Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.
Année : 2007
La force de la culture québécoise et la chance de l’immigrant
« …il garde toujours en tête le proverbe marocain hérité de son père, qui dit ceci: «Lorsque votre hôte vous déroule son tapis, ayez la bienséance de vous déchausser.»
«Mon père m’a toujours dit: avant d’être chez toi, tu es invité. Il faut respecter cette crainte de l’autre. Tout ne nous est pas dû. Il y a un passage. Il y a un devoir d’intelligence.
C’est un extrait d’une chronique de Rima Elkouri à lire comme une bouffée d’air frais dans le contexte du démarrage un peu turbulent de la commission Bouchard-Taylor.
Si tu oublies le futur tu perds le présent
« Moi, j’ai compris très tôt qu’une vie, ça passe en un rien de temps, en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l’échéance, si avides de maintenant pour ne pas penser à demain… Mais si on redoute le lendemain, c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui, vous voyez ?
Donc (…) Il faut vivre avec cette certitude que nous vieillirons (…) Et se dire que c’est maintenant qui importe : construire, maintenant, quelque chose, à tout prix, de toutes ses forces. (…) Gravir pas à pas son Everest à soi et le faire de telle sorte que chaque pas soit un peu d’éternité.
Le futur, ça sert à ça : à construire le présent avec des vrais projets de vivants.»
Extraits de: Muriel Barbery, L’Élégance du hérisson, Gallimard, France, 2006, pp.133-137.
Merci à mon père pour ce clip!
Mario voulait savoir…
Dans un commentaire laissé en réaction à mon texte Où s’en va l’éducation, Mario me demandait il y a quelques jours de quelle façon mes deux années passées en France ont pu teinter ma réflexion sur l’éducation. En d’autres termes, si j’ai bien compris, il me demandait de préciser en quoi mes idées sur le sujet ont pu évoluer depuis deux ans.
Je présume que Mario m’interroge à ce sujet parce qu’il trouve que je n’ai pas suffisamment témoigné de cette évolution au cours des vingt-quatre derniers mois — n’écrivant pas assez régulièrement sur mon blogue. Il a bien raison.
Alors, je me lance pour une première version de cette réflexion — à parfaire dans les prochains jours/semaines.
Je pense que j’ai une vision de plus en plus culturelle et de moins en moins scolaire de l’éducation. L’école est certes (à l’évidence!) un outil indispensable à l’éducation mais la réforme des systèmes scolaires m’apparaît de plus en plus insuffisante pour permettre à une société de conserver la maîtrise de son développement et de pouvoir assurer une vie heureuse à toutes les personnes qui la composent (surtout quant on pense aux invraissembables efforts que ces réformes exigent!).
Je suis plus convaincu que jamais que les nouvelles technologie de la communication sont INDISPENSABLES au fonctionnement de nos systèmes politiques — et donc à l’élaboration des projets de société dont dépendent nos visions de l’éducation. Je n’ai rien perdu de ma conviction dans le potentiel démocratique des blogs, des wikis, des médias communautaires, etc. — au contraire, je ne cesse de m’émerveiller devant les exemples de leur fonctionnement encore plus efficace et puissant que je pouvais le croire!
Je suis de plus en plus intéressé par la profonde transformation du rôle des médias dans le fonctionnement de la société — j’en suis même parfois à penser que leur rôle ne sera bientôt plus de « critiquer le pouvoir politique », comme on l’a souvent dit, mais d’animer l’espace démocratique et de rendre audible ce qui, dans la rumeur, permet de reconstituer une véritable agora (un espace public qui était possible avec un petit nombre de personnes ayant droit de parole, mais qui n’est pas spontanément possible avec une parole aussi largement distribuée).
Pour cette raison, je commence à accepter l’idée que les excès des uns sont davantage dans l’intérêt public que le silence ou les excès de nuances des autres — et, qu’en ce sens, il conviendrait parfois davantage de condamner ceux qui hésitent ou refusent de s’engager dans le débat public que ceux qui le font… même maladroitement. Je pense qu’il faut davantage utiliser notre capacité à faire des nuances dans l’écoute que nous faisons de l’opinion d’autrui que dans la formulation de nos propres idées.
