Ce matin à LCN

Je prends quelques minutes même si je n’ai pas vraiment le temps pour garder la trace de quelques impressions. Faudra que je relise tout ça ce soir.

Je viens tout juste de raccrocher le téléphone au terme d’une très courte entrevue au réseau LCN en rapport avec le fait que j’étais présent au pied des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001.

Je suis content du très court message que j’ai pu laisser (mes notes plus bas) mais je dois dire que j’ai été traumatisé par ce que j’ai entendu avant d’entrer en onde. Ouf! Le rythme, le contenu, la dose d’adrénaline, le résumé de tous les attentats survenus depuis cinq ans en quelques secondes, les cris, les sirènes, le stress, l’insécurité: j’en suis tout à l’envers. Incroyable.

Ça me fait réaliser que je n’ai pas regardé l’actualité à la télévision ni écouté à la radio depuis presque un an. Mon rythme de vie à Paris m’amène plutôt à être en contact avec l’actualité via Internet ou par la presse imprimée. Je lis à mon rythme. Et quel confort. Vraiment, en comparaison, ce matin je me suis senti agressé: tiens-bouffe-z’en de la catastrophe! J’exagère, mais à peine. Et je fais exprès… je le laisse ici sans prendre le temps de décanter, parce que je veux garder la trace de ce que j’ai ressenti sur le coup.

Je ne doute pas que tous ces gens sympas à qui j’ai parlé avant l’entrevue font de l’excellent travail… mais faudrait peut-être collectivement prendre un peu de recul et se demander quels effets peut avoir ce type de couverture de l’actualité.

Ouf.

—/ mes notes /—

Q: Vous étiez au pied des tours le 11 septembre…

R: j’étais de passage… j’accompagnais mon épouse qui était là pour des raisons professionnelles… nous étions arrivés deux jours plus tôt… installés dans le premier hôtel qui est toujours debout près de Ground Zero… Nous avons évidemment eu très peur, mais mon principal souvenir de cette journée est plutôt la période qui a précédé la peur, celle où on ne comprenait rien de ce qui se passait… celui où nous avions l’étrange sentiment que à quoi on assistait était inexplicable.

Q: Cinq ans plus tard, comment a changé votre vie? (question qui n’a finalement pas été posée)

R: ma vie n’est pas vraiment différente… à l’exception peut-être du fait que j’ai maintenant toujours à l’esprit qu’il n’y a rien de vraiment impossible, même les choses les plus improbables… et ce n’est pas que négatif… c’est ça qui me donne encore plus envie d’imaginer des projets un peu fous… de rêver… avec ma famille, mes amis, mes collègues de travail.

Q: Avez-vous l’impression que nous vivons plus en sécurité aujourd’hui?

R: pour moi ce n’est pas une question de sécurité… ce ne sont pas des moyens techniques ou juridiques qui peuvent assurer totalement notre sécurité… la sécurité est une question de perception… une impression d’être bien où nous nous trouvons… j’aimerais surtout avoir l’impression de vivre dans un monde qui fait une plus grande place à la solidarité et au respect des autres, autant ceux qui vivent près de nous que de ceux qui vivent loin de nous. Pour moi, la seule issue à tout cela (j’ai eu envie de dire: à tout ce bordel) c’est l’éducation.

—/ fin /—

Un candidat à la présidence semonce « les pédagogues »

Nicolas Sarkozy a fait aujourd’hui un très long discours portant essentiellement sur l’éducation. Le texte est fort bien écrit, très vertueux, et sert d’occasion pour semoncer indifféremment tous ceux qu’il appelle « les pédagogues ». Extraits:

Je refuse d’expliquer que le niveau de l’enseignement monte alors qu’il n’y a jamais eu autant d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, que la méthode globale est une réussite, que la démocratisation de l’enseignement est un succès. […]

Comment croire à la valeur de l’effort si l’école ne l’a pas inculqué ? On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant l’autorité du professeur et la légitimité du savoir. […] On ne rend pas service à l’élève de 4e auquel on demande d’écrire une autre fin au « Cid » comme s’il était le rival de Corneille. On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que tout se vaut. […]

L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce n’est pas la délibération, ce n’est pas le colloque permanent. L’école c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d’entre elles, de celle du respect.

Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur arrive […]

Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa spontanéité, qu’il faut l’encourager à développer toutes ses potentialités, il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire.

Je n’ai pas d’opinion sur les candidats à la Présidence et je ne cherche même pas à m’en forger une. Je m’accorde cette fois seulement le droit d’observer, d’analyser, d’essayer de comprendre, d’apprendre. Mais devant pareil discours, sur un sujet aussi déterminant pour l’avenir d’une société, je ne peux qu’être désolé — et un peu inquiet.

With us or against us…

Je me retiens depuis deux jours pour ne pas réagir à la dernière intervention de Normand Péladeau dans la liste edu-ressources.

J’aurais une foule de bonnes raisons de le faire, notamment:

  • le fait qu’à mon avis Normand Péladeau interprète un peu trop à ses fins le texte de l’allocution de Lise Bissonnette — une intellectuelle de premier ordre, que j’admire par ailleurs pour bien des raisons;
  • le fait que le texte de Lise Bissonnette est néanmoins loin (très loin!) d’être son meilleur et qu’on peut à mon avis le critiquer sous de nombreux aspects;
  • et en particulier le fait que je trouve tout simplement incroyable de pouvoir affirmer sérieusement, dans un contexte comme celui-là, des énormités telles que: « cette dernière mode a des conséquences bien plus dramatiques aujourd’hui que nos douces utopies d’autrefois » — non mais, vraiment!

Je ne réagirai pourtant pas plus que je le fais maintenant. Je ne le ferai pas parce que je sais bien que tout cela pourrait être un piège — parce que les détracteurs de « la réforme » veulent par tous les moyens relancer l’année sur ce thème et qu’ils cherchent nos réactions parce qu’elles leur servent de carburant.

Je ne réagirai donc pas davantage, sauf pour ajouter une dernière chose: je n’accorderai dorénavant aucune importance aux gens qui généralisent au point de laisser entendre que tous les gens qui ne dénoncent pas la réforme ont les mêmes idées, les mêmes convictions, les mêmes valeurs. Ils ne méritent pas mon écoute s’ils ne reconnaissent pas que la réalité est beaucoup plus nuancée.

« With us or against us… » — on sait mieux que jamais dans quel bordel ce genre de pensée peut nous amener. Très peu pour moi.

Première génération de post-blogueurs

Même si je n’écris toujours pas autant que je le souhaiterais, je continue d’être un lecteur assidu d’un grand nombre de blogues. C’est une partie essentielle de ma gymnastique intellectuelle quotidienne.

Plusieurs textes m’interpellent depuis quelques temps, il y a quelque chose qui se passe, entre les lignes, comme si une page était sur le point de se tourner.

Nous avons assisté il y a un peu plus d’un an à une explosion de nouveaux blogueurs, et constaté l’effet de mode qui l’a porté. Pour être hot, il fallait avoir son blogue. Sentant le tapis leur glisser sous les pieds, les médias ont fortement incité leurs journalistes vedettes à se mettre au blogue. Certains l’ont fait avec un indéniable succès alors que pour d’autres l’expérience a été plus mitigée. Des formes de publications variées, plus ou moins directement inspirée du blogues ont, par ailleurs, progressivement fait leur apparition dans les principaux sites de médias — qui se sont majoritairement ouverts davantage aux commentaires des lecteurs. C’est d’ailleurs à mon avis la principale retombée positive de cette déferlante.

Richard Martineau publie cette semaine un texte — Ras le bol! — qui pourrait marquer une étape important dans l’exploration du blogue comme « complément » à des formes plus traditionnelles de médias de masse (presse, télévisuelle, etc.). Il en a marre le blogueur: trop de commentaires impertinents, pas assez d’auto-contrôle des lecteurs-commentateurs, etc. Le problème c’est que c’est aussi ça le blogue!

