Le tour de (mon) jardin

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Trois cent kilomètres par jour, ou à peu près, ponctués d’arrêts plus ou moins planifiés ici et là. Pour se reposer. Pour voir. Pour rencontrer. Jaser. Manger. Pour être en contact avec le paysage. Pour toucher l’horizon.

Que du beau, du bon, du temps.

Coup de cœur du premier jour: une exposition de photos au Centre d’arts de Kamouraska. J’y reviendrai.

Deuxième jour: les Jardins de Métis et le coucher de soleil à Matane.

Le troisième jour commence. Les oiseaux chantent sur la grève à Sainte-Anne-des-Monts.

La banlieue qu’on aime (ou pas)

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« Je suis descendu du train à la gare de Sainte-Foy, me sentant décalé, en marge du monde qui se présentait devant moi. Imaginez le narrateur d’un roman de Modiano, mais en banlieue de Québec plutôt qu’au coeur de Paris. »

Le texte de David Desjardins dans Le Devoir de ce matin me parle tout particulièrement.

Parce que je monte et descends du train à cette abominable gare de Sainte-Foy presque toutes les semaines. Parce que j’ai eu la chance, moi aussi, de redécouvrir mon quartier perdu et ma banlieue après près de trois ans passés dans une grande ville. Parce que je l’ai marchée de long en large cette banlieue comme candidat à l’élection du 7 avril et que j’ai parlé à des milliers de personnes qui y vivent — et pas qu’à mes voisins. Parce que j’aime beaucoup Modiano, aussi!

Je ne peux pas faire autrement qu’être d’accord avec David Desjardins quand il dit:

« Mais aussi parce que d’avoir grandi, presque nous tous, dans ces communautés évasées, excentrées, ne peut faire autrement que d’avoir modifié notre rapport aux autres, à la société. Seuls, côte à côte.»

« On joue au solitaire tout le monde en même temps », résume Louis-Jean Cormier dans une chanson que j’adore. J’entends aussi les échos de The Suburbs, d’Arcade Fire.

« La banlieue, c’est le coeur battant, le sujet et le décor du bien nommé The Suburbs, troisième disque de la formation montréalaise acclamée à travers le monde depuis la parution de leur premier album, Funeral, en 2004.

« Au premier regard, la thématique peut surprendre pour un groupe indie-rock dans le vent, urbain, jeune et cool. […] The Suburbs est pavé de l’affrontement entre les souvenirs d’une époque passée et les soucis d’adultes d’aujourd’hui.

« C’est sûr que dans la vie de tous les jours, les banlieues, c’est pas toujours excitant, explique au Devoir Régine Chassagne, qui a grandi à Saint-Lambert et à Longueuil. Mais il y a quand même des drames, des histoires d’amour, des questionnements, plein de trucs vraiment profonds qui peuvent se dérouler dans un stationnement, dans un endroit vraiment banal. Je trouve ça intéressant de trouver de grandes choses dans de petites choses. »»

SourceEnfants de la banlieue, adultes de la ville, Le Devoir, 31 juillet 2010.

Mais je ne suis pas certain de partager la suite du raisonnement David Desjardins — ou d’avoir envie de le suivre sur cette voie.

« …le Cap-Rouge de mon enfance n’a plus grand-chose à voir avec celui d’aujourd’hui : bâti mur à mur, entouré de tours à condos, les contours du lac ont troqué le verger contre les châteaux de pierre.

Pour retrouver la même chose, la même idée de banlieue comme projet aux frontières un peu floues, il faut aller plus loin. Neuville, Sainte-Brigitte, Château-Richer, Lotbinière. La banlieue recule, encore et encore.»

Desjardins va même beaucoup plus loin:

« La banlieue […] incarne un idéal, une pensée. Quelque chose comme un art de vivre, dont le sens s’est par ailleurs perdu. […] La banlieue est notre course terrible pour oublier que le temps passe et nous aussi.»

Je sais bien que le rêve de la banlieue persiste, évidemment, et qu’il amènent ceux qui le portent à vivre toujours plus loin des centres-villes. Mais je n’ai pas envie de juger le(s) rêve(s) de ceux qui font ce choix.

Ce qui m’intéresse bien plus, c’est de comprendre comment se transforme le(s) rêve(s) de ceux qui voient la banlieue les quitter et qui sont forcés de s’adapter — confrontés à un exil immobile.

