Le temps

Quelque chose me fascinait.

L’accumulation? Les objets? les chiffres? les aiguilles? le supplice?

En général on regarde un cadran à la fois, pour vérifier l’heure qu’il est. Pour savoir si on a le temps.

Et voilà que c’est eux qui me regardaient, d’un air sévère, me rappelant mon heure de lever, celle d’un rendez-vous important, le moment où mes enfants sont nés — et quoi encore? Me revenaient à la mémoire chacun des moments où le temps s’arrête. J’étais envahi par le temps, ce grand insaisissable. L’éternité dans un instant.

Combien de temps suis-je resté devant cette oeuvre?

Comment le saurais-je?

J’y suis encore.

* * *

Réveils, 1960 — Arman (Armand Pierre Fernandez)

« Arman’s Accumulations, collections of discarded objects, draw attention to the reverse side of consumer culture. This collection of various alarm clocks, each brocken and marking a different minute and hour, emphasizes the futility of trying to possess and mesure time. »

Collection Museum of Contemporary Art Chicago.

Lifestyle

Le street art de Banksy, Shepard Fairey, Roadsworth et MissTic m’ont toujours fasciné. Je ne m’en lasse pas. J’adore la rencontre de la provocation et de l’esthétisme, à plus forte raison quand elle s’incarne au coeur même de l’espace public. J’ai une profonde admiration pour ces artistes plus que jamais indispensables à la démocratie.

J’ai lu avec plaisir il y a quelques instants qu’un nouveau message de Bansky avait été trouvé dans le quartier Canary Wharf de Londres (le plus important quartier d’affaires après la City). Il y est indiqué, d’une écriture sobre:

Sorry! The lifestyle you ordered is currently out of stock

Il faut le voir! — et si vous aimez, je vous suggère de poursuivre l’exploration de son oeuvre avec Exit Through The Gift Shop, un film d’une durée d’1h26.

* * *

Tout cela m’a rappelé la photo ci-dessus, prise l’été dernier au détour d’une minuscule ruelle du Vieux-Montréal. Beaucoup moins caustique, mais tout aussi interpellante.

Avec vue

C’était en juillet. J’expérimentais Photosynth.

Beaucoup de ciel, quelques nuages, des routes qui s’entrecroisent, un large horizon et un petit bout de table pour écrire.  Mais surtout, un espace bien connecté.

Amusant de constater qu’une guérite et des flèches entrée/sortie ont pris la place du clavier.

On a déjà parlé d’inforoutes pour nommer Internet, mais c’était il y a bien longtemps.

L’entrée

Deux portes de bois noir laqué. Une pointe de lumière blanche qui s’étendait sur le trottoir. Je n’ai eu qu’à entrer.

Aucun signe de vie. Pas un bruit. Le temps semblait s’être arrêté.

Un tunnel sans fin apparente. Un repère intrigant.

Je me suis demandé s’il existait dans cette ville un réseau de routes souterraines dont cette porte aurait été une entrée discrète accidentellement révélée par la fugue d’un autorisé.

Je n’ai pas osé pénétrer davantage, mais je me suis surpris à crier.

— Il y a quelqu’un?

N’ayant obtenu pour réponse que le scintillement d’une lampe, à mi-chemin dans le tunnel, j’en ai conclu que cet espace mystérieux était plutôt une réserve de temps; de l’ancien temps.

 

Le sac

C’était il y a quelques mois — bien avant l’hiver, tôt le matin, rue Saint-Paul.

Il avait avalé toute les couleurs de la scène. On ne voyait que lui : lourd, précieux, omniprésent.

Celui qui le portait avait un air mystérieux, un parapluie à la main. Il ne pleuvait pas. C’était le parapluie du funambule.

C’était un rêve. J’en suis sûr.

Dix minutes pas une de plus

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Toujours dans le but de multiplier les occasions d’écrire, j’inaugure une nouvelle catégorie de textes: dix-minutes-pas-une-de-plus.

Cette catégorie regroupera des textes écrits dans un temps contraint de dix minutes. Un temps qu’on peut aisément dénicher parmi les contraintes d’une journée, même très chargée.

