Une simple fantaisie?

Il y a quelques jours je me suis presque défait d’un petit livre qui ne me disait rien. C’est Ana qui, au dernier moment, m’a dit « ben voyons! Un livre de Jules Verne qui a pour titre Une fantaisie du docteur Ox… c’est tout toi ça… commence donc par le lire! ».

Ce que j’ai fait. Et je ne l’ai pas regretté! Je peux vous assurer que ce livre va retrouver sa place dans la bibliothèque.

Le livre raconte l’incroyable histoire de la petite ville de Quiquendone, que le docteur Ox a promis d’éclairer, entièrement à ses frais.

Est-ce que la ville de Quiquendone existe vraiment? Jules Verne nous l’assure:

« Si vous cherchez sur une carte des Flandres, ancienne ou moderne, la petite ville de Quiquendone, il est probable que vous ne l’y trouverez pas. Quiquendone est-elle donc une cité disparue? Non. Une ville à venir? Pas davantage. Elle existe, en dépit des géographes, et cela depuis huit à neuf cents ans. Elle compte même deux mille trois cent quatre-vingt-treize âmes, en admettant une âme par chaque habitant. (…)

Quiquendone existe bien réellement avec ses rues étroites, son enceinte fortifiée, ses maisons espagnoles, sa halle et son bourgmestre — à telle enseigne qu’elle a été récemment le théâtre de phénomènes surprenants, extraordinaires, invraisemblables autant que véridiques, et qui vont être fidèlement rapportés dans le présent récit. (…) »

Il s’agit d’une ville reconnue pour son calme, avec un maire tout à l’image de sa ville:

« Le bourgmestre était un personnage de cinquante ans, ni gras ni maigre, ni petit ni grand, ni vieux ni jeune, ni coloré ni pâle, ni gai ni triste, ni content ni ennuyé, ni énergique ni mou, ni fier ni humble, ni bon ni méchant, ni généreux ni avare, ni brave ni poltron, ni trop ni trop peu – ne quid nimis -, un homme modéré en tout. (…) Le bourgmestre Van Tricasse était le flegme personnifié. (…) »

Un maire qui avait néanmoins de l’ambition pour sa ville; ce qu’avait très bien compris le docteur Ox.

« Le progrès marche, et nous ne voulons pas rester en arrière! (…) Il faut bien marcher avec son siècle. Si l’expérience réussit, Quiquendone sera la première ville des Flandres éclairée au gaz oxy-hydrique. »

Je crois qu’il est utile de rappeler ici que le livre a été écrit en 1872, que l’ampoule électrique a été inventé en 1878, et que c’est seulement en 1884 — douze ans plus tard — qu’une première ville française a été électrifiée.

Ainsi donc, une usine est construite à Quiquendone et des tuyaux sont posés dans toute la ville. Et c’est à ce moment que des phénomènes surprenants commencent à se manifester.

« — Là, j’ai été témoin d’une altercation telle que… monsieur le bourgmestre, on a parlé politique!

— Politique! répéta Van Tricasse en hérissant sa perruque.

— Politique! reprit le commissaire Passauf, ce qui ne s’était pas fait depuis cent ans peut-être à Quiquendone. »

Lentement mais sûrement, les esprits se sont enflammés:

« Mais, phénomène absolument inexplicable, qui eût mis en défaut la sagacité des plus ingénieux physiologistes de l’époque, si les habitants de Quiquendone ne se modifiaient point dans la vie privée, ils se métamorphosaient visiblement, au contraire, dans la vie commune, à propos de ces relations d’individu à individu qu’elle provoque. (…)

« À la bourse, à l’hôtel de ville, à l’amphithéâtre de l’Académie, aux séances du conseil comme aux réunions des savants, une sorte de revivification se produisait, une surexcitation singulière s’emparait bientôt des assistants. Au bout d’une heure, les rapports étaient déjà aigres. Après deux heures, la discussion dégénérait en dispute. (…)

« Mais que se passe-t-il donc? se demandait [le bourgmestre]. Quel esprit de vertige s’est emparé de ma paisible ville de Quiquendone ? Est-ce que nous allons devenir fous? »

Ce n’était évidemment pas que pour le pire. Ce sursaut d’énergie avait aussi des avantages:

« Des talents, qui seraient restés ignorés, sortirent de la foule. Des aptitudes se révélèrent. Des artistes, jusque-là médiocres, se montrèrent sous un jour nouveau. Des hommes apparurent dans la politique aussi bien que dans les lettres. Des orateurs se formèrent aux discussions les plus ardues, et sur toutes les questions ils enflammèrent un auditoire parfaitement disposé d’ailleurs à l’inflammation. Des séances du conseil, le mouvement passa dans les réunions publiques, et un club se fonda à Quiquendone, pendant que vingt journaux, Le Guetteur de Quiquendone, L’Impartial de Quiquendone, Le Radical de Quiquendone, L’Outrancier de Quiquendone, écrits avec rage, soulevaient les questions sociales les plus graves. »

Même la nature s’en trouvait apparement transformée:

« En effet, dans les jardins, dans les potagers, dans les vergers, se manifestaient des symptômes extrêmement curieux. Les plantes grimpantes grimpaient avec plus d’audace.

Les fruits ne tardèrent pas à suivre l’exemple des légumes. Il fallut se mettre à deux pour manger une fraise et à quatre pour manger une poire. »

Tout dans la ville, habituellement si calme, s’accélérait follement.

Même les concerts, qui étaient traditionnellement exécutés plus lentement qu’ailleurs, se mirent à s’emballer. Un soir, un concert qui devait durer six heures ne dura que dix-huit minutes!

« Chanteurs et musiciens s’échappent fougueusement. Le chef d’orchestre ne songe plus à les retenir. D’ailleurs le public ne réclame pas, au contraire; on sent qu’il est entraîné lui-même, qu’il est dans le mouvement, et que ce mouvement répond aux aspirations de son âme (…) »

Sans trop qu’on sache pourquoi, toute cette énergie a même fait réapparaître une querelle vieille de plusieurs siècles avec le village voisin de Virgamen.

« [Il n’y avait aucune arme dans la ville], mais le courage, le bon droit, la haine de l’étranger, le désir de la vengeance [ont tenu] lieu d’engins plus perfectionnés et [pour] remplacer les mitrailleuses modernes et les canons (…) »

Le bourgmestre s’en est trouvé complètement désemparé.

« Mais qu’est-ce que nous avons ? Mais quel est ce feu qui nous dévore? Mais nous sommes donc possédés du diable? »

***

Mais qui était donc le mystérieux docteur Ox qui était à l’origine du projet d’éclairer la ville:

« Le docteur Ox était un homme demi-gros, de taille moyenne (…) Nous ne saurions préciser son âge, non plus que sa nationalité. D’ailleurs, peu importe. Il suffit qu’on sache bien que c’était un étrange personnage, au sang chaud et impétueux, véritable excentrique (…) Il avait en lui, en ses doctrines, une imperturbable confiance.

Toujours souriant, marchant tête haute, épaules dégagées, aisément, librement, regard assuré, larges narines bien ouvertes, vaste bouche qui humait l’air par grandes aspirations, sa personne plaisait à voir. II était vivant (…) bien allant, avec du vif-argent dans les veines et un cent d’aiguilles sous les pieds. Aussi ne pouvait-il jamais rester en place, et s’échappait-il en paroles précipitées et en gestes surabondants. »

Le docteur Ox était évidemment aussi très riche pour pouvoir entreprendre à ses frais l’éclairage de toute une ville.

Sauf que le projet d’éclairer la ville cachait sa véritable intention…

Le docteur Ox voulait en réalité faire la démonstration que l’esprit des Quiquendoniens peut être manipulé en dispersant un gaz dans la ville.