Je suis fasciné par la banlieue-qui-ne-l’est-plus (ou qui l’est de moins en moins). J’y vis et j’y assume mes contradictions et mes paradoxes à l’égard de la ville, mais je ne suis pas sûr de bien comprendre la portée collective de ces changements. C’est pourtant un défi politique essentiel — sur lequel le parti dans lequel je milite se casse les dents depuis de nombreuses années…

Je lirai avec grand intérêt les prochains textes de la série annoncée par David Desjardins — et je me plongerai en parallèle dans la lecture de la Revue Liberté, dont numéro 301 était entièrement consacré à la banlieue: Tous banlieusards — l’hégémonie d’un idéal urbain.

 

À partir de quel montant doit-on commencer à s’intéresser à la moralité des moeurs politiques?

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Yves Bolduc est dans l’eau chaude depuis qu’on sait qu’il a bénéficié d’une rémunération incitative de plus de 200 000 $ pour prendre en charge 1 500 patients pendant les 19 mois où il a été député de l’opposition. Une rémunération qui s’ajoutait évidemment à sa rémunération de médecin… et à celle de député.

Je me suis retenu d’écrire sur le sujet depuis quelques jours parce que je voulais prendre le temps de préciser ma pensée et de trouver les bons mots pour l’exprimer — pour ne pas donner l’impression de prendre une revanche avec mon adversaire à l’élection du 7 avril.

Je ne répéterai donc pas ce que d’autres ont dit sur tout cela (notamment Antoine Robitaille et Gilbert Lavoie) et je ne relaterai pas les principaux commentaires que j’ai pu lire sur le sujet. Je souhaite plutôt aborder l’Affaire Bolduc avec une autre perspective.

Je comprends très bien que les gens soient choqués d’apprendre qu’Yves Bolduc a touché un pareil montant — pour le moins discrètement — et pire, que ni lui, ni le ministre de la Santé, ni le premier ministre n’y voient aucun problème. Je comprends évidemment que les journalistes, éditorialistes et chroniqueurs s’en offusquent aussi. 200 000 $ ce n’est pas rien… particulièrement en ces temps où le gouvernement demande à tout le monde de faire sa part pour l’austérité.

Mais qu’est-ce qui nous choque vraiment dans cette situation? Est-ce que c’est l’importance des montants qu’Yves Bolduc a encaissés à notre insu? Où c’est la moralité de ses choix, qui l’ont conduit à empocher tout cet argent en prétendant « avoir respecté toutes les règles »? A-t’on besoin d’un gros signe de dollars pour nous faire enfin réagir?

La question se pose parce que j’ai passé cinq semaines plus tôt ce printemps à dénoncer le fait qu’Yves Bolduc pratiquait la médecine à temps plein en plus d’être député à temps plein — et que ces deux occupations n’étaient pas conciliables.

J’ai dit presque tous les jours qu’il n’était pas possible de répondre aux exigences de son travail de député s’il pratiquait la médecine cinq jours par semaine. J’ai répété qu’il n’était pas normal qu’il soit payé à la fois comme député à temps plein et comme médecin à plein temps.

Je l’ai écrit sur mon blogue de campagne. Je l’ai évoqué dans presque tous les documents que nous avons imprimés et distribués. Je l’ai dit aux journalistes chaque fois que j’en ai eu l’occasion.

Tout cela avec quel résultat?

Bien sûr les citoyens que j’ai rencontrés étaient pour la plupart choqués d’apprendre que leur député avait un double emploi — même les plus libéraux.

Pourtant, de leur côté, les journalistes se sont généralement contentés de me demander: « qu’est-ce qui vous choque Monsieur Laberge dans le fait que Monsieur Bolduc pratique aussi la médecine? On a tellement besoin de médecins de famille… et d’autres le font aussi » — et ça en restait là. Silence.

Une seule fois, une journaliste a communiqué avec Yves Bolduc pour avoir son point de vue. Elle s’est ensuite contenté de publier sa réponse, textuellement, sans aucun recul critique: « soyez certaine que j’adapte ma pratique médicale pour qu’il ne nuise pas à mon travail parlementaire ». Incroyable, comme si le travail de député consistait seulement à être présent au parlement lors des périodes de questions, en commission parlementaire et au moment des votes. Alors que c’est aussi (surtout) le travail de comté, la rencontre des citoyens, les dossiers locaux, la représentation, etc.

Encore aujourd’hui, je ne comprends pas cette réaction des journalistes, que je ne peux expliquer que par une certaine forme de cynisme.

