Résister

M’accrocher sur un arbre, à mi-chemin entre le sol et le ciel, pour me faire chauffer la couenne au soleil. Pour résister au cynisme, envers et contre tout.

C’est à cette photo que Guy (encore lui!) m’a envoyée hier que j’ai pensé en lisant les journaux de ce matin. Les bilans de l’année sont au mieux ternes, au pire déprimants. Même le rire n’est plus un refuge. Il faut chercher ailleurs. Résister.

Résister, plus que s’indigner, d’ailleurs.

L’indignation c’est dans l’instant. C’est un cri du coeur. Ça fait la une.

La résistance, c’est dans la durée. C’est une façon d’être. C’est moins médiagénique.

Si 2011 a été l’année des indignés, alors je souhaite que 2012 soit celle des résistants.

Nocturne

C’est une merveille.

Un roman graphique — rien à voir avec la bande dessinée.

C’est Nocturne, le plus récent livre de Pascal Blanchet.

L’objet est beau. Chaque page est une oeuvre d’art.

Peu de mots, et pourtant, il y a dans ce livre trois histoires complètes, liées par le jazz, le temps d’une nuit caniculaire.

C’est magnifique.

Ça se lit. Ça se regarde. Ça s’écoute.

C’est un cadeau à se faire — quand on a pas eu la chance, comme moi, de le recevoir pour Noël. Merci Julie!

* * *

La bande annonce est ici.

L’information sur le livre sur le site des (extraordinaires) Éditions de la Pastèque est ici.

Le site de l’auteur est ici.

On peut lire des entrevues avec Pascal Blanchet ici et . On peut en écouter une autre ici.

Chaîne

Fragment d’une autre photo de Guy Bergeron.

* * *

L’idée d’attacher deux arbres intrigue. Enchaînés, les arbres s’enlassent. Et ce fil barbelé, qui laisse deviner une clôture, un endroit interdit, sur la gauche. Et l’horizon infini, sur la droite.

Mais c’est ce qui est caché derrière un de ces arbres qui m’intrigue le plus. Comment sont liés les deux extrémités de cette chaîne? Un vieux cadenas indiquerait une intention ancienne, abandonnée ou oubliée. Un cadenas plus contemporain suggèrerait une utilité récente. Un simple crochet nous forcerait à abandonner l’idée de quelque intention de retenir, de freiner, d’attacher ou d’emprisonner. Mais alors?

Un ruban coloré pourrait aussi être la signature fantaisiste d’un forgeron poète.

Le mur

Ça pourrait devenir un jeu.

Guy m’envoie aujourd’hui une nouvelle photo de Lo de Marcos.

« Il me semble que si ce mur pouvait parler, il aurait de belles choses à dire. »

* * *

Fallait-il me hisser sur le mur ou marcher sagement sur la route rocailleuse?

J’ai d’abord été séduit par le point de vue du funambule. Ça semble un choix évident pour celui qui rêve. Je saurais ce qu’il y a de l’autre côté du mur, et là-bas, au loin. À gauche et à droite. Au nord et au sud. Je saurais.

Mais j’ai eu peur.

Peur de tomber.

Alors, j’ai marché. Sans jamais me retourner.

J’ai marché sur les traces pas de ceux qui m’ont précédé. J’ai emprunté le sentier, littéralement.

C’est l’histoire qui s’écrit avec les pieds.

C’est ainsi que j’ai réalisé qu’à cette distance du mur on peut tout juste, se levant sur la pointe des pieds, obtenir quelques indices de ce qu’il y a de l’autre côté. Imaginer.

L’obstacle devenu écran.

Contraint par le regard du photographe — autre mur, invisible — je me suis interrogé : qu’y a-t-il derrière moi suivant ce regard? Ce n’est pas un hasard s’il a pointé là son objectif, à la recherche du beau. Derrière, c’est d’où on vient, à la recherche du beau. Alors cette maison bleue, fleurie, c’est sans doute là où on va, là où mène la route.

La route rocailleuse au bout de laquelle il doit y avoir une école ou une gare.

Quelle différence, au fond, quand on y pense?

Sur le sable

Ici tout est blanc. Il neige à plein ciel.