« Vous les avez vus, hier, à notre réception, ces bons Quiquendoniens à sang-froid? (…) Vous les avez vus, se disputant, se provoquant de la voix et du geste! Déjà métamorphosés moralement et physiquement! Et cela ne fait que commencer! Attendez-les au moment où nous les traiterons à haute dose ! (…)

N’avais-je pas raison? Voyez à quoi tiennent, non seulement les développements physiques de toute une nation, mais sa moralité, sa dignité, ses talents, son sens politique. Ce n’est qu’une question de molécules… (…)

L’expérience sera décisive (…) nous réformerons le monde! »

***

Je savais que Jules Verne avait été extraordinairement visionnaire au plan scientifique — avec De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, notamment — mais à la lecture de ce petit livre, il me semble évident qu’il a également fait la démonstration d’une incroyable clairvoyance sociologique.

Cent cinquante ans plus tard, c’est Elon Musk qui revêt les habits du docteur Ox et c’est Twitter, devenu X, qui joue le rôle du gaz oxy-hydrique. Ni plus, ni moins.

Et pour conclure ce compte-rendu de lecture, je laisserai, comme il se doit, le mot de la fin à l’auteur:

« On a le droit de ne pas admettre la théorie du docteur Ox, et pour notre compte nous la repoussons à tous les points de vue, malgré la fantaisiste expérimentation dont fut le théâtre l’honorable ville de Quiquendone. »

C’était en 1872.

Quelles histoires?

J’expérimente depuis quelques temps Pavillons, qui propose un nouveau modèle de diffusion qui ressemble un peu à des feuilletons qu’il est possible de lire moyennement un abonnement de quelques dollars. Quelque part entre Substack et Patreon, je dirais.

J’ai lu plusieurs « première entrées » de publications. Elles sont toujours gratuites pour nous permettre d’explorer un projet ou de découvrir un auteur ou une autrice.

Je me suis abonné à une publication: Défiler vers le bas, d’Annabelle Nicole. J’ai aussi acheté, à la pièce, quelques entrées d’une autre publication: PHTGRPH, de Benoît Erwann.

Dans cette dernière série, l’auteur redécouvre le contenu de boîtes en carton remplies de photographies oubliés au fond d’une armoire familiale pendant vingt-cinq ans.

Dans la sixième entrée, il écrit:

« Cette boîte, ce coffre-fort sans serrure, contient 1081 tirages, je les ai comptés. (…) En les regardant une première fois un à un, ces tirages m’ont enseigné une chose essentielle : je me souviens des lieux et de quelques personnes, et c’est tout. Aucun détail. Rien. Nada. J’ai rangé la boîte pendant quelques jours, puis je les ai regardés de nouveau. Alors, la mémoire me revenait grâce aux détails, justement, qui apparaissaient enfin dans l’image. Ils révélaient une atmosphère que je pensais oubliée à jamais. Ils me montraient dans mes environnements immédiats, que cela me plaise ou non. Je retrouvais des visages perdus, des rencontres improbables, des objets à première vue anodins, et pourtant tout me parlait, tout me communiquait une part de vie que j’avais rangée sans même m’en apercevoir et que ma mémoire avec choisi d’évacuer. (…) Petit à petit, j’en ai mis de côté dans une enveloppe, ceux des tirages qui m’interpelaient dans leurs détails, qui faisaient remonter à la surface de ma conscience des souvenirs enfouis (…). »

Ça m’a rappelé l’impression que je ressens parfois pendant l’exercice matinal de relectures que je fais depuis le début des vacances (repris sur mon blogue et sur Instagram)

Une forme d’étonnement, quand je tire un livre de la bibliothèque — ou que je vais le chercher au fond d’un des paniers, à côté du canapé, parmi les oubliés.

Mais comment ce livre a bien pu aboutir ici? Ou dans quel contexte est-ce que j’ai bien pu lire ça?

Je dois alors partir à la recherche d’indices.

Une inscription sur la première page? Des annotations? Une facture qui fait office de marque page? Une carte postale? Une étiquette de prix à l’arrière du livre indiquant le nom de la librairie? Une recherche sur mon blogue ou dans mes notes personnelles m’aide aussi parfois aussi à trouver une première piste pour reconstituer le contexte.

Et si une chose est plus claire pour moi que jamais c’est qu’il faut écrire dans les livres! Ou au moins y glisser des documents. Il faut se l’approprier, l’enrichir d’un contexte — s’assurer d’en faire le témoignage d’un moment, en faire une clé mémorielle. Comme une photo peut le faire.

C’est comme ça que je considère les gribouillages qui témoignent de mes relectures. Ils s’inscrivent dans cette dynamique d’appropriation — même si je sais qu’ils sont choquants aux yeux de certains.

De mon point de vue, ils ne sont pas un affront fait au le livre, au contraire! C’est un honneur qui se trouvera à lui garantira une place dans ma bibliothèque pour longtemps.

Parce que ce matin, je regarde ma bibliothèque et je me demande si les livres qui ne me disent rien y ont encore leur place? Ou en tout cas, s’ils ne me disent rien et que j’hésite à m’en départir, est-ce que je ne devrais pas au moins écrire la raison de cette hésitation sur une petite carte et la glisser entre les pages? Ce qui donnerait déjà un sens à leur présence parmi les autres?

***

Je tire trois livre au hasard de la bibliothèque pour faire l’exercice.

117 Nord, de Virginie Blanchette-Doucet, chez Boréal — Je me souviens très bien de l’avoir lu et apprécié. Catherine Voyer-Léger y fait d’ailleurs référence dans un court texte publié dans le dernier numéro de Lettres Québécoises.

Étiquette au verso: Librairie Vaugeois, août 2016. Mon nom est inscrit sur la première page, avec un ancien numéro de téléphone, ce qui me fait croire que je l’ai déjà prêté. Un signe d’appréciation. Aucune annotation toutefois. Un petit tour dans les archives de mon blogue me rappelle que j’avais fait un texte à son sujet le 26 août 2016. Je vais d’ailleurs l’indiquer sur la première page.

Comme je l’avais manifestement beaucoup apprécié je me suis demandé si Virginie Blanchette-Doucet avait écrit un autre roman depuis. Réponse positive de Google: Les champs penchés, en 2023. Surprise: la couverture me semble être une photo de Mériol Lehmann, un photographe que j’aime beaucoup. Impossible d’en avoir la confirmation sur le site de l’éditeur. Direction prêtnumérique.ca… le livre est disponible… téléchargement… confirmation! La photo s’intitule: arbres, chemin saint-jacques, saint-pierre. Une belle coïncidence. Et tant qu’à avoir téléchargé le livre, je le lirai dans les prochains jours.

Voilà que mon histoire partagée avec le livre s’est enrichie. Il mérite donc plus que jamais sa place dans la bibliothèque.

***

La Classe de neige, d’Emmanuel Carrère, chez P.O.L. — Je me souviens très bien de l’avoir lu, avec plaisir, et un certain malaise. Pourquoi? Ce n’est plus très clair. La couverture est sale (taches de jus d’orange?), la tranche est usée… il a dû se balader pas mal. À l’intérieur, page 145, un signet vintage illustré d’un cardinal en vol. Aussi, page 95, le bandeau qui ornait le livre pour souligner que le Prix Femina lui avait été accordé. Et page 47, trois signets Larousse « À: … De: … » aux couleurs de Noël.

Surprise en page frontispice, une dédicace:

Pour Ana et Clément, en espérant qu’ils approuveront le choix de Sofia et seront touchés par cette triste histoire — en tout ou en partie. [signature illisible], Montréal, 18.11.95. 

Les archives de BAnQ m’ont permis de confirmer que la date correspond bien à celles du Salon du livre de Montréal en 1995, dont Emmanuel Carrère était un des invité.

Et effectivement, avec un peu d’imagination, la signature pourrait bien être « Emmanuel ». Impossible de confirmer par des images comparables sur le Web… qu’importe, c’est la meilleure hypothèse pour le moment.

