Leadership, avez-vous dit?

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Le cousin qui se lâche! Un texte sur son blogue — le premier depuis plusieurs mois! J’ai donc pris le temps de le savourer, de le relire quelques fois… et de réfléchir un peu.

Circa CFD | Carl-Frédéric De Celles | Des impliqués. 

Sa réflexion m’a ramené à un autre texte que j’avais mis de côté il y a quinze jours.

La Presse | Laura-Julie Perreault | La fin du leadership 

Et immanquablement à mon expérience politique de la dernière année: les cinq semaines qu’a duré l’élection dans laquelle j’ai été candidat, bien sûr, mais aussi les mois qui ont précédé et ceux qui se sont écoulés depuis.

Je suis d’accord avec Carl-Frédéric lorsqu’il dit que les médias (et les médias sociaux: c’est à dire nous tous) ont tendance à ne célébrer qu’une seule forme de leadership, la plus exubérante — celle qu’exercent ceux et celles pour qui il est important de se mettre personnellement en valeur. Cela par opposition aux introvertis dont parle Susan Cain, dans un livre auquel le cousin fait référence et qui pique vraiment ma curiosité.

Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking

Je ne suis pas sûr, toutefois, de suivre Carl-Frédéric dans l’opposition qu’il formule entre le leadership et l’implication.

« Parce que ce qui compte en société ce n’est pas tant le leadership que l’implication. […] Ce sont les impliqués qui font la différence, c’est à eux que l’on devrait donner toute la visibilité. »

J’aime pourtant la distinction qu’il fait entre les leaders, les suiveurs et les non-nuiseurs — s’inspirant pour cela de l’aphorisme qu’il m’a mille fois rappelé par le passé: « lead, follow or get out of the way ». J’aime qu’il nous rappelle que pour qu’un mouvement fonctionne, il faut que les gens puissent se situer dans l’une ou l’autre des trois postures. Je pense que c’est aussi ce à quoi Barbara Kellerman fait référence quand elle dit, citée par Laura-Julie Perreault:

« On veut que les gens aient une voix, qu’ils se tiennent debout, mais ce que nous voyons aussi est que s’il y a trop de démocratie, plus rien ne se réalise […]

« L’enseignement du leadership [a] fait croire aux gens qu’il n’y a pas de vertu dans l’idée de suivre la direction que quelqu’un d’autre donne. Nous n’enseignons pas les vertus de la collaboration, d’être un bon acolyte. »

Et si je pense que Carl-Frédéric a raison de dire que:

« Il devrait y avoir tout autant de gloire et de visibilité pour les gens qui acceptent volontairement de se tasser du chemin en toute bonne foi pour ne pas nuire, et pour ceux qui travaillent en bon second, s’assurant que les projets avancent sans friction. »

Je suis toutefois un peu plus critique quand il affirme que « la vraie réussite est ailleurs [que dans le type de leadership que les médias célèbrent plus volontiers] ». N’y a-t-il qu’une seule forme de réussite? Je ne vois pas d’utilité à cette opposition. Pas plus que je ne vois d’utilité à affirmer que les trois postures — lead, follow or get out of the way — sont mutuellement exclusives.

Je pense que si on ne veut pas assister à la fin du leadership (ce qui serait dramatique — y compris pour la démocratie, qui repose à mon avis sur un équilibre, fragile, entre différentes formes de leadership) il faut plutôt accepter l’idée qu’il n’y a pas dans la vie des leaders, des suiveurs et des non-nuiseurs. Ce ne sont pas des catégories pour classer des personnes. On n’est pas l’un ou l’autre: on est parfois l’un et parfois l’autre. Ces postures ne sont pas des manières d’être, mais des manières de se comporter dans un contexte précis.

Plus encore, je crois que pour être un bon leader, il faut avoir été aussi, à d’autres moments, un bon suiveur, et dans d’autres encore un bon non-nuiseur. Et, de la même façon, pour être un bon suiveur, on a probablement intérêt aussi avoir été, à un moment ou l’autre de sa vie, dans une position de leader.