Je continue de croire que le rôle des intellectuels, particulièrement dans ce contexte, n’est pas d’apporter des nuances sur les idées d’autrui, mais de s’appuyer sur leur compréhension approfondie des dossiers pour prendre le risque de formuler des propositions — au risque qu’elles ne soient pas retenues. La force de proposition des intellectuels nous est plus indispensable que jamais, il faut trouver des manières ingénieuses de les encourager à s’engager dans le débat public.
Je suis aussi de plus en plus convaincu du potentiel éducatif des médias — je vais parfois jusqu’à penser qu’une partie de la mission qui a été confiée à l’école au cours du dernier siècle pourrait éventuellement être assumée par de nouvelles formes médiatiques. Une réflexion à poursuivre….
Je continue évidemment — et plus que jamais! — à croire dans la symbiose de l’espace urbain et de l’espace éducatif — de l’espace où l’on vit (ensemble) et de l’espace où l’on apprend. Parce qu’il n’y a pas d’apprentissage sans projet et que la cité, c’est le projet par excellence; celui, le seul, qui conditionne et dont dépend notre quotidien, notre rapport à l’autre proche, à demain. Et là-dessus mon expérience parisienne m’a appris la force des événements festifs (comme la Fête de la musique, par exemple) et des projets d’infrastructure collective (comme les Vélib’ et le Tramway, par exemples).
Et, par dessus tout (peut-être), je suis de plus en plus convaincu qu’on peut profondément faire confiance aux gens, à la population, comme groupe, à la foule — que quand on lui propose un projet stimulant, quand on lui offre l’occasion de s’engager, elle sait le reconnaître et la saisir avec enthousiasme. Je suis de plus convaincu qu’avec de bons moyens de communication et des nouveaux médias efficaces, cette foule saura généralement reconnaître le projet dans lequel s’engager, celui « qui a du sens » — un sens qu’il est plus que jamais de la responsabilité des élus et des pouvoirs politiques de savoir mettre en évidence. Un pari fou? Peut-être… mais aussi une utopie que je crois de plus en plus nécessaire!
Ce n’est sans doute pas très clair tout ça… mais j’ai quand même envie de le publier ainsi pour profiter des réactions de Mario (qui ne regrettera sans doute pas d’avoir posé sa question!) et d’autres lecteurs… et en faire éventuellement une version améliorée.
Les premiers aspirants…
Intéressant portrait des premiers aspirants pressentis à la Mairie de Québec: Mairie de Québec: les aspirants.
Un blog encore naissant sur l’élection qui se prépare: Municipales2007.org.
…peut-être de quoi finir de préparer le texte que je cogite sur le sujet depuis quelques jours.
Où s’en va l’éducation?
Pendant que ça se chamaille vigoureusement à l’hôtel de ville de Québec et que plusieurs amis m’écrivent et me téléphonent à ce sujet (j’y reviendrai dans quelques jours) d’autres m’interpellent aussi (heureusement) sur d’autres sujets.
C’est ainsi que j’ai pris quelques instants la semaine dernière pour répondre à deux amis qui me transmettaient la/les questions suivantes :
Questions :
« …je te rappelle que je veux discuter avec toi afin de te consulter à propos de ta vision de l’éducation. Vers où allons-nous? Le système actuel, qui est basé sur une organisation plutôt traditionnelle de l’enseignement est-il en train de s’effriter? Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Comment?
[…] allons-nous produire au cours des prochaines années, autant de PH D qu’avant? Les jeunes d’aujourd’hui ne sont-ils pas enclins à viser le court terme sans trop d’efforts? Sont-ils plus paresseux qu’avant?
[…] Finalement, où s’en va l’éducation? »
Manquant de temps pour répondre « posément », j’ai opté pour une écriture spontanée — « d’un trait » — quitte à ce que mon texte manque de quelques nuances. Après tout, si j’avais bien compris, l’objectif était surtout de lancer une discussion entre nous… que j’élargi maintenant en déposant ici mes quelques éléments de réponses. À vous !
