à Apple que de crier haut et fort que l’arrivée d’un acteur aussi puissant dans le monde de l’édition scolaire doit être un wake up call pour tous ceux qui ont l’éducation à coeur et pour ceux qui ont la responsabilité du système scolaire. Il est urgent que nous explicitions, chacun dans nos milieux, nos valeurs et nos points de repère communs sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans un contexte scolaire. Sur ce qui doit ou non être encadré par les pouvoirs publics dans une perspective de recherche du Bien commun. Parce que cela ne fait pas partie du plan d’affaire d’Apple.

Il n’y a pas de doute que les outils et les propositions qu’Apple a présentées hier sont fantastiques. Enthousiasmantes. Mais ils sont aussi périlleux si nous ne nous dotons pas, collectivement, de programmes et de politiques concernant des technologies éducatives et le matériel scolaire afin d’en tirer adéquatement profit. Or, j’ai l’impression que nous n’en avons pas depuis déjà trop longtemps.

Non, décidément, je ne reproche rien à Apple. Et je n’en suis pas moins admiratif. Je juste un peu préoccupé de l’absence de produits/services/approches alternatives pour éviter une hégémonie qui me semble incompatible avec ma vision de l’éducation et de la culture en général.

Au fond, je pense que je ne reproche qu’une chose à Apple: de miser un peu trop sur notre candeur pour nous présenter et nous vendre ses produits.

Et je continue de réfléchir à tout ça.

22 janvier — mise à jour: J’ai poursuivi ma réflexion ici…

Moutons

Des moutons. Autrefois on comptait des moutons.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six… dix… z z z

Et vous? à quoi consacrez-vous vous dernières pensées du jour?

À la journée de boulot? Au chapitre du roman que vous venez de déposer sur votre table de chevet?

Et à quoi pensez-vous que peut bien penser une fille de 9 ans?

Vous croyez pouvoir l’imaginer? Je le pensais aussi.

* * *

La lumière était déjà fermée. Elle avait les yeux ouverts. Immobiles.

— Bonne nuit ma grande.

— Bonne nuit papa.

— À quoi tu penses?

— J’essayais de compter dans combien de livres de ma classe il doit y avoir le mot suffixe.

J’étais bouche bée.

Et vous? Dans combien de livres de votre bibliothèque il y a le mot suffixe, croyez-vous?

Un, deux, trois, quatre, cinq, six… dix… z z z

Thé

— Je vais me faire un thé.

— Déca pour moi s’il te plaît, je ne prends plus de chances.

— ok.

Pendant l’infusion, je prends cette photo — espérant y trouver l’inspiration pour un court texte.

Mais la théière se vide en vain.

Jusqu’à ce que je google:

thé littérature québec

Résultats:

Fred Pellerin me suggère de boire mon thé fort pour pisser drette (dommage, c’est du déca, ça va être slaque);

Les Jardins de Métis m’invitent aux thés littéraires de la saison 2011 (malheureusement pas d’éditions hivernales);

Et Jack Kerouac se faufile sur mon écran parce qu’il a écrit On The Road Again (et que Google n’a pas compris que c’est l’accent aigu qui donne au thé toute sa saveur).

Mais c’est un autre lien qui attire mon attention:

Littérature québécoise – Le monde selon Hélène Rioux | Le Devoir

17 déc. 2011 – Consultez l’article Littérature québécoise – Le monde selon Hélène … le traducteur mélancolique, devant un thé-citron; il tente depuis des …

Je clique.

Les mots surlignés tissent une toile qui me plaît bien:

Thé-citron

Théâtre

Bibliothèque

C’est dans l’esprit du moment.

« La lecture de ces pages laisse un goût joyeux et sensuel. Papilles érudites, à la recherche de mets parfumés et savoureux, Hélène Rioux édifie la table en un art du quotidien. »

Un personnage ajoute: « Ce qui existe dans la vraie vie ne suffit pas, c’est pour ça qu’on rêve. »

J’aime. Suis intrigué. Je n’ai jamais lu Hélène Rioux.

Quelques clics de plus. J’en télécharge un extrait.

Premier chapitre. Une vingtaine de pages.

« C’est pas parce que les choses fonctionnent d’une façon depuis la nuit des temps qu’il faut pas les changer, comme elle aime le répéter. Tout peut s’améliorer.» Vu comme ça, elle n’a peut-être pas complètement tort. «Il n’y a pas pire eau que l’eau qui dort.» Sans doute. Mais quand elle a voulu baptiser « hachis Parmentier » le vénérable pâté chinois, Marjolaine s’est insurgée. Trop, c’est trop.

J’ajoute à mes prochaines lectures.

Nuits blanches et jours de gloires

A priori pas grand chose à voir avec le thé.

Et pourtant.

Le monde des livres

C’est l’histoire d’un homme qui lisait Le Monde avec délectation presque tous les soirs au retour du boulot. Plonger les doigts dans la poche pour en ressortir 1€30, tendre la main à l’homme du kiosque à journaux, repartir avec l’exemplaire daté du lendemain. Un rituel.

Trois années plus tard, à plus de cinq mille kilomètres de Paris, il lui arrive encore d’acheter Le Monde — des exemplaires qui portent généralement une date pourtant déjà oubliée par son agenda. Pour 4,25$. Pour le plaisir. Pour le souvenir. Pour lire.

