Web 2.0

Bien drôle d’expérience ce matin.

Les yeux à demi-ouverts, je me dirige vers la cuisine. Verre de jus d’orange.

Le verre d’orange à la main, je me dirige vers le salon. Ordinateur.

Alors, qu’est-ce qui s’est dit dans mon écosystème intellectuel pendant mon sommeil?

Courriel: rien de particulier. Pas de grandes surprises. Beaucoup de complicité, quelques noeuds. L’amitié.

Flux rss: une centaine de nouveaux textes repérés par mon agrégateur dans l’ensemble des sites pour lesquels j’ai demandé d’être systématiquement informé des mises à jour. Il y a de tout: édition électronique (plein de choses intéressantes par les temps qui courent), éducation (un peu plus tristounet), techno (bah, encore des gadgets), politique (ouf! ça bouge!), blogs d’amis (merveilleux), veilles automatisées sur quelques mots clés (dont mon nom… petit péché narcissique), etc. À cette période de la journée, cette lecture ecosystèmique (infosystémique, devrais-je dire) s’est complètement substituée, pour moi, à la lecture des journaux.

Quelques bons textes d’amis, donc, quelques textes qui portent à la réflexion et une surprise de taille: ce texte, tiré de teXtes, un blogue que je ne connaissais pas. Je m’y arrête. Je lirai le reste plus tard, ou demain, ou jamais. Il faut aussi en laisser tomber. Mais pas celui-là!

Intitulé livre et cinéma, le texte commence par « Découvert grâce au blog de Clément Laberge… ». Cela surprend toujours, mais jusque là, ça arrive, parfois.

Cette fois c’est plus intriguant parce que le texte fait ensuite référence à un site sur les flipbooks que l’auteure aurait découvert sur mon site… sauf que je ne me souviens pas d’y avoir fait référence… mais que je sais très bien de quel site il s’agit puisque j’y ai passé de longues minutes d’émerveillement avant-hier. Je l’ai même fait suivre à ma mère pour partager avec elle mon émerveillement. Comment cette blogueuse le sait-elle? Ou plutôt: comment a-t-elle établi cette relation entre ce site et moi? Intriguant. Est-ce qu’elle serait une amie de ma mère? Cela me semble peu probable. Est-ce une collègue de bureau qui m’a entendu en parler à la machine à café? Je ne crois pas non plus… mais alors, pourquoi ferait-elle référence à mon blogue?

Jusqu’à récemment, pour l’essentiel, je n’écrivais sur le Web qu’à partir de mon blogue personnel. Cela change depuis quelques temps, j’écris aussi ici et . Je laisse de plus en plus de traces, de plus en plus dispersées. Je publie aussi des listes de signets qui font office de veille stratégique que je partage avec plusieurs collègues de travail (sans toujours le savoir, puisqu’ils peuvent les partager à leur tour) — certaines sont publiques, d’autres privées. S’y serait-elle abonnée sans que je ne le sache? Il me semblait que ces veilles avaient encore une diffusion plutôt confidentielle. Est-ce que j’aurais fait référence au site sur les flipbooks à l’un ou l’autre de ces endroits? Vérification. Négatif. Ce n’est pas de là que vient l’information. De plus en plus intriguant!

Alors, peut-être a-t-elle fait une erreur? Où est-ce que j’avais trouvé cette référence aux flipbooks? Je m’en souviens très bien… c’était sur La Feuille… dans ce texte où on ne fait pourtant pas référence à mon blogue. Quelques textes plus loin, toutefois, il y a bien un lien vers mon blogue (« merci Clément »). Est-ce qu’Agathe aurait fait par erreur l’association entre les deux liens? C’est possible.

Mais comment savoir si elle lit La feuille? Les thèmes abordés dans La feuille semblent effectivement correspondre à ses sujets d’intérêt… et d’ailleurs, en étant plus attentif je réalise que ce site est présenté comme un incontournable sur sa page d’accueil. C’est donc possible. Le texte d’Agatha serait donc le fruit d’une association erronée entre deux textes publiés sur La feuille? Et, pour moi, la découverte du blog d’Agatha la conséquence de cette erreur? Probable.

