Parole, blog, cité, légitimité…

« C’est prendre le droit à la vie de la cité que de s’exprimer, de surcroit de la manière la plus aboutie chez les humains, pas l’écrit. Si je prends droit à participer à la vie de la cité, c’est que j’y ai un intérêt qui vaut surement autant que celui des autres. […] [Or, au cours des dernières semaines] ma légitimité m’a fait défaut ou en tout il m’a fallu l’interroger. C’est ce que je vous invite aussi à discuter en cette fin d’année 2006 »

Extrait d’un texte de Bruno Devauchelle sur lequel je souhaite trouver le temps de revenir dans les prochains jours.

Mise à jour 2 janvier 2017: le lien vers les texte est maintenant plutôt celui-ci.

23 décembre

Le 23 décembre a toujours été une date spéciale pour moi — marquée par l’air de Beau dommage et par le début des fêtes de Noël.

Dorénavant, cette date sera aussi marquée par l’expérience parisienne d’un début de réjouissances à la fois bien différent et très semblable à ce que j’ai toujours connu.

Bien différent parce qu’il y a quelque chose de remarquable pour nous, athés, d’être reçus l’après-midi chez des voisins musulmans et de recevoir le même soir des amis juifs, tout ça à l’occasion d’une fête chrétienne.

Très semblable parce qu’à Québec comme à Paris, chez-eux comme chez-nous, l’essentiel c’est la rencontre d’êtres humains curieux et amicaux, intéressés par l’Autre, prêts à partager leur expérience de la vie en mets, en paroles et en rires.

Joyeux Noël!

Person of the Year: You!

François attire notre attention sur une brillante idée du Time Magazine qui consacre ses honneurs annuels non pas à une personne, comme c’est la tradition, mais à tous ceux et celles (potentiellement tout le monde!) dont les gestes, relayés par une nouvelle générations d’applications réseaux (dits, à tort ou à raison, Web 2.0), sont en train de réinventer Internet et de donner de nouvelles formes à la culture, aux médias, à la collaboration: Person of the Year: You

« It’s about the many wresting power from the few and helping one another for nothing and how that will not only change the world, but also change the way the world changes. »

C’est un très puissant message que lance ainsi Time Magazine, dont l’édition de fin d’année est une extraordinaire caisse de résonnance. En ce sens, je trouve particulièrement intéressant qu’ils aient choisi de mettre les projecteurs sur les gens plutôt que sur la technologie.

Décidément, l’année 2007 ne sera pas moins stimulante que 2006 pour ceux et celles qui cultivent de grands rêves. Plus que jamais, rien n’est impossible!

Optimisme naïf? candeur? Peut-être, mais je le crois vraiment! Et je choisi cette utopie pour éclairer mes choix et guider mon action.

Québec Paris Hanoï

Invraisemblable: c’est le mot qui me vient à l’esprit pour décrire la scène, plus tôt cet après-midi, sur une petite terrasse de la Cour Saint-Emilion, à Paris. Pourtant, c’était bien vrai…

Vendredi Mario publiait un texte par lequel j’apprenais que Seymour Papert avait été victime d’un accident à Hanoï.

Samedi un de ses lecteurs vivant à Hanoï (inconnu à ce jour) offrait de rendre service si cela était utile. Mario proposait aussitôt de livrer des fleurs à Seymour Papert au nom des amis des RIMA, à Québec — conférence pour laquelle nous l’avions invité il y a quelques années. Je signale aussitôt mon intérêt à participer à l’envoi. Mario prend l’avion pour Paris en soirée.

Dimanche matin, très tôt, j’écris un texte sur le fait qu’il faut faire confiance à l’oeuvre de gens comme Papert parce qu’ils ont si bien travaillé que le monde a véritablement changé grâce à eux et que leur influence sera durable si nous acceptons de prendre leur relais.

Quelques heures plus tard Mario arrive à Paris et nous allons prendre un verre près de chez moi. Après quelques minutes de discussion au cours desquelles nous nous émerveillons de toutes les aventures que le monde des blogues nous a permis de vivre, son téléphone lui signale l’arrivée d’un courriel… de Stéphane, de Hanoï! Incroyable… le bouquet de fleurs a été livré, remis à Nicolas Negroponte (rien de moins!), et nous avons quelques nouvelles fraîches de Seymour Papert (Mario en parle évidemment sur son blogue).

Bouches bées, émerveillés, nous éclatons de rire.

