Vertiges

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Recevoir en cadeau de ses parents un dossier avec un ensemble de poèmes écrits autour de 18 ans. Le déposer sur la table de chevet pour le lire plus tard. Le laisser progressivement recouvrir par d’autres documents. Jusqu’à l’oublier.

Recevoir trois mois plus tard une convocation de la Commission parlementaire sur la Culture et l’Éducation, qui tiendra à la fin de l’été des auditions publiques en rapport avec une éventuelle réglementation du prix des livres.

Avoir envie de donner un peu de profondeur à la réflexion qui s’amorce pour la préparation d’un mémoire. Replonger un soir dans Passion et désenchantement du ministre Lapalme — qui raconte la naissance du Ministère des Affaires culturelles du Québec. Relire aussi quelques pages de L’Amour du livre, de Denis Vaugeois, qui raconte l’origine de la Loi sur le livre.

Quelques jours plus tard, en déplaçant les documents empilés sur la table de chevet, réaliser que le dossier dans lequel avaient été regroupés mes poèmes de jeunesse porte l’identification du ministère des Affaires culturelles. Étonnement. Le ministère des Affaires culturelles a changé de nom pour ministère de la Culture et des Communications en 1994. Comment mes poèmes ont-ils pu se retrouver dans ce dossier (une enveloppe repliée sur elle-même en fait)? Mystère.

Lapalme ministre des Affaires culturelles. Denis Vaugeois également. Gérald Godin, aussi — dont j’ai cité ans les derniers jours quelques textes qui lient politique et poésie.

Amusé par ces coïncidences, oser ouvrir le dossier.

Lire. Sourire.

* * *

Le texte écrit au retour de mon baptême de l’air attire particulièrement mon attention. Je m’en souviens évidemment très bien. C’était dans un tout petit avion au-dessus de Québec.

Clin d’oeil: je pense que ce poème pourrait aussi bien décrire l’impression que j’aurai, une vingtaine d’années plus tard, en entrant à l’Assemblée nationale pour présenter un mémoire en commission parlementaire.

* * *

Noctambule impénitent
les célestes diaprures
étaient mon unique horizon
jusqu’au crépuscule magique
où un fragile vaisseau
m’emporta sur le nocturne
océan

vertigineuse découverte
le miroitement diaphane
des espaces humains

la vermeille cryptographie de
la vie
s’offre à mon regard
comme seules des
constellations l’avaient fait

funambule, je découvre
l’orfèvre cité.

* * *

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Cafe Luna

C’était l’été dernier, en famille, à Boston. Tout près du MIT Museum. Déjeuner-brunch en famille. Une journée magnifique en prologue à une semaine fabuleuse à Cape Cod.

Le cerne de la tasse de café sur la nappe de papier du Cafe Luna est vite devenu un soleil levant.

Un soleil qui a eu tôt fait de provoquer un déferlement de couleurs sur la table, pour le plus grand plaisir de la serveuse émerveillée et des autres clients.

Il devrait toujours y avoir des nappes de papier et des crayons de couleur dans les restaurants.

Speed & Sport

Il y a des lieux qui ont une saveur particulière dans un quartier. Surtout quand on y circule depuis 30 ans.

J’ai déjà évoqué la station service abandonnée.

Il y a aussi l’ancien Speed & Sport, qui a fermé il y a quelques années. C’était un commerce d’articles pour automobiles, pour les amateurs de moteurs, de chrome et de soins esthétiques pour carrosserie. À sa fermeture, c’est brièvement devenu un Docteur Pare-Brise. Cet entrepôt a toujours fait partie de mon environnement. Son architecture le rendait unique.

J’en parle au passé parce que des hommes vêtus de blancs et portant des masques ont commencé à le démonter il y a quelques jours. Pièce par pièce. Sur la clôture, c’est bien écrit: « attention: amiante ».

Un immeuble résidentiel devrait bientôt prendre sa place dans le quartier. Pour le mieux.

* * *

Dans Le chemin des brumes (Alire, 2008), Jacques Côté, fait référence au Speed & Sport, sans le nommer explicitement. C’est à la page 106:

« Sur le comptoir, le lieutenant aperçut une note avec les lettres CAA et un numéro de téléphone. Il appela le répartiteur pour qu’il demande cette fois à Francis d’aller au Club Automobile vérifier l’information. Hébert avait peut-être fait appel au CAA pour qu’on lui suggère un itinéraire ou des campings. Pour Duval, ces informations permettraient de délimiter une zone de recherche et de les localiser plus vite

Sur une tablette, Louis trouva une série de reçus d’un garagiste. Duval nota l’adresse dans son carnet : Sunoco Ouellet, 3241, chemin Sainte-Foy. Hébert avait sans doute fait le plein à cette station-service en prévision de son voyage.