C’est donc vraisemblablement un livre qui nous a été offert à Noël 1995, par la mère d’Ana, Sofia — qui en aurait fait l’achat au Salon du livre de Montréal.

Ça fait pas mal de liens vers pas mal de souvenirs!

Je constate par ailleurs qu’il n’y avait rien aucune référence à Emmanuel Carrère sur mon blogue… avant aujourd’hui! Je vais d’ailleurs ajouter une référence au présent texte sur la troisième de couverture avant de replacer le livre dans la bibliothèque… parce qu’il n’y a plus aucun doute qu’il y mérite sa place!

***

Une fantaisie du Docteur Ox, de Jules Verne, aux éditions Mille et une nuit — J’ai beau lire la quatrième de couverture, je ne me souviens pas de l’avoir lu. Aucune d’annotations, pas de papiers glissés entre les pages. Une étiquette de prix, que j’avais manifestement transféré du dos du livre au revers de la couverture: 4,50$ à la Librairie Garneau. Probablement à la succursale des Halles de Sainte-Foy (devenu Renaud-Bray en 1999). Mais il ne me dit vraiment rien.

Je vais donc le placer dans une boîte de livres à donner.


Post scriptum: ma relectrice préférée m’a ramené à l’ordre: — Pas question que tu te départisses d’un livre de Jules Verne, à plus forte raison s’il a pour titre « Une fantaisie… »! C’est tout toi ça! Commence donc par le lire, on en reparlera ensuite.

Il se pourrait bien que son histoire soit en train de s’écrire, lui aussi… À suivre…

À mes pieds…

Je tondais le gazon hier après-midi.

Dans l’allée graveleuse qu’on emprunte pour accéder au chalet, quelque chose a soudainement attiré mon attention. Probablement une remarquable étoile végétale. Mais je n’en étais pas sûr. Qu’est-ce que ça pouvait bien être?

J’ai pris une photo:

J’ai jeté un coup d’œil rapide à la photo avant de remettre mon iPhone dans ma poche. Elle m’a rappelé certaines photos de Mériol Lehmann. C’était peut-être ça?

Après avoir terminé la corvée, j’ai observé la photo plus attentivement. Je m’y suis même perdu en constatant le nombre et la variété des espèces, les quelques fleurs, la vie, la mort, l’éclaircie ensoleillée.

J’ai même esquissé un projet: enfouir légèrement le cadre d’une ancienne œuvre d’art dans l’allée pour voir évoluer une section de la végétation au fil du temps, avec tous les honneurs qui lui sont dus. Je me suis dit que d’autres avaient dû y penser avant. Mais l’avaient-ils fait?

J’ai demandé à Google ce qu’il voyait dans cette photo. Puis à PlantNet. J’ai fait un voyage au pays des mauvaises herbes.

Et d’une chose à l’autre, une plante s’est mise à susciter particulièrement mon attention. Là, juste sous l’étoile dont l’esthétique était probablement à l’origine de ce voyage.

Vous voyez ces petites feuilles qui ressemblent à celles de la sauge. En zoomant dans l’image, on voit qu’elles sont recouvertes de longs poils. J’ai appris que c’est l’Épervière piloselle. On l’appelle parfois aussi Oreilles de souris.

C’est une plante fascinante:

« Elle s’accommode de n’importe quel sol et sait se faire de la place. Pour cela elle a un secret. Elle élabore au niveau de ses racines une toxine qui empêche le développement des autres végétaux. Elle peut ainsi former des tapis denses et serrés. Cette technique anti-concurrence a ses limites. Lorsque la piloselle a envahi un espace, elle risque à la longue de s’empoisonner elle-même. » (source)

Imaginez-vous donc qu’au Moyen-âge, on utilisait même le jus de cette plante pour prédire le sort des malades: la mort s’il vomissait après l’avoir bu et la guérison dans le cas contraire.

Qui aurait pu prévoir qu’il y avait là, à mes pieds, pendant que je passais la tondeuse, la réponse aux mystères de l’existence?

Pas étonnant que ça ait pu attirer mon attention!

Un après-midi de marche

Il y a une illusion dans l’idée de tomber en vacances. Je pense qu’on entre plutôt en vacances, progressivement, comme on entre dans la mer, ou dans une piscine.

C’est un état d’esprit, pas une switch on/off.

Pour moi, la créativité est certainement une composante de la transition recherchée.

Alors après des mois à surligner et annoter pour extraire l’essentiel d’un texte, j’ai eu envie de tirer un livre au hasard de la bibliothèque, de l’ouvrir à une page tout aussi aléatoirement, et d’en réorganiser les mots de manière à les transformer en quelque chose d’autre.

Comme une autre forme de collages.

C’est un premier essai. Je pense qu’il y en aura d’autres.

Le livre, pour cette fois, était De la marche, de Henry David Thoreau, aux éditions 1001 nuits.

***

Je me suis aussi lancé dans une autre exercice d’écriture estival — sous forme d’infolettre. À la fois pour le plaisir d’écrire et pour continuer mon exploration de Substack comme outil de diffusion. Si vous avez envie de suivre cette exploration, c’est par ici.

***

Mise à jour du 12 juillet — j’ai tenté l’expérience avec un livre de recettes, pourquoi pas? Alors, inspiré par Pizzas, dans la collection L’école de la cuisine italienne, chez Phaidon… voici ma création du jour:

Mise à jour du 13 juillet — à partir de Un promeneur en novembre, de Gilles Archambault, chez Boréal:

Mise à jour du 14 juillet — à partir de Les États-Unis du vent, de Daniel Canty, chez La Peuplade:

Mise à jour du 15 juillet — à partir de Traversée de Paris, de Marcel Aymé, chez Folio:

Mise à jour du 16 juillet — À partir de Les Politiques, de Aristote, collection Le monde de la philosophie, chez Flammarion:

Mise à jour du 17 juillet — À partir de Tintin au Tibet, de Hergé, dans un format réduit, chez Casterman:

Mise à jour du 18 juillet — À partir de Mademoiselle Rouge, de Michel Garneau, chez VLB éditeur:

Mise à jour du 19 juillet — À partir de Le monde fascinant des insectes, de Jean-Pierre Bourassa, aux éditions Multimondes:

Mise à jour du 20 juillet — À partir d’un gallon de peinture Benjamin Moore:

Mise à jour du 21 juillet — À partir de Une main encombrante, de Henning Mankell, dans la collection Policiers, au Seuil:

Mise à jour du 22 juillet — À partir du feuillet d’instructions du Scrabble resté sur la table hier soir:

Mise à jour du 23 juillet — À partir de Éveil à Kitchike — la saignée des possibles, de Louis-Karl Picard-Sioui, aux éditions Hannenorak:

Mise à jour du 24 juillet — À partir de Le pas du lynx, de Joana de Fréville, aux éditions Les Allusifs:

Note: à la suite d’une suggestion de Capucine, j’ai amélioré la présentation des Relectures sur Instagram, en y ajoutant le texte, réaméagé, sous forme d’une deuxième photo (il suffit de glisser vers la droite, comme ici, pour la relecture d’aujourd’hui).

Mise à jour du 25 juillet — À partir de Vernon Subutex, de Virginie Despentes, au Livre de Poche:

(Cliquer ici pour le voir sur Instagram)

Mise à jour du 26 juillet — À partir de Plateforme, de Michel Houellebecq, chez Flammarion:

Mise à jour du 27 juillet — À partir de la Une du Devoir de ce matin…

Mise à jour du 28 juillet — À partir de La théorie des jeux, de Gaël Giraud, dans la collection Champs Université, chez Flammarion:

Mise à jour du 29 juillet — À partir de La désobéissance de l’architecte, de Renzo Piano, aux éditions arléa:

Mise à jour du 30 juillet — À partir de Churchill, de François Bédarida, chez Fayard:

Mise à jour du 31 juillet — À partir de L’énigme du retour, de Dany Laferrière, chez Boréal:

Mise à jour du 1er août — À partir de Contes et légendes de la Côte-du-Sud, de Gaston Deschênes et Pierrette Maurais, chez Septentrion:

Mise à jour du 2 août — À partir de Accident nocturne, de Patrick Modiano, chez Folio:

Mise à jour du 2 août — À partir de Camarade, ferme ton poste, de Bernard Émond, chez Lux:

Mise à jour du 4 août — À partir de La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt, chez JC Lattès.