Je ne reproche pas seulement aux journalistes de ne s’être pas suffisamment intéressés à la question. Les autres députés aussi, de tous les partis, savaient (ou auraient dû savoir, puisque TVA l’avait rapporté dès 2012) que leur collègue Bolduc travaillait également comme médecin pratiquement à temps plein — et ils n’ont pas davantage dénoncé la situation. Cynisme aussi?

Ce n’est donc que cette semaine où tout a changé, subitement, parce qu’on apprenait que s’était ajouté à ce double emploi une rémunération incitative exceptionnelle de plus de 200 000 $. Le chiffre est gros — on s’y intéresse.

C’est ainsi que ce qui était inacceptable est devenu scandaleux… et que le comportement d’Yves Bolduc, dont la dimension morale n’avait suscité pratiquement aucun écho médiatique, jusque-là soudainement un scandale et mérite articles, chroniques et éditoriaux.

Mais s’il s’était s’agit de seulement 100 000 $? Est-ce que cela aurait été aussi choquant? En aurait-on parlé autant? Et 50 000 $? Ou même 20 000 $. À quel montant est-ce que les comportements d’un élu deviennent assez choquants pour qu’on s’en offusque?

À partir du moment où on ne réagissait pas à l’idée qu’il reçoive une double rémunération alors qu’il était député, pourquoi s’offusquer d’une troisième rémunération? N’avait-il pas lieu d’être plus critique dès le départ? N’aurait-il pas fallu questionner beaucoup plus tôt Yves Bolduc sur ses choix et sur la prétention qu’il avait de pouvoir remplir les responsabilités associées à deux métiers particulièrement exigeants? Et l’interrogeant sur cela, et approfondissant la question sous l’angle moral, n’aurait-on pas eu l’occasion de découvrir l’existence de cette autre rémunération exceptionnelle avant qu’il ne soit trop tard?

J’étais choqué des choix d’Yves Bolduc avant l’élection. Je l’ai été tous les jours pendant l’élection. Et je n’ai pas cessé de l’être après l’élection. Mais je ne suis ni plus ni moins choqué cette semaine que je l’ai été pendant tout ce temps… parce que c’est l’immoralité de son comportement qui me choque depuis le début — bien plus que le montant précis qui a trouvé son chemin jusqu’à son compte de banque. C’est d’autant plus vrai qu’en agissant comme il l’a fait, il compromettait sa capacité à exercer le rôle de député, et maintenant celui de ministre, dont la légitimité repose largement sur l’exemplarité.

Voilà pourquoi, par-delà du cas particulier d’Yves Bolduc j’espère que nous profiterons surtout de cette occasion pour nous interroger collectivement sur la place de la moralité dans notre vie collective et sur l’exigence éthique que nous devons maintenir à l’égard des personnes qui sont élues (et payées) pour nous représenter à l’Assemblée nationale et gouverner l’État en fonction du bien commun.

Notre indignation ne devrait pas être conditionnée par la valeur du larcin, comme ça a été le cas ici.

Question de prix…

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J’ai publié la semaine dernière un texte qui a suscité de nombreuses réactions sur Facebook, concernant le prix des livres.

Pour poursuivre la réflexion, je garde trace ici de cet article publié dans les Échos — que j’ai vu circuler abondamment sur les réseaux sociaux, le plus souvent sans commentaires ou analyse.

L’article dit que pour la première fois en 2013, les ventes de livres imprimés aux États Unis ont été majoritairement faites par le Web (ventes en ligne par rapport aux ventes en magasin). C’est une tendance lourde qu’il est effectivement important de comprendre.

L’article souligne aussi que la valeur des ventes de livres numériques on stagné, en valeur, en 2013 (toujours aux États-Unis)… et cela, malgré le fait que 512 millions de livres numériques de plus ont été vendus par rapport à 2012… parce que le prix de détail continue de baisser, notamment sous l’influence des pratiques commerciales d’Amazon.

512 millions de livres vendus de plus et aucune différence de chiffre d’affaires pour les éditeurs — et pour les auteurs…

Si on me dit que c’est dans l’intérêt des lecteurs / des consommateurs…

Je répondrai:

— À court terme. Peut-être.

 

Mise à jour:  Sur Twitter, Bruno Boutot suggère ce texte, qui s’inscrit bien dans la réflexion: Higher or lower? The challenge of newspaper pricing in print and digital.

Une terrible menace (mais laquelle?)

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Il n’y aura pas de réglementation du prix des livres, la ministre l’a redit hier. C’est dommage, de mon point de vue, mais je pense qu’il faut maintenant se dire que c’est ça qui est ça.