Eh oui… quand on existe dans les réseaux, il semble aujourd’hui possible de faire le souhait d’offrir des fleurs à un maître à penser victime d’un accident à l’autre bout du monde, qu’elles soient livrées par un inconnu 24 heures plus tard et remises à un autre maître à penser — tout ça pendant qu’on se déplace de Québec à Paris pour prononcer une conférence sur un sujet qu’on a approfondi depuis quatre ans avec un ami qui a depuis déménagé dans cette ville mais avec qui on garde un contact étroit grâce à ces mêmes réseaux.

Invraisemblable? Non. Vertigineux. Simplement.

Seymour Papert

Je lis avec douleur sur le blog de Mario que Seymour Papert a été victime d’un accident grave au Vietnam la semaine dernière. Il aurait été happé par un vélomoteur.

Je souffre profondément de lire cela.

Papert est une source d’inspiration importante pour moi — ses écrits sont responsables de plusieurs choix personnels et professionnels qui ont fait de moi qui je suis aujourd’hui. En ce sens, je lui dois beaucoup.

J’ai eu l’immense chance de rencontrer Seymour Papert à deux reprises, et de lui parler au téléphone quelques fois. J’ai apprécié chaque fois un homme affable, humble, d’une remarquable intelligence, qui n’imposait rien à ses interlocuteurs, mais qui a le don de faire naître en eux les rêves qu’il porte, de leur communiquer sa passion, et de s’allier leurs énergies et leur savoir-faire. C’est un visionnaire hors pair, un modèle remarquable. Son oeuvre est immense.

Qu’un homme qui a fait avancer tellement d’idées phare depuis les années soixante-dix et qui a permis la réalisation de tellement de « projets pour penser avec » puisse affronter aujourd’hui une épreuve aussi « absurde » est évidemment difficile à accepter. C’est dramatique. Sa famille, ses proches, ses nombreux collaborateurs et d’innombrables pédagogues sont bouleversés par l’état de santé de celui qu’ils aiment et qu’ils admirent, c’est normal — et je souffre avec eux.

Mais, de grâce!, faisons-nous confiance et arrêtons de dire que « le monde ne peut se permette la perte de ce génie » [1] ou que « The world can’t afford to lose him » [2]! Inutile de verser à ce point dans le superlatif pour honorer l’oeuvre de quelqu’un. Bien sûr que le monde peut se permettre de perdre ses plus grands génies — il en a d’ailleurs déjà perdu plusieurs. Et d’ailleurs, je pense que Seymour Papert ne serait pas très fier de nous voir adopter une attitude comme celle-là dans ces circonstances.

Je l’imagine d’ailleurs bien nous dire avec une sérénité déconcertante, du haut de la tribune qui l’accueillait à Québec au printemps 2004, à l’occasion des Rencontres internationales du multimédia d’apprentissage (photo souvenir de Stephen Downes ici):

« … il faut plus que jamais poursuivre notre travail et déployer tous les moyens à notre disposition pour permettre à tous les enfants du monde de profiter de l’extraordinaire potentiel de l’ordinateur pour apprendre, pour entrer en contact les uns avec les autres et pour faire naître un monde différent dans lequel les frontières (quelles qu’elles soient) s’atténueront au profit de la solidarité qui seule permet aux êtres humains de vivre en paix… »

Franchement, je n’ai pas envie de tomber dans le pathos et de pleurer la disparition d’un être irremplaçable. On peut souffrir, on peut pleurer de peine, mais il faut en même temps nous retrousser les manches et nous demander quelle petite partie de l’oeuvre de Papert nous pourrons poursuivre chacun de notre côté lorsqu’ils nous aura quitté — parce que vélomoteur ou pas, cela serait inévitablement arrivé. [voir le commentaire #3, ci-bas, pour une précision/nuance sur ce paragraphe].

Ce que le monde ne peut assurément pas se permettre, c’est que nous ne redoublions pas d’efforts pour poursuivre le travail si brillamment amorcé par Papert. Nous en sommes dorénavant plus responsables que jamais.

Alors relisons ses ouvrages, laissons-nous inspirer à nouveau, agissons avec détermination, communiquons sa passion et sa confiance, contribuons à la réalisation de l’ordinateur à 100 $… je pense que ce sera la meilleure façon de lui rendre hommage et de lui manifester tout notre appui dans l’imprévisible épreuve qu’il traverse actuellement.

Monsieur Papert, j’ai eu besoin de vous. Vous pouvez compter sur moi!

6 décembre 1989

Merci Rosalie. Merci Mario.