Artifice


Ce sont les herbes hautes qui ont d’abord attiré mon attention. À contre-jour, elles donnaient l’impression d’un feu d’artifice miniature.

Je me suis demandé de quoi ça pouvait avoir l’air vu du sol, pour un insecte ou un petit mammifère.

Il y a aussi les nuages au loin, au-dessus de Charlevoix, comme on les voit sur les photos du mont Fuji.

Et la plaine, couverte de foin de mer, où viennent se nourrir les oiseaux à chaque marée basse.

Mais c’est en dirigeant mon regard vers la petite maison blanche, sur la pointe, au fond, à gauche, que la contemplation s’est transformée en divagation.

Vous avez vu cette petite affiche?

Face au fleuve.

Sur laquelle ne figure aucun message.

Est-ce qu’il y en a déjà eu un? Quel pouvait-il être?

Un avertissement? Terrain privé? Danger de baignade? Nid de pluviers?

Une invitation? À la contemplation? Observez un moment de silence? Prenez le temps de siffler? Pensez à un être cher?

À moins qu’elle n’ait été mise là délibérément pour qu’on y affiche un message? Comme un petit babillard? Qu’est-ce que je pourrais bien agrafer sur ce panneau?

De la poésie? Un vers de Roland Giguère? Les mots-flots viennent battre la plage blanche où j’écris que l’eau n’est plus l’eau sans les lèvres qui la boivent.

Ou, avec ironie: « Vous avez un nouveau message »? Ou l’image d’une notification de Radio-Canada sur l’écran de mon téléphone?

Et vous qu’est-ce que vous écririez à cet endroit? De quelle façon choisiriez-vous d’intervenir dans le moment que les passants vivent à cet endroit?

À moins que…

À moins que cette absence de message…

À moins que ce ne soit justement ça le message?

Bonne conduite

J’ai déjà mon arbre préféré sur l’autoroute 20. Autour du kilomètre 358, côté sud. Mais ce n’est pas de lui que j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

Ce dont je veux vous parler, c’est quelque chose qui m’a sauté aux yeux pour la première fois aujourd’hui.

Le voyez-vous sur la photo?

Une fois qu’on l’a remarqué, on ne peut plus ne pas le voir. Ça m’a obsédé pendant près de 100 kilomètres.

Alors, le voyez-vous?

Je vais vous aider.

Partons de la ligne centrale, pointillée. Que voyez-vous à droite?

Une ligne blanche continue. Exactement!

Et à gauche? Une ligne jaune continue. Exactement!

Ce sont les lignes qui indiquent les limites de la route.

Ce sont aussi les lignes dont se servent les ordinateurs de bords des automobiles modernes pour apporter divers niveaux d’assistance à la conduite — jusqu’au pilotage automatique.

Mais ce n’est pas ça!

Un peu à droite de la ligne blanche? Et à gauche de la ligne jaune?

Voilà!

À gauche de la route, les fleurs sont jaunes!

Et à droite, elles sont blanches!

Un hasard, vous croyez?

Et si c’était pour faciliter le travail des ordinateurs de bord?

Et s’il y avait des graines de plantes dans la peinture, et que les gouttelettes qui s’échappent lors du lignage ensemençaient les fossés de fleurs diverses, selon les couleurs de peinture?

Et si c’était pour permettre aux voitures d’utiliser également les odeurs pour suivre plus efficacement la route?

Je sais, je sais… ça ne fonctionnerait pas toutes les saisons.

Je sais, parfois ce ne sont que des quenouilles, des deux côtés.

Je sais.

Mais ça m’amuse de laisser vagabonder mon esprit quand je conduis.

Le début de l’été

On se disait il y a quelques jours, avec Ana, que depuis que les enfants sont grands, qu’ils ont quitté l’école secondaire, l’arrivée dans l’été est vraiment très différent. La fin des classes manque au rituel qui nous a animés pendant une quinzaine d’années.

Maintenant, c’est la Fête nationale qui lance notre période estivale. C’est à ce moment qu’on entreprend de casser progressivement le rythme pour faire de l’espace pour la paresse, les déambulations et la contemplation.

C’est maintenant!

C’est probablement la raison qui m’a amené, un peu plus tôt, à m’interroger sur la forme que pourrait prendre un nouveau projet d’écriture estival… Et je pense avoir trouvé!

Je vais partir chaque fois d’une photo, probablement prise spontanément — sans soins particuliers — mais dans laquelle se trouve quelque chose qui a attiré mon attention. Cette chose se révèlera, plus ou moins clairement, à la lecture du texte qui accompagnera l’image. Mais attention! Les textes pourront être de nature très variés. Je ne m’imposerai aucune contrainte — quitte à ce que ce soit parfois dépaysant. L’avertissement est peut-être inutile… je n’en sais rien… le projet va s’inventer, prendre forme, au fur et à mesure que les jours passeront.

À quelle fréquence je publierai ces textes? Aucune idée! Ce sera selon l’inspiration.

Seule certitude: ce sera pour moi l’occasion d’aiguiser mon regard, de partager quelques réflexions et… peut-être… un peu de folie!

***

C’est en prenant la photo qui coiffe ce texte que l’idée de la série m’est venue à l’esprit.

C’est d’abord la pivoine, rose, qui a attiré mon attention. Elle semble se camoufler parmi les roses. Clic!

C’est ce qui a provoqué la photo. Mais ce n’est pas ce qui est à la source de ce texte.

C’est en voulant m’approcher pour essayer de comprendre l’enchevêtrement des tiges et des feuilles que je l’ai vue.

D’abord invisible, mais pourtant très active sous mes yeux. Elle ne faisait rien pour se cacher. Elle savait que j’avais toutes les chances de ne pas la voir — comme presque tout le monde qui passait par là. Elle faisait comme si je n’étais pas là. Et moi aussi. Cette coccinelle a-t-elle même eu connaissance que j’étais là?

Bien des choses nous échappent — simplement parce qu’on n’y porte pas attention. C’est vrai de la nature. De la société aussi.

Les villes invisibles

« À partir de maintenant, ce sera moi qui décrirai les villes et toi tu vérifieras si elles existent et si elles sont bien telles que je les aurai pensées. » (p.55)

***

Une inscription au verso de la couverture indique que c’est ma mère qui s’est procuré le livre le 3 mars 2005, suite à une suggestion de Jacques Plante, un architecte rencontré à l’occasion d’un atelier de scénographie. Quelques post-its témoignent aussi des passages qui ont marqué sa lecture.

Des notes prises par l’une de mes filles se sont ajoutées aux marges, dix-huit ans plus tard — ce qui rend évidemment la lecture encore plus fascinante!

Je viens d’y ajouter des annotations à mon tour, à l’occasion d’une lecture qui accompagnait nos déambulations dans Lisbonne, Ana et moi, afin de souligner nos cent ans (cinquante chacun!).

***

« Dans Les Villes invisibles, aucune ville n’est reconnaissable. Toutes ces cités sont inventées (…) Je ne crois pas que le livre évoque seulement une idée atemporelle de la ville, mais plutôt que s’y déroule, de façon tantôt implicite, tantôt explicite, une discussion sur la ville moderne. » (Préface)

Je peux le dire d’entrée de jeu, j’ai trouvé que c’était un livre de voyage parfait! Un livre qui rappelle qu’il ne faut pas se fier à l’image qu’une ville offre au premier regard. Un livre qui invite à chercher la fiction qui s’inscrit au cœur de la ville — sa magie. Et, par la force des choses à redécouvrir, aussi sa propre ville.

