Je prends quelques minutes même si je n’ai pas vraiment le temps pour garder la trace de quelques impressions. Faudra que je relise tout ça ce soir.
Je viens tout juste de raccrocher le téléphone au terme d’une très courte entrevue au réseau LCN en rapport avec le fait que j’étais présent au pied des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001.
Je suis content du très court message que j’ai pu laisser (mes notes plus bas) mais je dois dire que j’ai été traumatisé par ce que j’ai entendu avant d’entrer en onde. Ouf! Le rythme, le contenu, la dose d’adrénaline, le résumé de tous les attentats survenus depuis cinq ans en quelques secondes, les cris, les sirènes, le stress, l’insécurité: j’en suis tout à l’envers. Incroyable.
Ça me fait réaliser que je n’ai pas regardé l’actualité à la télévision ni écouté à la radio depuis presque un an. Mon rythme de vie à Paris m’amène plutôt à être en contact avec l’actualité via Internet ou par la presse imprimée. Je lis à mon rythme. Et quel confort. Vraiment, en comparaison, ce matin je me suis senti agressé: tiens-bouffe-z’en de la catastrophe! J’exagère, mais à peine. Et je fais exprès… je le laisse ici sans prendre le temps de décanter, parce que je veux garder la trace de ce que j’ai ressenti sur le coup.
Je ne doute pas que tous ces gens sympas à qui j’ai parlé avant l’entrevue font de l’excellent travail… mais faudrait peut-être collectivement prendre un peu de recul et se demander quels effets peut avoir ce type de couverture de l’actualité.
Ouf.
—/ mes notes /—
Q: Vous étiez au pied des tours le 11 septembre…
R: j’étais de passage… j’accompagnais mon épouse qui était là pour des raisons professionnelles… nous étions arrivés deux jours plus tôt… installés dans le premier hôtel qui est toujours debout près de Ground Zero… Nous avons évidemment eu très peur, mais mon principal souvenir de cette journée est plutôt la période qui a précédé la peur, celle où on ne comprenait rien de ce qui se passait… celui où nous avions l’étrange sentiment que à quoi on assistait était inexplicable.
Q: Cinq ans plus tard, comment a changé votre vie? (question qui n’a finalement pas été posée)
R: ma vie n’est pas vraiment différente… à l’exception peut-être du fait que j’ai maintenant toujours à l’esprit qu’il n’y a rien de vraiment impossible, même les choses les plus improbables… et ce n’est pas que négatif… c’est ça qui me donne encore plus envie d’imaginer des projets un peu fous… de rêver… avec ma famille, mes amis, mes collègues de travail.
Q: Avez-vous l’impression que nous vivons plus en sécurité aujourd’hui?
R: pour moi ce n’est pas une question de sécurité… ce ne sont pas des moyens techniques ou juridiques qui peuvent assurer totalement notre sécurité… la sécurité est une question de perception… une impression d’être bien où nous nous trouvons… j’aimerais surtout avoir l’impression de vivre dans un monde qui fait une plus grande place à la solidarité et au respect des autres, autant ceux qui vivent près de nous que de ceux qui vivent loin de nous. Pour moi, la seule issue à tout cela (j’ai eu envie de dire: à tout ce bordel) c’est l’éducation.
—/ fin /—