La liste edu-ressources est en convalescence. Très mal en point. Parmi les plus anciennes encore actives au Québec, cette listes de discussion a évidemment vu son propos évoluer au fil des ans. Normal: à sa naissance on ne connaissait presque rien d’Internet, alors que maintenant elle réuni novices et experts patentés, pionniers et simples observateurs — du Québec et d’ailleurs. C’est une grande liste.
On devrait donc se réjouir, célébrer le fait que nous avons enfin un espace pour discuter sérieusement de sujets complexes liés aux technologies, entre pédagogues et avec une audience importante (combien d’abonnés?), dans une perspective d’ouverture et d’échange de points de vue. Au lieu de cela, on évacue les sujets chauds. On les déporte, vers des listes moins populeuses, moins en vue. Par peur de « perdre le contrôle »? Par crainte que les « opposants à la réforme » n’obtiennent trop de visibilité « grâce à un outil gouvernemental »? ou quoi d’autre encore? D’ailleurs, quelque soit la raison, ça me chagrine. Pire: ça me choque. Je pense que nous sommes devant une situation où « le mieux est l’ennemi du bien ». S’il fallait agir pour contrôler la liste (ce qui reste à voir) ce n’était pas, à mon avis, de la façon dont on tente de le faire depuis une semaine.
J’avais néanmoins choisi de ne rien dire, la semaine dernière, quand la décision a été prise de fermer la liste aux débats pour la limiter au partage de bonnes adresses où trouver des ressources éducatives numériques. Après-tout, qui suis-je pour juger de la manière dont le ministère de l’éducation gère ses espaces de discussion?
Mais aujourd’hui je ne peux plus me taire. La situation m’apparaît trop ridicule.
Réagissant à un message publié plus tôt aujourd’hui dans la liste en rapport avec l’impact des TIC sur l’enseignement et l’apprentissage, il semble que j’ai enfreint les règles — qu’il m’aurait fallu faire preuve d’une plus grande modération. Il aurait en d’autres termes été préférable que je retienne mon commentaire pour plutôt aller le porter dans une liste à laquelle je n’étais pas abonné… Voilà qui est bien en théorie et confortable pour ceux qui tiennent absolument à encadrer les débats par crainte que les bavards n’accaparent l’espace… mais en pratique, n’est-ce pas un peu la mort de la liste que l’on signe? Parce que dans ces conditions, tous les sujets qui relient les gens, qui invitent à l’échange, qui provoquent la discussion, seront forcément sacrifiés…
Bien sûr, j’aurais aussi pu publier mon commentaire sur mon blogue. Mais pourquoi? Mon blogue c’est mon espace de réflexion, ce n’est pas un espace particulièrement bien conçu pour des discussions avec de grands nombres d’intervenants… Alors que dans mon esprit, c’était précisément la raison d’être d’une liste de discussion. Pas la bonne liste, me direz-vous? Peut-être… Alors pourquoi m’entêter? Eh bien parce que, merde, il y a là sur cette liste une foule de gens qui se sont rassemblés depuis plusieurs années et que remettre en place un espace public de ce type relève encore trop souvent du tour de force!
Qu’on ait voulu rediriger vers d’autres espaces les gens qui ne parlaient pas du tout de technologies (et notamment de tout dans la réforme sauf de l’usage des TIC) est une chose (j’oserai même m’en réjouir), mais qu’on cherche à faire de cette liste un espace sans débat, strictement porté sur l’information… alors là, je ne suis plus du tout!
À ce compte là, j’aurais préféré qu’on offre aux abonnés de meilleurs outils de gestions des messages (filtres, etc. des outils qui existent si on se donne la peine de les implanter sur les serveurs) au lieu de « sortir de la liste » ceux qui discutaient d’autres choses. Ou encore qu’on subdivise la liste afin de diffuser par d’autres voies l’existence de nouvelles ressources éducatives numériques (a-t-on vraiment besoin d’une liste de DISCUSSION pour cela? est-ce qu’il n’y a pas déjà mille et une autres sources d’informations de ce type?).
Les gens qui me connaissent savent que je ne fais pas souvent des sauts d’humeur de ce type et que je suis généralement peu enclin à m’emporter. Alors pourquoi maintenant? Eh bien parce que je trouve absolument incroyable qu’on en soit rendu à se demander collectivement si tel ou telle opinion est à sa place dans la liste, si elle ne devrait pas plutôt être ailleurs, etc., (comme si c’était en soit un sujet de discussion!). Il me semble qu’on a bien d’autres sujets plus essentiels à débattre!
Une liste de discussion, ça vit avec les gens qui y interviennent. Si on ne veut pas reconnaître cela… eh bien tant pis, laissons-la mourir. Mais ne nous faisons pas à croire que les gens départageront systématiquement eux-mêmes dans quelle petite boîte aller porter chacune de leurs idées, opinions, etc. Si on valorise les échanges, eh bien acceptons les digressions, voire le désordre, qui accompagnent inévitablement par moment la conversation. À vouloir tout encadrer on risque de faire taire bien des gens dont les points de vue et les idées pourraient nous être bien utiles. Nous gagnerons bien sûr en confort… mais sans doute également en indifférence…
Ah, et puis zut. Pardonnez-moi — je ne me fais simplement pas à l’idée d’être au chevet d’une liste de discussion à laquelle je suis abonné depuis ses tous débuts. Il me semble que nous avons grand besoin de cette liste… malgré ses périodes de fouillis… ou surtout pour celles-ci justement!