Le lecteur est nu

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Très intéressant ce document partagé par Kobo pour illustrer l’intérêt des données issues de la lecture des livres.

Kobo | Publishing in the Era of Big Data

Présenté comme ça, sous forme de données anonymes, c’est fascinant. Quand on prend conscience qu’on est à ce point « espionné », comme lecteur, c’est un peu plus effrayant. Ça témoigne aussi d’une vision particulièrement mercantile de l’édition — et de la littérature, de façon générale.

Cela dit, bravo et merci à Kobo d’assumer une beaucoup plus grande transparence que la plupart de ses concurrents par rapport à ces enjeux.

Mettre en lumière

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Carl-Frédéric me fait (re)découvrir ce soir, sur Facebook, le travail de Nicholas Felton. Mesures, données, représentations. Fascinant. Le mot est faible.

Nicolas Feltron | About

Cela fera bientôt deux ans que j’utilise DayOne pour prendre quelques notes de ce qui a marqué ma journée, le plus souvent sur mon iPhone. Parfois quelques mots seulement, parfois beaucoup plus. Un exercice qui est même devenu systématique, quotidien, depuis presque un an. Et j’aime beaucoup retourner en arrière — il y a un an, il y a six mois, la dernière fois que je suis allé ici ou là. C’est incroyable tout ce qu’on oublie… et les patterns qu’on découvre en retournant dans le temps. Les 1425 textes que j’ai publiés sur ce blogue au cours des douze dernières années (!) permettent aussi de mettre en perspective certains éléments de mon parcours: intérêts, défis, détours, etc.

J’utilise aussi Daily Tracker, encore sur mon iPhone, afin de noter mon nombre d’heures de sommeil et certaines caractéristiques de mon alimentation. C’est simple comme tout et cela me force à être attentif à ces dimensions de ma santé.

J’ai essayé plusieurs autres applications qui recueillaient des informations automatiquement à partir du iPhone (déplacements, lieux visités, etc.). Je les ai toutes abandonnées. Je préfère nettement les exercices qui font directement appel à la conscience de soi — et non pas seulement qui accumulent bêtement des données pour refléter passivement mes comportements.  Je n’utilise plus que des applications dont je suis directement responsable des enregistrements.

C’est avec cela en tête que téléchargé ce soir l’application Reporter, le nouveau projet de Nicholas Feltron. Parce que j’ai été immédiatement séduit par la manière dont elle est présentée:

« Reporter is a new application for understanding the things you care about. With a few randomly timed surveys each day, Reporter can illuminate aspects of your life that might be otherwise unmeasurable. » (source)

Faut voir si l’expérience sera aussi bonne qu’annoncée, mais j’aime beaucoup l’idée de pouvoir configurer l’application afin qu’elle m’amène à découvrir des aspects de ma vie dont je n’ai pas connaissance… sans pour autant devoir collectionner tout et n’importe quoi.

J’ai vraiment hâte de voir ce que cela me permettra de mettre en lumière — et sous quelle forme cela me sera présenté / révélé. J’espère que Carl-Frédéric nous fera également part de ses observations (parce que je ne doute pas qu’il fera rapidement l’expérience de Reporter)

À suivre.

Leadership, avez-vous dit?

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Le cousin qui se lâche! Un texte sur son blogue — le premier depuis plusieurs mois! J’ai donc pris le temps de le savourer, de le relire quelques fois… et de réfléchir un peu.

Circa CFD | Carl-Frédéric De Celles | Des impliqués. 

Sa réflexion m’a ramené à un autre texte que j’avais mis de côté il y a quinze jours.

La Presse | Laura-Julie Perreault | La fin du leadership 

Et immanquablement à mon expérience politique de la dernière année: les cinq semaines qu’a duré l’élection dans laquelle j’ai été candidat, bien sûr, mais aussi les mois qui ont précédé et ceux qui se sont écoulés depuis.