Pour cette raison, je pense que l’éducation — à l’école, dans le milieu professionnel, dans la communauté — devrait avoir pour objectif de permettre à chacun d’expérimenter, successivement, ces différentes postures et les défis qui leurs sont associés. C’est seulement à travers cet exercice que réside, il me semble, le véritable apprentissage de la démocratie. C’est aussi à travers celui-ci que nous pourrons reconnaître et encourager les talents d’exception dans chacun de ces rôles.

Et je poursuis ma réflexion…

Et si Nathalie Petrowski avait (un peu) raison…

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Dans un texte au titre tapageur, Nathalie Petrowski chante aujourd’hui les louanges du livre numérique… avant d’en dénoncer les prix beaucoup trop élevés, à son avis. « Est-ce une erreur ou une arnaque? », s’interroge-t-elle.

La Presse | Nathalie Petrowski | L’erreur numérique

Prenant prétexte de quelques échos au bras de fer que se mènent actuellement Hachette et Amazon aux États-Unis, la chroniqueuse déclare que « les livres numériques vendus [au Québec] sont outrageusement et inutilement chers [et que] rien, en effet, ne [le] justifie ».

Outrageusement.

Inutilement.

Rien ne le justifie.

Le choix des mots devrait attirer notre attention. Provocateurs et sans nuances — ceux d’une polémiste qui s’assume.

Nathalie Petrowski est aussi une auteure. Elle sait très bien manier les mots et côtoie le monde de l’édition. Elle côtoie fréquemment d’autres auteurs, des éditeurs, des libraires. Elle aurait facilement pu écrire autre chose, citer des gens du milieu, apporter des nuances. Elle a choisi de ne pas le faire — parce qu’elle avait l’intention de provoquer. Je crois qu’il faut en tenir compte avant de réagir.

Parce qu’au fond, par-delà le brouhaha que le texte va engendrer sur le Web (pyrotechnicien, quel beau métier!), je pense que ce que Nathalie Petrowski plaide ce matin ce n’est pas tant que les livres numériques sont trop chers, mais bien qu’elle a l’impression qu’ils sont trop chers. Ce qu’elle nous dit, c’est que les consommateurs ne comprennent pas le prix des livres numériques. Que ces prix soient justifiés ou non, c’est une tout autre question (pas moins importante pour autant).

On pourra pondre tous les textes qu’on voudra pour expliquer le prix des livres de toutes sortes de façon — en décortiquant les coûts (dont la rémunération de l’auteur), en décrivant la manière dont l’État soutien la création, en analysant les impacts de la taille des marchés sur l’économie des PME, en débattant de l’importance de la diversité culturelle, et quoi encore? Les angles ne manquent pas et les bons arguments non plus. Mais est-ce que l’opinion publique s’en trouve transformée? 

Je pense qu’il n’est pas inutile de se le répéter: les consommateurs sont nombreux à ne pas comprendre le prix des livres numériques — imprimés aussi, d’ailleurs. C’est une réalité à laquelle on ne peut pas échapper. Il faudra en tenir compte pour la suite des choses.

Cela étant dit, une fois que la polémique qu’a voulu susciter Nathalie Petrowski sera derrière nous, et que la chroniqueuse s’intéressera à d’autres sujets, le défi restera entier pour tous les acteurs du monde du livre québécois: comment on fait pour traverser cette période de transformation intensive sans mettre son existence en péril. Est-ce que c’est en réduisant radicalement les prix des livres numériques? Rien n’est moins sûr. Et je pense que Nathalie Petrowski le sait très bien.

Ce qu’il est essentiel de rappeler c’est que le livre est la plus importante industrie culturelle au Québec, que c’est une industrie faite de centaines de petites et moyennes entreprises, et qu’une telle industrie, ça ne se r’vire pas sur un dix cennes. Ça a besoin de temps pour s’adapter.

C’est d’ailleurs ça qui est au coeur du bras de fer entre Amazon et Hachette (qui n’est d’ailleurs que la pointe de l’iceberg — pour qui suit vraiment l’actualité de ce milieu): le rythme des changements. Amazon veut précipiter les choses parce qu’elle sait que quand ça va trop vite, les petits acteurs n’arrivent pas s’adapter et meurent… à son profit. C’est la loi du plus fort qui les anime, pas la défense des consommateurs comme Nathalie Petrowski fait semblant de le croire.