Éléments de réponses :
Une vision de l’éducation ? Déjà, je ne sais pas trop si la question est bien posée, parce qu’en réalité il n’y a pas de vision de l’éducation sans une vision préalable de la société. L’éducation est forcément politique, il faut l’assumer. Alors, inévitablement la question de la vision de l’éducation est directement liée à celle du projet de société dans lequel on croit. Une société égalitaire? inégalitaire? Une société qui valorise la diversité, parce que c’est à la base de la créativité, et de l’innovation — et qu’il s’agit là de deux aptitudes indispensables, tant au plan individuel que collectif, dans un monde où le rythme des changements s’accélère?
En tous cas, pour moi c’est cela: je crois dans une société dont la loi est fondée sur l’égalité des personnes, évidemment, mais qui, au quotidien, privilégie l’équité à l’égalité, parce que cela reconnaît mieux le fait que chacun est différent et qu’il est important de savoir reconnaître les forces de chacun, les valoriser, les développer — quelles qu’elles soient.
Ma vision de l’éducation est au service de ce projet de société. Je crois dans une éducation qui libère; dans une éducation qui créé des espaces de liberté; dans une éducation qui invite à penser autrement, à miser sur l’utopie, à inventer demain; jamais à le subir.
L’éducation qui asservit, celle qui emprisonne, celle qui dit quoi penser et celle qui demande aux uns d’accepter que ce sont les autres qui décideront plus tard parce qu’ils sont plus intelligents ou plus doués… cette éducation, il faut souaiter qu’elle disparaisse Et elle disparaitra ! Je suis serein. Il est inutile de combattre. Vaut mieux construire.
Construire. C’est le maître mot. Il faut donner l’occasion aux enfants d’apprendre que le monde est à construire, à imaginer, à bâtir. Le reste suivra. Inutile de se battre contre quoi que ce soit; vaut mieux se battre pour ce dans quoi on croit. L’éducation doit être positive, éternellement positive.
Comment on fait? Je ne sais pas trop. Ce que je sais, toutefois, c’est que les enfants accepteront de moins en moins de subir l’éducation; ils souhaiteront y prendre une part de plus en plus active. Ils l’exigeront — comme un droit. Ils exigeront d’avoir leur mot à dire sur l’environnement dans lequel ils apprennent, sur la nature de ce qu’ils apprennent; jusque sur les méthodes qui leur doivent leur permettre d’apprendre. Ça ne veut pas dire qu’ils n’accepteront pas de faire autre chose que ce que leur nature leur suggérerait spontanément de faire; cela ne veut pas dire qu’ils rejetteront l’enseignement dit « traditionnel ». Cela veut simplement seulement dire que les enfants ont déjà rès bien compris que l’éducation est un processus d’engagement et qu’ils ne voient pas très bien pourquoi ils faudrait attendre d’être sortis de l’école pour faire de l’engagement une dimension essentielle de leur vie — avec tout ce que cela peut impliquer de remise en question et de subversion.
Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Qualité? Quelle qualité? de quoi parle-t-on? les enfants sont, par définition, aussi bien ancrés dans la société qui les a vu grandir que ceux des générations précédentes. Forcément! puisqu’ils en sont les fruits. Il est par conséquent injuste de poser la question ainsi — je préfèrerais qu’elle soit posée à l’inverse. Est-ce que l’école est un milieu d’apprentissage de la même qualité qu’avant? Aie-je besoin de répondre? Je ne crois pas. Et ce n’est la faute de personne — sinon de nous tous qui n’avons pas mis au premier rang des valeurs de faire en sorte que l’école évolue avec la société dont elle doit contribuer au développement.
Je suis sévère — sans doute un peu trop — mais c’est avec la meilleure des intention, pour les fins de la discussions.
Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Je suis toujours sidéré devant ce genre de question! Quelles technologies? Utilisées de quelle façon? Pour quels apprentissages?
Mais ÉVIDEMMENT que les technologies contribuent à l’amélioration des apprentissages quand elles sont mises à contribution pour donner du sens aux efforts qui sont nécessaires pour apprendre!
