Renouvellement de l’espace politique

Cela fera une semaine demain qu’André Boisclair a remis sa démission comme chef du Parti Québécois. Juste une semaine.

Je ne suis pas tout à fait certain que ce qui s’est passé depuis est tout à fait sain. J’avais personnellement exprimé le souhait que le choix d’un nouveau chef soit précédé de discussions sur le projet de société qu’incarne le Parti Québécois, mais au bout du compte le résultat me convient très bien et je suis persuadé que Pauline Marois saura animer la mise à jour du projet qui pourrait un jour donner lieu à la naissance d’un nouveau pays — non comme une fin en soi, mais comme un moyen de réaliser certains éléments essentiels de ce projet. C’est ce projet qu’il faut faire naître, d’abord et avant tout. J’avais cru en Pauline Marois en 2005. J’y crois toujours — et plus encore — parce que je crois que les circonstances sont bien meilleures et qu’elles lui permettront bien mieux d’exploiter ses forces et ses talents.

Il faut être fait fort pour faire de la politique aujourd’hui… et les blogueurs sont particulièrement impitoyables. Avant même qu’elle ne soit officiellement nommée cheffe certains, dont Mario, doutent déjà de la longévité de Pauline Marois à la tête du Parti Québécois — certains allant même jusqu’à formuler des hypothèses frôlant le mépris (que ceux-ci me pardonne, je le pense sincèrement!) selon lesquelles Mme Marois serait aujourd’hui seulement choisie parce que les membres du parti « veulent se faire pardonner pour la dernière fois ». Franchement! Est-ce qu’on ne peut pas lui reconnaître ses compétences, lui laisser sa chance… et la juger sur ses résultats?

Bien entendu que ce parti est impitoyable pour ses chefs! Bien entendu qu’il n’est pas normal d’oublier, pour ainsi dire, un chef en moins d’une semaine; bien entendu que Pauline Marois pourrait aussi être dévorée par le parti (est-ce qu’elle ne l’a pas déjà été quelques fois?). Et alors? N’est-il pas normal qu’un parti qui défend auprès des Québécois un projet aussi ambitieux que de fonder un pays soit aussi exigeant avec ses chefs? Bien sûr! Et c’est une évidence que le rôle de chef du Parti Québécois est plus exigeant que celui de chef du parti libéral ou de l’ADQ. Heureusement, aie-je même envie de dire!

Je l’ai dit hier dans un commentaire sur le blogue de Mario: je souhaite que ce qui ressemble de plus en plus à un couronnemment ne nous privera pas de discours importants — suivis d’actions concrètes — sur le plan de l’éducation, sur la place de l’entrepreneuriat et de l’innovation dans le développement économique, sur l’environnement, sur les relations internationales, etc. Il ne faut pas que le consensus qui s’est exprimé cette semaine ait pour effet de reléguer au second plan l’expression des points de vue — même divergents (surtout divergents!) — et qu’il autorise, au contraire, des échanges encore plus approfondis.

Je compte d’ailleurs pour cela sur Mme Marois — notamment afin trouver la meilleure manière de faire appel à Joseph Facal, qui vient de passer à deux doigts de replonger dans la vie politique.

Ces deux là sont, de mon point de vue, deux des plus indispensables acteurs du renouvellement de l’espace politique québécois.

Apprendre comme on court?

Marc, sur son blogue, au sujet du demi-marathon international de Québec:

« Durant les 10 derniers kilomètres, l’énergie revient, le pas s’accélère. Et quel plaisir de courir […] le long du fleuve St-Laurent […] Ce qui m’est venu en tête à ce moment, c’est comment pouvons-nous associer ce besoin de dépassement aux jeunes à travers des communautés virtuelles ? […]

Dans une future édition, et dans l’esprit d’une cité éducative, des activités plus développées pour les enfants seraient sans doute intéressantes. Il y a des centaines d’enfants sur place […] »

Le blogue de Joseph Facal

C’est un départ pour Joseph Facal… qui hisse la voile pour explorer la blogosphère — et il n’arrive pas les mains vides, nous offrant d’un seul coup presque quatre ans d’archives!