« Les villes […] se croient l’œuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » (p. 56)

***

Parmi les cinquante-cinq villes racontées par Calvino, certaines ont évidemment retenu mon attention plus que d’autres.

Je commencerai par Eusapie, pour la réflexion qu’elle offre au sujet de la ville comme espace par excellence de la vie (et de la mort) des humains:

« Aucune ville plus qu’Eusapie n’est portée à jouir de la vie et à fuir les problèmes. Et pour que le saut de la vie à la mort soit moins brutal, ses habitants ont construit sous terre une copie exacte de leur ville. (…) tous les commerces et métiers de l’Eusapie des vivants sont en activité sous terre, ou du moins tous ceux que les vivants ont tenus avec plus de satisfaction que d’ennui (…)

[Et] les morts apportent des innovations dans leur ville; pas très nombreuses, mais fruits sûrement d’une réflexion pondérée, non de caprices passagers.

D’une année sur l’autre, disent-ils, on ne reconnaît plus l’Eusapie des morts. Et les vivants, pour ne pas être en reste (…) veulent le faire eux aussi. Ainsi, l’Eusapie des vivants s’est-elle mise à copier sa copie souterraine (…) il n’y a plus moyen de savoir lesquels sont les vivants et lesquels les morts.» (pp. 127 à 129)

Il y a aussi Zénobie, qui offre aussi une belle réflexion sur les villes comme des espaces qui sont en perpétuelle transformation:

« il n’y a pas à établir si Zénobie est à classer parmi les villes heureuses ou malheureuses. Ce n’est pas entre ces deux catégories qu’il y a du sens à partager les villes, mais entre celles-ci: celles qui continuent au travers des années et des changements à donner leur forme aux désirs, et celles où les désirs en viennent à effacer la ville, ou bien sont effacés par elle. » (p. 46)

Et il y a Zemrude, dont le récit nous rappelle que notre état d’esprit influence toujours le regard qu’on porte sur une ville:

« C’est selon l’humeur de celui qui la regarde que Zemrude prend sa forme. Si tu y passes en sifflotant, le nez au vent, conduit par ce que tu siffles, tu la connaîtras de bas en haut: balcons, rideaux qui s’envolent, jets d’eau. Si tu marches le menton sur la poitrine, les ongles enfoncés dans la paume de la main, ton regard ira se perdre à ras de terre, dans les ruisseaux, les bouches d’égout, les restes de poisson, les papiers sales. Tu ne peux pas dire que l’un des aspects de la ville est plus réel que l’autre… » (p. 81)

Calvino décrit aussi très bien aussi la dynamique qui anime constamment une ville, qui doit continuer de grandir, au risque de péricliter, comme le craignent les citoyens de Tecla:

« — Pourquoi la construction de Tecla dure-t-elle si longtemps ?
Et les habitants, sans arrêter de hisser des seaux, de jouer des fils à plomb, de promener vers le haut et le bas de longs pinceaux, répondent :

— Pour que ne commence pas la destruction.
Et quand on leur demande s’ils craignent qu’à peine ôtés les échafaudages, la ville se mette à craquer et tomber en morceaux, ils ajoutent très vite, à voix basse:

— Pas la ville seulement. » (p. 147)

Il s’amuse aussi des philosophies, parfois amusantes, qui peuvent en venir à guider le développement d’une ville. C’est le cas d’Andria:

« — La correspondance entre notre ville et le ciel est à ce point parfaite, répondirent-ils, que toute modification d’Andria comporte quelque nouveauté du côté des étoiles.

Les astronomes scrutent le ciel avec des télescopes après chaque changement qui s’est produit à Andria, et signalent l’explosion d’une nova, ou le passage de l’orangé au jaune d’un point éloigné du firmament, l’expansion d’une nébuleuse, ou qu’une spirale de la voie lactée se recourbe. Tout changement implique des changements en chaîne, à Andria comme parmi les étoiles: la ville et le ciel ne demeurent jamais pareils.

Deux qualités du caractère des habitants d’Andria méritent d’être notées: la confiance en soi et la prudence. Convaincus que toute innovation dans la ville influe sur la carte du ciel, avant chaque décision ils calculent risques et avantages, pour eux, pour toutes les villes, pour l’ensemble des mondes. » (p. 173)

***

L’expérience du voyage me semble aussi particulièrement bien rendue par la description que Calvino fait de Pirra:

« Vint le jour où mes voyages me conduisirent à Pirra. À peine y avais-je mis les pieds que tout ce que j’imaginais avait été oublié; Pirra était devenue ce qu’est Pirra… » (p. 110)

Et la description d’Aglaurée témoigne aussi des plaisirs du voyage — spécialement quand on prend le temps de marcher dans la ville, de long en large, comme nous l’avons fait à Lisbonne:

« Si donc je voulais te décrire Aglaurée en m’en tenant à ce que j’ai vu et éprouvé personnellement, je devrais te dire que c’est une ville terne, sans caractère, posée là au hasard. Mais même cela ne serait pas la vérité: à certaines heures, dans certaines échappées au détour d’une rue, tu vois s’ouvrir échappées devant toi le soupçon de quelque chose d’unique, de rare, et peut-être de magnifique… » (p. 83)

C’est tout le contraire de certains voyages d’affaires au cours desquels, malheureusement, toutes les villes finissent par se ressembler. Expérience que Calvino résume efficacement avec la ville de Trude:

« C’était la première fois que je venais à Trude, mais je connaissais déjà l’hôtel où par hasard je descendis; j’avais déjà entendu et prononcé les mêmes dialogues avec acheteurs et vendeurs de ferraille; d’autres journées pareilles à celle-ci s’étaient terminées en regardant au travers des mêmes verres, ondoyer les mêmes nombrils. Pourquoi venir à Trude ? me demandais-je. Et déjà je voulais repartir.

— Tu peux reprendre un vol quand tu veux, me dit-on, mais tu arriveras à une autre Trude, pareille point par point, le monde est couvert d’une unique Trude qui ne commence ni ne finit: seul change le nom de l’aéroport. » (p. 149)

***

Je m’en voudrais de ne pas souligner aussi à quel point Calvino a aussi été précurseur, en décrivant Léonie — en 1972!

« La ville de Léonie se refait elle-même tous les jours: chaque matin la population se réveille dans des draps frais, elle se lave avec des savonnettes tout juste sorties de leur enveloppe, elle passe des peignoirs flambants neufs, elle prend dans le réfrigérateur le plus perfectionné des pots de lait inentamés, écoutant les dernières rengaines avec un poste dernier modèle. (…)

Où les éboueurs portent chaque jour leurs chargements, personne ne se le demande: hors de la ville, c’est sûr; mais chaque année la ville grandit, et les immondices doivent reculer encore (…) Les confins entre villes étrangères ou ennemies sont ainsi des bastions infects où les détritus de l’une et de l’autre se soutiennent réciproquement, se menacent et se mélangent.

Plus l’altitude grandit, plus pèse le danger d’éboulement : il suffit qu’un pot de lait, un vieux pneu, une flasque dépaillée roule du côté de Léonie, et une avalanche de chaussures dépareillées, de calendriers d’années passées, de fleurs desséchées submergera la ville sous son propre passé qu’elle tentait en vain de repousser, mêlé à celui des villes limitrophes, enfin nettoyées: un cataclysme nivellera la sordide chaîne de montagnes, effacera toute trace de la métropole sans cesse habillée de neuf. » (pp. 133 à 135)

***

Il faut finalement que j’évoque la description de la ville de Bérénice, qui m’a particulièrement interpellée. Elle me semble, en effet, être un reflet assez fidèle, des débats, dilemmes et paradoxes sur lesquels repose (malheureusement?) la dimension politique du développement d’une ville.