(…)

Louis sortit de la pharmacie du Buffet de la Colline avec un pot de Noxzema. Sans attendre, il dévissa le couvercle, qu’il déposa sur le capot. Il se pencha devant le rétroviseur, enfonça deux doigts dans le contenant. Devant le regard incrédule d’une passante, il s’appliqua une épaisse couche de crème sur le visage et sur le crâne. Il essuya ses gros doigts boudinés en les glissant sur le bord du pot et referma le couvercle, qui avait laissé un cerne graisseux sur la tôle.

— Ça fait du bien. C’est frais comme la bouche de Leslie-Ann.

Une minute plus tard, ils étaient à destination. La station-service était juste à côté, coincée entre les paroisses Saint-Mathieu et Sainte-Geneviève, près d’un entrepôt de type aérogare. »

* * *

Le Buffet de la Colline est vraisemblablement situé dans le petit centre commercial Centre de la colline (toujours là).

Le Sunoco Ouellet est toujours à la même adresse — sous une enseigne Uni Pro. On y vend plus d’essence, seulement de la mécanique automobile.

L’entrepôt de type aérogare, c’est évidemment mon Speed & Sport.

* * *

Le roman de Jacques Côté commence le 23 juillet, en 1981.

J’écris ce texte le 22 juillet. Par hasard.

J’adore ce type de coïncidences.

Plateforme de distribution unique?

Le Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français s’est récemment intéressé aux acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

Trois notes d’analyse ont été publiées à ce sujet:

Sur les auteurs et les éditeurs (pdf)
Sur les librairies (pdf)
Sur les bibliothèques publiques (pdf)

J’ai commencé la lecture des documents hier et déjà, quelques éléments me surprennent, en particulier ce passage de la note sur les auteurs et les éditeurs (page 7):

La fragmentation de la distribution

Un autre élément préjudiciable à l’essor du livre numérique en France est celui d’une distribution éclatée. Alors que les États-Unis bénéficient d’une plate-forme de distribution unique pour les livre numériques, la France ne compte pas moins de trois grandes plates-formes (…)

Je m’interroge. D’autant que c’est une affirmation importante qui amène à la formulation de la troisième proposition du document.

Existe-t-il vraiment une plateforme de distribution unique aux États-Unis? Je ne le crois pas. J’ai manqué quelque chose?

Vous avez une idée de quoi il s’agit?

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

Et si Apple était devenu éditeur?

Ouf! — Les annonces d’Apple hier font décidément beaucoup parler d’elles!

J’ai eu l’occasion de réagir une première fois rapidement hier en répondant aux questions de Fabien Deglise, mais comme dans le cas d’à peu près toutes les annonces de Apple, il faut prendre le temps de s’accorder un peu de perspective avant de vraiment se faire une idée de ce que signifieront vraiment ces annonces une fois la poussière retombée. Voici donc ce que j’en pense maintenant, vingt-quatre heures plus tard.

Je réfléchis tout haut… je cherche un angle pour analyser tout ça.

* * *

Je ne détaillerai pas les annonces en tant que telles — cela a été fait sur de nombreux autres sites. Néanmoins, si on résume ce qu’Apple a annoncé:

  • un nouveau logiciel de création de livres, et en particulier de manuels scolaires (iBooks Author)
  • une mise à jour de iBooks adapté à une utilisation en milieu d’apprentissage (iBooks 2)
  • un outil pour organiser des documents dans un cadre d’enseignement (iTunes U)

À première vue, iBooks Author est vraiment un extraordinaire outil de création; iBooks 2 une mise à jour majeure de l’application; et iTunes U quelque chose de très prometteur. Je dis semble parce que je n’ai pas encore eu le temps d’analyser suffisamment cette portion des annonces. Tout cela est bien fait et bien mis en marché. C’est du grand Apple, encore une fois.

Ce qui frappe particulièrement cette fois, c’est à quel point le discours de l’entreprise est vertueux. En gros, elle dit: voici les outils grâce auxquels les écoles pourront (enfin) bénéficier de la puissance des technologies. Plus encore: il s’agit de réinventer le manuel scolaire, voire le curriculum lui-même. Comme si les écoles attendaient l’aide d’Apple pour (enfin) changer.

