Les citoyens et les infrastuctures

Je rêve de voir cela prendre forme aussi à Québec, comme à Merced.

C’est une idée aussi brillante que simple, pour laquelle nous avons toute l’expertise à la portée de la main.

J’imagine ça réalisé par Poly9 et iXmédia, puis rendu accessible sur Québec Urbain en association avec ZapQuébec.

Je ne doute pas que cela pourrait par la suite intéresser la ville de Québec, qui fait déjà de gros efforts pour mieux informer les citoyens des travaux d’infrastructure en cours (notamment les travaux routiers) et pour leur permettre de lui signaler des travaux à entreprendre, par exemple. Tout cela pourrait aussi être intégré à la carte du « Projet infrastructure de Québec ».

Mise à jour:
Cela devrait aussi intéresser les médias de la région. Francis Pisanni explique ainsi pourquoi, reprenant le message initial de Jeff Jarvis:

« Jeff Jarvis, professeur de journalisme plein d’idées a utilisé son blog pour lancer un appel aux médias peu de jours après la catastrophe de Minneapolis. Mettez une carte Google sur votre site, leur conseille-t-il. Ajoutez-y Platial (qui permet à chacun de créer les cartes de son choix en y indiquant les lieux important pour lui/elle) et invitez vos lecteurs à y indiquer les infrastructures qu’ils jugent dangereuses. Ça vous permettra d’avoir une quantité d’informations que vous n’auriez jamais autrement. Puis, faites votre métier: allez-voir sur place. Produisez des reportages, informez votre public en détail.

Spock

Si j’avais besoin d’autre chose pour me convaincre qu’il est plus que temps d’arrêter de disséminer des informations personnelles dans toutes sortes de services et de systèmes qui n’en assurent pas la protection, voici cette chose: Spock.

On en parle ici et , notamment.

Bonne lecture. Et prenez garde… ça laisse un petit arrière goût amer.

Identité et communautés virtuelles

Dans la suite des réflexions de la semaine dernière sur le contrôle des renseignements que nous sommes prêts ou non à partager pour joindre une communauté virtuelle, je retiens cet extrait de commentaire de Virginie Clayssen en rapport avec Babelio (un site à découvrir, par ailleurs):

« Que partager, pourquoi, et avec qui ? Est-ce que l’on ne fait que s’offrir soi-même en pâture aux marchands, en dévoilant ainsi sur le web ses goûts, ses lectures ? Qu’est-ce qui fait qu’on le fait quand-même, le sachant ? Quel avantage on va en retirer ? Quel intérêt ? Pourquoi cela m’a fait plaisir de voir que quelques personnes m’avaient ajouté dans leurs “bibliothèqes préférées” ? Pourquoi étais-je contente de voir que j’avais en commun pas mal de livres avec quelques personnes que je connais ? C’est bien sûr cette question-là qui est au centre de ces problématiques de “communautés virtuelles” »

Créations Othalla

Impossible de passer sous silence le lancement du site des Créations Othalla, grâce auxquelles mon grand ami Nicolas Faucher peut (enfin) rendre visible une petite partie de l’imagination et de la créativité qui l’habite. Beaucoup de très beau travail — et très bien présenté.

Je vous invite chaleureusement à aller découvrir rapidement les univers de Briselune, d’Arkeo, et du Royaume de l’ombre ainsi que les projets didactique de Nicolas (qui est aussi enseignant de biologie). C’est ici…

Le théatre d’été selon Joseph Facal

Joseph Facal a publié dans les derniers jours un texte qui me semble particulièrement important dans le contexte où nous assistons au Québec (et en France) à des bouleversements qui pourraient donner lieu à un renouvellement des pratiques politiques.

Sous le titre Théâtre d’été, l’ex-ministre-le-plus-présent-dans-la-blogopshère rappelle que:

« Un politicien […] peut très difficilement dire qu’il ne sait pas. […] Même chose devant un problème impossible à résoudre. Pour un politicien, l’admettre ne sera pas vu […] comme une franchise de bon aloi, mais comme un aveu d’impuissance et d’incompétence. […] »

« Il est donc toujours obligé de faire semblant qu’il sait ou qu’il peut faire quelque chose ou, au moins, qu’il est sensible aux tracas des gens. Montrer en tout cas qu’il ne reste pas les bras croisés. Bouger même si c’est pour n’aller nulle part. »

Tous ceux qui ont formulés des commentaires à la suite du texte semblent partager ce constat et s’entendre pour le déplorer — mais bien peu osent s’aventure à formuler des solutions à ce qui prend au fil de la conversation des allures de faiblesse de la démocratie alors qu’il ne s’agit en fait que de mauvaises habitudes pris dans l’exercice de la démocratie. Je ne crois à aucune fatalité en ce domaine — je crois profondément qu’il n’en tient qu’aux hommes et aux femmes politiques (et à ceux qui les élisent) de changer ces habitudes.