Et bien sûr que non, les technologies ne contribuent pas à l’amélioration des apprentissages quand elles sont utilisées pour faire oublier des déficiences pédagogiques ou pour dissimuler l’absence d’un projet de société fort, qui soit source d’inspiration pour les élèves — un projet qui les portent à dire « crime, moi j’ai envie de vivre dans la société que ce prof là me décrit; j’ai envie de suivre ses conseils pour y arriver; j’ai envie d’y croire, d’y apporter ma contribution et de faire les efforts nécessaires pour que cela devienne réalité ».
Oui oui, apprendre à lire, quand on a cinq ans, c’est une manière de changer le monde; de changer son monde — d’acquérir la capacité d’imaginer un autre monde, celui où on rejoindra l’Autre, Ailleurs, Demain. Les enfants le sentent bien !
Alors allons-nous produire plus de PhD qu’avant? Je n’en sais rien! Pire, je m’en fous un peu ! On ne décrète pas le nombre de PhD qu’une société peut produire. On ne peut pas donner le goût à quelqu’un de faire un Phd. On ne peut que donner le goût à quelqu’un d’APPRENDRE — condition sine qua non à l’acceptation des efforts nécessaires pour faire un PhD !
Pour cette raison, ce qui m’importe plus que le nombre de PhD que le Québec « produira» dans les prochaines années, c’est que nous arrivions à augmenter le nombre de personnes qui se disent « en train d’apprendre quelque chose ». L’essentiel c’est qu’il y ait un maximum de personnes dans la société qui ait un rapport positif, enthousiaste à l’apprentissage. Il faut que les gens aient toujours le goût d’apprendre quelque chose… parce que quand on apprend, on se projette forcément dans le futur, parce qu’apprendre cela nous transforme et on doit forcément se demander qui on sera « après avoir appris » et que quand on s’imagine différent demain, on accepte le fait que le monde change, et qu’il est nécessaire de s’adapter, et on adopte par le fait même une attitude d’ouverture, de créativité et on accepte plus facilement l’innovation, parce que cela fait partie de la vie — parce que c’est une question de santé publique !
Je crois profondément qu’une société qui s’inquiète du nombre de PhD qu’elle produit est une société qui n’a pas confiance dans ses écoles primaires — parce que si celles-ci jouaient pleinement leur rôle… nous n’aurions pas à nous inquiéter de ne pas avoir assez de gens passionnés pour étudier pendant vingt ans — voire plus — et décrocher un PhD.
Ce ne sont pas des incitatifs fiscaux pour les études de troisièmes cycles qu’il nous faut ! Ce sont des écoles primaires de qualité — en tout premier lieu ! — ce sont des écoles qui donnent le goût d’apprendre ! C’est là qu’il faut investir de façon prioritaire, pour donner à tout le monde l’occasion de découvrir le plaisir d’apprendre… de le découvrir jeune, et ce, quel que soit le milieu socio-économique dont on est issu.
Les jeunes d’aujourd’hui viseraient le court terme, sans trop d’efforts? Encore une fois c’est question de paradigme! Dans la réalité, ce qui demande des efforts à un enfant c’est d’avancer dans la vie sans savoir ce qui l’attend ni même l’influence qu’il a sur ce devenir — c’est cela demande un effort intellectuel et émotif considérable. Dans cette perspective, il n’est étonnant que plusieurs jeunes n’aient aujourd’hui que peu d’efforts à consacrer à l’école! Offrons leur des projets de société stimulants, donnons leur envie de croire dans leur avenir et dans leur capacité d’en être maîtres — ou à tout le moins des acteurs essentiels ! — et voyons ensuite si les enfants font malgré cela le choix de la facilité, du court terme et de l’effort minimal. Je n’y crois pas un instant !
Commençons donc par faire confiance aux enfants en cessant de les comparer aux générations précédentes, nous aurons alors déjà fait une bonne partie du chemin!
Où s’en va l’éducation? L’éducation ne va nulle part d’elle même ! L’éducation est un vaisseau qui mène une société d’aujourd’hui vers demain – et c’est nous qui sommes à la barre. Bien entendu ! Encore faut-il savoir quelle destination nous comptons rejoindre… Quel est notre projet de société ? Que proposons-nous aux enfants ? Qu’est-ce qui leur permet de croire possible de vivre en harmonie les uns les autres — ainsi qu’avec ceux qui les ont précédés et ceux qui les suivront — et cela, tout en caressant des rêves aussi divers que nombreux ? Que le proposons-nous ? Quel projet leur offrons-nous ?