Là où le bât blesse, c’est qu’Apple nous offre un environnement informatique complètement fermé: les livres produits avec iBooks Author ne pourront être vendus que sur le iBookStore; seront dans un format unique à Apple, et ne pourront être lus qu’avec l’application iBooks 2, sur un iPad. Est-ce un crime? Certainement pas. C’est même remarquablement ingénieux… d’un point de vue commercial. Mais les discours vertueux en prennent un coup. S’il s’agissait surtout d’aider les écoles, même en vendant des iPad, Apple aurait minimalement dû annoncer à la même occasion une mise à jour de iOS pour permettre à plus d’un utilisateur de partager un appareil (sessions multi-utilisateurs, comme MacOS peut le faire)… sauf que ce sera beaucoup plus payant si les écoles (ou les parents) achètent un iPad par élève au lieu d’un iPad par pupitre.

Faut-il reprocher ces choix à Apple? Je ne pense pas (mais je suis peut-être trop cynique!). Je pense sincèrement qu’Apple propose des applications remarquables, un environnement commercial particulièrement efficace et qu’elle réussira à générer de la valeur (des profits) pour ses actionnaires. Il me semble qu’on devrait plutôt garder nos reproches aux médias qui relaient le message de la pomme un peu trop docilement… et, plus encore, pour nous interroger sur notre propre manque d’esprit critique devant ces innovations.

* * *

Au fond, je me demande si ce qu’il faut surtout comprendre des annonces d’hier, ce n’est pas qu’en plus de vendre des iPad et des logiciels, Apple a maintenant choisi de devenir éditeur… et qu’en dénonçant des éléments particuliers des conditions d’utilisations de iBooks Author et les choix de formats non standard, on passe à côté de ce qui est vraiment en train de se passer.

Je dis ça parce que, si on y pense bien, en faisant l’hypothèse que la stratégie d’Apple est de progressivement devenir elle-même un éditeur, à sa façon, on comprend beaucoup mieux les choix qu’on lui reproche avec une interprétation plus classique des annonces d’hier — à commencer par le nom de l’application: iBooks Author.

En effet, si Apple est éditeur, on peut se dire que les conditions d’utilisation du logiciel s’apparentent à un contrat d’auteur, et alors, il n’est pas anormal qu’elles prévoient une forme d’exclusivité. Il n’est pas anormal non plus que les ventes soient limitées à sa propre boutique, comme certains éditeurs misent essentiellement sur la vente directe pour diffuser leurs productions (ce n’est pas à l’auteur de choisir les canaux de ventes à privilégier). Rien de choquant, non plus, dans ce contexte, à ce qu’Apple se réserve le droit de ne pas tout publier ce qui lui sera soumis. Pas surprenant non plus qu’Apple soit tenté de barrer le chemin à certains concurrents. C’est comme ça que ça se passe…

Sauf que.

Sauf que si Apple devient éditeur, il faudra bien en tenir compte — et analyser ses choix et ses stratégies en conséquence, en particulier dans le marché scolaire. Et pour le moment, le modèle proposé par Apple n’est pas tellement différent de celui des éditeurs scolaires traditionnels. Un peu plus multimédia, mais pas beaucoup plus ouvert aux dynamiques sociales et à la co-construction. Pas moins axé sur l’enseignement et pas beaucoup plus sur l’apprentissage. En cela, la démarche d’Apple est très innovatrice, mais pas particulièrement révolutionnaire.

Vu sous cet angle, j’ai moins envie de reprocher ses choix à Apple que de crier haut et fort que l’arrivée d’un acteur aussi puissant dans le monde de l’édition scolaire doit être un wake up call pour tous ceux qui ont l’éducation à coeur et pour ceux qui ont la responsabilité du système scolaire. Il est urgent que nous explicitions, chacun dans nos milieux, nos valeurs et nos points de repère communs sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans un contexte scolaire. Sur ce qui doit ou non être encadré par les pouvoirs publics dans une perspective de recherche du Bien commun. Parce que cela ne fait pas partie du plan d’affaire d’Apple.