Je suis d’accord avec Carl-Frédéric lorsqu’il dit que les médias (et les médias sociaux: c’est à dire nous tous) ont tendance à ne célébrer qu’une seule forme de leadership, la plus exubérante — celle qu’exercent ceux et celles pour qui il est important de se mettre personnellement en valeur. Cela par opposition aux introvertis dont parle Susan Cain, dans un livre auquel le cousin fait référence et qui pique vraiment ma curiosité.

Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking

Je ne suis pas sûr, toutefois, de suivre Carl-Frédéric dans l’opposition qu’il formule entre le leadership et l’implication.

« Parce que ce qui compte en société ce n’est pas tant le leadership que l’implication. […] Ce sont les impliqués qui font la différence, c’est à eux que l’on devrait donner toute la visibilité. »

J’aime pourtant la distinction qu’il fait entre les leaders, les suiveurs et les non-nuiseurs — s’inspirant pour cela de l’aphorisme qu’il m’a mille fois rappelé par le passé: « lead, follow or get out of the way ». J’aime qu’il nous rappelle que pour qu’un mouvement fonctionne, il faut que les gens puissent se situer dans l’une ou l’autre des trois postures. Je pense que c’est aussi ce à quoi Barbara Kellerman fait référence quand elle dit, citée par Laura-Julie Perreault:

« On veut que les gens aient une voix, qu’ils se tiennent debout, mais ce que nous voyons aussi est que s’il y a trop de démocratie, plus rien ne se réalise […]

« L’enseignement du leadership [a] fait croire aux gens qu’il n’y a pas de vertu dans l’idée de suivre la direction que quelqu’un d’autre donne. Nous n’enseignons pas les vertus de la collaboration, d’être un bon acolyte. »

Et si je pense que Carl-Frédéric a raison de dire que:

« Il devrait y avoir tout autant de gloire et de visibilité pour les gens qui acceptent volontairement de se tasser du chemin en toute bonne foi pour ne pas nuire, et pour ceux qui travaillent en bon second, s’assurant que les projets avancent sans friction. »

Je suis toutefois un peu plus critique quand il affirme que « la vraie réussite est ailleurs [que dans le type de leadership que les médias célèbrent plus volontiers] ». N’y a-t-il qu’une seule forme de réussite? Je ne vois pas d’utilité à cette opposition. Pas plus que je ne vois d’utilité à affirmer que les trois postures — lead, follow or get out of the way — sont mutuellement exclusives.

Je pense que si on ne veut pas assister à la fin du leadership (ce qui serait dramatique — y compris pour la démocratie, qui repose à mon avis sur un équilibre, fragile, entre différentes formes de leadership) il faut plutôt accepter l’idée qu’il n’y a pas dans la vie des leaders, des suiveurs et des non-nuiseurs. Ce ne sont pas des catégories pour classer des personnes. On n’est pas l’un ou l’autre: on est parfois l’un et parfois l’autre. Ces postures ne sont pas des manières d’être, mais des manières de se comporter dans un contexte précis.

Plus encore, je crois que pour être un bon leader, il faut avoir été aussi, à d’autres moments, un bon suiveur, et dans d’autres encore un bon non-nuiseur. Et, de la même façon, pour être un bon suiveur, on a probablement intérêt aussi avoir été, à un moment ou l’autre de sa vie, dans une position de leader.

Pour cette raison, je pense que l’éducation — à l’école, dans le milieu professionnel, dans la communauté — devrait avoir pour objectif de permettre à chacun d’expérimenter, successivement, ces différentes postures et les défis qui leurs sont associés. C’est seulement à travers cet exercice que réside, il me semble, le véritable apprentissage de la démocratie. C’est aussi à travers celui-ci que nous pourrons reconnaître et encourager les talents d’exception dans chacun de ces rôles.

Et je poursuis ma réflexion…

Et si Nathalie Petrowski avait (un peu) raison…

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Dans un texte au titre tapageur, Nathalie Petrowski chante aujourd’hui les louanges du livre numérique… avant d’en dénoncer les prix beaucoup trop élevés, à son avis. « Est-ce une erreur ou une arnaque? », s’interroge-t-elle.