En l’absence de réponse claire à ces questions, c’est vers nous qu’il faudra nous retourner, pas vers les enfants. Ils ne sont certainement pas responsables de notre incapacité à leur proposer « un monde meilleur ».
La formulation de ce projet, c’est bien tout le défi de l’éducation. Vous ne croyez pas?
Représenter la complexité
C’est fou les efforts qu’on peut consacrer à essayer de rendre simples, visuellement, des choses complexes.
Pour en avoir une foule d’exemples, plusieurs esthétiquement très intéressants, il faut faire un arrêt ici: VisualComplexity.com
Les citoyens et les infrastuctures
Je rêve de voir cela prendre forme aussi à Québec, comme à Merced.
C’est une idée aussi brillante que simple, pour laquelle nous avons toute l’expertise à la portée de la main.
J’imagine ça réalisé par Poly9 et iXmédia, puis rendu accessible sur Québec Urbain en association avec ZapQuébec.
Je ne doute pas que cela pourrait par la suite intéresser la ville de Québec, qui fait déjà de gros efforts pour mieux informer les citoyens des travaux d’infrastructure en cours (notamment les travaux routiers) et pour leur permettre de lui signaler des travaux à entreprendre, par exemple. Tout cela pourrait aussi être intégré à la carte du « Projet infrastructure de Québec ».
Mise à jour:
Cela devrait aussi intéresser les médias de la région. Francis Pisanni explique ainsi pourquoi, reprenant le message initial de Jeff Jarvis:
« Jeff Jarvis, professeur de journalisme plein d’idées a utilisé son blog pour lancer un appel aux médias peu de jours après la catastrophe de Minneapolis. Mettez une carte Google sur votre site, leur conseille-t-il. Ajoutez-y Platial (qui permet à chacun de créer les cartes de son choix en y indiquant les lieux important pour lui/elle) et invitez vos lecteurs à y indiquer les infrastructures qu’ils jugent dangereuses. Ça vous permettra d’avoir une quantité d’informations que vous n’auriez jamais autrement. Puis, faites votre métier: allez-voir sur place. Produisez des reportages, informez votre public en détail.
Spock
Si j’avais besoin d’autre chose pour me convaincre qu’il est plus que temps d’arrêter de disséminer des informations personnelles dans toutes sortes de services et de systèmes qui n’en assurent pas la protection, voici cette chose: Spock.
On en parle ici et là, notamment.
Bonne lecture. Et prenez garde… ça laisse un petit arrière goût amer.
Âge et génération
Une indispensable distinction quand on analyse les pratiques culturelles et médiatiques.
À lire sur le sujet, cette étude du ministère de la Culture français, présentée sur le bloc-notes de Jean-Michel Salaün.
Resterait à faire une analyse semblable en rapport avec les pratiques éducatives…
Identité et communautés virtuelles
Dans la suite des réflexions de la semaine dernière sur le contrôle des renseignements que nous sommes prêts ou non à partager pour joindre une communauté virtuelle, je retiens cet extrait de commentaire de Virginie Clayssen en rapport avec Babelio (un site à découvrir, par ailleurs):
« Que partager, pourquoi, et avec qui ? Est-ce que l’on ne fait que s’offrir soi-même en pâture aux marchands, en dévoilant ainsi sur le web ses goûts, ses lectures ? Qu’est-ce qui fait qu’on le fait quand-même, le sachant ? Quel avantage on va en retirer ? Quel intérêt ? Pourquoi cela m’a fait plaisir de voir que quelques personnes m’avaient ajouté dans leurs “bibliothèqes préférées” ? Pourquoi étais-je contente de voir que j’avais en commun pas mal de livres avec quelques personnes que je connais ? C’est bien sûr cette question-là qui est au centre de ces problématiques de “communautés virtuelles” »
Créations Othalla
Impossible de passer sous silence le lancement du site des Créations Othalla, grâce auxquelles mon grand ami Nicolas Faucher peut (enfin) rendre visible une petite partie de l’imagination et de la créativité qui l’habite. Beaucoup de très beau travail — et très bien présenté.