Je suis évidemment ravi d’avoir modestement pu contribuer à rendre possible cette aventure (dont André Parent et Jean-Sébastien ont pris la relève)… mais plus encore, je suis rassuré de constater qu’un nombre croissant de personnalités politiques de premier plan font l’expérience directe de ce que représente l’univers des réseaux — un univers tellement étranger à une certaine vision de la politique, fondée sur le contrôle de l’information.

…une vision de la politique qui a d’ailleurs encore une fois triomphé dans les derniers jours avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui est passé maître dans cette manière de faire la politique.

Je rêve du jour où une majorité d’élus auront leur blogue parce que je crois que cela permettra un arrimage plus dynamique entre « ceux et celles qui représentent » et « ceux et celles qui sont représentés » — une dynamique qui sera profitable à tout le monde et qui revalorisera le rôle de député, de conseiller et de maire.

Malgré son caractère utopique, je crois plus que jamais dans la pertinence du manifeste pour l’indépendance politique que j’avais esquissé il y a quelques mois.

…et j’aime croire que, comme d’autres avant lui, le blogue de Joseph Facal nous permet de faire encore un petit pas dans cette direction.

Faire parler les livres…

Jean-Sébastien y fait référence, je l’ai lu avec délectation.

Ceux et celles qui veulent comprendre ce qui m’occupe à Paris le comprendront en lisant ce texte de Frédéric Kaplan: Si les livres pouvaient parler.

Ce que je fais à Paris? Essayer de faire cheminer, concrètement, chacun à leur rythme, les différents acteurs qui composent un grand groupe d’édition dans la direction décrite par Kaplan: les éditeurs, des auteurs, les financiers, des patrons, des webmestres… des plus convaincus aux plus sceptiques — en assurant la cohérence de l’ensemble.

La prospective de Kaplan, c’est mon quotidien… avec en plus la réalité: la nécessaire gestion qui accompagne toute entreprise de changement.

C’est aussi exigeant que stimulant. Chaque jour est un nouveau défi. Tout est à réinventer, lentement, mais sûrement: parce qu’il n’y a pas de révolution possible dans ce domaine… seulement des évolutions, dont la forme et le rythme, distingueront les différentes maisons d’édition.

Cela implique de lire beaucoup, d’expérimenter autant, de faire preuve de beaucoup de pédagogie (j’y trouve un plaisir sans cesse renouvelé) et de mettre en oeuvre les habiletés politiques qui sont nécessaires pour évoluer dans un écosystème complexe de concurrences et de partenariats, de pouvoirs publics et d’entreprises privées, de personnalités et d’ambitions diverses.

Le monde de l’édition est un monde vraiment fascinant par les temps qui courent.

La collaboration dans les services publics

Voilà qui est intéressant… et qui devrait intéresser Jean-Sébastien:

« Le think tank britannique Demos vient de publier un nouveau rapport qui s’interroge sur la manière dont le travail collaboratif peut transformer les services publics. Avec force exemples et cas concrets, le rapport explore l’usage de la collaboration – entre organismes publics, avec des entreprises et surtout, avec les usagers – comme principe de conception et/ou de fonctionnement des services publics.  »

Source: L’État collaboratif, dans Internet Actu

Document original (pdf): The Collaborative State: How working together can transform public services

Mon conseil d’administration virtuel…

C’est fait! J’ai finalement convoqué une réunion de mon conseil d’administration virtuel. Treize invitations ont été (virtuellement) lancées pour une réunion qui se tiendra au cours des prochaines semaines. J’avais l’intention de le faire depuis bien longtemps, mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai pris le temps de le faire… Dire que Mario a déjà eu le temps de tenir deux rencontres avec le sien depuis le temps qu’on en parle…

Comme je ne sais pas encore quelle sera la teneur des échanges (virtuels) que nous aurons au cours de cette rencontre (virtuelle), je ne m’engagerai évidemment pas en publier le procès verbal ici, ou même un résumé de celui-ci, mais comme je m’y étais un peu engagé, voici néanmoins la liste des personnes qui ont été convié à la première réunion de mon CA virtuel — dans l’ordre où ils ont pris place autour de la table (virtuelle).