À cet égard, en réaction à un commentaire de Michaël Carpentier, Joseph Facal précise:

« …[qu’]on ne peut pas non plus TOUT dire ce qu’on pense TOUT LE TEMPS. En fait, c’est sans doute René Lévesque qui a montré la voie. Il disait : «je ne peux pas dire tout ce que je pense, mais je pense tout ce que je dis». »

Tout en étant d’accord avec cela, je pense que ce paragraphe illustre bien la faiblesse du texte dans son ensemble. Parce que le problème, au fond, ce n’est pas qu’un politicien choisisse ce qu’il dit et ce qu’il tait (on le fait tous continuellement) — c’est qu’il manque de respect aux citoyens en ne s’obligeant pas toujours à formuler des raisonnements complets.

Un raisonnement complet suppose, par exemple, de dire:

« Je pense que… parce que… et par conséquent je propose que… »

…quand on a quelque chose à proposer — ou:

« On constate que… cela a pour effet ceci et cela… et je n’ai malheureusement pas encore de proposition pour corriger la situation… reparlons-en le mois prochain… je m’engage à faire un suivi avec vous à cette date. »

…si on ne sait pas!

D’une certaine manière, le texte pèche précisément par ce qu’il dénonce parce que son auteur évite de formuler des propositions qui permettrait de palier à ce qu’il déplore: il se contente de formuler la part consensuelle — au risque d’alimenter le cynisme contre lequel il voudrait lutter.

Nous serions d’autant plus en droit de s’attendre à une proposition de la part de l’auteur, il me semble, qu’il ajoute, toujours en réponse à un commentaire:

« Je suis aussi entièrement d’accord avec ceux d’entre vous qui pensent que le peuple voit de plus en plus clairement ce théatre pour ce qu’il est, et que cela explique au moins une partie du cynisme actuel des gens. »

Pour moi, le devoir des intellectuels — ce qu’est indéniablement Joseph Facal — c’est de proposer. Le commentaire est insuffisant.

Je crois personnellement que le principal obstacle à cette autre manière de faire la politique est probablement l’instantanéité que tentent de nous imposer certains médias qui trouvent avantage à faire de la politique un spectacle. On s’attend aujourd’hui à ce qu’un politicien ait une idée sur tout à tout moment. Un pont s’écroule, il faudrait qu’il sache déjà de quelle manière il faut modifier la gestion des milliers d’autres que compte le pays. C’est renier la complexité du monde dans lequel on vit et l’interdépendance des sujets qui sont confiés au monde politique (qui, par définition, s’intéresse ce qui implique des choix de société difficiles, des arbitrages financiers, etc.).

Pour cette raison, il me semble plus important que jamais d’inscrire l’action politique dans le temps. Cela veut évidemment dire de faire moins de place aux sondages et de laisser le temps aux gens de réfléchir, mais cela veut aussi dire d’exiger de nos hommes et de nos femmes politiques de dire ce qu’elles pensent plus régulièrement, d’exprimer les valeurs qui les guident, et de partager plus ouvertement leurs convictions. D’écrire aussi — d’avoir le courage de s’exprimer en sachant que c’est aussi sur la base de ce qu’ils ont dit dans le passé que nous les jugerons dans le futur — et que s’ils ont généralement été cohérents, qu’ils n’ont pas fait preuve de trop d’opportunisme, nous saurons leur accorder le droit de ne pas tout avoir sur le champ ou de ne pas avoir d’idée sur tout au moment précis où on le demande — et même le droit à l’erreur et celui de changer d’idée! Tout est dans la rigueur et l’exigence qu’on s’impose. La voie facile, celle par laquelle on choisi de ne s’exprimer que quand on est forcé de le faire, n’est pas une voie compatible avec le renouvellement des pratiques politiques.