Est-ce que les livres numériques seront beaucoup moins cher dans dix ans qu’ils ne le sont aujourd’hui? Je n’en doute pas un seul instant — mais ça se fera progressivement, à mesure que les rouages de cette industrie vont évoluer, sous l’influence du marché et des pouvoirs publics.

Ou, dit encore plus clairement: si je crois que le prix du livre numérique aujourd’hui se justifie pleinement, je pense aussi que la manière dont évoluera très probablement l’industrie du livre va vraisemblablement permettre que les prix diminuent — au fil du temps. 

Néanmoins, la perception que les consommateurs ont du prix des livres est un enjeu très actuel. C’est un enjeu de perception, qu’il faudra aborder en tant que tel. Comment? Je ne le sais pas trop — mais je suis de moins en moins certain que c’est en essayant d’expliquer en détail les coûts de production. Vous les croyez, vous les petits autocollants que les pétrolières apposent sur les pompes à essence, pour justifier les coûts du brut, du raffinage et de la distribution? Faudra faire des brainstorming sur ça… mais spontanément, il me semble qu’il serait préférable d’aborder la question de façon plus globale, faire preuve d’humour, trouver des porte-paroles qui surprennent, et voir à mettre en valeur le réseau des bibliothèques publiques.

Si c’est ça que Nathalie Petrowski voulait porter à notre attention, je pense qu’elle n’a pas tout à fait tort.

J’ose croire que le reste de son texte n’est là que pour susciter la polémique. 

Et je vais me faire un deuxième café.

Le 12 août…

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Eh ben… voilà qu’on parle de l’opération « Le 12 août, j’achète un livre québécois » à la une du Devoir — avec photo s’il vous plaît! Le succès se poursuit donc. Et je suis même cité en fin d’article par-dessus le marché! (« Sur son blogue, Clément Laberge, vice-président principal chez De Marque… »). C’est ici:

Le Devoir | Le 12 août, ils ont acheté un livre québécois

Alors, si vous arrivez ici après avoir cherché sur Google quelque chose comme « blogue Clément Laberge », sachez que vous êtes ici dans un espace d’écriture très libre où je partage parfois des réflexions sérieuses… et parfois beaucoup moins… voire même de la fiction — presque pêle-mêle. Je suis moi-même parfois surpris de ce que j’y (re)trouve!

Le texte auquel fait référence la journaliste Catherine Lalonde dans son article a plutôt été publié sur mon blogue professionnel, sur le site de De Marque. C’est ici:

Propulsion | Retour sur l’événement « Le 12 août, j’achète un livre québécois » : réflexions et perspectives…

Bonne lecture!

A tourist with a typewriter

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J’ai pris cette photo en descendant déjeuner. Je n’avais pas remarqué les œuvres sur les murs la veille en montant l’escalier, probablement parce que c’était sombre et qu’il était déjà tard. La femme de la réception nous avait aimablement attendus, mais elle quittait pour la nuit. Les planchers craquaient sous nos pas. Nous ne nous étions pas attardés dans les couloirs de peur de réveiller les autres résidants. Mais ce matin-là, les œuvres m’ont tous semblé très glauques. Étranges. Presque sinistres. Comme si elles portaient un message que je préférais ne pas comprendre.

J’en ai pris quelques photos, discrètement, pour ne pas inquiéter les enfants. Je ne partagerai que celle-ci, parce qu’elle est un peu plus lumineuse et colorée (j’enverrai éventuellement les autres à Patrick Senécal). Je les conserve néanmoins, juste pour être certain, plus tard, que ma mémoire ne m’a pas joué un tour en inventant ces tableaux d’horreur sur les murs d’un petit hôtel de la Gaspésie.

Tout cela me revient à l’esprit parce qu’en retrouvant cette photo aujourd’hui elle m’a spontanément fait penser à Barton Fink. À la scène où l’auteur arrive à l’hôtel Eagle, accueilli par un très étrange maître d’hôtel.

— I’m checking-in: Barton Fink…

— Already?… OK… F-I-N-K ?… Fink!… Barton… It must be you…?

— Must be…

En Gaspésie, c’est plutôt cette femme, et son chien, qui aurait reçu Fink. Si les frères Cohen avaient visité cet hôtel, je suis convaincu que c’est là qu’il aurait situé l’intrigue. J’entends Charlie:

— Come on Barton, You think you know pain? You think I made your life hell? […] You’re just a tourist with a typewriter, Barton, I live here… don’t you understand that? 

Cet hôtel est hanté. 

 

Une vision partagée de l’histoire?

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Je lis le plaidoyer de Ghislain Picard en faveur d’une réforme de l’enseignement de l’histoire et cela me rappelle le projet d’édition qui m’a le plus impressionné pendant mon séjour en France — de 2005 à 2008.

Je me souviens d’avoir été au lancement du Manuel d’histoire commun franco-allemand (sur Wikipedia |sur le site de Nathan) — qui était résultat d’une initiative pour créer une vision commune aux deux nations sur l’état actuel des connaissances relatives à l’histoire européenne depuis l’Antiquité. Un projet dont l’ambition (et le processus de réalisation) m’avait impressionné au plus haut point. Faire le pari de développer une version partagée de l’histoire — entre deux peuples qui se sont affrontés à maintes reprises et notamment dans deux guerres mondiales, encore récentes: incroyable!

Je me souviens de m’être demandé pendant le lancement s’il serait un jour possible de publier au Québec un manuel d’histoire présentant une vision partagée de l’histoire des francophones, anglophones et autochtones de notre coin du monde… et de m’être répondu, non sans une certaine tristesse: probablement pas. Sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs…

Mais au fond, pourquoi pas?

Mayo

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Dans un petit resto de quartier, à Paris, il y a quelques mois. Avec un ami.

Serveuse: — Vous avez choisi?

L’ami: — Oui. En entrée, je prendrai les oeufs mayonnaise. […]

— Très bien

L’entrée arrive.

— Madame, je suis désolé, j’ai demandé les oeufs mayonnaise, et il n’y en a que trois demies. À Londres j’aurais compris, puisque la règle du pluriel en anglais commence à «plus d’un», mais en français le pluriel s’applique à «deux et plus».

— Alors?

— Alors il n’y a qu’un oeuf et une demie.

— Et…

— Et ce ne sont donc pas des oeufs mayonnaise, c’est un oeuf et une demie. Le pluriel est donc trompeur. J’aimerais parler au gérant.

— Vous êtes sérieux?

— Bien sûr!

La serveuse repart.

Après quelques minutes, la gérante arrive, avec le sourire, très calme, le menu en main.

— Monsieur souhaitait me voir? […] Je comprends très bien, et vous avez raison! Je viens de vérifier dans la grammaire et le pluriel commence bien à « deux et plus ». Mais j’aimerais attirer votre attention sur le fait qu’il était bien indiqué « oeuf mayonnaise », au singulier, sur le menu. Veuillez m’excuser pour cette erreur. Je suis désolée.

Et terminant sa phrase, elle reprend un demi-oeuf en le faisant glisser dans une soucoupe.

— Est-ce que cela conviendra ainsi à Monsieur?

Silence.

C’était un moment magique!

Marcher

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Marcher dans la ville.

Pour le plaisir. Pour la santé. Pour réfléchir. Pour discuter.

Pour aller à la librairie du coin ou pour aller à la rencontre d’un ami.

Pour la justice et la vérité aussi.

Humblement, ici, parfois.

Patiemment, là-bas — pendant 37 ans, sans jamais se décourager.

Bravo aux Grands-mères de la Place de Mai — et en particulier à la présidente actuelle du mouvement, Estela de Carlotto, qui a retrouvé hier son petit-fils, Guido!

J’ai eu l’immense privilège de voir les Grands-mères sur la Place de Mai, à Buenos Aires, il y a deux ans. C’était très émouvant — et le souvenir l’est encore plus aujourd’hui.

16 rue du Père Guérin

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« Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d’Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. » 

(…)

« Dutilleul venait d’entrer dans sa quarante-troisième année lorsqu’il eut la révélation de son pouvoir. Un soir, une courte panne d’électricité l’ayant surpris dans le vestibule de son petit appartement de célibataire, il tâtonna un moment dans les ténèbres et, le courant revenu, se trouva sur le palier du troisième étage. Comme sa porte d’entrée était fermée à clé de l’intérieur, l’incident lui donna à réfléchir et, malgré les remontrances de sa raison, il se décida à rentrer chez lui comme il en était sorti, en passant à travers la muraille. Cette étrange faculté, qui semblait ne répondre à aucune de ses aspirations, ne laissa pas de le contrarier un peu… »

— Marcel Aymé, Le Passe-Muraille.

Il y a aussi à Paris, au rez-de-chaussée du 16 de la rue du Père Guérin, un petit restaurant indien où j’ai plusieurs fois pris un repas, seul, pour réfléchir longuement — le plus souvent à des choix professionnels importants. J’y suis comme dans un sas. Passe-muraille.

Faudra bien que je trouve l’équivalent à Québec avant d’entrer dans ma quarante-troisième année.

 

 

Carte postale…

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C’est une carte postale de 1979, au Québec.

Ce qu’on choisissait de monter, de tout un village situé dans la magnifique Baie des Chaleurs, c’est son église à travers les arbres (la qualité de l’image permet même de penser que c’était un montage).

De tous les points de vue possibles, c’est celui-là qu’on choisissait comme image du coeur de la Baie des Chaleurs.

Cela semble pour le moins étonnant 35 ans plus tard, mais est-ce bien différent aujourd’hui?

Les images que nous offrons de nous-mêmes sur les cartes postales, dans les médias et sur les réseaux sociaux ne sont-elles pas aussi sélectives? Et est-ce que ce que les médias nous présentent de l’étranger l’est moins? Qu’en est-il de la représentation des conflits et des communautés qui s’y affrontent? Celle d’Israël? De la Palestine? De l’Ukraine et de la Russie?

Et celles des communautés autochtones québécoises et canadiennes? Ne sont-elles pas aussi incomplètes, sélectives, voire trompeuses?

Probablement.

Rappel: ne jamais perdre de vue que le regard qu’on pose sur les choses porte déjà en lui une forme de jugement.

 

Pierre frontalière

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« Ils ramassèrent cette pierre calcaire aux environs du Tennessee. Sur une distance de plus de trois kilomètres, de telles pierres éclatées, traversées d’une ligne blanche, marquaient de leur pointillé naturel l’emplacement exact où les astronomes devaient tracer la frontière ».

La lecture de Wigrum, de Daniel Canty, m’a envouté. Quelle intelligence, quelle imagination, quelle écriture! J’ai adoré.

La description des objets rassemblés par Sebastian Wigrum, le collectionneur ordinaire, est fascinante à bien des égards. C’est d’une (belle) folie…

La pierre frontalière de la page 131 m’a rappelé le caillou rapporté de la Gaspésie la semaine dernière. De la plage de Mont-Louis, si je me souviens bien. À deux pas de chez les Atkins.

Je n’y avais vu qu’un caillou — Sebastian Wigrum beaucoup plus.

Ça m’a ramené à la mémoire une note prise dans mon journal personnel (écrire sans être lu? Quelle idée à l’ère des réseaux sociaux!). C’est en date du 30 juin 2013:

Je me souviens d’avoir lu il y a quelques années une histoire sur une dame qui achetait des objets, leur inventait une histoire et les revendait plus cher.

Ça me fait penser à Si les objets pouvaient parler.

Ça me fait penser à l’Autobiographie des objets de François Bon.

Ça me donne le goût d’inventer des histoires d’objets cet été. Une par jour? Ce serait un beau défi d’écriture.

Un musée imaginaire estival. Un objet par jour, des descriptions qui s’ajoutent. On se met à quelques-uns et on propose les objets à tour de rôle?

Il n’y a pas (encore) eu de suite à cette idée…

« Mais parfois, quand je me retourne vers les objets qui m’entourent, je reconnais quelques fragments de la collection, comme si elle m’avait de tout temps accompagné. »

— Daniel Canty

Courir à Rimouski et à Québec

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C’était le 21 juillet dernier. À Pointe-au-Père. À 10 km de Rimouski — ma ville de naissance.

La prochaine fois que je verrai ce phare, ce sera le signe qu’il faut bientôt que je fasse demi-tour pour revenir vers la ligne de départ, qui sera devenue ma ligne d’arrivée, et compléter ma course.

Demi-marathon de Rimouski, le 5 octobre. J’y serai! (l’amie Andrée aussi — pour l’épreuve reine! — ma grande Béatrice et mon cousin Jean-Denis). Avec la famille à l’arrivée, ce sera super agréable!

Et entre temps, j’ai aussi prévu faire le demi-marathon des Deux-Rives, le 24 août.

Quand je me suis mis à courir au printemps 2012 je m’étais dit que mon objectif était de faire un 10km la première année (fait!), un demi-marathon la deuxième année (fait!) et deux demi-marathons la troisième année (on y est presque!).

Une petite voix me disait alors que, peut-être, la quatrième année, j’oserais un marathon. 42 km pour mes 42 ans. Cette petite voie me parle encore, parfois… pas forcément très fort.. mais qui sait?

P.S. Vous vous demandez qui est cet animal, au premier plan de la photo? C’est Banane le chien — mon animal de compagnie! Il a fait le tour de la Gaspésie avec la famille… et il m’accompagne parfois dans mes activités, et même au restaurant. Il est toujours très bien accueilli… il est tellement sympathique. Aperçu en images en cliquant ici…

Contrastes

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Il y a des choses qui changent, d’autres pas. Des points de repères dans le temps. J’aime ces contrastes et le Bas-du-Fleuve et la Gaspésie en regorgent.

Il y a les choses oubliées, négligées, qui perdurent dans l’horizon.

Il y a aussi les choses conservées, mises en valeur, qui amusent le regard et stimulent l’esprit.

C’était il y a quelques jours au déjeuner à Sainte-Anne-des-Monts.

Ça se poursuit aujourd’hui à Carleton-sur-Mer.

Mise à jour, une heure plus tard: comme un étrange écho à ce texte, je viens de trouver une carte postale des années 70 dans le tourniquet de cartes postales contemporaines à la réception de l’hôtel. Une coïncidence presque invraisemblable!

Réalité cachée…

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J’écrivais hier que je trouvais scandaleux que l’enseigne de McDonald se retrouve face à la Croix commémorative de l’arrivée de Jacques-Cartier, à Gaspé.

Or, en parlant avec un ami qui s’est installé à Cap des Rosiers depuis quelques années, j’ai appris hier soir que ce n’est pas si simple en fait… et que l’enseigne était probablement là avant la Croix!

Le roi de la restauration rapide n’était évidemment pas déjà là pour servir des trios bigmac en 1534 (c’aurait été très fort!), mais il se trouve que la Croix commémorative a voyagé… et qu’après avoir été installée à cet endroit en 1934, elle a été déplacée en 1979… pour y revenir en  2012… où le grand M s’était probablement fait une place entretemps.

Comme quoi les apparences cachent parfois une autre réalité…

Rencontres

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Je vole un peu de temps ce matin pour écrire. Avec vue sur la Baie de Gaspé. Lieu de la rencontre de deux civilisations. Rien de moins. Très belle petite baie. On imagine presque aisément la scène — ça pousse à la réflexion. C’était ici.

Il y a quelques jours, nous avons pu voir l’exposition de la Rencontre photographique du Kamouraska, au Centre d’Art. J’y ai été séduit par la démarche de Florence Le Blanc, d’une part, mais j’ai surtout eu un gros coup de coeur pour le projet Elles [collectionnent] des mondes de Catherine Tremblay et Véronique Béland.

Je vous laisse découvrir le projet à partir de leurs sites respectifs:

Site Web de Catherine Tremblay | description du projet

Site Web de Véronique Béland | description du projet

J’ai évidemment acheté le beau livre qui a été publié sur ce projet par les Éditions du Renard. Et si vous n’avez pas la chance de passer par Kamouraska, je vous invite à l’acheter… vous ne le regretterez pas! Quel beau projet esthétique, ludique… et même sociologique.

En essayant ce matin de photographier la croix de pierre qui souligne l’arrivée de Jacques-Cartier à Gaspé (imaginez, les vaisseaux dans la Baie, les drapeaux, les embarcations qui amènent les marins jusqu’à la rive, les autochtones, leur rencontre…) j’étais frustré par l’impossibilité de me débarrasser du grand M jaune de l’enseigne de McDonalds qui fait face au monument (scandaleux!). Alors clin d’oeil à l’oeuvre de Catherine Tremblay et Véronique Béland… je l’ai masqué en y apposant l’oeuvre dont Armand Vaillancourt a fait cadeau à la ville de Sainte-Anne-des-Monts: Drapeau blanc« ma statue de la liberté ».