La Presse | Nathalie Petrowski | L’erreur numérique

Prenant prétexte de quelques échos au bras de fer que se mènent actuellement Hachette et Amazon aux États-Unis, la chroniqueuse déclare que « les livres numériques vendus [au Québec] sont outrageusement et inutilement chers [et que] rien, en effet, ne [le] justifie ».

Outrageusement.

Inutilement.

Rien ne le justifie.

Le choix des mots devrait attirer notre attention. Provocateurs et sans nuances — ceux d’une polémiste qui s’assume.

Nathalie Petrowski est aussi une auteure. Elle sait très bien manier les mots et côtoie le monde de l’édition. Elle côtoie fréquemment d’autres auteurs, des éditeurs, des libraires. Elle aurait facilement pu écrire autre chose, citer des gens du milieu, apporter des nuances. Elle a choisi de ne pas le faire — parce qu’elle avait l’intention de provoquer. Je crois qu’il faut en tenir compte avant de réagir.

Parce qu’au fond, par-delà le brouhaha que le texte va engendrer sur le Web (pyrotechnicien, quel beau métier!), je pense que ce que Nathalie Petrowski plaide ce matin ce n’est pas tant que les livres numériques sont trop chers, mais bien qu’elle a l’impression qu’ils sont trop chers. Ce qu’elle nous dit, c’est que les consommateurs ne comprennent pas le prix des livres numériques. Que ces prix soient justifiés ou non, c’est une tout autre question (pas moins importante pour autant).

On pourra pondre tous les textes qu’on voudra pour expliquer le prix des livres de toutes sortes de façon — en décortiquant les coûts (dont la rémunération de l’auteur), en décrivant la manière dont l’État soutien la création, en analysant les impacts de la taille des marchés sur l’économie des PME, en débattant de l’importance de la diversité culturelle, et quoi encore? Les angles ne manquent pas et les bons arguments non plus. Mais est-ce que l’opinion publique s’en trouve transformée? 

Je pense qu’il n’est pas inutile de se le répéter: les consommateurs sont nombreux à ne pas comprendre le prix des livres numériques — imprimés aussi, d’ailleurs. C’est une réalité à laquelle on ne peut pas échapper. Il faudra en tenir compte pour la suite des choses.

Cela étant dit, une fois que la polémique qu’a voulu susciter Nathalie Petrowski sera derrière nous, et que la chroniqueuse s’intéressera à d’autres sujets, le défi restera entier pour tous les acteurs du monde du livre québécois: comment on fait pour traverser cette période de transformation intensive sans mettre son existence en péril. Est-ce que c’est en réduisant radicalement les prix des livres numériques? Rien n’est moins sûr. Et je pense que Nathalie Petrowski le sait très bien.

Ce qu’il est essentiel de rappeler c’est que le livre est la plus importante industrie culturelle au Québec, que c’est une industrie faite de centaines de petites et moyennes entreprises, et qu’une telle industrie, ça ne se r’vire pas sur un dix cennes. Ça a besoin de temps pour s’adapter.

C’est d’ailleurs ça qui est au coeur du bras de fer entre Amazon et Hachette (qui n’est d’ailleurs que la pointe de l’iceberg — pour qui suit vraiment l’actualité de ce milieu): le rythme des changements. Amazon veut précipiter les choses parce qu’elle sait que quand ça va trop vite, les petits acteurs n’arrivent pas s’adapter et meurent… à son profit. C’est la loi du plus fort qui les anime, pas la défense des consommateurs comme Nathalie Petrowski fait semblant de le croire.

Est-ce que les livres numériques seront beaucoup moins cher dans dix ans qu’ils ne le sont aujourd’hui? Je n’en doute pas un seul instant — mais ça se fera progressivement, à mesure que les rouages de cette industrie vont évoluer, sous l’influence du marché et des pouvoirs publics.