En rappelant que c’est un exercice imaginaire…

Lire la suite de « Mon conseil d’administration virtuel… »

Pour une vision plus communautaire du leadership

Jean-Sébastien attire notre attention ce matin sur une courte entrevue réalisée par Jacinthe Tremblay avec Henry Mintzberg pour La Presse.

Si le mot communautéship proposé par Mintzberg et sur lequel insiste Jean-Sébastien m’apparaît intéressant, je trouve dommage que l’article l’explique aussi peu et qu’il ne soit présenté essentiellement que par la négative, par opposition à une vision déformée du leadership. Je retiens d’ailleurs de l’article plutôt ces quelques passages sur les paradoxes que contient aujourd’hui l’idée de leadership:

« Ces prétendues analyses occultent la complexité des organisations ainsi que de l’importance de leur culture, de leur histoire et surtout, de l’engagement – ou du désengagement – des hommes et des femmes qui les composent.

En liant tous les succès et les revers à la personnalité d’un ou de quelques dirigeants, on en vient à construire des organisations totalement dépendantes d’initiatives individuelles. En prétendant responsabiliser les leaders, on déresponsabilise tout le monde. […]

Dans les deux cas, on oublie que le leadership est contextuel. On confond leader et leadership. […]

La caractéristique la plus importante du leadership est la légitimité.

Les vrais leaders […] sont des gestionnaires tranquilles, dont la présence inspirante suscite l’engagement des individus qui composent leur organisation. »

Cela dit, pour aller un peu plus loin dans l’exploration de l’intéressant concept de community-ship, je me suis rabattu sur le texte dans lequel Mintzberg a introduit ce concept, publié l’automne dernier dans le Financial Times de Londres, dont la conclusion illustre bien l’ambition du changement de perspective auquel il nous convie:

« …let us get rid of the cult of leadership, striking at least one blow at our increasing obsession with individuality. Not to create a new cult around distributed leadership, but to recognize that the very use of the word leadership tilts thinking toward the individual and away from the community. We don’t only need better leadership, we also need less leadership.

How about if we challenge every single speech, programme, article, and book using the word “leadership” that does not give equal attention to “communityship” in one form or another? This could have profound implications, not only for the effectiveness of our organisations, but also for the democracy of our societies. »

Quel sens donner aux TIC à l’école?

Encore d’excellentes pistes de réflexion, par Bruno Devauchelle:

« C’est à une nouvelle vision du monde scolaire que ces constats nous amènent. Cette nouvelle vision repose sur l’idée que l’appropriation d’un monde par les jeunes est un des éléments clés de l’apprentissage et non pas l’inverse. […] L’exemple de l’appropriation sociale des TIC, pendant que l’école se pose la question de sa place par rapport à ce phénomène, montre qu’il ne suffira pas de cours d’informatique ou de sensibilisation dans les disciplines pour développer cette vision renouvelée que l’école, selon moi devrait porter. Il est temps d’inventer un « vivre avec » qui permette de dépasser cette approche de la seule méfiance […] Or pour l’instant […] on ne cherche pas un sens collectif à l’action dans ce domaine. On attend peut-être trop du ministère, des dirigeants, alors que c’est au plus près du quotidien que doivent pouvoir se penser ces [nouveaux] « projets éducatifs ».

L’école, les TIC, et la cité

Je lis ce soir avec intérêt un texte de Bruno Devauchelle qui, partant de la publication d’une étude de Jacques Piette et Al. réfléchit à la fois sur la place des TIC à l’école et sur les rapports que l’école entretient avec la société. Extrait:

Malgré toutes les bonnes intentions qui sont sous-jacentes au travail de ces personnels, il est désormais clair que le cadre de leur travail (qu’ils le construisent ou qu’ils le subissent) est un facteur qui défavorise les pratiques pédagogiques des TIC dans un contexte éducatif.