C’est bien d’ailleurs pourquoi les blogues, par l’ouverture et la perspective constructiviste qu’il permet d’avoir sur la pensée des uns et des autres (des simples citoyens comme des politiciens qui acceptent de jouer le jeu) sont aussi intéressants, et de plus en plus indispensables, d’un point de vue démocratique. Je suis ravi que Joseph Facal partage ce point de vue et qu’il tienne son propre blogue. C’est d’ailleurs pourquoi je me permets de réagir à son texte en l’invitant à prolonger sa réflexion qui me semble encore bien incomplètement formulée.

J’ai pour ma part candidement (?) formulé il y a quelques mois un certain nombre de propositions qui pouvaient s’inscrire dans cette voie. Je les reporte ici afin qu’elles puissent alimenter la discussion.

Certes, la situation est déplorable. Alors, on fait quoi?

Des vacances, du bonheur et du rêve

Je suis en vacances depuis quelques jours. J’en avais bien besoin. J’en profite pour m’abreuver des rires d’enfants, pour lire, pour marcher, pour prendre l’air, pour cogiter et pour écrire — notamment pour en découdre dans la complicité avec quelques amis en rapport avec le sujet de l’heure sur Internet.

Entre les journaux et quelques romans, je lis avec beaucoup de plaisir le dernier numéro du Monde de l’éducation (juillet-août 2007) qui a pour thème « une autre école — les penseurs, les acteurs, les passeurs ». C’est une parfaite lecture estivale composée de courts textes, stimulants sans être trop lourds ou trop denses. Quatre vingt pages qui situent le lecteur au coeur de l’avènement de cette « autre école ».

Et justement, entre autres discussions (autour de bons petits plats à Paris ou par courriel avec Québec et Wendake), je retiens pour guider mes prochaines lectures cette question qui résume bien, je crois, la perspective avec laquelle je souhaite continuer à réfléchir sur l’éducation:

« Comment inventer une éducation qui, à l’échelle d’une ville, permet à l’être humain d’apprivoiser la liberté et de participer, de plein droit, à l’Aventure humaine? Une éducation qui valorise à la fois la sérennité que procure le bonheur au présent et l’insatisfaction qui accompagne le rêve et le désir d’un autre demain? »

La semaine prochaine je serai loin de toute connexion à Internet, au coeur de la montagne, et j’aurai cette question à l’esprit.

Facebook, non merci!

En réponse à la question de Mario…

Disons-le d’entrée de jeu, Facebook est un environnement de mise en réseau d’une redoutable efficacité. C’est un des systèmes les plus impressionnants que j’ai vu sur le Web depuis plusieurs mois, voire des années. Je continue d’ailleurs à l’explorer, poussé à la fois par le besoin de comprendre son fonctionnement (fascinant!) et par une forme d’addiction caractéristique de tous les systèmes qui s’appuient sur le partage continu d’information entre « amis ».

Bien sûr que Facebook permet d’interagir avec les gens — de le faire mieux, ça je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook regroupe des gens de qualité — permet-il d’échanger autrement avec eux, je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook est un outil qui permet de soutenir le développement d’une communauté d’apprentissage — mais à quel prix?

Mais à quel prix?

Au prix d’accepter que les gens qui contrôlent le déploiement de mon réseau puissent commercialiser librement tous les renseignements qu’ils possèdent à mon sujet — ceux que j’ai accepté de leur confier volontairement comme ceux qui se révèleront de l’usage que je fais de leur système (et qui se multiplient de façon effarante à mesure que se développent des applications en vertu de la Facebook Platform for third-party developers).

Parce que la clé de voûte de tout le système Facebook est l’invraisemblable espace de confiance qu’ils ont réussi à créer et qui fait en sorte que les utilisateurs acceptent de divulguer librement — et sans aucune précaution— un très grand nombre de renseignements personnels, sur lesquels ils n’auront plus aucun contrôle par la suite (ni le lendemain, ni dans cinq ans ou dans dix ans). Pire, le système amène même insidieusement les utilisateurs à accepter que ces renseignement soient transmis à des tiers presque sans notre autorisation — et qu’elles soient mises à jour au fil du temps, pratiquement à leur insu. Je pense que c’est comme une moissonneuse de renseignements personnels qu’on peut le mieux décrire Facebook d’un point de vue économique.