Je vous invite chaleureusement à aller découvrir rapidement les univers de Briselune, d’Arkeo, et du Royaume de l’ombre ainsi que les projets didactique de Nicolas (qui est aussi enseignant de biologie). C’est ici…
Le théatre d’été selon Joseph Facal
Joseph Facal a publié dans les derniers jours un texte qui me semble particulièrement important dans le contexte où nous assistons au Québec (et en France) à des bouleversements qui pourraient donner lieu à un renouvellement des pratiques politiques.
Sous le titre Théâtre d’été, l’ex-ministre-le-plus-présent-dans-la-blogopshère rappelle que:
« Un politicien […] peut très difficilement dire qu’il ne sait pas. […] Même chose devant un problème impossible à résoudre. Pour un politicien, l’admettre ne sera pas vu […] comme une franchise de bon aloi, mais comme un aveu d’impuissance et d’incompétence. […] »
« Il est donc toujours obligé de faire semblant qu’il sait ou qu’il peut faire quelque chose ou, au moins, qu’il est sensible aux tracas des gens. Montrer en tout cas qu’il ne reste pas les bras croisés. Bouger même si c’est pour n’aller nulle part. »
Tous ceux qui ont formulés des commentaires à la suite du texte semblent partager ce constat et s’entendre pour le déplorer — mais bien peu osent s’aventure à formuler des solutions à ce qui prend au fil de la conversation des allures de faiblesse de la démocratie alors qu’il ne s’agit en fait que de mauvaises habitudes pris dans l’exercice de la démocratie. Je ne crois à aucune fatalité en ce domaine — je crois profondément qu’il n’en tient qu’aux hommes et aux femmes politiques (et à ceux qui les élisent) de changer ces habitudes.
À cet égard, en réaction à un commentaire de Michaël Carpentier, Joseph Facal précise:
« …[qu’]on ne peut pas non plus TOUT dire ce qu’on pense TOUT LE TEMPS. En fait, c’est sans doute René Lévesque qui a montré la voie. Il disait : «je ne peux pas dire tout ce que je pense, mais je pense tout ce que je dis». »
Tout en étant d’accord avec cela, je pense que ce paragraphe illustre bien la faiblesse du texte dans son ensemble. Parce que le problème, au fond, ce n’est pas qu’un politicien choisisse ce qu’il dit et ce qu’il tait (on le fait tous continuellement) — c’est qu’il manque de respect aux citoyens en ne s’obligeant pas toujours à formuler des raisonnements complets.
Un raisonnement complet suppose, par exemple, de dire:
« Je pense que… parce que… et par conséquent je propose que… »
…quand on a quelque chose à proposer — ou:
« On constate que… cela a pour effet ceci et cela… et je n’ai malheureusement pas encore de proposition pour corriger la situation… reparlons-en le mois prochain… je m’engage à faire un suivi avec vous à cette date. »
…si on ne sait pas!
D’une certaine manière, le texte pèche précisément par ce qu’il dénonce parce que son auteur évite de formuler des propositions qui permettrait de palier à ce qu’il déplore: il se contente de formuler la part consensuelle — au risque d’alimenter le cynisme contre lequel il voudrait lutter.
Nous serions d’autant plus en droit de s’attendre à une proposition de la part de l’auteur, il me semble, qu’il ajoute, toujours en réponse à un commentaire:
« Je suis aussi entièrement d’accord avec ceux d’entre vous qui pensent que le peuple voit de plus en plus clairement ce théatre pour ce qu’il est, et que cela explique au moins une partie du cynisme actuel des gens. »
Pour moi, le devoir des intellectuels — ce qu’est indéniablement Joseph Facal — c’est de proposer. Le commentaire est insuffisant.
Je crois personnellement que le principal obstacle à cette autre manière de faire la politique est probablement l’instantanéité que tentent de nous imposer certains médias qui trouvent avantage à faire de la politique un spectacle. On s’attend aujourd’hui à ce qu’un politicien ait une idée sur tout à tout moment. Un pont s’écroule, il faudrait qu’il sache déjà de quelle manière il faut modifier la gestion des milliers d’autres que compte le pays. C’est renier la complexité du monde dans lequel on vit et l’interdépendance des sujets qui sont confiés au monde politique (qui, par définition, s’intéresse ce qui implique des choix de société difficiles, des arbitrages financiers, etc.).
Pour cette raison, il me semble plus important que jamais d’inscrire l’action politique dans le temps. Cela veut évidemment dire de faire moins de place aux sondages et de laisser le temps aux gens de réfléchir, mais cela veut aussi dire d’exiger de nos hommes et de nos femmes politiques de dire ce qu’elles pensent plus régulièrement, d’exprimer les valeurs qui les guident, et de partager plus ouvertement leurs convictions. D’écrire aussi — d’avoir le courage de s’exprimer en sachant que c’est aussi sur la base de ce qu’ils ont dit dans le passé que nous les jugerons dans le futur — et que s’ils ont généralement été cohérents, qu’ils n’ont pas fait preuve de trop d’opportunisme, nous saurons leur accorder le droit de ne pas tout avoir sur le champ ou de ne pas avoir d’idée sur tout au moment précis où on le demande — et même le droit à l’erreur et celui de changer d’idée! Tout est dans la rigueur et l’exigence qu’on s’impose. La voie facile, celle par laquelle on choisi de ne s’exprimer que quand on est forcé de le faire, n’est pas une voie compatible avec le renouvellement des pratiques politiques.
C’est bien d’ailleurs pourquoi les blogues, par l’ouverture et la perspective constructiviste qu’il permet d’avoir sur la pensée des uns et des autres (des simples citoyens comme des politiciens qui acceptent de jouer le jeu) sont aussi intéressants, et de plus en plus indispensables, d’un point de vue démocratique. Je suis ravi que Joseph Facal partage ce point de vue et qu’il tienne son propre blogue. C’est d’ailleurs pourquoi je me permets de réagir à son texte en l’invitant à prolonger sa réflexion qui me semble encore bien incomplètement formulée.
J’ai pour ma part candidement (?) formulé il y a quelques mois un certain nombre de propositions qui pouvaient s’inscrire dans cette voie. Je les reporte ici afin qu’elles puissent alimenter la discussion.
Certes, la situation est déplorable. Alors, on fait quoi?
Des vacances, du bonheur et du rêve
Je suis en vacances depuis quelques jours. J’en avais bien besoin. J’en profite pour m’abreuver des rires d’enfants, pour lire, pour marcher, pour prendre l’air, pour cogiter et pour écrire — notamment pour en découdre dans la complicité avec quelques amis en rapport avec le sujet de l’heure sur Internet.
Entre les journaux et quelques romans, je lis avec beaucoup de plaisir le dernier numéro du Monde de l’éducation (juillet-août 2007) qui a pour thème « une autre école — les penseurs, les acteurs, les passeurs ». C’est une parfaite lecture estivale composée de courts textes, stimulants sans être trop lourds ou trop denses. Quatre vingt pages qui situent le lecteur au coeur de l’avènement de cette « autre école ».
Et justement, entre autres discussions (autour de bons petits plats à Paris ou par courriel avec Québec et Wendake), je retiens pour guider mes prochaines lectures cette question qui résume bien, je crois, la perspective avec laquelle je souhaite continuer à réfléchir sur l’éducation:
« Comment inventer une éducation qui, à l’échelle d’une ville, permet à l’être humain d’apprivoiser la liberté et de participer, de plein droit, à l’Aventure humaine? Une éducation qui valorise à la fois la sérennité que procure le bonheur au présent et l’insatisfaction qui accompagne le rêve et le désir d’un autre demain? »
La semaine prochaine je serai loin de toute connexion à Internet, au coeur de la montagne, et j’aurai cette question à l’esprit.
Facebook, non merci!
En réponse à la question de Mario…
Disons-le d’entrée de jeu, Facebook est un environnement de mise en réseau d’une redoutable efficacité. C’est un des systèmes les plus impressionnants que j’ai vu sur le Web depuis plusieurs mois, voire des années. Je continue d’ailleurs à l’explorer, poussé à la fois par le besoin de comprendre son fonctionnement (fascinant!) et par une forme d’addiction caractéristique de tous les systèmes qui s’appuient sur le partage continu d’information entre « amis ».
Bien sûr que Facebook permet d’interagir avec les gens — de le faire mieux, ça je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.
Bien sûr que Facebook regroupe des gens de qualité — permet-il d’échanger autrement avec eux, je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.
Bien sûr que Facebook est un outil qui permet de soutenir le développement d’une communauté d’apprentissage — mais à quel prix?
Mais à quel prix?
Au prix d’accepter que les gens qui contrôlent le déploiement de mon réseau puissent commercialiser librement tous les renseignements qu’ils possèdent à mon sujet — ceux que j’ai accepté de leur confier volontairement comme ceux qui se révèleront de l’usage que je fais de leur système (et qui se multiplient de façon effarante à mesure que se développent des applications en vertu de la Facebook Platform for third-party developers).
Parce que la clé de voûte de tout le système Facebook est l’invraisemblable espace de confiance qu’ils ont réussi à créer et qui fait en sorte que les utilisateurs acceptent de divulguer librement — et sans aucune précaution— un très grand nombre de renseignements personnels, sur lesquels ils n’auront plus aucun contrôle par la suite (ni le lendemain, ni dans cinq ans ou dans dix ans). Pire, le système amène même insidieusement les utilisateurs à accepter que ces renseignement soient transmis à des tiers presque sans notre autorisation — et qu’elles soient mises à jour au fil du temps, pratiquement à leur insu. Je pense que c’est comme une moissonneuse de renseignements personnels qu’on peut le mieux décrire Facebook d’un point de vue économique.
Et c’est là que je sors de ma zone de confort. C’est là que je décroche. C’est là que je choisi de ne pas miser sur un système aussi dangereux — aussi puissant soit-il.
C’est là que je choisi de ne pas m’appuyer sur un système auquel je n’accepterais pas d’exposer un enfant ou un ado — parce que je pense qu’il n’est pas possible, à ces âges d’évaluer les conséquences des traces qu’on laisse dans pareil système.
Évidemment, je mesure bien la limite de mon argument, parce que les jeunes n’attendent pas qu’on les invite pour investir ces lieux enchanteurs, et je ne veux pas abdiquer mes responsabilités d’éducateur. À l’évidence, ils faut apprendre aux enfants et aux ados à maîtriser leur identité numérique! — mais je ne pense pas que Facebook soit un bon endroit pour le faire — trop rapide, trop opaque, trop mystificateur et, surtout, trop peu maîtrisable par l’utilisateur.
L’attrait de pareils systèmes ne doit pas nous faire oublier que ce n’est pas par hasard si un grand nombre de pays ont mis en place des lois pour encadrer le droit de chacun de contrôler, un tant soit peu, l’information qui circule à son sujet.
Il y a des dangers bien réels associés au développement des bases de données de renseignements personnels. Nous pourrions en parler longuement — et sans doute cela sera-t-il utile de le faire prochainement — mais pour le moment, la non prise en compte de ces dangers dans l’environnement Facebook me semble suffisante pour en décourager l’utilisation de façon assez générale.
…sinon pour favoriser sa compréhension dans une perspective éducative, ce qui m’autorise à continuer à l’utiliser avec modération — heureusement, aie-je envie d’ajouter avec humour!
Plus sérieusement, je pense qu’il ne faut pas détourner notre attention, c’est encore dans les blogues, les fils RSS et les wikis (sous leurs diverses formes) que se trouvent les outils dont nous avons besoins pour inventer de nouveaux contextes éducatifs mieux adaptés au XXIe siècle. Il faut continuer de miser sur des outils qui accordent un beaucoup plus grand contrôle aux utilisateurs. Cela me semble absolument indispensable dans un contexte où l’éducation doit plus que jamais s’appuyer sur la créativité, la solidarité et la pratique de la liberté.
Dans ce contexte, Facebook… non merci!