Cet homme affectionne particulièrement les éditions du vendredi parce qu’on y trouve Le Monde des livres. Et cette semaine, coup de chance, il avait pu l’acheter dès le samedi en fin de journée, malgré la distance.

Première section lue dans le canapé, samedi soir, avec un verre de vin. Actualité française et internationale. Deuxième section le dimanche matin, avec une tasse de café. Le Monde des livres. En page 5 :

Les histoires de peu de Christian Gailly

Six nouvelles qui se révèlent plus étonnantes les unes que les autres, malgré une redoutable économie de moyen. Ou grâce à celle-ci. ()

Il est question de La roue et autres nouvelles, un livre tout juste publié par les Éditions de Minuit.

L’homme pensa qu’il était bien dommage qu’il ne soit plus à Paris. Cela aurait été si simple de rendre visite à son libraire et de commencer à lire ce livre qui avait attiré son attention. Dès aujourd’hui, puisqu’il en avait le temps. Cela aurait été une lecture parfaite pour cette journée de grand froid (il aurait bien sûr fait beaucoup moins froid à Paris, se dit-il, esquissant un sourire).

C’est alors que l’idée lui passa par l’esprit — mais bien sûr!

Il ouvrit ordinateur sur le monde des livresEurêka!

Le téléchargement débuta peu après et quelques minutes plus tard il découvrait l’univers étonnant des nouvelles de Christian Gailly; avec ses mariés-qui-ne-le-sont-pas, son perroquet rouge (ou vert), ses officiers de la police criminelle, son gâteau-pour-les-enfants et ses merveilleuses fleurs coupées.

Cet homme ne vous en dira pas plus, sinon vous confirmer que c’était effectivement une lecture parfaite pour une journée de grand froid.

Voiles

Je l’avais vu, de très loin. J’ai accéléré le pas jusqu’à la voir un peu mieux. Plus intrigante encore.

Toute vêtue de noir. Tissus neufs. D’une propreté impeccable. Hors de la réalité.

Elle donnait l’impression de flotter à quelques centimètres du sol, portée par des voiles. Quel âge pouvait avoir cette femme? Qu’était-elle venue faire dans le quartier? Parce qu’elle venait sûrement d’ailleurs ou d’un autre temps.

Arrivait-elle de la gare? Se rendait-elle au palais de justice?

Ou peut-être était-ce un personnage échappé d’un roman à la recherche de la bibliothèque Gabrielle-Roy?

C’est en formulant cette hypothèse que j’ai réalisé que nous étions le 27 octobre et que Québec en toutes lettres devait annoncer un peu plus tard dans la journée sa thématique pour la prochaine année.

J’ai reçu un courriel quelques heures plus tard:

Jeudi 27 oct 2011

Thématique 2012 : Isaac Asimov et la science-fiction — La science-fiction sera à l’honneur du 11 au 21 octobre 2012 avec l’écrivain et scientifique Isaac Asimov !     

J’en ai conclu, réjoui, que la littérature avait déjà commencé à envahir la ville.

Le vitrail

C’était à la Place de la Madeleine, si je me souviens bien. Ou tout près.

Je revenais d’un souper. Avec qui? Je ne m’en souviens plus.

C’était un soir d’automne sombre et venteux, quelques semaines avant que Paris ne s’illumine pour les Fêtes.

Tout à coup, cette vitrine, au détour d’une rue.

Des tissus sobres, habilement modelés, suspendus — en vol — devant un carré de ciel bleu qui faisait face aux impressionnantes colonnades de l’église de la Madeleine.

J’y ai vu un vitrail, sous lequel j’ai eu envie d’écrire

l’habit ne fait pas le moine!

Fallait-il l’écrire en lettres d’or ou oser le faire avec une bonbonne aérosol? La question était intéressante.

Elle est toutefois restée bien théorique, puisque je n’avais pour seul outil qu’un vieux stylo, et mon appareil photo.

Besoin de papier

Ah, ce qu’on peut être mal pris parfois…

Dans ce temps là, on a souvent a besoin de papier.

De petites feuilles de papier carré prédécoupées, ou de feuilles 8 1/2 x 11 avec un message préformaté prêt à diffuser: un bon vieux communiqué de presse bien senti.

C’est à ça que j’ai pensé en lisant plus tôt aujourd’hui le papier de Raymond Chabot Grant Thornton au sujet de l’embauche de celle qui était vice-première ministre du Québec et responsable du Plan Nord, il y a à peine quelques semaines:

« Contrairement à ce qui a été dit depuis hier par certains médias, Mme Normandeau n’aura aucun mandat spécifique lié au Plan Nord. D’ailleurs, Raymond Chabot Grant Thornton est au courant de certaines contraintes auxquelles Mme Normandeau est assujettie à l’égard du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale et de la Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme. Autant Mme Normandeau que la firme, nous avons l’intention de nous y conformer. »

Faut croire qu’ils étaient ben mal pris.

J’espère que ça les aura soulagés. Pas moi.

Ça me fait chier de faire rire de moi.

Le génie

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Il faut bien s’ennuyer de son four micro-ondes — parti en réparation depuis quelques jours — pour regarder avec envie l’antiquité qui est dans la cuisine du bureau.

The Genius. Le génie.

Comme marque pour un four micro-ondes!

C’est aussi ridicule que d’appeler un yogourt Liberté.

« La liberté c’est plus qu’une marque de yogourt », disait Pierre Falardeau. Ben… j’ajouterais ce soir que le génie c’est plus que servir du réchauffé!

Simple boutade.