Les textes seront inévitablement imparfaits, parfois même incomplets, mais ils auront le mérite d’être là.

Flacatoune

Gros mollet, Flacatoune, Polissonne… les noms de bières québécoises sont généralement amusants et sans prétention — comme le sera notre soirée du Nouvel an.

Rien de mieux que de tourner la page sur 2011 avec famille et amis, dans un joyeux pot luck alimentaire aux odeurs de fougasses, de cassoulet, d’épices et de gâteau au fromage (et quoi d’autre? on verra bien!).

Ont également été invitées: La Champenoise, les Trois mousquetaires (blonde et blanche), Griffintown, Place du marché, Wit de Dunham, Wan derbull et Beta #6. Elles vous saluent, tout droit sorties de la Boîte à bières.

Allez, bonne année tout le monde! Santé!

Résister

M’accrocher sur un arbre, à mi-chemin entre le sol et le ciel, pour me faire chauffer la couenne au soleil. Pour résister au cynisme, envers et contre tout.

C’est à cette photo que Guy (encore lui!) m’a envoyée hier que j’ai pensé en lisant les journaux de ce matin. Les bilans de l’année sont au mieux ternes, au pire déprimants. Même le rire n’est plus un refuge. Il faut chercher ailleurs. Résister.

Résister, plus que s’indigner, d’ailleurs.

L’indignation c’est dans l’instant. C’est un cri du coeur. Ça fait la une.

La résistance, c’est dans la durée. C’est une façon d’être. C’est moins médiagénique.

Si 2011 a été l’année des indignés, alors je souhaite que 2012 soit celle des résistants.

Chaîne

Fragment d’une autre photo de Guy Bergeron.

* * *

L’idée d’attacher deux arbres intrigue. Enchaînés, les arbres s’enlassent. Et ce fil barbelé, qui laisse deviner une clôture, un endroit interdit, sur la gauche. Et l’horizon infini, sur la droite.

Mais c’est ce qui est caché derrière un de ces arbres qui m’intrigue le plus. Comment sont liés les deux extrémités de cette chaîne? Un vieux cadenas indiquerait une intention ancienne, abandonnée ou oubliée. Un cadenas plus contemporain suggèrerait une utilité récente. Un simple crochet nous forcerait à abandonner l’idée de quelque intention de retenir, de freiner, d’attacher ou d’emprisonner. Mais alors?

Un ruban coloré pourrait aussi être la signature fantaisiste d’un forgeron poète.

Le mur

Ça pourrait devenir un jeu.

Guy m’envoie aujourd’hui une nouvelle photo de Lo de Marcos.

« Il me semble que si ce mur pouvait parler, il aurait de belles choses à dire. »

* * *

Fallait-il me hisser sur le mur ou marcher sagement sur la route rocailleuse?

J’ai d’abord été séduit par le point de vue du funambule. Ça semble un choix évident pour celui qui rêve. Je saurais ce qu’il y a de l’autre côté du mur, et là-bas, au loin. À gauche et à droite. Au nord et au sud. Je saurais.

Mais j’ai eu peur.

Peur de tomber.

Alors, j’ai marché. Sans jamais me retourner.

J’ai marché sur les traces pas de ceux qui m’ont précédé. J’ai emprunté le sentier, littéralement.

C’est l’histoire qui s’écrit avec les pieds.

C’est ainsi que j’ai réalisé qu’à cette distance du mur on peut tout juste, se levant sur la pointe des pieds, obtenir quelques indices de ce qu’il y a de l’autre côté. Imaginer.

L’obstacle devenu écran.

Contraint par le regard du photographe — autre mur, invisible — je me suis interrogé : qu’y a-t-il derrière moi suivant ce regard? Ce n’est pas un hasard s’il a pointé là son objectif, à la recherche du beau. Derrière, c’est d’où on vient, à la recherche du beau. Alors cette maison bleue, fleurie, c’est sans doute là où on va, là où mène la route.

La route rocailleuse au bout de laquelle il doit y avoir une école ou une gare.

Quelle différence, au fond, quand on y pense?