« Il faut que sans cesse tu tiennes compte de ce que je vais te dire: dans la semence même de la ville des justes, se trouve à son tour cachée une mauvaise graine; la certitude et l’orgueil d’être dans le juste — et de l’être bien plus que beaucoup d’autres qui se disent plus justes que la justice — fermentent sous forme de rancœurs, rivalités, échanges de coups, et le désir tout naturel de revanche sur les injustes se colore de l’envie folle d’être à leur place pour faire la même chose qu’eux. Une autre ville injuste, quoique différente de la première, est donc en train de creuser sa place dans la double enveloppe des Bérénice injuste et juste. (…)

Mais si l’on regarde encore plus précisément à l’intérieur de ce nouveau germe du juste, on y découvre une petite tache qui grandit pour devenir l’inclination croissante à imposer ce qui est juste au travers de ce qui est injuste, et peut-être est-ce là le germe d’une métropole immense…

Tu auras tiré de mon discours cette conclusion, que la véritable Bérénice est une succession dans le temps de villes différentes, alternativement justes et injustes. Mais ce dont je voulais te faire part n’est pas là: savoir, que toutes les Bérénice à venir sont déjà en cet instant présentes, enroulées l’une dans l’autre, serrées, pressées, inextricables. » (pp. 186-187)

Pour le meilleur et pour le pire, devrait-on peut-être dire.

***

Et Lisbonne alors?

Qu’en dire au terme d’un voyage accompagné par les mots de Calvino?

J’ai envie de dire que Lisbonne est une ville où des bus, des tramways anciens et modernes, des métros et des voiturettes de toutes sortes tracent jours et nuits de sinueux parcours du nord, au sud; d’est en ouest; du bas vers le haut; et même à travers le temps. C’est une ville dont le ciel prévoit quelques minutes de pluie chaque matin afin de maintenir la propreté des magnifiques trottoirs de pavés blancs.

C’est une ville inspirante, qui m’a fait beaucoup de bien.

Bien que leurs populations sont semblables en nombre, le contraste entre Lisbonne et Québec est énorme, à bien des égards. Calvino l’annonce bien au début du livre:

« L’ailleurs est un miroir en négatif. Le voyageur y reconnaît le peu qui lui appartient, et découvre tout ce qu’il n’a pas eu, et n’aura pas. » (p. 38)

Plus optimiste, j’ajouterais un dernier élément à la phrase: « à moins de rester inspiré par ses souvenirs et de travailler sans relâche. »

Je m’y remettrai dès demain.

***

« L’enfer des vivants n’est pas chose à venir; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart: accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels: chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. » (p. 189)

 


Édition consultée: CALVINO, Italo, Les villes invisibles, Seuil (Points), 1996.

Le plus vite possible

Vue de la fenêtre de mon bureau à l’Hôtel de ville de Québec

3 février, déjà!… Il n’y a pas à dire, l’année 2024 est repartie sur les chapeaux de roues. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’effréné dans l’air. Quelque chose dont on devrait se méfier.

Alors par ce beau samedi matin, je prends le temps d’y réfléchir un peu — et je me réjouirai si les commentaires de lecteurs venaient nourrir ma réflexion.

***

Il est plus évident que jamais que nous faisons face, comme société, à d’immenses défis: de profondes transformations économiques, l’adaptation aux changements climatiques et la crise du logement, entre autres choses. À l’évidence, aucun de ces défis ne pourra être réglé d’un coup de baguette magique. Aucun geste isolé ne peut offrir une solution suffisante. Il va falloir coordonner un vaste ensemble d’actions et faire preuve de détermination dans leur mise en œuvre. C’est une période exigeante et complexe pour exercer le pouvoir. Très stimulante aussi, heureusement!

Il faut aussi constater à quel point l’action politique se réalise aujourd’hui dans un environnement médiatique qui, pour toutes sortes de raisons, impose un rythme élevé et qui nourrit plus facilement les controverses qu’il ne met en valeur les délibérations, la collaboration et les compromis qui en découlent — qui sont pourtant les indispensables rouages de la démocratie. Les médias ne sont pas des observateurs neutres de la dynamique politique, ils en sont aussi des acteurs — et leurs choix influencent le cours des choses. Il faut en être conscient, et s’adapter à cette réalité. Parce que ça fait partie de la game…

Dans ce contexte, il me semble plus déterminant que jamais que les acteurs politiques cultivent des espaces-temps propices à la réflexion et qu’ils privilégient une communication qui vise à susciter l’adhésion plutôt que de souffler sur les divisions. Ce n’est pas toujours facile, notamment parce qu’il faut, pour ça, accepter de prendre un peu de recul avant de réagir, alors que tout le monde attend une réaction, maintenant, tout de suite.

Ce matin, je me dis que ce début d’année frénétique est un bon moment pour se rappeler l’humilité qui devrait habiter les politiciennes et les politiciens: ils ne peuvent pas réaliser seuls les changements qu’ils initient. Le succès de leurs actions reposent surtout sur les citoyennes et les citoyens — et les entreprises et organismes dans lesquels ils travaillent et s’engagent.

Le premier rôle des hommes et des femmes politiques c’est de créer les conditions favorables au changement. C’est de réunir des conditions qui permettent à tout le monde d’avoir confiance que leurs actions comptent et peuvent faire la différence. Ils peuvent le faire en adoptant un discours fort, inspirant et déterminé, ils peuvent aussi le faire adoptant des lois et des règlements, mais le moyen le plus efficace reste probablement de valoriser l’engagement du plus grand nombre. Parce que si on ne le fait pas, et qu’on prive les gens de leur influence, comment s’étonner qu’ils se réfugient dans la protestation?

Pour cette raison, je pense que quand on a le privilège d’exercer le pouvoir politique, notre plus grande responsabilité c’est de nourrir la confiance dans la démocratie — en valorisant le dialogue, en créant des conditions favorables aux débats et en privilégiant des processus qui permettent de faire des essais et d’apprendre des erreurs. Il faut garder à l’esprit que c’est de cette façon qu’on pourra identifier et mettre en œuvre le plus vite possible des solutions.

En démocratie, l’objectif ne peut pas être l’unanimité, ni même le consensus. L’objectif c’est que les décisions nécessaires se prennent aussi rapidement que possible, dans le cadre de processus qui visent à susciter l’adhésion.

Je nous souhaite à tous cette sagesse en 2024 — parce qu’autrement, il y a plus de chances que les prochains mois nous essoufflent qu’ils nous permettent d’avancer vers un monde meilleur.

La Laurentie en fleur

Je suis un grand admirateur de l’œuvre du Frère Marie-Victorin: de son travail scientifique, de son leadership politique, et de son écriture.

La Laurentie en fleur m’a été offert par des amies de Capucine, qui ne savaient probablement pas ça. La surprise n’en était que plus agréable.

C’est un livre dans lequel j’aurais probablement eu plus de mal à plonger étant plus jeune. Yves Gingras et Gilles Beaudet y ont rassemblé une vingtaine de textes dans lesquels il décrit longuement la flore du Québec.

Ce sont des textes à la fois lyriques et savants qui, pour être appréciés, exigent un état d’esprit qui se prête à la lenteur et à la contemplation. Mais quand ont s’y laisser envoûter, quelle merveille!

Le Frère Marie-Victorin est un incroyable conteur. Il peut décrire la floraison de la sanguinaire comme d’autres le font pour une partie de hockey (lire avec le ton d’un commentateur sportif):

« Et voilà maintenant les obscurs et infaillibles mécanismes de la vie déclenchés par le choc puissant des rayons du soleil! Le bourgeon frémit, se gonfle, s’ouvre, écartant lentement ses grandes bractées incolores. Place! Sur le fond d’émeraude de la feuille, le bouton s’érige, marmoréen et lumineux, sur son pédoncule, et l’on croirait vraiment que, mis à l’échelle du monde des fleurs, le flambeau sacré de la vie luit derrière ses parois opalines.