Quoi qu’il en soit, c’est un autre volet de ses propos lors de l’étude des crédits accordés au ministère de la Culture qui attire mon attention ce matin:

« …il y a un compétiteur encore plus terrible [que les grandes surfaces] : les achats sur le Web à partir de grandes plateformes internationales » (Source: Le Devoir)

Ça me chicote pour plusieurs raisons. D’abord parce que je ne suis pas certain que c’est ce que disent les statistiques (encore que les statistiques dont on dispose sont très imparfaites), mais surtout parce que je me demande si ce qui est « encore plus terrible » dans l’esprit de la ministre, c’est la dimension « achat sur le Web » ou la dimension « à partir de grandes plateformes internationales ».

Est-ce que c’est le Web — et les changements d’habitudes des consommateurs (dont les lecteurs) — qui représente à son avis la plus terrible menace pour les librairies?

Ou si c’est l’arrivée de ces « grandes plateformes internationales » qui captent une partie des revenus sur lesquels s’appuyait jusqu’à récemment l’équilibre de l’écosystème du livre québécois?

Je pose la question parce que les actions à poser ne sont vraisemblablement pas les mêmes selon la réponse qu’on y apporte.

Si on répond que c’est le Web la menace, je risque fort de décrocher — parce que je crois profondément que c’est, au contraire, une opportunité extraordinaire.

Si on répond que c’est la place croissance occupée par les grandes plateformes internationales, alors c’est qu’il faut surtout travailler à identifier quelles peuvent être les forces des acteurs locaux dans ce nouveau contexte.

Et peut-être qu’il faut aller au-delà… et se demander s’il n’y a pas d’autres explications, moins manichéennes.

Heureusement, la ministre annonce aussi un vaste chantier de réflexion pour doter le Québec d’une nouvelle politique culturelle — ce qui nous permettra de donner un peu de perspective aux débats en se demandant pourquoi on fait tout ça.

Parce que si le seul but c’est de vendre des livres — sans égards à toutes autres considérations, c’est certain qu’il ne faut pas se compliquer la vie: quelle que soit la nature des oeuvres, la nature du point de vente ou le prix.

Alors, seulement, je dirai pour vrai Ah, pis, tant pis…

Heureusement, on est pas rendu là… et malgré ce que mon texte d’hier a pu laisser croire à certain, je me sens plus vigoureux que jamais pour mener bataille… je pense qu’on peut y arriver… (à condition de sortir des sentiers battus).

Ah pis, tant pis…

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Ah pis, tant pis…

Je baisse les bras. Ce sera tellement plus simple de faire chacun pour soi.

C’est vrai, au fond, pourquoi se donner tout ce trouble, essayer de formuler un projet culturel collectif et organiser toute une industrie en conséquence? Chacun peut bien publier ce qu’il veut comme il veut sans s’embarrasser de lois et de règlements. Il y a tout plein d’outils gratuits sur le Web pour publier de façon autonome. Il faut les faire connaître davantage. Sans compter qu’avec moins d’intermédiaires, tout ça devrait coûter beaucoup moins cher. En numérique en plus, il n’y aura même plus à imprimer, à stocker, à distribuer… Et si ça coûte moins cher, il y aura forcément plus de gens qui liront. N’est-ce pas ça qu’on souhaite? Et du moment qu’ils lisent, ils pourront bien lire ce qu’ils voudront.

Quand on y pense bien, la culture québécoise se portera bien mieux quand tout sera publié gratuitement. À ce moment-là, même ceux qui lisent en anglais recommenceront à lire des textes écrits par des auteurs d’ici, en français, parce qu’ils seront beaucoup moins chers. Ce sera gratuit. Ce sera merveilleux.

La culture sera enfin libre.

Au début, il y a des éditeurs et des auteurs qui vont trouver ça difficile, c’est sûr. Des libraires aussi parce que ce n’est plus très clair à quoi ils serviront. C’est un changement de paradigme, c’est normal. Ça fait trop longtemps qu’on refuse de l’admettre: c’est à une révolution qu’on fait face, alors ce n’est pas le moment de s’accrocher au passé. Ceux qui ne sauront pas s’adapter seront remplacés par d’autres. C’est pas pire que ça. Sans compter que de cette façon on va enfin pouvoir arrêter de subventionner des gens qui écrivent des livres que personne ne lit ou qui font la traduction d’auteurs inconnus. Il faut se rendre à l’évidence: on a plus les moyens de faire ça. Il est urgent d’adapter le modèle québécois en culture aux réalités de notre temps.