Il n’y a pas de doute que les outils et les propositions qu’Apple a présentées hier sont fantastiques. Enthousiasmantes. Mais ils sont aussi périlleux si nous ne nous dotons pas, collectivement, de programmes et de politiques concernant des technologies éducatives et le matériel scolaire afin d’en tirer adéquatement profit. Or, j’ai l’impression que nous n’en avons pas depuis déjà trop longtemps.

Non, décidément, je ne reproche rien à Apple. Et je n’en suis pas moins admiratif. Je juste un peu préoccupé de l’absence de produits/services/approches alternatives pour éviter une hégémonie qui me semble incompatible avec ma vision de l’éducation et de la culture en général.

Au fond, je pense que je ne reproche qu’une chose à Apple: de miser un peu trop sur notre candeur pour nous présenter et nous vendre ses produits.

Et je continue de réfléchir à tout ça.

22 janvier — mise à jour: J’ai poursuivi ma réflexion ici…

Au sujet de pretnumerique.ca

Je présentais jeudi soir, à Montréal, pretnumerique.ca — un système destiné à faciliter le prêt de livres numériques dans les bibliothèques publiques québécoises. C’était dans le cadre du troisième congrès des milieux documentaires du Québec. Un système que j’avais le privilège de présenter, mais qui est le résultat du travail de dizaines de personnes d’un peu partout dans le monde du livre au Québec.

Comme le système prend une forme inhabituelle, et qu’il commence à s’écrire toutes sortes de choses à son sujet ici et là, je prends quelques minutes pour en résumer le fonctionnement ici. En commençant par en résumer la genèse.

À pareille date l’an dernier, à l’occasion de la deuxième édition du même congrès, un dur constat avait été fait: les usagers des bibliothèques publiques québécoises avaient accès à des livres numériques anglophones, mais à très peu de livres numériques francophones — et pratiquement à aucun livre numérique publié au Québec. Les statistiques étaient affligeantes, la situation intenable. Dès le lendemain du congrès, une mobilisation s’est mise en place pour trouver une manière de sortir de cette situation.

Il a rapidement été convenu que la solution devrait être collective et s’appuyer sur un consensus de l’ensemble des acteurs du domaine du livre. Il faudrait que les bibliothèques soient leaders d’une démarche dans laquelle éditeurs, libraires, et distributeurs soient également parties prenantes, tout comme la Société de développement des entreprises culturelles et le ministère de la Culture et des Communications. La table de concertation de l’industrie du livre serait également tenue périodiquement informée de l’évolution de la démarche.

Des dizaines d’heures de rencontres plus tard, un modèle économique et technique a été identifié pour répondre au besoin de rendre disponibles en formats numériques les livres publiées au Québec — et éventuellement beaucoup plus largement des livres publiés ailleurs — aux usagers des bibliothèques publiques québécoises. Déjà quelques bibliothèques l’expérimentent et le déploiement progressif à l’ensemble des bibliothèques est prévu pour le printemps.

Il y a au coeur de ce système un élément clé qui est sous l’unique responsabilité des bibliothèques publiques — qu’elles maîtrisent complètement, et qu’elles auront la responsabilité de faire évoluer. C’est ça pretnumerique.ca.

La genèse: les exigences des bibliothèques

Parmi les exigences formulées par les bibliothèques au début de la démarche, retenons les trois suivantes, qui allaient être déterminantes sur la forme qu’a prise prêtnumerique.ca:

Permettre le prêt de livres numériques sous forme de téléchargement — préférablement à un accès en ligne;

Permettre l’achat de livres numériques à l’unité — préférablement à sous forme de bouquets ;

Garantir un accès pérenne aux bibliothèques aux livres pour lesquelles elles acquièrent le droit de prêts.

Les bibliothèques souhaitaient également pouvoir éventuellement intégrer les livres numériques directement dans leurs systèmes de gestion documentaires existants, de manière à ce que leurs usagers puissent trouver d’une seule recherche, à partir d’un même endroit, les références à des livres imprimés et à des livres numériques.

La genèse: les exigences des éditeurs

De même, les éditeurs ont rapidement formulé un certain nombre d’exigences, parmi lesquelles:

Laisser les livres numériques dans les entrepôts où ils ont été déposés par les éditeurs;

Définir un cadre juridique, notamment pour tenir compte des contrats signés avec les auteurs;

Éviter de fragiliser le réseau de libraires québécois.

Les libraires se sont évidemment associés à ces demandes, appuyées en cela par plusieurs autres acteurs pour lesquelles l’esprit de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre devrait être respectée pour le livre numérique. Rappelons que cette loi prévoit que les bibliothèques publiques québécoises doivent acheter leurs livres (imprimés) auprès de librairies agréées.