Nos deux mondes se seraient donc croisés par erreur (ou grâce à une erreur)? C’est possible. De mon point de vue, du moins. Parce qu’elle est peut-être abonnée à mon blogue (et donc attachée à mon réseau, de son point de vue) depuis longtemps. Impossible de savoir… mais à l’analyse, je peux le présumer, parce qu’en faisant tour à tour référence à Mario, à François et quelques autres blogueurs dans ces textes, elle laisse une empreinte qui me fait croire qu’elle connaît le réseau auquel je crois appartenir — elle a dû m’y découvrir. Le plus étonnant, c’est qu’elle cite aussi des gens qui ne sont pas directement de ce réseau, mais que j’ai côtoyé dans les derniers jours, comme Gérard Puimatto. Quand le réel aborde le virtuel

C’est fascinant tout ça: une référence à mon blogue, que je ne reconnais pas, au sujet d’un lien, que je reconnais, sur un blogue que je ne connais pas, mais dont l’auteure connaît le mien… mais fait une erreur d’association à son sujet, en rapport avec un site qui m’a émerveillé quelques jours auparavant, vraisemblablement parce que les sujets d’intérêts et les réflexions sont apparentés aux miens. Tout ça grâce à un troisième blog, dont les auteurs, n’y sont pour rien… sinon parce que les sujets qu’ils abordent intéressent à la fois Agathe et moi. Et le comble, c’est que je dois rencontrer pour la première fois dans une dizaine de jours, à Paris, l’un des auteurs de ce blogue, qui vit à Marseille, et cela, à l’invitation de mon beau-frère, qui vit à Québec!

Décidément…

Découvrir un matin que quelqu’un que vous ne connaissez pas parle de vous sur son blogue;

Être intrigué parce que vous ne comprenez pas immédiatement ce qui l’amène à établir cette relation;

Remonter les liens pour essayer de savoir qui est cette personne; comment elle se rattache à votre infosystème;

Découvrir qu’elle vous lit sans doute depuis un moment; et qu’elle côtoit virtuellement les mêmes personnes que vous;

Ajouter son site dans votre agrégateur de manière à ce que, dorénavant, les textes qui y sont publiés soient portés à votre attention dès le jus d’orange matinal — et que cette personne intègre ainsi votre réseau;

Écrire un texte pour raconter tout ça… parce que c’est incroyable et parce qu’il ne faut pas cesser de s’émerveiller de l’extraordinaire pouvoir social des nouvelles formes de réseaux;

Et savoir que ce texte sera, à son tour, le témoin d’une réflexion et une nouvelle invitation à la conversation…

Je pense que c’est ça, au fond, le Web 2.0.

Tout simplement.

L’autre campagne…

Au moment où une campagne électorale se met vraisemblablement en marche au Québec, je m’émerveille devant un projet du président fondateur de la revue Le Passant Ordinaire, Thomas Lacoste, et des Éditions de la Découverte, avec qui j’ai le privilège de travailler.

L’autre campagne, c’est un livre — qui permet d’aborder différemment les enjeux de la campagne présidentielle française. C’est aussi un site Web, avec tous les textes du livre; c’est aussi la possibilité de commenter tous ces textes, voire d’en soumettre de nouveaux, complémentaires; ce sont également des rencontres publiques, un peu partout en France. C’est même aussi, depuis quelques jours, une collaboration avec le quotidien Libération, sous forme de blog vidéo, pour donner la parole à des experts sur différents thèmes liés à l’actualité de la campagne.

Tout ça réalisé avec des moyens simples, des outils de blogs, spip, des fils RSS… et de très bons auteurs, engagés dans le développement de leur société.

Il me semble qu’on aurait bien besoin de cela au Québec aussi… pas vous?

C’est fou ce que des jeunes de 9 à 20 ans peuvent faire de la vidéo aujourd’hui!

Wow!

Les productions qui ont été présentées à l’ONF dans le cadre du concours Anime tes clics sont impressionnantes! Remarquables illustrations de ce que des jeunes de 9 à 20 ans peuvent produire avec les moyens technologiques dont ils disposent aujourd’hui. Il faut voir!

J’attire votre attention sur trois productions qui m’ont particulièrement plu: Il danse avec les points (par Marco Purich, 11 ans!), N.B. (de Alexandre Desjardins, 17 ans) et, tout spécialement, Mon ami le dictionnaire, de Marie Valade, 20 ans — la fille d’un ami de Montréal.

N’oubliez pas de voter!

Redécouvrez YouTube avec Mojiti!

Impressionnant ce nouveau service offert par la société chinoise Mojiti: choisissez un vidéo sur YouTube (ou Google Video, ou une foule d’autres sources) et annotez-le visuellement à l’intérieur même de la vidéo.

Imaginons:

  • prendre une vidéo et en faire un « sous-titrage pédagogique »;
  • demander aux élèves de traduire des dialogues (dans des vidéos historiques, par exemple);
  • faire très simplement des tutoriels pour des logiciels;
  • proposer aux élèves des analyses de spots publicitaires;
  • analyser/nuancer des discours politiques pendant les campagnes électorales;
  • et quoi encore?

Et c’est simple comme tout. Accessible à tous. Wow!

Voilà un outil qui pourrait permettre à l’occident de découvrir une partie de la culture visuelle asiatique, et inversemment.

Et François qui nous parlait justement il n’y a pas si longtemps de l’importance croissante de la vidéo en éducation… Je suis impatient de savoir ce qu’il pensera de Mojiti.

Note: au plan économique c’est aussi très bien pensé… voilà une entreprise chinoise qui pourrait éventuellement détourner une part (importante?) du trafic (audience) de YouTube… à très peu de frais: pas d’hébergement des vidéos, très peu de bande passante… Juste un petit service à valeur ajoutée. Génial! Ne reste plus qu’à YouTube à faire de même!

Steve Jobs plaide pour la libre circulation des fichiers musicaux

Si vous n’avez qu’un texte à lire aujourd’hui, ce doit être celui-ci:

Steve Jobs: Thoughts on Music.

Extraits:

«Let’s examine the current situation and how we got here, then look at three possible alternatives for the future. […] »

« The third alternative is to abolish DRMs entirely. Imagine a world where every online store sells DRM-free music encoded in open licensable formats. In such a world, any player can play music purchased from any store, and any store can sell music which is playable on all players. This is clearly the best alternative for consumers, and Apple would embrace it in a heartbeat. »

« Why would the big four music companies agree to let Apple and others distribute their music without using DRM systems to protect it? The simplest answer is because DRMs haven’t worked, and may never work, to halt music piracy. »

« If such requirements were removed, the music industry might experience an influx of new companies willing to invest in innovative new stores and players. This can only be seen as a positive by the music companies. […] »

« Convincing them to license their music to Apple and others DRM-free will create a truly interoperable music marketplace. Apple will embrace this wholeheartedly. »

Quand intolérance rime avec incompétence

Avertissement: il manque sans doute quelques nuances à ce texte, mais c’est comme cela que je le sentais, ce soir, en lisant tous ces actualités, à partir de Paris… bien loin du coeur de l’action.

* * *

Je suis complètement dépassé parce ce que j’entends et ce que je lis dans le désolant dossier dit « des accommodements raisonnables ». Dépassé au point d’en avoir mal au coeur.

Même si c’est toujours désagréable à constater, il n’y a pas malheureusement pas de surprise à (re)découvrir qu’une partie de la population manifeste de l’intolérance — et c’est sans doute pareil un peu partout autour du monde. C’est toutefois une exigence de la vie en société (dans une démocratie, du moins) que de chercher à réduire le nombre des personnes intolérantes. Or, ce qui est stupéfiant depuis quelques semaines, et particulièrement depuis quelques jours, c’est de réaliser qu’il est possible aujourd’hui de tenir des propos comme ceux que l’on entend et que l’on lit sans que cela ne soit très largement condamné. Pire, que de telles inepties puissent faire l’objet de résolutions dûment adoptées dans plus d’un conseil municipal.

Cela révèle bien sûr l’incroyable défi d’éducation citoyenne que nous devrons relever dans les prochaines années, mais aussi le dramatique manque de leadership de nos représentants politiques sur des questions qui sortent en apparence un peu trop des enjeux économiques à court terme.

C’est incroyable de constater qu’apparemment personne au Québec n’a aujourd’hui la stature (vu d’ici, en tous cas) pour prendre la parole et dire que cela a assez duré — annuler les règlements idiots (et certains accommodements qui le sont tout autant) et expliquer pourquoi tout cela n’est pas acceptable dans une démocratie. Et je n’ose pas croire que des politiciens pourront « calculer et négocier leurs convictions » sur un sujet semblable dans les prochains jours et les prochaines semaines uniquement à des fins électorales… Courage messieurs! Courage mesdames!

S’il n’y a évidemment rien de très glorieux à ce que les guignols de Tout le monde en parle aient choisi de se moquer d’un conseiller d’Hérouxville au lieu de profiter du temps d’antenne dont ils disposent pour expliquer que tout cela n’a que bien peu de fondement (ce qui ne doit pas nous empêcher de nous questionner sur le fait qu’un tel degré d’ignorance soit encore possible dans une société en principe plus exposée que jamais à la diversité du monde!);

Ce qui est plus honorant, c’est un jeune russe canadien-français puisse organiser aussi intelligemment la riposte [1] [2] pour tourner la bêtise en dérision, je trouve cela incroyablement rassurant! Voilà une remarquable démonstration du fait que le génie des nouveaux arrivants nous est parfois indispensablement précieux. Merci Greg! Le Québec a besoin de gens comme toi.

Je n’oserai pas pour autant me moquer des gens d’Hérouxville parce que je crois qu’il faut plutôt déplorer le fait que malgré la télé, la radio et Internet, ils n’ont manifestement pas à leur disposition des conditions qui leur permettent de se faire une idée plus adéquate du monde dans lequel ils vivent. C’est le reflet d’un échec de notre société et de son système éducatif — beaucoup trop limité à ce qui se passe à l’école.

D’une certaine façon, c’est de notre incompétent humanisme dont les gens d’Hérouville se trouvent aujourd’hui les malheureux bouc-émissaires.

Difficile d’en rire. J’ai trop mal au coeur.

P.S. Une autre lecture qui me redonne un peu de sérennité avant d’aller me coucher…

P.P.S. Le compte-rendu que Jean-Sébastien fait de sa fin de semaine au Rendez-vous stratégique sur la culture n’est pas trop mal non plus pour me permettre (enfin) d’aller dormir l’esprit un peu plus tranquille…

« Comment on fait pour savoir? »

J’avais gardé cette anecdote pour la famille proche, mais ma désolation devant la tournure des discussions qui ont actuellement cours au Québec sur « les accomodements raisonnables » me donne aujourd’hui le goût de la partager avec vous.

* * *

CONTEXTE: Nous sommes à Paris depuis douze mois. À l’école, les amis des enfants sont vraiment de toutes les couleurs. Or, il y a quelques semaines, au moment du petit-dejeuner:

BÉATRICE (qui s’était fait couper les cheveux et coiffer la veille): « Papa hier je portais une tresse africaine. »

CLÉMENT, intrigué: « ah oui, qu’est-ce que c’est une tresse africaine? »

BÉATRICE: « c’est une tresse française ! Ici ils appelent ca une tresse africaine! »

ÉTIENNE: « pourquoi ils appellent ca une tresse africaine? Il n’y a pas d’Africains ici? »

CLÉMENT, intrigé: « ben oui, il y a des Africains ici… »

ÉTIENNE: « ah bon. »

CLÉMENT: « Etienne, comment tu pourrais faire pour savoir que quelqu’un est africain? »

ÉTIENNE, perplexe: « ben, je sais pas… comment on fait pour savoir? …on ne peut pas savoir… »

Eh non… effectivement… papa était dans l’erreur… le fils avait bien raison: on ne peut pas savoir! Il faut décidément se méfier des apparences. Pour lui, tous les enfants de sa classe sont français, c’est normal! À Québec, les gens sont blancs; à Paris, de toutes les couleurs… Ça fait réfléchir.

L’ordinateur à l’école: indispensable!

Un article dans Le Soleil de ce matin qui fait référence à l’expériences des neufs jeunes québécois qui témoignaient de leur utilisation des blogs et des wikis à Autrans la semaine dernière.

J’en retiens particulièrement deux phrases — la première de Virginie, la seconde de Louis-Étienne:

« [l’ordinateur] est un outil génial ! Ça facilite l’apprentissage, parce qu’avec Internet, on a accès à une foule d’informations. Je serais prête à m’en passer à la maison… mais pas à l’école ! »

« Quand on sait qu’on est lu, ça nous motive à faire plus attention à ce qu’on écrit »

Jouer à l’oracle pour Le Lien Multimédia

Une amie journaliste, Sophie Bernard, m’a demandé il y a quelques jours de « jouer à l’oracle » avec elle pour Le Lien Multimédia. C’est avec plaisir que j’ai saisi cette occasion pour faire un retour sur l’année 2006 — que je n’avais pas encore pris le temps de faire — et pour essayer de me projeter quelques mois en avant dans l’année 2007. Voilà donc mes réponses à ses questions.

Quels sont les changements qui ont le plus marqué le monde numérique en 2006?

Je pense que ce qui a le plus marqué le monde numérique c’est la réalisation de systèmes de rétroaction de plus en plus rapides et de plus en plus efficaces (avec les commentaires, les wikis, les rss et autres outils de suivis… et leurs effets combinés).

Un peu partout sur le Web, dans les médias, dans tous les secteurs, on voit apparaître des idées, des produits, des services, des approches qui ont pour effet de décupler l’effet de feedback : les médias ouvrent des espaces de commentaires et de discussions partout (le cas de Libération est très fort à cet égard), les YouTube, Flickr, Wikipedia et autres deviennent de puissantes caisses de résonnance de ce qui se passe ici et là. Tous ces mécanismes existent depuis bien plus d’un an, mais une masse critique d’utilisateurs les maîtrisent maintenant et les véritables effets ne commencent qu’à se manifester vraiment hors des cercles de geeks.

Le délai entre la « production » de la publication et la « réaction » devient de plus en plus court, avec les exigences et les stress que cela comporte pour tous les acteurs de ce grand jeu de l’évolution des systèmes économiques autour du Web. Certains peuvent avoir l’impression que cela nous retire le droit à l’erreur (ce qui est une erreur d’attitude devant le changement… mais ça c’est une autre question!).

Les secteurs économiques qui étaient habitués à travailler sur « des cycles longs » (l’édition, par exemple) sont particulièrement bouleversés par ce phénomène.

2006 a-t-elle été une année de nouveautés ou de continuité?

C’est une année de continuité, clairement, au sens où nous n’avons pas vu émerger de nouvelles forces qui pourraient influencer le développement du cyberespace. Ce sont les mêmes forces qui sont à l’oeuvre, qu’on comprend un peu mieux, qu’on reconnaît plus facilement, qu’on met en oeuvre plus efficacement.

Quel est le buzz word qui t’a le plus agacé l’année dernière?

Communauté.

C’est un mot très noble, qu’il est toujours bon d’avoir à l’esprit comme une utopie pratique… qui est parfois un raccourci oratoire très utile, mais on en a fait un usage clairement abusif cette année. Il a été utilisé vraiment à tort et à travers. Ce n’est pas parce qu’on permet aux gens de laisser des commentaires à la fin d’un texte ou qu’on leur permet de dire que « lui et lui et elle et encore lui sont mes amis » que nous formons une communauté. Je caricature (à peine!), mais il faudrait retrouver à cet égard le sens de la mesure. On peut être guidé par une idée d’ouverture; on peut souhaiter l’émergence de réseaux entre les gens qui s’intéresse à un sujet, sans pour autant voir naître des communautés.

Je rêve de contribuer à l’avènement d’une communauté autour de l’éducation sur le Web… mais je ne vois toujours pas comment je pourrai y arriver…

Quelle tendance t’a le plus enthousiasmé?

La reconnaissance, et l’adoption croissante, de Creative Commons. Parce qu’il me semble que cela offre un contexte de « réflexion pratique » qui est de nature à recadrer de façon beaucoup plus saine les débats (absolument nécessaires) sur le droit d’auteur.

D’après toi, de quoi sera fait 2007?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à cette question « de façon générale », néanmoins, par rapport à ce qui m’intéresse particulièrement :

Accentuation des effets de « feedback loop » décrit précédemment… et plusieurs de ceux qui ont pensé s’en garder à l’écart y seront confrontés: encore plus que jamais de rss et autres gadgets du genre (on en verra partout!), plus de formulaires de commentaires, de commentaires d’acheteurs, de wikis, etc. Plus de sites qui se construisent autour de ça… ou qui en intègrent des briques sous une forme ou sous une autre.

L’usage des blogs dans les écoles connaîtra un accroissement considérable parce qu’on comprendra de mieux en mieux que c’est un des moyens les plus efficaces pour permettre des changements durables dans les écoles (parce que cela permet de recréer un contexte où l’ensemble de la « communauté éducative » peut s’impliquer dans les changements désirés et où il est possible de valoriser adéquatement les acteurs de ce changement: jeunes et moins jeunes.

Les premières livraisons de « l’ordinateur à 100 $ » feront l’objet d’une couverture médiatique sans précédent au cours de l’année 2007 et mettront sous pression les gouvernements des pays « trop riches pour y avoir accès » et « trop pauvres pour investir aussi massivement que d’autres » (comme le Québec). On découvrira avec émerveillement en 2008 de nouvelles formes d’utilisation éducative de l’ordinateur dans les pays concernés, qui feront preuve d’une ingéniosité qui pourrait bien devenir le principal moteur des changements que nous attendons dans le domaine scolaire depuis des années (mais là, je suis déjà rendu en 2010… au moins!).

Et dans ce qui m’occupe plus particulièrement à l’heure actuelle :

Après la musique, le cinéma et la télé, le monde du livre prendra la juste mesure des bouleversements auxquels il est convié par la généralisation d’Internet dans la population. On assistera à beaucoup d’expérimentation et d’innovation dans ce domaine (tant dans l’usage des réseaux, qu’au plan matériel avec l’arrivée des premiers eBook, papier électronique, un peu convainquant pour le grand public).

Qu’est-ce qui te rend le plus optimiste pour la prochaine année?

De façon générale :

En dépit de tout le verbiage autour du « Web 2.0 » et de la vision que les médias donnent de cela à partir de quelques exemples démesurés (YouTube, etc.), les forces qui influencent le développement du Web demeurent accessibles « au monde ordinaire ». Il reste possible aujourd’hui aux gens qui ont de bonnes idées de créer des projets « qui feront la différence » avec des moyens raisonnables, un peu d’ingéniosité (et beaucoup de détermination). C’est une condition nécessaire à l’innovation.

Au plan éducatif :

Je pense que les développements du Web rendent inévitable et irréversible « l’ouverture des écoles sur leur milieu ». Idée dans laquelle je crois profondément et qui accélérera sans doute l’intégration du concept de « cité éducative » dans le développement de nombreuses villes et villages [il fallait bien que j’en parle, non?  ;-)].

Qu’est-ce qui aurait tendance à t’inquiéter pour 2007?

Ce qui m’inquiète le plus c’est que grisés par le côté enivrant de toutes ces technologies aussi puissantes que simples, nous négligions d’évaluer tous les risques associés au fait de laisser des informations personnelles un peu partout « sans trop nous en rendre compte ». La banalisation de la diffusion d’information personnelle me préoccupe beaucoup, et, ce, tant chez les jeunes que chez les adultes.

Peut-être y aura-t-il en 2007 des événements pour nous faire prendre conscience des risques associés à cela. Je le souhaite… en espérant que ces événements n’aient pas de répercussions fâcheuses et qu’ils n’auront pas  aussi pour effet de trop effaroucher les gens au fait de contribuer activement au développement du web par leurs commentaires, leurs clics, leurs textes, leurs photos, etc.

Qu’aimerais-tu voir se développer?

J’aimerais beaucoup voir se développer au Québec un mouvement politique qui appuie son discours et ses méthodes sur la possibilité d’engager plus étroitement qu’auparavant les citoyens dans « la vie politique » et ce, non pas seulement au moment des élections, mais au quotidien. Et pas seulement « pour consulter quand ça lui convient » ou pour « mobiliser après avoir pris une décision », mais dans un véritable processus démocratique.

Je fais l’hypothèse que les partis politiques provinciaux et fédéraux n’auront pas le courage d’aller aussi loin aussi rapidement et qu’ils feront tout un autre tour de piste avec des usages exclusivement « marketing » du Web, essentiellement à l’occasion de campagnes électorales.  En conséquence, je pense que les changements que je souhaite se produiront d’abord au niveau municipal… et donc, s’ils commencent à prendre forme en 2007 ne pourront se concrétiser vraiment qu’en 2009. Mais j’aimerais bien en voir poindre quelques signes… déceler quelques encouragements… À suivre.