Il n’y a que les lumières de Noël pour ajouter une touche de couleurs dans la nuit.

Adèle chante dans la maison endormie.

À des milliers de kilomètres, un ami m’écrit.

— J’aime cette photo prise ce matin.

J’y retrouve les couleurs de Noël sur les barques des pêcheurs posées sur le sable — en plein soleil.

Merci Guy! Et salue bien tes amis de Lo de Marcos.

Le confort et l’ambivalence

Notes du 6 janvier 2011 — que je reprends ici, presque un an plus tard, pour m’inviter (me forcer?) à poursuivre une réflexion malheureusement laissée en plan.

 

Denys Arcand a proposé Le confort et l’indifférence.

Je suis plutôt inspiré par Le confort et l’ambivalence.

* * *

Je ne pense pas que les pas-si-jeunes sont si indifférents. Ils savent s’indigner et réagir.

Parfois même s’engager. Mais c’est rare — parce qu’ils hésitent. Trop. Toujours.

Ils sont ambivalents.

Le confort dans lequel ils vivent (pas forcément financier ou matériel) n’est certainement pas étranger à leur ambivalence, mais elle n’en est pas non plus complètement responsable. Ils le sont aussi par essence. Je le suis aussi par essence.

Inutile toutefois d’être trop sévères à leur égard, à notre égard, par rapport à cela. Exit les pontifs.

Entre Le confort et l’indifférence et Le confort et l’ambivalence, est-ce qu’il n’y a pas un pas dans la bonne direction? Je le crois — même si je m’en désespère parfois.

Mais c’est le pas suivant qui m’intéresse.

Celui qui engage, qui manifeste un choix, personnel — un choix qui affecte le confort, qui force à piger dans cet actif, à franchir une étape.

Un choix qui est autre chose que de faire le choix de ne pas faire de choix.

Le choix qui sort celui qui le fait de la logique d’une vie qui se construit seulement sur l’addition.

Celui qui force à sacrifier quelque chose, ou qui amène à prendre le risque de perdre quelque chose.

* * *

Il ne s’agira pas dans ce texte de juger les pas-si-jeunes. Ce serait à la fois inutile et inintéressant.

Il s’agit plutôt de mettre en scène cette ambivalence, la rendre obsessionnelle — jusqu’à l’inconfort.

Il faut n’en pas pouvoir lire plus — s’impatienter devant l’ambivalence des personnages et (pire?) devant leur difficulté à sortir de l’ambivalence.

Il faudrait arriver à suggérer le coût de cette ambivalence.

* * *

Je ne sais pas où je m’en vais avec ça. Je ne suis pas certain que c’est la voie que j’ai envie de suivre.

Je ne sais pas trop si j’écrirai ce texte — pourquoi après tout? J’hésite.

Turrón

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Les friandises font voyager, c’est bien connu.

Voyager dans le temps.

Une bouchée de turrón

Me voilà transporté en décembre 1993. Premier Noël chez les Baz. Dix-huit ans déjà!

Chocolat, amandes, fruits, tendre ou croquant: le turrón, c’est comme la vie quand on y mord à pleines dents. Et c’est devenu une de mes plus indispensables traditions du temps des fêtes.

Voyager dans l’espace aussi.

Autre bouchée.

Me voilà transporté à Barcelone, notre plus extraordinaire voyage en famille.

C’était en 2006, le voyage avait commencé le 26 décembre.

Je pense qu’il n’est pas encore terminé.

Pepperpot

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Le supermarché ouvrait à 13h. Il était 13h15. Les allées étaient déjà bondées.

Elle devait avoir 75 ans.

Elle zigzaguait avec habileté entre les paniers, au pas de course, avec le sourire d’une femme qui aime profondément le temps des fêtes.

Elle m’a fait penser à Mme Pepperpot, avec sa cuillère magique dans le dos.

Elle avait aussi un petit quelquechose de Mlle Germain, la voisine de ma grand-mère à la Champenoise.

Elle aurait fait un extraordinaire personnage pour un conte de Noël moderne.

Je l’imagine aussi aisément dans un roman de Nicolas Dickner.