C’est fait ! Les deux sépales verdâtres, dernier rempart protecteur, sont tombés. Les huit pétales d’un blanc de lait, telle une fraise immaculée au cou d’une beauté du vieux siècle, s’éploient, découvrant l’or des nombreuses étamines groupées autour de ce qui sera le fruit, et qui n’est encore qu’une mignonne colonnette surmontée d’un minuscule chapiteau. »

Parlant toujours de la sanguinaire, le Frère Marie-Victorin évoque la source de la pigmentation des fleurs qui permet de s’en faire des teintures.

J’ai trouvé ça particulièrement intéressant, alors qu’une série de beaux hasards m’ont fait découvrir les teintures végétales que Dahlia Milon produit dans la région du Kamouraska.

***

Au fil des pages, l’auteur a aussi l’occasion de déplorer la dimension coloniale de la poésie canadienne-française du début du vingtième siècle, dans laquelle on retrouve une abondance de référence à la flore européenne alors que la nature d’ici est souvent ignorée.

« Oui ! Nos Fougères laurentiennes sont belles autant qu’ignorées et dédaignées! Nos artistes ne les ont jamais vues, et s’ils s’avisent d’en camper une touffe au premier plan d’un tableau, on reconnaît d’emblée le cliché du manuel en vogue, venu tout droit de Paris ou de Munich. Nos poètes? Hélas! Ils en parlent beaucoup, certes! Le mot forme une rime si riche avec père, mère, frère, solitaire, et avec de jolis mots impropres pour nous : primevère, bruyère, etc.! Mais, pas plus du reste que pour les autres éléments de notre flore merveilleuse, ils n’ont daigné un instant se pencher sur elles pour surprendre leurs secrètes harmonies, leur formule de beauté. Pauvres arpenteurs d’asphalte qui s’évertuent à chanter ce qu’ils ne connaissent pas et n’ont jamais aimé! »

***

J’y ai aussi appris avec étonnement qu’à la fin du dix-neuvième siècle, il y avait en Amérique du Nord un débat concernant la supériorité des lisses de bois (d’érable) sur le fer pour construire les chemins de la colonisation. Extraordinaire: j’ai pu retrouver la référence indiquée par Yves Gingras et Gilles Beaudet: ici sur Google Books. Extrait:

« Pour se faire une juste idée de la valeur des chemins à rails de bois (…) il est bon de ne pas perdre de vue le mode de construction particulier de ces chemins.

D’abord, les travaux de terrassement, de déblai, de remblai, etc., s’exécutent comme pour une ligne de chemin de fer ordinaire, avec cette différence capitale, toutefois, qu’avec les rails de bois, les rampes peuvent être beaucoup plus raides, les pentes plus déclives, et les courbes à rayon beaucoup plus petit.

Les roues de métal mordent mal sur le fer ou sur l’acier; et pour peu que les rampes ou que les pentes soient fortes, les roues glissent et patinent. (…)

De là, avantage immense au point de vue de l’économie, et dont on ne tient pas assez compte. On s’imagine assez généralement que toute l’économie à réaliser dans la construction de ces chemins consiste dans la différence du prix de revient des rails de bois et des rails de fer; c’est une erreur.

En effet, les rampes et les pointes pouvant être beaucoup plus fortes, les travaux de déblai et remblai sont par là-même, beaucoup moindres. De plus, les courbes pouvant être à rayon beaucoup plus petit, cela permet de détourner avec la plus grande aisance les obstacles de tout genre: collines, monticules, etc., qu’il faut ordinairement percer quand il s’agit d’un chemin de fer. »

La conclusion du débat est évidemment connue: le Canada a été bâti autour des chemins… de fer.

***

Je termine la lecture de La Laurentie en fleur ce matin, au chalet, en pleine tempête de neige — et en savourant une belle coïncidence: lire parmi les remerciements formulés par Yves Gingras et Gilles Beaudet, un merci à Jacques Cayouette, botaniste et chercheur… de qui nous avons justement acheté ce chalet!

S’exprimer par son regard

« univers est un miroir où nous pouvons contempler ce que nous avons appris à connaître en nous, rien de plus. »

***

Ça fait longtemps que je sais que je dois lire Calvino. Tout m’y porte, et pourtant, je ne m’y étais pas encore consacré.

Deux des livres que j’ai lus au cours des derniers jours ont fait référence à Calvino. Dans Avoir le temps (commenté ici), Pascal Chabot fait référence à Cosmicomics, et dans Moi et Mitterand (très drôle: j’ai adoré), Hervé Le Tellier évoque Marcovaldo.

N’ayant ni l’un ni l’autre à la portée de la main, je me suis tourné vers Palomar, publié en français en 1985. La page de garde de l’exemplaire que j’ai trouvé dans la bibliothèque porte deux inscriptions: « G. De Celles, 21 mars 1998 », avec la calligraphie de ma mère, et « 24 août 2023 », avec celle de ma fille.

« À la suite d’une série de mésaventures intellectuelles qui ne méritent pas d’être rappelées, monsieur Palomar a décidé que son activité principale serait de regarder les choses du dehors. Un peu myope, distrait, introverti, il ne semble pas appartenir par son tempérament à ce type humain qu’on définit habituellement comme observateur. Il lui est pourtant toujours arrivé que certaines choses — un mur de pierre, un coquillage vide, une feuille, une théière — requièrent de lui une attention prolongée et minutieuse, en se présentant à ses yeux: il se met à les observer presque sans s’en rendre compte, son regard commence à les parcourir dans tous leurs détails et il n’arrive plus à se détacher d’eux. Monsieur Palomar a décidé que, dorénavant, il redoublera d’attention : d’abord, en ne laissant pas échapper ces appels qui lui viennent des choses; ensuite, en attribuant à cette opération d’observation l’importance qu’elle mérite. »

C’est un livre incroyable!

Je ne pourrai plus jamais regarder un coucher de soleil sur le fleuve de la même façon sans penser à Palomar. Ni choisir un fromage. Ou encore fréquenter une boucherie. J’aurai un regard neuf sur la lune visible dans le ciel bleu de l’après-midi. Et sur tant d’autres choses.

Se mordre la langue, un texte sur la place du discours et du silence en société est aussi mémorable.

J’hésite à en citer trop d’extraits, de peur de priver de futurs lecteurs du plaisir d’en découvrir les perles.

Au fil des pages, mon regard adoptant celui de Palomar, j’ai remarqué que certains passages du livre avaient été surlignés par ma mère. Je n’y avais pas porté attention au départ parce que le temps a presque effacé la translucide encre jaune.

Le soleil levé et le café ayant fait son effet, je me suis mis à reconnaître les passages qui avaient attiré son attention. Plus tard dans la lecture, j’ai parfois même eu l’impression que des passages avaient été surlignés, même si en m’approchant du papier, j’ai pu constater qu’il n’en était rien. Mon regard soulignait peut-être par là des phrases que j’ai cru qu’elle apprécierait vingt-cinq ans plus tard? Ou que ma fille aurait pu souligner? À moins que ce ne soient les phrases elles-mêmes qui tentaient de me dire quelque chose?

Un mystère sur lequel Palomar aurait sans doute aimé se pencher.

« De l’étendue muette des choses doit partir un signe, un appel, un clin d’œil: une chose se détache des autres avec l’intention de signifier quelque chose… quoi? elle-même : une chose est contente d’être regardée par les autres choses seulement quand elle est convaincue de se signifier elle-même et rien d’autre, parmi toutes les choses qui ne signifient qu’elles-mêmes et rien de plus. »

***

À quelque pages de la fin, je me suis dit que j’aurais vraiment aimé lire ce livre bien avant, tellement il pourrait influencer mon regard sur le monde.