Ou, dit encore plus clairement: si je crois que le prix du livre numérique aujourd’hui se justifie pleinement, je pense aussi que la manière dont évoluera très probablement l’industrie du livre va vraisemblablement permettre que les prix diminuent — au fil du temps. 

Néanmoins, la perception que les consommateurs ont du prix des livres est un enjeu très actuel. C’est un enjeu de perception, qu’il faudra aborder en tant que tel. Comment? Je ne le sais pas trop — mais je suis de moins en moins certain que c’est en essayant d’expliquer en détail les coûts de production. Vous les croyez, vous les petits autocollants que les pétrolières apposent sur les pompes à essence, pour justifier les coûts du brut, du raffinage et de la distribution? Faudra faire des brainstorming sur ça… mais spontanément, il me semble qu’il serait préférable d’aborder la question de façon plus globale, faire preuve d’humour, trouver des porte-paroles qui surprennent, et voir à mettre en valeur le réseau des bibliothèques publiques.

Si c’est ça que Nathalie Petrowski voulait porter à notre attention, je pense qu’elle n’a pas tout à fait tort.

J’ose croire que le reste de son texte n’est là que pour susciter la polémique. 

Et je vais me faire un deuxième café.

Le 12 août…

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Eh ben… voilà qu’on parle de l’opération « Le 12 août, j’achète un livre québécois » à la une du Devoir — avec photo s’il vous plaît! Le succès se poursuit donc. Et je suis même cité en fin d’article par-dessus le marché! (« Sur son blogue, Clément Laberge, vice-président principal chez De Marque… »). C’est ici:

Le Devoir | Le 12 août, ils ont acheté un livre québécois

Alors, si vous arrivez ici après avoir cherché sur Google quelque chose comme « blogue Clément Laberge », sachez que vous êtes ici dans un espace d’écriture très libre où je partage parfois des réflexions sérieuses… et parfois beaucoup moins… voire même de la fiction — presque pêle-mêle. Je suis moi-même parfois surpris de ce que j’y (re)trouve!

Le texte auquel fait référence la journaliste Catherine Lalonde dans son article a plutôt été publié sur mon blogue professionnel, sur le site de De Marque. C’est ici:

Propulsion | Retour sur l’événement « Le 12 août, j’achète un livre québécois » : réflexions et perspectives…

Bonne lecture!

A tourist with a typewriter

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J’ai pris cette photo en descendant déjeuner. Je n’avais pas remarqué les œuvres sur les murs la veille en montant l’escalier, probablement parce que c’était sombre et qu’il était déjà tard. La femme de la réception nous avait aimablement attendus, mais elle quittait pour la nuit. Les planchers craquaient sous nos pas. Nous ne nous étions pas attardés dans les couloirs de peur de réveiller les autres résidants. Mais ce matin-là, les œuvres m’ont tous semblé très glauques. Étranges. Presque sinistres. Comme si elles portaient un message que je préférais ne pas comprendre.

J’en ai pris quelques photos, discrètement, pour ne pas inquiéter les enfants. Je ne partagerai que celle-ci, parce qu’elle est un peu plus lumineuse et colorée (j’enverrai éventuellement les autres à Patrick Senécal). Je les conserve néanmoins, juste pour être certain, plus tard, que ma mémoire ne m’a pas joué un tour en inventant ces tableaux d’horreur sur les murs d’un petit hôtel de la Gaspésie.

Tout cela me revient à l’esprit parce qu’en retrouvant cette photo aujourd’hui elle m’a spontanément fait penser à Barton Fink. À la scène où l’auteur arrive à l’hôtel Eagle, accueilli par un très étrange maître d’hôtel.

— I’m checking-in: Barton Fink…

— Already?… OK… F-I-N-K ?… Fink!… Barton… It must be you…?

— Must be…

En Gaspésie, c’est plutôt cette femme, et son chien, qui aurait reçu Fink. Si les frères Cohen avaient visité cet hôtel, je suis convaincu que c’est là qu’il aurait situé l’intrigue. J’entends Charlie:

— Come on Barton, You think you know pain? You think I made your life hell? […] You’re just a tourist with a typewriter, Barton, I live here… don’t you understand that? 