La genèse: les principes directeurs

Partant de cela, les différents acteurs du monde du livre nous avons pu établir un certain nombre de principes directeurs sur lesquels la solution devrait s’appuyer, parmi lesquels:

Les éditeurs seront libres d’offrir ou non leur catalogue de livres numériques aux bibliothèques.

Les livres seront achetés indépendamment les uns des autres (et non pas en bouquets).

Les livres seront acquis de façon définitive, avec la garantie d’un accès pérenne, par les bibliothèques.

Les bibliothèques ne pourront pas mettre en circulation simultanément plus de livres qu’elles n’auront acquis d’exemplaires numériques de ce livre (un livre acheté, une copie prêtée à la fois).

Les livres numériques demeurent dans les entrepôts numériques où ils ont choisi de les déposer jusqu’au moment du prêt à un usager (les bibliothèques n’ont pas de copies des fichiers pour lesquels elles acquièrent le droit de prêt).

Dans le cas où elle ne serait plus en mesure d’exercer le droit de prêter le livre par les processus mis en place avec les entrepôts numériques, les bibliothèques devront pouvoir récupérer une copie sans verrous numériques (DRM) des fichiers pour lesquelles elles auront acquis le droit de prêt de manière à pouvoir exercer ce droit à nouveau.

Le système mis en place

Dans l’esprit, le fonctionnement qui a été retenu au terme de la démarche est la suivante :

1. Les éditeurs déposent leurs livres dans un entrepôt numérique de leur choix.

2. Cet entrepôt numérique leur permet de confirmer qu’ils sont d’accord pour commercialiser leurs livres auprès des bibliothèques, aux fins de prêts numériques sous forme de fichiers chronodégradables auprès de leurs usagers.

3. Les entrepôts numériques rendent disponibles aux librairies, via webservices, une liste des livres dont elles peuvent faire l’acquisition dans ce contexte.

4. Les librairies présentent cette offre aux bibliothèques par l’entremise de leur site Web.

5. Les bibliothèques achètent les livres numériques à partir des sites Web des librairies de leur choix.

6. Les libraires sont responsables de facturer les bibliothèques (processus régulier, par facturation, vraisemblablement imprimée) et de payer les fournisseurs (distributeurs ou éditeurs, selon les cas).

7. Les bibliothèques se connectent, chacune de la manière qui lui convient sur un site commun — pretnumerique.ca — qui assure la synchronisation entre le site des librairies où elles ont fait leurs achats et leurs catalogues respectifs.

8. Les bibliothèques présentent leur offre de livres numériques à leurs usagers de la manière qui leur convient le mieux.

9. Lorsqu’un usager sollicite un prêt numérique, le site de la bibliothèque communique, via webservices, avec pretnumerique.ca, qui relaye la demande jusqu’à l’entrepôt numérique concerné, afin de récupérer les informations qui permettront à l’usager de télécharger son fichier.

10. Le fichier récupéré partira donc directement de l’entrepôt numérique où l’éditeur l’a initialement déposé pour se rendre à l’usager de la bibliothèque. Ce fichier ne sera fonctionnel que pendant une période de temps prédéterminée (typiquement, trois semaines). Il sera ouvert dans un logiciel compatible avec les verrous numériques d’Adobe.

11. Pendant la période du prêt, aucun exemplaire supplémentaire de ce livre ne pourra être mis en circulation — à moins que la bibliothèque n’en ait acheté plus d’un exemplaire numérique.

12. Au terme de la période de prêt, le livre redevient disponible pour les usagers de la bibliothèque.

Le système est ouvert à tous les entrepôts numériques, tous les distributeurs, tous les éditeurs, tous les libraires et toutes les bibliothèques qui le désirent et c’est pretnumerique.ca, qui est au coeur du système, est maîtrisé par les bibliothèques elles-mêmes.

Concrètement

Prenons un exemple concret pour illustrer la chose. Imaginons qu’un éditeur souhaite rendre disponibles ses livres numériques aux bibliothèques publiques québécoises.

À partir de entrepotnumerique.com, par exemple, cet éditeur pourra déterminer qu’il est d’accord pour vendre ses livres aux fins de prêts dans les bibliothèques.

Dès ce moment, les libraires reliés à entrepotnumerique.com sauront que les livres de cet éditeurs peuvent être vendus aux bibliothèques.