Et c’est là que je sors de ma zone de confort. C’est là que je décroche. C’est là que je choisi de ne pas miser sur un système aussi dangereux — aussi puissant soit-il.

C’est là que je choisi de ne pas m’appuyer sur un système auquel je n’accepterais pas d’exposer un enfant ou un ado — parce que je pense qu’il n’est pas possible, à ces âges d’évaluer les conséquences des traces qu’on laisse dans pareil système.

Évidemment, je mesure bien la limite de mon argument, parce que les jeunes n’attendent pas qu’on les invite pour investir ces lieux enchanteurs, et je ne veux pas abdiquer mes responsabilités d’éducateur. À l’évidence, ils faut apprendre aux enfants et aux ados à maîtriser leur identité numérique! — mais je ne pense pas que Facebook soit un bon endroit pour le faire — trop rapide, trop opaque, trop mystificateur et, surtout, trop peu maîtrisable par l’utilisateur.

L’attrait de pareils systèmes ne doit pas nous faire oublier que ce n’est pas par hasard si un grand nombre de pays ont mis en place des lois pour encadrer le droit de chacun de contrôler, un tant soit peu, l’information qui circule à son sujet.

Il y a des dangers bien réels associés au développement des bases de données de renseignements personnels. Nous pourrions en parler longuement — et sans doute cela sera-t-il utile de le faire prochainement — mais pour le moment, la non prise en compte de ces dangers dans l’environnement Facebook me semble suffisante pour en décourager l’utilisation de façon assez générale.

…sinon pour favoriser sa compréhension dans une perspective éducative, ce qui m’autorise à continuer à l’utiliser avec modération — heureusement, aie-je envie d’ajouter avec humour!

Plus sérieusement, je pense qu’il ne faut pas détourner notre attention, c’est encore dans les blogues, les fils RSS et les wikis (sous leurs diverses formes) que se trouvent les outils dont nous avons besoins pour inventer de nouveaux contextes éducatifs mieux adaptés au XXIe siècle. Il faut continuer de miser sur des outils qui accordent un beaucoup plus grand contrôle aux utilisateurs. Cela me semble absolument indispensable dans un contexte où l’éducation doit plus que jamais s’appuyer sur la créativité, la solidarité et la pratique de la liberté.

Dans ce contexte, Facebook… non merci!

Possible ou probable

Le récit, la fiction, l’anticipation… autant d’outils de formation, de stimulation de l’imaginaire et de mise en état de créativité et d’action.

C’est en tous cas ce que nous avons souhaité exploîter en préparant, avec l’équipe de Francis Grosjean, la vidéo suivante, dans le but de susciter la discussion au sein du groupe Editis (depuis un mois) et maintenant bien au delà.

Cela illustre aussi à quel type de nouveaux environnements mes collègues et moi devons préparer les éditeurs et leurs équipes.

Au plaisir d’en discuter.

Réseaux sociaux et identité — sentiment d’urgence

Bien que je sois particulieusement silencieux ici depuis quelques temps, je reste évidemment très actif sur le Web et plus que jamais en mode exploration, découverte et réflexion sur de nouveaux usages du Web.

J’explore notamment Facebook, avec autant d’émerveillement que d’angoisse — il faut bien le dire! Et même un peu plus d’angoisse que d’émerveillement, pour tout dire.

En conséquence, je ne peux m’empêcher de relayer ici ce texte de Virginie Clayssen, qui s’appuie sur le travail toujours exceptionnel de Danah Boyd (et sur un résumé remarquable de Olivier Ertzscheid), qui résume bien tout le défi que représente « les réseaux sociaux » dans une perspective éducative.

Il m’apparaît de plus en plus évident que ce dossier de « la gestion de l’identité » sera LE chantier des prochaines années.

Sommes-nous prêt à y faire face? De toutes évidences, non…

…et avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs!

J’ai rédigé il y a quelques semaines un texte sur l’édition des ressources éducatives numériques pour une revue qui a finalement choisi de ne pas le publier.

J’ai donc choisi de le publier plutôt sur le blogue du Canal numérique des savoirs (CNS), que je préside, en espérant qu’il pourra donner lieu à la discussion qu’il avait pour objectif de susciter.

C’est ici: « … et avec Internet, on n’a plus besoin d’éditeurs! »