Mais je n’ai pas pu regretter très longtemps, puisque Palomar n’a pas tardé à me répondre:

« La vie d’une personne consiste en un ensemble d’événements dont le dernier pourrait encore changer le sens de tout l’ensemble. (…) Quelqu’un, par exemple, qui lit à l’âge mûr un livre important pour lui, au point de dire: « Comment pouvais-je vivre sans l’avoir lu!» et encore : « Quel dommage que je ne l’aie pas lu quand j’étais jeune!» Eh bien, ces affirmations, et surtout la seconde, n’ont pas beaucoup de sens, puisque, du moment où il a lu ce livre, sa vie devient celle de quelqu’un qui l’a lu, et peu importe qu’il l’ait lu tôt ou tard, car même la vie qui a précédé cette lecture prend maintenant dans sa forme la marque de cette lecture. »

***

J’ai ajouté « Clément, 2 janvier 2024 » sur la page de garde.

Quand une fin ramène à l’optimisme

La lecture de la dernière édition imprimée du Soleil, et les nombreux documents d’archives qu’elle nous fait découvrir m’ont donné envie de fouiller aussi dans les archives de mon blogue.

Et comme souvent, ça a donné lieu à un fascinant enchaînement de découvertes et de réflexions.

***

J’ai commencé par relire ce texte publié sur mon blogue il y a vingt ans dans lequel, coïncidence, je me réjouissais justement d’un éditorial du Soleil !

Comme je n’en citais que quelques extraits, je me suis tourné vers BAnQ pour le lire en entier. C’est dans l’édition du 31 décembre 2003 (à la page 15).

Un peu plus bas dans la même page, on peut lire le texte d’une étudiante de 20 ans qui partageait son angoisse devant l’avenir.

Cette angoisse exprimée en 2003 m’a semblé devoir être mise en perspective avec l’éco-anxiété dont on parle aujourd’hui fréquemment, particulièrement chez les jeunes.

Je suis de ceux qui pensent qu’il n’est pas utile (pire: qu’il est nuisible) de nourrir l’anxiété devant l’avenir. Ça a un effet démobilisateur. Je crois qu’il est préférable de nourrir l’espoir, de montrer que nos actions sont efficaces, qu’il est possible de changer les choses et qu’on pourra atténuer les effets néfastes des changements climatiques, notamment.

Ça m’a fait penser que j’avais vu quelque part sur les médias sociaux, hier, un extrait d’une entrevue de fin d’année avec Steven Guilbeault, dans laquelle il abordait justement cette question. J’ai eu envie d’écouter l’entrevue en entier. Elle est ici.

Le ministre évoque dans cette entrevue les conclusions de la COP 28, qui réitèrent le besoin pour tous les pays d’atteindre la carboneutralité, d’ici 2050. On peut se demander s’il reste assez de temps pour trouver les façons d’y arriver?

À quel point c’est loin 2050?, me suis-je demandé. Calcul rapide: c’est dans 26 ans. De quoi avait l’air le monde il y a 26 ans?

Retour aux archives du Soleil, sur le site de BAnQ.

Comble de la coïncidence: à la une de l’édition du 3 janvier 1998, un article sur les femmes en politique a pour titre: « La parité des sexes: pas avant 2050 ». Il est signé par Julie Lemieux.

J’ai souri en pensant que le conseil municipal de Québec est actuellement composé de 12 femmes et 10 hommes.

Comme quoi certaines choses changent parfois plus rapidement que prévu.

Parmi les autres constats de mon survol de quelques éditions du Soleil publié en 1998? On parlait d’Internet, mais Google n’existait pas (vérification faite: la première référence est le 11 avril 1999, en page 5). Alors pas besoin de dire que tout ce qui a suivi: réseaux sociaux, téléphones intelligents, tablettes, etc. Niet.

Et comme tout est dans tout, c’est grâce à Google que j’ai pu savoir qu’en 1998, Steven Guilbeault, venait tout juste d’être nommé… responsable du dossier des changements climatiques pour Greenpeace. La boucle était bouclée.

Il y a autant de temps qui nous sépare de ce moment, qu’il nous en reste à vivre d’ici 2050. C’est dire…

***

Cette déambulation dans les archives m’a rappelé à quel point le temps est une chose particulière.

On peut survoler le Soleil de 1998 sans grand dépaysement (quand on a 50 ans, du moins), parce que certaines choses ne changent pas, ou si peu, en 26 ans. D’autres choses changent profondément, à un niveau qu’on n’aurait même pas pu imaginer — le développement d’Internet, par exemple, qui aura même fini par faire disparaître l’édition imprimée du Soleil.

Il reste 26 ans d’ici 2050… De la même façon, certaines choses qui nous sont familières ne changeront probablement pas beaucoup d’ici là. D’autres sauront nous surprendrons complètement. Lesquelles? Probablement celles auxquelles nous aurons choisi, comme société, de consacrer notre attention et nos efforts.

Je suis convaincu que si nous faisons les bons choix, il y a tout lieu d’être optimiste. C’est toute l’importance de la politique, d’ailleurs.

Nous allons arriver à trouver des façons pour que la Terre reste un endroit où il fait bon vivre pour les êtres humains — et qui sait, peut-être même encore mieux qu’aujourd’hui, parce qu’il ne faut pas perdre de vue que ce n’est pas facile pour tout le monde actuellement…

Aujourd’hui, c’est la fin de l’édition imprimée du Soleil, mais ce n’est pas la fin du monde.

2023 en une image

Depuis quelques jours j’explore BlueSky, une application qui ambitionne de renouer avec la magie du Twitter original — avant que l’influence accordée aux algorithmes dans la circulation de l’information (et l’arrivée de Elon Musk) ne fasse tout déraper. Pour le moment, j’aime bien — à suivre…

Question de pouvoir bien expérimenter, il faut évidemment partager. J’ai donc dans les derniers jours fait quelques tests. Parmi ces tests, quelques partages de lectures. Facilité — j’ai étiré le bras sur la table à côté du divan où je m’installe généralement pour écrire et j’ai tiré un livre de la pile. Photo de la couverture, court extrait, référence. Tiens, Éloge de la parole, par exemple.

En voulant faire la même chose hier, j’ai mis la main sur D’images et d’eau fraîche, de Mona Chollet, où j’ai trouvé en page 3, d’une écriture manuscrite: reçu de Ana, Noël 2022.

— Tiens, il me semble eu j’avais écrit un texte sur mon blogue au sujet de ce livre l’an dernier.

Eh bien oui, le voici.

Ça m’a rappelé que ce texte avait même donné lieu à une série de textes complémentaire au sujet des images qui étaient restées dans mon iPhone au cours des mois précédents.

***

Ça m’a donné le goût de faire un tour des photos qui se sont ajoutées à la collection en 2023 — pour voir l’impression qu’elles me laissent, avec le recul que m’offre le 29 décembre.

De 5556 photos de toutes sortes, j’ai retenu 25 photos dont j’ai fait une mosaïque qui constitue quelque chose comme un résumé de l’année de mes 50 ans.

De ces 25 photos, je n’en publierai qu’une ici — parce qu’elle résume bien l’état d’esprit avec lequel je termine cette année… qui aura été mémorable de tellement de façons.

Collages

Je réalise que je n’ai jamais regroupé mes collages ici pour en garder la trace. Ils ont été mis sur Instagram il y a quelques années, mais ce n’est pas la meilleure façon de les archiver de façon pérenne.

Alors en complément de celui de ce matin, voici les photos que j’ai pu rapidement retracer (cliquer pour agrandir).

Ils sont loin d’être tous aussi réussis, mais qu’importe!

Mise à jour du 10 janvier 2025 — une création de 2020 qui remonte à la surface… toujours d’actualité:

Mise à jour du 18 janvier 2025 — quelques créations plus récentes: