Première conclusion… à chaud

Toujours au sujet de la non-conférence…

J’étais un peu perplexe ce matin sur la possibilité de gérer à la fois le local et le distant de façon satisfaisante pour tous.

De mon point de vue, à distance, c’est un succès, mais j’espère que cela ne se sera pas fait au dépend du local — où les contraintes étaient sans doute nombreuses, le contexte un peu statique et les conversations un peu figées — tous les yeux sur son ordinateur et le casque sur les oreilles.

Le « une personne à la fois » a peut être un peu trop marqué la discussion, il manquait peut-être un peu de souplesse — je ne sais pas… Je répète que, pour ma part, j’ai eu plus que je n’attendais en participant à distance. Je pense que cela tient beaucoup à la qualité de l’organisation et de l’animation de la journée.

Quoiqu’il en soit, pour moi, ce type de rencontre est surtout un tremplin pour des jours et des semaines de discussions encore plus riches — un catalyseur pour nos échanges.

J’ai envie de conclure en suggérant que notre défi dans la prochaine année est peut-être de donner davantage la parole aux enfants dans les débats sur l’éducation, la réforme, l’évaluation, etc. — notamment (surtout?) en faisant appel aux outils que nous offre le Web 2.0. Je pense que c’est à nous de créer les contextes qui leurs donneront le goût de s’exprimer et les moyens de se faire entendre.

Quand nous parlerons du réseau éducatif il ne faudra jamais oublier qu’ils en sont plus que jamais partie prenante.

Évidemment les fruits de la journée sont maintenant à lire, annoter, enrichir, compléter, relire, réfléchir… à partir d’ici.

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Education 2.0 ?

Est-ce qu’une des questions n’est pas de savoir quelle place on peut faire aux enfants dans le fonctionnement de l’école? Comment on peut passer d’un contexte où les adultes contrôlent complètement l’environnement d’apprentissage à un environnement où les adultes le maîtrisent, mais en valorisant davantage l’apport des élèves, même quand il est subversif (parce que c’est bien ce dans quoi le web 2.0 est le meilleur, non?)?

[toujours dans le cadre de la non-conférence]

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Prise de notes — 1

Expérience intéressante avec la non-conférence. Près de 40 participants, relativement peu de difficultés techniques. Le principal défi est de mettre en place une discussion souple, avec autant de gens sur place qu’à distance.

La première partie a été un peu laborieuse à cet égard, mais après une pause qui a permis aux gens sur place de faire connaissance de façon un peu plus chaleureuse, la deuxième partie de la matinée (heure de Québec) s’est beaucoup mieux déroulée. Je suis très curieux de voir quel bilan nous ferons de tout ça à la fin de la journée (et en particulier quel bilan les participants sur place feront des avantages et contraintes de la participation distante).

Une partie des notes est prise en direct à l’intérieur de la plateforme de vidéoconférence Via, et donc réservée aux participants, et une autre en parallèle dans le wiki de la conférence.

Pour le moment, deux heures après le début, ce qui m’indispose encore un peu c’est que je ne vois pas clairement s’il y a un projet social ou éducatif derrière notre discussion… Pourquoi tout ça? Quelles motivations/objectifs partageons-nous? Qu’est-ce qui justifie tous ces efforts?

Heureusement, il reste encore du temps pour peut-être aborder ces questions…

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Gérer une ville comme une business ?

Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:

« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »

Cela ne me plaît pas.

Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.

Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.

Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.

Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.

Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.

Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!

Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.

Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?

Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.

C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.

Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.

Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.

Contraste

Ici: « Moi, j’invite les enseignants progressistes à revendiquer leur autonomie professionnelle, individuelle et collective et à prendre leurs responsabilités pour faire avancer les idées-forces d’un véritable renouveau. »

: « Quant à moi, dans mon rôle de conseiller pédagogique, j’apprendrai par coeur le discours que je dois maintenant tenir. Après tout, c’est pour ça que je suis payé… »

Cri du coeur d’un libraire

« Eteignons ces p… de téléviseurs et frénétiquement, délicieusement, voracement, doucement, emparons-nous d’un livre, et demain, devant l’étalage de ce bienheureux libraire en sifflant ou chantant, armé d’un sourire, trouvons le temps de flâner et de converser. »

À lire sur BiblioObs, le nouveau site littéraire mis en place par le Nouvel Observateur et Rue 89.

Quel leadership?

Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.

Lire la suite de « Quel leadership? »

La force de la culture québécoise et la chance de l’immigrant

« …il garde toujours en tête le proverbe marocain hérité de son père, qui dit ceci: «Lorsque votre hôte vous déroule son tapis, ayez la bienséance de vous déchausser.»

«Mon père m’a toujours dit: avant d’être chez toi, tu es invité. Il faut respecter cette crainte de l’autre. Tout ne nous est pas dû. Il y a un passage. Il y a un devoir d’intelligence.

C’est un extrait d’une chronique de Rima Elkouri à lire comme une bouffée d’air frais dans le contexte du démarrage un peu turbulent de la commission Bouchard-Taylor.

Si tu oublies le futur tu perds le présent

« Moi, j’ai compris très tôt qu’une vie, ça passe en un rien de temps, en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l’échéance, si avides de maintenant pour ne pas penser à demain… Mais si on redoute le lendemain, c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui, vous voyez ?

Donc (…) Il faut vivre avec cette certitude que nous vieillirons (…) Et se dire que c’est maintenant qui importe : construire, maintenant, quelque chose, à tout prix, de toutes ses forces. (…) Gravir pas à pas son Everest à soi et le faire de telle sorte que chaque pas soit un peu d’éternité.

Le futur, ça sert à ça : à construire le présent avec des vrais projets de vivants.»

Extraits de: Muriel Barbery, L’Élégance du hérisson, Gallimard, France, 2006, pp.133-137.

Merci à mon père pour ce clip!

Mario voulait savoir…

Dans un commentaire laissé en réaction à mon texte Où s’en va l’éducation, Mario me demandait il y a quelques jours de quelle façon mes deux années passées en France ont pu teinter ma réflexion sur l’éducation. En d’autres termes, si j’ai bien compris, il me demandait de préciser en quoi mes idées sur le sujet ont pu évoluer depuis deux ans.

Je présume que Mario m’interroge à ce sujet parce qu’il trouve que je n’ai pas suffisamment témoigné de cette évolution au cours des vingt-quatre derniers mois — n’écrivant pas assez régulièrement sur mon blogue. Il a bien raison.

Alors, je me lance pour une première version de cette réflexion — à parfaire dans les prochains jours/semaines.

Je pense que j’ai une vision de plus en plus culturelle et de moins en moins scolaire de l’éducation. L’école est certes (à l’évidence!) un outil indispensable à l’éducation mais la réforme des systèmes scolaires m’apparaît de plus en plus insuffisante pour permettre à une société de conserver la maîtrise de son développement et de pouvoir assurer une vie heureuse à toutes les personnes qui la composent (surtout quant on pense aux invraissembables efforts que ces réformes exigent!).

Je suis plus convaincu que jamais que les nouvelles technologie de la communication sont INDISPENSABLES au fonctionnement de nos systèmes politiques — et donc à l’élaboration des projets de société dont dépendent nos visions de l’éducation. Je n’ai rien perdu de ma conviction dans le potentiel démocratique des blogs, des wikis, des médias communautaires, etc. — au contraire, je ne cesse de m’émerveiller devant les exemples de leur fonctionnement encore plus efficace et puissant que je pouvais le croire!

Je suis de plus en plus intéressé par la profonde transformation du rôle des médias dans le fonctionnement de la société — j’en suis même parfois à penser que leur rôle ne sera bientôt plus de « critiquer le pouvoir politique », comme on l’a souvent dit, mais d’animer l’espace démocratique et de rendre audible ce qui, dans la rumeur, permet de reconstituer une véritable agora (un espace public qui était possible avec un petit nombre de personnes ayant droit de parole, mais qui n’est pas spontanément possible avec une parole aussi largement distribuée).

Pour cette raison, je commence à accepter l’idée que les excès des uns sont davantage dans l’intérêt public que le silence ou les excès de nuances des autres — et, qu’en ce sens, il conviendrait parfois davantage de condamner ceux qui hésitent ou refusent de s’engager dans le débat public que ceux qui le font… même maladroitement. Je pense qu’il faut davantage utiliser notre capacité à faire des nuances dans l’écoute que nous faisons de l’opinion d’autrui que dans la formulation de nos propres idées.

Je continue de croire que le rôle des intellectuels, particulièrement dans ce contexte, n’est pas d’apporter des nuances sur les idées d’autrui, mais de s’appuyer sur leur compréhension approfondie des dossiers pour prendre le risque de formuler des propositions — au risque qu’elles ne soient pas retenues. La force de proposition des intellectuels nous est plus indispensable que jamais, il faut trouver des manières ingénieuses de les encourager à s’engager dans le débat public.

Je suis aussi de plus en plus convaincu du potentiel éducatif des médias — je vais parfois jusqu’à penser qu’une partie de la mission qui a été confiée à l’école au cours du dernier siècle pourrait éventuellement être assumée par de nouvelles formes médiatiques. Une réflexion à poursuivre….

Je continue évidemment — et plus que jamais! — à croire dans la symbiose de l’espace urbain et de l’espace éducatif — de l’espace où l’on vit (ensemble) et de l’espace où l’on apprend. Parce qu’il n’y a pas d’apprentissage sans projet et que la cité, c’est le projet par excellence; celui, le seul, qui conditionne et dont dépend notre quotidien, notre rapport à l’autre proche, à demain. Et là-dessus mon expérience parisienne m’a appris la force des événements festifs (comme la Fête de la musique, par exemple) et des projets d’infrastructure collective (comme les Vélib’ et le Tramway, par exemples).

Et, par dessus tout (peut-être), je suis de plus en plus convaincu qu’on peut profondément faire confiance aux gens, à la population, comme groupe, à la foule — que quand on lui propose un projet stimulant, quand on lui offre l’occasion de s’engager, elle sait le reconnaître et la saisir avec enthousiasme. Je suis de plus convaincu qu’avec de bons moyens de communication et des nouveaux médias efficaces, cette foule saura généralement reconnaître le projet dans lequel s’engager, celui « qui a du sens » — un sens qu’il est plus que jamais de la responsabilité des élus et des pouvoirs politiques de savoir mettre en évidence. Un pari fou? Peut-être… mais aussi une utopie que je crois de plus en plus nécessaire!

Ce n’est sans doute pas très clair tout ça… mais j’ai quand même envie de le publier ainsi pour profiter des réactions de Mario (qui ne regrettera sans doute pas d’avoir posé sa question!) et d’autres lecteurs… et en faire éventuellement une version améliorée.

Où s’en va l’éducation?

Pendant que ça se chamaille vigoureusement à l’hôtel de ville de Québec et que plusieurs amis m’écrivent et me téléphonent à ce sujet (j’y reviendrai dans quelques jours) d’autres m’interpellent aussi (heureusement) sur d’autres sujets.

C’est ainsi que j’ai pris quelques instants la semaine dernière pour répondre à deux amis qui me transmettaient la/les questions suivantes :

Questions :

« …je te rappelle que je veux discuter avec toi afin de te consulter à propos de ta vision de l’éducation. Vers où allons-nous? Le système actuel, qui est basé sur une organisation plutôt traditionnelle de l’enseignement est-il en train de s’effriter? Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Comment?

[…] allons-nous produire au cours des prochaines années, autant de PH D qu’avant? Les jeunes d’aujourd’hui ne sont-ils pas enclins à viser le court terme sans trop d’efforts? Sont-ils plus paresseux qu’avant?

[…] Finalement, où s’en va l’éducation? »

Manquant de temps pour répondre « posément », j’ai opté pour une écriture spontanée — « d’un trait » — quitte à ce que mon texte manque de quelques nuances. Après tout, si j’avais bien compris, l’objectif était surtout de lancer une discussion entre nous… que j’élargi maintenant en déposant ici mes quelques éléments de réponses. À vous !

Éléments de réponses :

Une vision de l’éducation ? Déjà, je ne sais pas trop si la question est bien posée, parce qu’en réalité il n’y a pas de vision de l’éducation sans une vision préalable de la société. L’éducation est forcément politique, il faut l’assumer. Alors, inévitablement la question de la vision de l’éducation est directement liée à celle du projet de société dans lequel on croit. Une société égalitaire? inégalitaire? Une société qui valorise la diversité, parce que c’est à la base de la créativité, et de l’innovation — et qu’il s’agit là de deux aptitudes indispensables, tant au plan individuel que collectif, dans un monde où le rythme des changements s’accélère?