« Cette année, il y aura 17 ans que ces 14 jeunes femmes sont mortes. Jeunes, elles avaient l’avenir pour elles. Mais femmes, elles ont été prises au piège d’une logique meurtrière dirigée contre les symboles les plus visibles de l’affirmation et de la libération du sexe féminin. La commémoration de cette tragédie nous rappelle que le fléau de la violence persiste dans nos sociétés, au Québec comme ailleurs dans le monde. » (source: Conseil du statut de la femme)

Plaidoyer écologique

Nicolas Hulot dans Libération:

« …la possibilité future de production et de redistribution des richesses est désormais conditionnée par l’état de la planète. Avec des ressources naturelles en voie d’épuisement et des grands équilibres du vivant fortement compromis, il n’est plus envisageable de concevoir la répartition des parts du gâteau de la richesse autour de sa croissance illimitée.

C’est à partir de ce constat, radicalement inédit dans l’histoire de l’humanité, que les politiques doivent désormais se redéfinir, à droite comme à gauche, et offrir des solutions qui, pourquoi pas, peuvent s’avérer différentes et provoquer de féconds débats démocratiques. Répondre au défi écologique constitue aujourd’hui la première tache politique, le socle commun de tous les choix à venir.

[…] il ne suffira pas d’agir à la marge et d’additionner les gestes de bonne volonté, individu par individu. Il n’y a pas compatibilité entre le système économique tel qu’il fonctionne et l’imaginaire culturel qu’il déploie, et la mutation à laquelle nous sommes conviés. Nous devons nous engager vers des changements structurels auxquels le logiciel du libéralisme, à base de laisser-faire et de logique marchande, n’échappera pas. Mais les postures dénonciatrices et les incantations ne suffiront pas. Il importe maintenant de savoir comment nous allons faire. »

Le gras est de moi…

Centre d’exploration scientifique

« Son projet : créer un lieu grand public pour faire vivre les sciences. Pour partager les résultats de la recherche, montrer des prototypes, toucher, voir, expérimenter, semer le goût des sciences chez les jeunes et, peut-être, de la carrière scientifique. […] Un lieu pour rire, courir, pour parler fort. Un lieu qui donnerait envie de revenir pour vivre d’autres expériences. C’est comme ça qu’elle imagine la chose.  […]

« Un centre de sciences est aussi un outil de développement économique pour une région, un attrait touristique supplémentaire, une vitrine pour les entreprises locales. On y développera peut-être le goût de l’innovation et du risque qui manque parfois à cette ville. »

Texte complet sur le blog de Mario…

Tout savoir sur le projet sur le site de la Boîte à Science…

L’ADQ au sujet de la réforme

« Il ne fait aucun doute que la réforme scolaire, récemment rebaptisée renouveau pédagogique, repose sur des intentions et fondements philosophiques nobles. En effet, nul ne saurait s’opposer à la modernisation de l’école afin de la rendre plus stimulante, à la mission de faire réussir tous les élèves et à la diversité des approches pédagogiques. Cela dit, une erreur grave a été commise. On a voulu renouveler l’école sans rien changer à son administration. On a cru à tort qu’il suffisait de repenser la pédagogie, d’évaluer des compétences –transversales?- plutôt que des connaissances et d’épouser les théories « socio-constructivistes » pour que « tous » désormais réussissent. Bref, dans une éloquente manifestation de la pensée magique péquiste, on a voulu réformer l’école sans réformer le système d’éducation. »

Source: Cahier du participant au VIe congrès de l’ADQ

Il faut aussi prendre connaissance des huit propositions « concrètes » de l’ADQ au sujet de l’éducation.

Renouveau pédagogique

« Ce renouveau est propice à la réflexion, à l’expérimentation et s’appuie sur un intérêt toujours grandissant des parents, des maîtres et des administrateurs scolaires envers une pédagogie plus respectueuse de la personne de l’enfant, davantage capable de le former que de l’informer, visant à développer chez lui cette capacité d’adaptation qui devient la pierre angulaire d’une vie dans une société moderne aux changements aussi multiples que subits. »

Source: Centrale de l’enseignement du Québec, 1969, cité par Marc St-Pierre dans un commentaire inscrit à la suite de ce texte de Mario.

Les drapeaux

Wow! TOUT dans cette page est à lire et écouter. Une émission comme celle-là vaut une saison entière de programmation de radio.

Jean Deadwolf Leclerc règle ça en chanson

Merci à tous ceux qui ont eu les couilles d’exprimer leur opinion dans cette séquence haute en couleur: Leloup, Cassivi, Petrowski, Charette, les lecteurs de La Presse, les auditeurs de Radio-Canada.

On reste inconfortable devant tout ça et c’est très bien ainsi. Merde.