Cet hôtel est hanté. 

 

Une vision partagée de l’histoire?

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Je lis le plaidoyer de Ghislain Picard en faveur d’une réforme de l’enseignement de l’histoire et cela me rappelle le projet d’édition qui m’a le plus impressionné pendant mon séjour en France — de 2005 à 2008.

Je me souviens d’avoir été au lancement du Manuel d’histoire commun franco-allemand (sur Wikipedia |sur le site de Nathan) — qui était résultat d’une initiative pour créer une vision commune aux deux nations sur l’état actuel des connaissances relatives à l’histoire européenne depuis l’Antiquité. Un projet dont l’ambition (et le processus de réalisation) m’avait impressionné au plus haut point. Faire le pari de développer une version partagée de l’histoire — entre deux peuples qui se sont affrontés à maintes reprises et notamment dans deux guerres mondiales, encore récentes: incroyable!

Je me souviens de m’être demandé pendant le lancement s’il serait un jour possible de publier au Québec un manuel d’histoire présentant une vision partagée de l’histoire des francophones, anglophones et autochtones de notre coin du monde… et de m’être répondu, non sans une certaine tristesse: probablement pas. Sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs…

Mais au fond, pourquoi pas?

Le tour de (mon) jardin

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Trois cent kilomètres par jour, ou à peu près, ponctués d’arrêts plus ou moins planifiés ici et là. Pour se reposer. Pour voir. Pour rencontrer. Jaser. Manger. Pour être en contact avec le paysage. Pour toucher l’horizon.

Que du beau, du bon, du temps.

Coup de cœur du premier jour: une exposition de photos au Centre d’arts de Kamouraska. J’y reviendrai.

Deuxième jour: les Jardins de Métis et le coucher de soleil à Matane.

Le troisième jour commence. Les oiseaux chantent sur la grève à Sainte-Anne-des-Monts.

Récits de voyages

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Il y a à Prague un hôtel qui invite ses clients à raconter des histoires. À se raconter des histoires.

Tous les lundi, de 16h et 17h, la plus magnifique salle de l’hôtel est réservée à ceux et celles qui ont des histoires à partager. On leur offre un verre aussi, probablement.

Et comme a beau mentir qui vient de loin, on peut penser qu’il se dit à cet endroit des choses particulièrement abracadabrantes.

J’irai éventuellement y faire un petit tour — je pense que pourrais trouver assez facilement deux trois petites choses à raconter…


Merci à Virginie pour l’inspiration…

Coïncidences

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J’ai toujours aimé les coïncidences. Je les interprète comme un signe d’éveil.

Percevoir une coïncidence, c’est établir subitement un lien entre deux choses qui coexistent évidemment indépendamment de l’attention qu’on y porte, mais qui se révèlent, grâce à la vigilance intellectuelle de quelqu’un. C’est le regard qui transforme la coexistence en coïncidence. Une coïncidence c’est  la pointe de l’iceberg de tous ce qui nous lie en permanence les uns aux autres  — jusqu’à l’invraisemblable, parfois.

Un peu plus tôt cette semaine, juste avant de monter dans l’avion à destination de Paris, j’ai téléchargé sur mon iPhone le plus récent album de Coeur de Pirate: Trauma. Je l’écoute plusieurs fois pendant le vol. J’aime beaucoup. Arrivé à Charles-de-Gaulle, les bagages se font attendre au carrousel. Je remets mes écouteurs. Play. La voix de Coeur de Pirate m’accompagne pendant l’attente. J’aperçois finalement ma valise, au loin sur la courroie, précédée d’une valise de guitare. Au moment où celle-ci passe devant moi je peux lire une inscription, bien en vue: Fragile — Coeur de Pirate — Tournée européenne. En me retournant, je vous effectivement que ses musiciens sont là, juste un peu plus loin. Et la voix de Coeur de Pirate dans mes oreilles. Eh ben…

Dans le RER qui m’amène à Paris, je jette un oeil rapide sur Facebook. Marie-Andrée Lamontage mentionne le plus récent livre de Carl Leblanc, Fruits, publié par les Éditions XYZ. Un recueil de textes qui s’articule autour d’une série de coïncidences tirées de la vie de l’auteur. « Dans certains cas les faits sont  particulièrement troublantes et forcent la réflexion », précise-t-elle comme une invitation à la lecture. Décidément… coïncidence parmi les coïncidences… 

Arrivé à l’hôtel, je me suis donc évidemment dirigé sur leslibraires.ca et j’ai acheté Fruits — avant de prendre une douche et repartir aussitôt pour une première réunion. 

Je n’ai commencé la lecture que le lendemain matin. Dans l’ascenseur, en quittant l’hôtel, à partir de mon iPhone

Le premier texte raconte l’histoire d’un homme qui, entrant dans un ascenseur, met des écouteurs et démarre la musique en mode aléatoire, à partir d’une bibliothèque musicale de plus de 12000 pièces.

« Une fois dans la rue, je presse sur play. L’onguent musical se dépose sur la plaie du jour. Oui, ça va déjà mieux. (…) Les premières mesures de guitare promettent une mélodie agréable. Les premières paroles: «S’il fallait qu’un de ces quatre, mon âme se disperse…» Le Québécois Daniel Bélanger. Ça fera l’affaire. Je veux bien qu’on me parle de l’âme, cette belle chose surannée. Je veux bien, pendant trois minutes, croire qu’elle existe, et que peut-être même un mécréant comme moi, qui sait, en ai une. La chanson prend son envol. Je traverse l’avenue du Mont-Royal. Je me bats avec le cordon des écouteurs. Sur le trottoir, je heurte un homme. Il se retourne vers moi: Daniel Bélanger! Est-ce bien lui? Oui. Je m’excuse. Mon rire peut être confondu avec l’ébahissement du groupie. Je reste là, un peu sonné. Il poursuit sa route. Je cherche un témoin. Dans la surprise, je ne songe même pas à interpeller le chanteur, qui pourrait apprécier la coïncidence autant que moi et qui pourrait plus tard l’attester. Statufié sur le trottoir, tel un accidenté de la probabilité »

Deux histoires qui s’entremêlent. Deux histoires de iPhone, d’ascenseur, de musique, et de rencontres improbables avec leurs créateurs — tout cela à travers un voyage et une suggestion de lecture glanée au hasard d’un rapide passage sur Facebook. Décidément… coïncidences dans les coïncidences.

«  Je reprends ma route et me dis, avec la ferveur minutieuse du secrétaire : il faudrait bien, un jour, rédiger les procès-verbaux de ces «réunions insensées». »

Et c’est autour de cette idée qu’a pris forme le livre de Carl Leblanc. Ce court texte est guidé par la même idée. Je le dépose ici en me disant qu’il sera peut-être un jour, à son tour, l’objet d’une autre coïncidence.

« Parmi les coïncidences, il y a une échelle de l’improbabilité au sommet de laquelle, même les esprits les plus transcendantalifuges sont ébranlés. Il faut alors garder la tête froide devant la convergence des improbables et le complot des variables. Car il arrive que les choses semblent vraiment se mettre en place, venir vers vous poussées par une immense main et vous vous écriez: «Mais enfin, ce n’est pas possible!» Et pourtant oui, c’est là, c’est arrivé. »

P.S. je n’ai pas encore terminé la lecture de l’ensemble des textes, mais je souligne au passage le texte Quatre temps, dont les réflexions (qu’une coïncidence sert de prétexte à partager) m’ont semblé particulièrement pertinentes dans le contexte de tous les débats qui ont cours actuellement autour des idées de valeurs, de multiculturalisme, et de nation.

Les universités et les multinationales de l’édition

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J’ai publié plus tôt cette semaine sur Facebook une courte réaction à la lecture de du texte Les universités et les multinationales de l’édition, de Pierre Trudel.

Pour pouvoir plus facilement y faire référence dans le futur, je le reprends ici.

Et suggère en complément la lecture de Nouvelle ère pour les collections, un dossier des Bibliothèques de l’Université de Montréal

—/ début /—

Lire ce genre de textes ça me ramène aux enjeux fondamentaux (à l’essence même) des efforts qu’on fait tous les jours pour contribuer au développement d’infrastructure technologiques les plus ouvertes possible — et les moins à la merci des oligopoles. Pour le domaine du livre en général, bien sûr, pour leur disponibilité en bibliothèques aussi (surtout?) — et pour toute l’édition.

Le cas des revues scientifiques est un exemple d’une bataille entreprise trop tard par les universités… dont elles (nous, collectivement) payons le prix aujourd’hui.

Ce qui se passe autour de l’accès aux livres numériques dans les bibliothèques [publiques] québécoises — autour de pretnumerique.ca — est un exemple d’une bataille commencée à temps. C’est moins spectaculaire, c’est beaucoup de travail en coulisse, mais ce n’est pas moins fondamental.

La question de la réglementation du prix des livres neufs, imprimés et numériques, s’inscrit également dans ces enjeux/batailles.

—/ fin /—

La nécessaire diffusion des données culturelles

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Un gazouillis de mon ami Mario m’a fait découvrir le document Ouverture et partage des données publiques culturelles — pour une (r)évolution numérique dans le secteur culturel. Il s’agit d’un rapport a réalisé par le ministère français de la Culture et de la Communication. Un rapport qu’il convient de faire circuler largement parce qu’il soulève des enjeux très importants et qu’il permet d’illustrer certaines des possibilités qui sont associées à une meilleure diffusions des données culturelles (en particulier dans le cas des musées et des bibliothèques, mais aussi plus largement). Extraits:

« La matière première nécessaire à la formation de ces écosystèmes d’innovation et de création dans le secteur culturel se trouve dans les ressources culturelles numériques et plus particulièrement dans la donnée publique culturelle ou data culture.

« [ce sont des] données qui participent à l’éducation des citoyens et des plus jeunes, qui favorisent la démocratisation culturelle et la transmission des savoirs sont de véritables biens communs et font partie du patrimoine historique et culturel de tous les citoyens… »

« L’open data culturel favorise la création de services et produits innovants; participe à l’émergence de nouveaux leviers de croissance pour développer l’économie culturelle française; positionne le ministère français de la Culture et de la Communication et ses opérateurs au centre de la création d’un nouvel écosystème de création et d’innovation. »

J’ai déjà exprimé mon intérêt pour le mouvement des « données ouvertes ». C’est d’ailleurs une des convictions que j’ai défendues avec le plus de vigueur pendant les travaux du chantier Option Culture, virage numérique, que la SODEC a mené en 2011. Les propositions 12 et 17 du rapport final en rendent d’ailleurs compte (un peu trop timidement).

J’étais personnellement allé beaucoup plus loin au cours des échanges, allant jusqu’à suggérer que l’obtention de certaines aides publiques soient rendues conditionnelles à l’obligation pour les bénéficiaires de rendre publiques certaines données statistiques (voire commerciales) liées au projet soutenu — cela dans le but d’éviter la répétition des mêmes erreurs par d’autres acteurs, évidemment, mais aussi (surtout!) de stimuler l’innovation par d’autres acteurs. Je pense qu’on pourrait ainsi décupler la portée de chaque dollars investi dans le soutien des industries culturelles (ce qui est plus que jamais une nécessité). J’assume toujours pleinement cette idée… et je pense qu’on y arrivera tôt ou tard — inévitablement. Et le plus tôt sera le mieux d’ailleurs… parce que nous en ressortirons tous, collectivement, beaucoup plus fort.

Comme les auteurs du rapport français, je pense qu’il s’agit même d’un des enjeux les plus essentiels à la révision (pressante) de plusieurs des modes d’intervention de l’état… et peut-être tout particulièrement dans le domaine culturel.