En tous cas, pour moi c’est cela: je crois dans une société dont la loi est fondée sur l’égalité des personnes, évidemment, mais qui, au quotidien, privilégie l’équité à l’égalité, parce que cela reconnaît mieux le fait que chacun est différent et qu’il est important de savoir reconnaître les forces de chacun, les valoriser, les développer — quelles qu’elles soient.

Ma vision de l’éducation est au service de ce projet de société. Je crois dans une éducation qui libère; dans une éducation qui créé des espaces de liberté; dans une éducation qui invite à penser autrement, à miser sur l’utopie, à inventer demain; jamais à le subir.

L’éducation qui asservit, celle qui emprisonne, celle qui dit quoi penser et celle qui demande aux uns d’accepter que ce sont les autres qui décideront plus tard parce qu’ils sont plus intelligents ou plus doués… cette éducation, il faut souaiter qu’elle disparaisse Et elle disparaitra ! Je suis serein. Il est inutile de combattre. Vaut mieux construire.

Construire. C’est le maître mot. Il faut donner l’occasion aux enfants d’apprendre que le monde est à construire, à imaginer, à bâtir. Le reste suivra. Inutile de se battre contre quoi que ce soit; vaut mieux se battre pour ce dans quoi on croit. L’éducation doit être positive, éternellement positive.

Comment on fait? Je ne sais pas trop. Ce que je sais, toutefois, c’est que les enfants accepteront de moins en moins de subir l’éducation; ils souhaiteront y prendre une part de plus en plus active. Ils l’exigeront — comme un droit. Ils exigeront d’avoir leur mot à dire sur l’environnement dans lequel ils apprennent, sur la nature de ce qu’ils apprennent; jusque sur les méthodes qui leur doivent leur permettre d’apprendre. Ça ne veut pas dire qu’ils n’accepteront pas de faire autre chose que ce que leur nature leur suggérerait spontanément de faire; cela ne veut pas dire qu’ils rejetteront l’enseignement dit « traditionnel ». Cela veut simplement seulement dire que les enfants ont déjà rès bien compris que l’éducation est un processus d’engagement et qu’ils ne voient pas très bien pourquoi ils faudrait attendre d’être sortis de l’école pour faire de l’engagement une dimension essentielle de leur vie — avec tout ce que cela peut impliquer de remise en question et de subversion.

Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Qualité? Quelle qualité? de quoi parle-t-on? les enfants sont, par définition, aussi bien ancrés dans la société qui les a vu grandir que ceux des générations précédentes. Forcément! puisqu’ils en sont les fruits. Il est par conséquent injuste de poser la question ainsi — je préfèrerais qu’elle soit posée à l’inverse. Est-ce que l’école est un milieu d’apprentissage de la même qualité qu’avant? Aie-je besoin de répondre? Je ne crois pas. Et ce n’est la faute de personne — sinon de nous tous qui n’avons pas mis au premier rang des valeurs de faire en sorte que l’école évolue avec la société dont elle doit contribuer au développement.

Je suis sévère — sans doute un peu trop — mais c’est avec la meilleure des intention, pour les fins de la discussions.

Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Je suis toujours sidéré devant ce genre de question! Quelles technologies? Utilisées de quelle façon? Pour quels apprentissages?

Mais ÉVIDEMMENT que les technologies contribuent à l’amélioration des apprentissages quand elles sont mises à contribution pour donner du sens aux efforts qui sont nécessaires pour apprendre!

Et bien sûr que non, les technologies ne contribuent pas à l’amélioration des apprentissages quand elles sont utilisées pour faire oublier des déficiences pédagogiques ou pour dissimuler l’absence d’un projet de société fort, qui soit source d’inspiration pour les élèves — un projet qui les portent à dire « crime, moi j’ai envie de vivre dans la société que ce prof là me décrit; j’ai envie de suivre ses conseils pour y arriver; j’ai envie d’y croire, d’y apporter ma contribution et de faire les efforts nécessaires pour que cela devienne réalité ».