Ces libraires sont alors en mesure de constituer une offre de livres numériques à l’intention des bibliothèques.

C’est tout du point de vue de l’éditeur.

La bibliothèque qui souhaite intégrer des livres numériques à sa collection peut alors se rendre sur le site des libraires pour choisir les livres à acheter et procéder à l’achat.

La bibliothèque pourra faire des achats dans les librairies de son choix, qui pourront présenter leurs offres différemment, développer des spécialités, etc.

Et c’est là que pretnumerique.ca entre en jeu.

Pretnumerique.ca se charge de récupérer de façon continue l’information sur les achats réalisés par la bibliothèque dans l’ensemble des librairies et d’agréger cela dans un ensemble cohérent de données, indépendamment d’où l’achat a été fait, de l’entrepôt numérique dans lequel le livre se trouve ou de l’éditeur qui publie le livre. C’est un acteur absolument neutre commercialement, et qui a pour principale fonction de simplifier la gestion technique de tout ça par les bibliothèques.

Ainsi, se reliant uniquement à pretnumerique.ca, les bibliothèques peuvent avoir accès de façon intégrée à l’ensemble des livres achetés — et utiliser les webservices de pretnumerique.ca pour les présenter à leurs usagers de la façon qui leur convient.

Première option: intégrer l’information fournie par pretnumerique.ca via un ensemble de webservices, directement dans leur système intégré de gestion documentaire (SIGB)

Dans ce cas, le SIGB tire de façon continue ses infos de pretnumerique.ca et intègre en temps réel l’information dans le catalogue de la bibliothèque. Il peut alors permettre des réservations, etc. et lier tout cela aux dossiers de prêts des usagers. Dans ce cas, pretnumerique.ca est absolument invisible pour l’usager de la bibliothèque.

C’est le scénario qui est souhaité, à terme, par toutes les bibliothèques.

Deuxième option: donner accès directement aux livres à partir de  pretnumerique.ca

Un mécanisme a été prévu pour les bibliothèques qui, au départ, ne pourraient établir la connexion désirée entre leur SIGB et pretnumerique.ca. Dans ce cas, les bibliothèques pourront, à partir d’une page Web sécurisée réservée à leurs usagers, donner accès aux livres numériques de leur collection par l’entremise d’une interface minimaliste — qui n’est pas à la hauteur de celles des SIGB et qui n’est pas destinée à les remplacer, mais bien uniquement à servir d’alternative, le temps pour les bibliothèques de procéder à un branchement plus adéquat avec leurs services.

Et les contrats?

Le déploiement de toute cette infrastructure comportait un certain nombre de défis techniques, mais aussi de défis contractuels. Dans les deux cas, l’ensemble des acteurs concernés a convenu d’une approche progressive, convaincus qu’il était plus important de commencer dès que possible, avec un système satisfaisant bien qu’on le sache imparfait.

Ainsi, des lettres accords types ont été rédigés de manière à définir les rôles et responsabilités de chacun des acteurs dans ce système, définissant des modalités pour la prochaine année et convenant qu’une contractualisation plus précise devrait être formalisée d’ici le 31 décembre 2012. Et, d’ici là, chacun pourra y aller à son rythme… quitte à attendre à l’année prochaine pour les plus craintifs d’entre eux.

Une démarche à poursuivre

C’est de cette façon que nous avons donc pu nous mettre en marche, ensemble, pour permettre aux citoyens québécois d’avoir  accès rapidement aux livres numériques publiés ici à partir des bibliothèques publiques dont ils sont membres. Pour le moment, plus d’une quarantaines d’éditeurs ont déjà mis à disposition des bibliothèques publiques québécoises près de 5000 titres récents.

Et c’est fort de la démarche collective que nous avons réalisée au cours de la dernière année que l’ensemble du monde du livre pourra améliorer le système au cours des prochains mois et des prochaines années (notamment pour trouver des solutions pour éviter de faire appel aux verrous numériques, peut-être!) — et, cela, sous le leadership des bibliothèques publiques elles-mêmes, qui ont acquis dans tout cela la maîtrise de l’évolution des mécanismes techniques par lesquels les livres seront rendus accessibles à leurs usagers.

Voilà. C’est donc là que nous en sommes. Conscients des limites de la première version de tout cela, mais surtout très fiers des bases que cela pose pour la suite — parce que si tout seul on peut parfois aller plus vite, ensemble on va généralement beaucoup plus loin.

Sur le leadership

Un livre n’a pratiquement pas quitté ma table de chevet depuis dix ans : Orbiting the Giant Hairball, de Gordon MacKenzie. J’en ai relu de longs extraits ce matin — après la lecture du Devoir de la fin de semaine.

J’avais besoin de lire sur le leadership, de trouver de quoi me ragaillardir un peu — parce que je trouve qu’on dit tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) du leadership par les temps qui courent (et du leadership politique en particulier).

Gordon MacKenzie nous rappelle qu’il ne faut pas confondre leadership et autorité. Rien, ou si peu, à voir l’un et l’autre. Il rappelle aussi que dans le leadership il n’y a pas qu’un leader et des followers — des suiveux. Le leadership est une relation beaucoup plus dynamique que certains voudraient le laisser croire. Son livre, construit comme une série de courtes fables, aborde cette dynamique sous de nombreuses perspectives.

Aujourd’hui, c’est la fable du ski nautique que j’ai trouvée la plus inspirante:

« If we were to think of waterskiing as a metaphor for leading and following, the person at the wheel, in the boat, dry, would represent the leader. And the skier in the water, wet, the follower »

Wherever the leader goes, the follower goes. If, for reasons unkowns to the follower, the leader decides to steer the boat though an area where clusters of reeds are growing up out of the water, about three feet tal, the reaction of the follower might be :

 » Why are we goin’ over there?

 » This is gonna hurt.

« And it’s gonna hurt me, not you! « 

If you are a skier in this situation, you have at least a couple of options another than being whipped painfully through the reeds.

Option #1:

You can let go of the towline. Become an entrepreneur — on your own, in the middle of the lake.

Option #2:

You can become a better waterskier. Lear to ski out beyond the confines of the boat’s wake, way ‘round to the right, thus dodging some of the threatening reeds. Then, describing a great broad arc, ski back over the wake again and way ‘round to the left, avoiding more reeds.

Every point on the arc is a point of legitimate following. »

Et la fable se poursuit : page 1, page 2, page 3. — pour ceux qui voudraient la lire en entier.

Je retiens spécialement cet autre passage :

«… there were occasions when verbal intervention seemed appropriate. One of those times would be whenever anyone said:

 » I wish we had more dynamic leadership around here. »

I would respond:

  » I wish we had more dynamic following around here. That’s were the real energy of an organisation comes from.  » »

Et finalement, la presque conclusion de la fable, ou MacKenzie parle de son patron chez Hallmark:

« He knew I was not going to start pulling the boat with him in it. It just doesn’t work that way. The power remains in the boat. But in allowing me to ski past him — in a sens, allowing me to lead — he would unleash in me an excitement about our entreprise that served our shared goal well. »

Mettre l’épaule à la roue

J’ai participé la fin de semaine dernière au congrès du parti québécois. C’était mon premier congrès politique. J’y étais inscrit comme délégué de la circonscription de Louis-Hébert.

J’y suis allé guidé par un profond engagement démocratique. Parce que je pense qu’il y a des limites à déplorer l’état de notre démocratie. Il y a des moments où il faut rejeter le cynisme et mettre l’épaule à la roue pour que les choses changent.

Cela m’a fait le plus grand bien de voir la démocratie en action. Pendant trois jours nous avons débattu des centaines de propositions. Nous avons argumenté, nous avons amendé, nous avons voté; encore et encore. Quelques propositions ont retenu toutes l’attention des médias, mais toutes avaient leur importance.

La démocratie ce n’est pas seulement voter lors des élections. C’est un processus continu. C’est la recherche du bien commun et l’acceptation des compromis qui l’accompagnent inévitablement. Au cours de la fin de semaine, j’ai voté en faveur de plusieurs propositions. J’ai voté contre quelques-unes aussi. Et je suis fier, et solidaire, de l’ensemble.

En revenant de Montréal, j’ai eu envie de redire à mes enfants que la démocratie ce n’est pas le spectacle désolant que nous offrent certains politiciens. La démocratie c’est surtout ce qu’on fait tous les jours, dans nos familles et dans nos milieux de travail, en parlant avec conviction de ce à quoi on croit et quand on se relève les manches pour le voir se réaliser.

C’est dans cet esprit que j’ai repris le travail hier… convaincu que développer une entreprise comme De Marque, c’est aussi une manière très efficace de bâtir un pays.

Livres, marché et politique

Le monde du livre est en effervescence. Rien de neuf là. Cela fait des mois qu’on le dit

Sauf que les débats sont plus vifs que jamais, dans les médias, sur les blogues, sur Twitter. Parce que les enjeux sont plus clairs, sans doute, et parce que les approches adoptées par les  uns et des autres se distinguent de plus en plus, jusqu’à s’opposer parfois. Parce qu’il y a de plus en plus de commentateurs de toute cette activité aussi, alors ça jase — beaucoup.

Les enjeux techniques ont jusqu’à récemment occupé l’essentiel des esprits. Il fallait apprendre à produire adéquatement les fichiers et à les distribuer de façon satisfaisante vers les librairies en ligne et autres types de points de vente. C’est une étape qui est, pour l’essentiel, derrière nous, il me semble.

Une nouvelle étape s’ouvre depuis quelques semaines, et c’est la diffusion qui (re)devient au centre des réflexions de tout le monde. Les éditeurs (et les libraires) doivent (ré)apprendre à faire connaître les livres publiés en versions numériques — ils doivent réapprendre comment les porter à l’attention d’autres (de nouveaux?) lecteurs, par de nouveaux canaux. Et là, tout est à faire.

Les méthodes et les outils de distribution vont évidemment encore devoir s’améliorer, mais dorénavant, ce sont les métadonnées qui accompagnent les fichiers et le savoir-faire marketing qui seront les plus déterminants. Voyons ça comme un premier signe de maturité du marché du livre numérique (déjà!).

On remarque aussi une politisation accrue du marché du livre, en général, et du livre numérique, en particulier — où deux visions s’opposent, avec parfois quelques nuances.

La première affirme que le livre un produit commercial comme les autres, et qu’il faut laisser les détaillants en fixer librement le prix.

La seconde affirme que le livre n’est pas un produit comme les autres, qu’il ne devrait pas être soumis au libre marché et que, par conséquent, son commerce doit faire l’objet d’une réglementation — notamment à l’égard du prix de vente, qui devrait être fixé par l’éditeur.

Ce sont deux visions du marché du livre qui s’affrontent, mais aussi deux façons de voir le rôle de l’État dans le développement de la culture, de façon générale, et des industries culturelles, en particulier.

Résultat: c’est souvent du dialogue — jugé plus ou moins nécessaire — entre le monde politique et le monde des affaires dont il est indirectement question dans nos échanges — gazouillis, blogues, etc. De la place de la solidarité et du chacun-pour-soi dans le développement d’un marché, aussi, très souvent. De ce qui relève du discours de l’action aussi, forcément.

Au début des années quatre-vingt, la France et le Québec (notamment) se sont dotés de lois fondamentales pour encadrer le marché du livre. Trente ans plus tard, on se trouve dans l’obligation d’imaginer des façons pour les mettre à jour, pour les réinventer de façon ingénieuse. C’est fondamental. Abandonner le livre aux lois du marché devant la difficulté de le faire n’aurait aucun sens — c’est mon avis.

* * *

 

Avec quelle énergie faut-il se battre pour défendre nos convictions au regard de pareils enjeux? Comment prennent formes les positions de chacun dans ce type de débat? Comment concilier les besoins immédiats et la poursuite d’objectifs à plus long terme dans le domaine de la culture?

C’est pour répondre à ces questions que j’ai lu cet après-midi Passion et désenchantement du ministre Lapalme, une pièce de Claude Corbo, publiée par les Éditions du Septentrion.

C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien et qui a renforcé ma conviction qu’il n’est pas possible de voir le développement du livre numérique comme une opportunité d’affaires sans y voir aussi un sujet politique, un projet de société — un projet qui doit forcément être porté par une vision à long terme et qui doit faire appel à notre détermination.

Livres et Internet

Un texte court, mais important, de Hugh McGuire, sur O’reilly RadarThe line between book and Internet will disappear:

The secret […] is that an .epub file is really just a website, written in XHTML, with a few special characteristics, and wrapped up. It’s wrapped up so that it is self-contained (like a book! between covers!), so that it doesn’t appear to be a website, and so that it’s harder to do the things with an ebook that one expects to be able to do with a website. EPUB is really a way to build a website without letting readers or publishers know it.

But everything exists within the EPUB spec already to make the next obvious — but frightening — step: let books live properly within the Internet, along with websites, databases, blogs, Twitter, map systems, and applications.