Faut-il lancer ici un appel à un renouvellement des conceptions de la place des TIC dans le système éducatif ? Cette question doit désormais être au centre de nos préoccupations quand de tels rapport montrent cet écart. Comment un école qui prétend préparer des jeunes aux réalités du monde peut elle être éducative si elle ne montre du monde qu’une part qui n’a rien à voir avec la réalité qui se déroule une fois la porte franchie. […] comment éduquer à la liberté si l’on ne dispose pas des outils pour le faire? […]

L’école doit être le lieu de la « distance » d’avec le quotidien. Mais qui dit distance ne dit pas ignorance ou limitation. La distance implique la pleine conscience du rapport que chacun entretient avec les objets (sociaux, matériels…) qui l’entourent.

Un document à conserver pour les prochaines réflexions sur la plac e de l’école dans une cité éducative.

Les bien-pensants…

« Je me suis promené un peu partout en province pendant cette élection. Ce qui frappait ? La colère. De la colère, partout. Une colère tranquille, quand même, on vit au Québec […] En colère contre quoi ? […] Contre les bien-pensants, un bien-pensant étant loussement défini comme quelqu’un qui exprime une opinion contraire au « gros bon sens ».  » (Source: Blog de Patrick Lagacé)

Il semble difficile d’exprimer des opinions nuancées sur des sujets complexes au Québec par les temps qui courent…

Faudra réapprendre à le faire. Faudra y mettre le temps. Et proposer.

La nécessaire évolution des structures scolaires…

A priori, mes valeurs et mes convictions ne me rapprochent pas tellement de l’ADQ et de Mario Dumont. Je me réjouis néanmoins que ses interventions aient eu pour effet de remettre à l’ordre du jour la question de l’organisation du système scolaire québécois.

Je ne sais pas si je suis favorable à la proposition adéquiste de démanteler les commissions scolaires — qui me semble présentée de façon un peu simpliste — mais je suis ravi qu’on en discute. Je suis ravi qu’on doive réexpliquer leur mission et leurs responsabilités — qu’on doivent réexpliquer leur pertinence et qu’on s’interroge au sujet du système de représentation sur lequel elles s’appuient. Je aussi suis ravi de lire des propositions innovatrices, comme celle d’en faire des coopératives de services.

Je suis toutefois extrêmement déçu de constater que les villes ne se sont pas encore invitées dans la discussion. Silence stratégique? Prudence? Hésitation? Peur d’hériter de nouvelles (et coûteuses) responsabilités?

Elles n’auraient pas d’opinion? Je ne peux pas le croire. Ce serait un dramatique déficit de réflexion et de vision.

Évidemment, me direz-vous, puisque je suis depuis longtemps convaincu d’une approche éducative de la ville…

Je suis plus que jamais persuadé que les apprentissages les plus essentiels pour vivre heureux de façon durable dans un monde qui évolue de façon accélérée ne peuvent s’apprendre qu’au contact de la cité — hors du sanctuaire scolaire que certains voudraient voir renaître.

La solidarité et la paix — valeurs essentielles pour bien vivre ensemble — ne peuvent s’apprendre qu’au contact des Autres. L’école doit être le sas de cette société à apprivoiser; permettre et valoriser les échanges avec le monde réel — il faut faire tomber les murs de l’école aussi souvent que possible. Et cela ne peut être possible qu’en étroite complicité avec la cité et sa forme politique, la ville.

C’est sous cet angle que j’ai envie que nous cherchions des réponses aux questions soulevées par l’ADQ… et qui demeureront vraisemblablement à l’ordre du jour politique au terme de l’élection de demain.

L’hôpital de Dungu

J’ai reçu il y a quelques jours des nouvelles d’un ami — un modèle d’aventurier — qui passe quelques mois au Congo avec sa conjointe pour Médecins sans frontière. Stéphan est pilote de brousse, Julie est infirmière.

Leur récit est fascinant sous bien des aspects (la nature, les gens, la culture), mais le passage où Julie raconte son arrivée à l’hôpital de Dungu est particulièrement incroyable:

« L’hôpital… Serrement au cœur en pénétrant dans la cour avec tous ces bâtiments laissés dans un état pitoyable, les latrines à l’extérieur qui empestent et toutes ces familles rassemblées sous les arbres qui cuisinent pour leur malade dans un désordre et une cacophonie inimaginable chez-nous. La matinée débute avec une réunion inter-départementale se donnant un semblant de rapports sur l’état de leurs patients pendant la nuit et se termine par une prière. 

Je suis arrivée en maternité, on m’a présenté à toute l’équipe déjà bien occupée. Ce matin, j’ai assisté à 6 accouchements. Une véritable usine de production ! Plein  de beaux petits bébés noirs sont sortis d’un ventre tout maigre, qui en a logé 4-5 autres déjà, d’une mère qui fait tout le travail seule sans mari pour la supporter, les pieds dans les étriers trop élevés, dans une salle avec un trou béant au plafond d’où on entend les chauve-souris… L’accoucheuse qui l’assiste a souvent un bébé elle-même accroché au dos. Aucun médecin n’est venu faire d’accouchement, tout le processus étant suivi par les infirmières de la maternité, qui le font très bien d’ailleurs.

Quels changements avec chez-nous ou tout est stérilisé, le matériel en abondance, le choix des médicaments (oubliez l’épidurale ou tout autre analgésique même pas d’anesthésie locale pour suturer le périnée déchiré, c’est à frette !), la propreté des chambres, l’intimité… Tout ça n’existe pas ici. Les patientes, une fois qu’elles ont accouché, se retrouvent entassées dans un dortoir à 20 lits, sans division, les fenêtres grandes ouvertes donnant sur la cour extérieure et sa cacophonie habituelle. Le bébé enduit de débris placentaires a été enveloppé dans un pagne sans avoir été nettoyé et remis illico à la maman encore en nage…

L’infirmière de garde de soir- nuit se trouve seule en charge de l’unité de maternité avec une trentaine de patientes et leurs bébés ainsi que toutes les parturientes qui se présentent en travail. L’électricité l’accompagne jusqu’à 2hrs du matin ensuite c’est à la lampe tempête qu’elle exerce son travail.

Comment vous dire toute l’admiration que j’éprouve pour ces femmes….

Leur émancipation se définit comme une certaine indépendance face à l’homme et non une liberté de choix.

Le 8 mars, journée de la FEMME . Elles ont défilé fièrement à Dungu dans une parade haute en couleurs. Elles étaient belles, dignes, souriantes, le port élégant malgré tout le poids du monde qu’elles portent sur leurs épaules. Je suis fière d’être une femme mais surtout je me trouve choyée d’avoir grandi chez-nous. Je remercie toutes les femmes qui avant moi  ont lutté pour que j’aie la chance d’étudier, de travailler, de voter, de diriger ma vie. »

Et Stéphan qui ajoute dans le message dans lequel il me confirme que Julie est d’accord pour que je partage avec vous son récit:

« …même si ce message pouvait paraitre percutant au niveau des conditions existant à l’hôpital, il était édulcoré.  Le récit que Julie m’a fait de retour de sa première journée à l’hôpital m’a complétement bouleversé, horrifié, révulsé… pourquoi tant de souffrances humaines???

L’Afrique est incroyable pour ça, elle est tellement contrastée.  L’horreur y cotoit la beauté, sans arrêt, on y passe de l’émerveillement et la joie au dégoût et à la tristesse. »

Je reprends tout ça ici parce qu’il me semble que c’est important d’avoir ce genre de choses en tête pour mettre en perspective ce que certains médias et quelques politiciens aiment à nous présenter comme des catastrophes, des scandales ou comme des choses inacceptables pour le Québec (qui mériterait toujours plus et mieux, comme si tout nous était dû).

Merci à Stéphan et Julie de consacrer quelques mois de leur vie pour plonger dans cette réalité et nous en rapporter un témoignage. Grâce à vous, il sera peut-être un peu plus facile de prendre un peu de hauteur sur notre assourdissant quotidien.

Merci aussi, évidemment, pour le soutien et l’aide que vous apportez à ces être humains avec qui nous partageons tellement inéquitablement une même petite planète.

Les rendez-vous stratégiques de la culture

J’ai eu le privilège d’intervenir ce soir (par vidéoconférence) dans une rencontre organisée par l’Institut du Nouveau Monde, au musée de la civilisation (et simultanément dans plusieurs autres villes). Le thème de la soirée (et de la journée de demain): Que devient la culture québécoise à l’heure d’Internet et de la planète?

« Les nouvelles technologies numériques, le iPod, le cellulaire et l’Internet : comment tout cela influence-t-il la culture québécoise et quelles sont nos voies d’avenir? La mondialisation menace-t-elle notre culture? »

Je reprends ici l’essentiel de mon intervention.

Lire la suite de « Les rendez-vous stratégiques de la culture »

Web 2.0

Bien drôle d’expérience ce matin.

Les yeux à demi-ouverts, je me dirige vers la cuisine. Verre de jus d’orange.

Le verre d’orange à la main, je me dirige vers le salon. Ordinateur.

Alors, qu’est-ce qui s’est dit dans mon écosystème intellectuel pendant mon sommeil?

Courriel: rien de particulier. Pas de grandes surprises. Beaucoup de complicité, quelques noeuds. L’amitié.

Flux rss: une centaine de nouveaux textes repérés par mon agrégateur dans l’ensemble des sites pour lesquels j’ai demandé d’être systématiquement informé des mises à jour. Il y a de tout: édition électronique (plein de choses intéressantes par les temps qui courent), éducation (un peu plus tristounet), techno (bah, encore des gadgets), politique (ouf! ça bouge!), blogs d’amis (merveilleux), veilles automatisées sur quelques mots clés (dont mon nom… petit péché narcissique), etc. À cette période de la journée, cette lecture ecosystèmique (infosystémique, devrais-je dire) s’est complètement substituée, pour moi, à la lecture des journaux.

Quelques bons textes d’amis, donc, quelques textes qui portent à la réflexion et une surprise de taille: ce texte, tiré de teXtes, un blogue que je ne connaissais pas. Je m’y arrête. Je lirai le reste plus tard, ou demain, ou jamais. Il faut aussi en laisser tomber. Mais pas celui-là!

Intitulé livre et cinéma, le texte commence par « Découvert grâce au blog de Clément Laberge… ». Cela surprend toujours, mais jusque là, ça arrive, parfois.

Cette fois c’est plus intriguant parce que le texte fait ensuite référence à un site sur les flipbooks que l’auteure aurait découvert sur mon site… sauf que je ne me souviens pas d’y avoir fait référence… mais que je sais très bien de quel site il s’agit puisque j’y ai passé de longues minutes d’émerveillement avant-hier. Je l’ai même fait suivre à ma mère pour partager avec elle mon émerveillement. Comment cette blogueuse le sait-elle? Ou plutôt: comment a-t-elle établi cette relation entre ce site et moi? Intriguant. Est-ce qu’elle serait une amie de ma mère? Cela me semble peu probable. Est-ce une collègue de bureau qui m’a entendu en parler à la machine à café? Je ne crois pas non plus… mais alors, pourquoi ferait-elle référence à mon blogue?

Jusqu’à récemment, pour l’essentiel, je n’écrivais sur le Web qu’à partir de mon blogue personnel. Cela change depuis quelques temps, j’écris aussi ici et . Je laisse de plus en plus de traces, de plus en plus dispersées. Je publie aussi des listes de signets qui font office de veille stratégique que je partage avec plusieurs collègues de travail (sans toujours le savoir, puisqu’ils peuvent les partager à leur tour) — certaines sont publiques, d’autres privées. S’y serait-elle abonnée sans que je ne le sache? Il me semblait que ces veilles avaient encore une diffusion plutôt confidentielle. Est-ce que j’aurais fait référence au site sur les flipbooks à l’un ou l’autre de ces endroits? Vérification. Négatif. Ce n’est pas de là que vient l’information. De plus en plus intriguant!

Alors, peut-être a-t-elle fait une erreur? Où est-ce que j’avais trouvé cette référence aux flipbooks? Je m’en souviens très bien… c’était sur La Feuille… dans ce texte où on ne fait pourtant pas référence à mon blogue. Quelques textes plus loin, toutefois, il y a bien un lien vers mon blogue (« merci Clément »). Est-ce qu’Agathe aurait fait par erreur l’association entre les deux liens? C’est possible.

Mais comment savoir si elle lit La feuille? Les thèmes abordés dans La feuille semblent effectivement correspondre à ses sujets d’intérêt… et d’ailleurs, en étant plus attentif je réalise que ce site est présenté comme un incontournable sur sa page d’accueil. C’est donc possible. Le texte d’Agatha serait donc le fruit d’une association erronée entre deux textes publiés sur La feuille? Et, pour moi, la découverte du blog d’Agatha la conséquence de cette erreur? Probable.

Nos deux mondes se seraient donc croisés par erreur (ou grâce à une erreur)? C’est possible. De mon point de vue, du moins. Parce qu’elle est peut-être abonnée à mon blogue (et donc attachée à mon réseau, de son point de vue) depuis longtemps. Impossible de savoir… mais à l’analyse, je peux le présumer, parce qu’en faisant tour à tour référence à Mario, à François et quelques autres blogueurs dans ces textes, elle laisse une empreinte qui me fait croire qu’elle connaît le réseau auquel je crois appartenir — elle a dû m’y découvrir. Le plus étonnant, c’est qu’elle cite aussi des gens qui ne sont pas directement de ce réseau, mais que j’ai côtoyé dans les derniers jours, comme Gérard Puimatto. Quand le réel aborde le virtuel

C’est fascinant tout ça: une référence à mon blogue, que je ne reconnais pas, au sujet d’un lien, que je reconnais, sur un blogue que je ne connais pas, mais dont l’auteure connaît le mien… mais fait une erreur d’association à son sujet, en rapport avec un site qui m’a émerveillé quelques jours auparavant, vraisemblablement parce que les sujets d’intérêts et les réflexions sont apparentés aux miens. Tout ça grâce à un troisième blog, dont les auteurs, n’y sont pour rien… sinon parce que les sujets qu’ils abordent intéressent à la fois Agathe et moi. Et le comble, c’est que je dois rencontrer pour la première fois dans une dizaine de jours, à Paris, l’un des auteurs de ce blogue, qui vit à Marseille, et cela, à l’invitation de mon beau-frère, qui vit à Québec!

Décidément…

Découvrir un matin que quelqu’un que vous ne connaissez pas parle de vous sur son blogue;

Être intrigué parce que vous ne comprenez pas immédiatement ce qui l’amène à établir cette relation;

Remonter les liens pour essayer de savoir qui est cette personne; comment elle se rattache à votre infosystème;

Découvrir qu’elle vous lit sans doute depuis un moment; et qu’elle côtoit virtuellement les mêmes personnes que vous;

Ajouter son site dans votre agrégateur de manière à ce que, dorénavant, les textes qui y sont publiés soient portés à votre attention dès le jus d’orange matinal — et que cette personne intègre ainsi votre réseau;

Écrire un texte pour raconter tout ça… parce que c’est incroyable et parce qu’il ne faut pas cesser de s’émerveiller de l’extraordinaire pouvoir social des nouvelles formes de réseaux;

Et savoir que ce texte sera, à son tour, le témoin d’une réflexion et une nouvelle invitation à la conversation…

Je pense que c’est ça, au fond, le Web 2.0.

Tout simplement.