Oui oui, apprendre à lire, quand on a cinq ans, c’est une manière de changer le monde; de changer son monde — d’acquérir la capacité d’imaginer un autre monde, celui où on rejoindra l’Autre, Ailleurs, Demain. Les enfants le sentent bien !

Alors allons-nous produire plus de PhD qu’avant? Je n’en sais rien! Pire, je m’en fous un peu ! On ne décrète pas le nombre de PhD qu’une société peut produire. On ne peut pas donner le goût à quelqu’un de faire un Phd. On ne peut que donner le goût à quelqu’un d’APPRENDRE — condition sine qua non à l’acceptation des efforts nécessaires pour faire un PhD !

Pour cette raison, ce qui m’importe plus que le nombre de PhD que le Québec « produira» dans les prochaines années, c’est que nous arrivions à augmenter le nombre de personnes qui se disent « en train d’apprendre quelque chose ». L’essentiel c’est qu’il y ait un maximum de personnes dans la société qui ait un rapport positif, enthousiaste à l’apprentissage. Il faut que les gens aient toujours le goût d’apprendre quelque chose… parce que quand on apprend, on se projette forcément dans le futur, parce qu’apprendre cela nous transforme et on doit forcément se demander qui on sera « après avoir appris » et que quand on s’imagine différent demain, on accepte le fait que le monde change, et qu’il est nécessaire de s’adapter, et on adopte par le fait même une attitude d’ouverture, de créativité et on accepte plus facilement l’innovation, parce que cela fait partie de la vie — parce que c’est une question de santé publique !

Je crois profondément qu’une société qui s’inquiète du nombre de PhD qu’elle produit est une société qui n’a pas confiance dans ses écoles primaires — parce que si celles-ci jouaient pleinement leur rôle… nous n’aurions pas à nous inquiéter de ne pas avoir assez de gens passionnés pour étudier pendant vingt ans — voire plus — et décrocher un PhD.

Ce ne sont pas des incitatifs fiscaux pour les études de troisièmes cycles qu’il nous faut ! Ce sont des écoles primaires de qualité — en tout premier lieu ! — ce sont des écoles qui donnent le goût d’apprendre ! C’est là qu’il faut investir de façon prioritaire, pour donner à tout le monde l’occasion de découvrir le plaisir d’apprendre… de le découvrir jeune, et ce, quel que soit le milieu socio-économique dont on est issu.

Les jeunes d’aujourd’hui viseraient le court terme, sans trop d’efforts? Encore une fois c’est question de paradigme! Dans la réalité, ce qui demande des efforts à un enfant c’est d’avancer dans la vie sans savoir ce qui l’attend ni même l’influence qu’il a sur ce devenir — c’est cela demande un effort intellectuel et émotif considérable. Dans cette perspective, il n’est étonnant que plusieurs jeunes n’aient aujourd’hui que peu d’efforts à consacrer à l’école! Offrons leur des projets de société stimulants, donnons leur envie de croire dans leur avenir et dans leur capacité d’en être maîtres — ou à tout le moins des acteurs essentiels ! — et voyons ensuite si les enfants font malgré cela le choix de la facilité, du court terme et de l’effort minimal. Je n’y crois pas un instant !

Commençons donc par faire confiance aux enfants en cessant de les comparer aux générations précédentes, nous aurons alors déjà fait une bonne partie du chemin!

Où s’en va l’éducation? L’éducation ne va nulle part d’elle même ! L’éducation est un vaisseau qui mène une société d’aujourd’hui vers demain – et c’est nous qui sommes à la barre. Bien entendu ! Encore faut-il savoir quelle destination nous comptons rejoindre… Quel est notre projet de société ? Que proposons-nous aux enfants ? Qu’est-ce qui leur permet de croire possible de vivre en harmonie les uns les autres — ainsi qu’avec ceux qui les ont précédés et ceux qui les suivront — et cela, tout en caressant des rêves aussi divers que nombreux ? Que le proposons-nous ? Quel projet leur offrons-nous ?

En l’absence de réponse claire à ces questions, c’est vers nous qu’il faudra nous retourner, pas vers les enfants. Ils ne sont certainement pas responsables de notre incapacité à leur proposer « un monde meilleur ».

La formulation de ce projet, c’est bien tout le défi de l’éducation. Vous ne croyez pas?