C’est un peu dommage, quand même, parce que c’était un beau projet auquel on travaillait depuis quarante ans — quand on y pense…

Assurer l’existence d’un réseau de bibliothèques publiques et de librairies partout sur le territoire québécois, dans toutes les régions, dans toutes les grandes villes, dans le but de permettre une diffusion efficace aux oeuvres des auteurs d’ici et d’ailleurs à l’intention de tous les Québécois — en essayant d’assurer de cette façon un revenu décent à ceux et celles qui consacrent leur vie à cultiver notre imaginaire et à témoigner de ce que nous sommes ailleurs dans le monde.

C’était un beau projet, mais ce n’est ni le premier, ni le dernier qu’il nous faudra abandonner dans cette période d’austérité — alors, autant s’y faire. De bon coeur, acceptons de nous consacrer à un projet plus simple, plus abordable, plus réaliste: réduire les prix des livres.

Ça manque un peu de perspective et de grandeur, c’est sûr, mais c’est tellement plus simple à expliquer, et tellement plus facile à évaluer. Ce qu’on va perdre en ambition on va le retrouver en efficacité, c’est sûrement mieux ainsi. Tout le monde peut comprendre ça — surtout dans le contexte actuel. Et peut-être que ça nous permettra de parler du prix des livres aux bulletins de nouvelles, comme on parle du prix de l’essence: ça offrira encore un peu plus de visibilité à la littérature, qui en a bien besoin.

Il faut s’en réjouir, vous ne croyez pas?

Non? Mais alors quoi?

Sérieusement: moi non plus je n’ai pas envie de m’en réjouir. Je rage.

Trop cher (sauf que)

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Le prix moyen des livres numériques en France est trop cher au goût des consommateurs… une étude le dit [graphique]. Ce doit être vrai.

Sauf que…

Aux États-Unis le prix moyen est à peu près deux fois plus bas et les consommateurs disent la même chose quasiment dans la même proportion…

…et au Royaume-Uni c’est encore moins cher (au point que c’en est devenu pratiquement insoutenable de l’avis de nombreux experts)… et devinez quoi? Les consommateurs portent encore le même jugement sur les prix… la même étude le dit. Ce doit être vrai…

Alors, ça s’arrête où cette bêtise?

Faudrait peut-être redonner un peu de perspective à nos analyses, vous ne pensez pas?

La rose

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Tarmac CDG — de retour de Madrid.

Elle avait tout un look. Alors que presque tout le monde était en bermudas et t-shirt, elle portait fièrement trench et borsalino.

iPhone en main, bien sûr — comme presque tout le monde — mais surtout une belle rose rouge. Unique.

À bord du bus qui nous ramenait au terminal, elle écrivait avec le sourire aux lèvres et protégeait la rose des gestes maladroits des voyageurs fatigués.

J’ai présumé qu’elle écrivait à celui qui lui avait donné la rose. Ce n’était certainement pas un homme banal.

L’enfant

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Paris — Attablé à une terrasse, Place de la Bastille.

À travers une rangée d’arbustes, je vois passer une femme accompagnée d’un enfant. Elle tient un livre à la hauteur de ses yeux, aveugle à la ville. Lui danse à ses côtés — et la guide subtilement à travers les dangers et les passants.

Trois instants

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C’était près de Place de la Bastille. Deux jeunes touristes ravies d’être guidées par un pompier.

J’ai aussi à l’esprit la jeune femme qui nous a servi le café, rue Amelot.

Mais surtout le souvenir de ce vieil homme confortablement assis dans la cour de l’hôtel, lisant sur un iPad dont l’étui orangé s’agençait parfaitement avec la couleur d’une bouteille de Veuve-Cliquot déposée à ses pieds.

C’était un petit lundi à Paris.

Des mots qui ne veulent plus rien dire…

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CDG-T3. 7h15. Café. Un seul commerce possible.

Une employée. Humeur aléatoire. Service minimal. Mais un slogan corporatif fort, avec des mots puissants, qui font appel au meilleur de l’humain:

L’amour, l’art et la manière

La pub n’a décidément pas peur de dépouiller les mots de tout leur sens.

La liberté, c’est plus qu’une marque de yogourt, disait Falardeau.

Ajout: une amie me rappelle cet excellent texte de Véronique Côté, tout à fait dans le même esprit: L’appel au festin.