Il me semble que Martineau ne fait pas une bonne analyse de la situation. Sans compter qu’il s’exprime avec rancoeur, sur un ton qui appelle la réplique: il souffle sur les braises pour éteindre le feu. Je pense que son analyse révèle qu’il n’a pas encore tout à fait compris ce qu’est un blogue. Un blogue ce n’est pas un espace pour déposer des textes auxquels les gens pourrons sagement associer des commentaires. C’est un incubateur de dialogues. Des dialogues qui pourront être plus ou moins vifs selon la portée polémique des sujets qu’on choisi d’aborder. Et de la même façon qu’on est toujours responsable de ce qu’on écrit, sur un blogue on est aussi responsable des dialogues qui peuvent prendre forme à la suite de nos textes. Rien de nouveau sous le soleil: si je me lève dans un café pour déclamer mon opinion sur un sujet chaud… il faut que je m’attende à me faire répondre, par des gens de tous les genres, et je ne pourrai pas simplement déplorer par la suite que ceux-ci ne m’adressent pas la parole avec autant de respect que je l’aurais souhaité. Je ne pourrai pas non plus simplement dénoncer le fait que des gens poursuivent la discussion sans moi, même à ma table, même si j’estime personnellement que tout a été dit.

Mario décrit très bien le fond de ma pensé sur le sujet: pour assurer la santé et la vitalité d’un blogue, il faut obligatoirement s’impliquer dans les commentaires, prendre part aux dialogues suscités par nos textes. En tout premier lieu lorsqu’ils prennent forme sur le blogue lui-même, mais également lorsqu’ils s’évadent vers d’autres espaces, d’autres blogues, d’autres types de publications. Ce n’est évidemment pas facile, c’est très exigeant intellectuellement (et parfois émotivement) et cela demande quelquesfois beaucoup de temps. Sans compter qu’on ne choisi pas toujours le moment où surviennent les pires dérapages. Mais si on n’est pas prêt à jouer le jeu, vaut mieux abandonner le blogue et revenir à une forme plus classique: je publie, vous m’écrivez, je décide de ce que je fais de votre point de vue. Pourquoi pas? C’est une méthode qui a fait ses preuves à bien des égards et qui n’est pas moins noble.

Sauf que ce n’est pas « à cause des autres » que Martineau cessera éventuellement de publier son blogue. Ce sera parce qu’il n’aura pas envie, pas le temps, ou pas les moyens de s’engager dans ce type de publication. Il faudra bien qu’il le reconnaisse. Ce sera son choix. Martineau aura le mérite d’avoir tenté l’expérience, d’être allé au bout de ce qu’il pouvait faire dans cette piste avant de l’abandonner… en toute connaissance de cause. C’est tout à son honneur.

Tout cela pour dire que je pense que nous sommes à l’aube d’une nouvelle étape dans l’exploration du potentiel des blogues et des contraintes qui l’accompagnent.

Je pense que si nous avons souvent catégorisés les gens entre « blogueurs » et « non-blogueurs » au cours des derniers mois, nous verrons bientôt se développer une catégorie de « post-blogueurs ».

Ce groupe sera formé de gens qui auront expérimenté le blogue avec sincérité et qui, pour une raison ou pour une autre, auront conclu qu’ils ne souhaitaient pas poursuivre l’expérience. Même s’ils n’auront peut-être plus directement pignon sur Web, ces gens connaîtront tout de même l’interaction qui peut naître autour des blogues et lerenouveau que cela peut présenter pour la démocratie et pour l’éducation, en particulier.

À l’avance, je désire remercier tous les gens qui rejoindront ce groupe parce que même s’ils auront abandonné une forme de publication que j’adore — et dans laquelle je crois beaucoup — je sais qu’ils se seront laissés transformer par l’expérience et qu’ils n’hésiteront pas à partager ce qu’ils auront appris avec leur entourage. On entre forcément dans le groupe des « post-blogueurs » plus ouvert d’esprit que lorsqu’on a fait son entrée chez les « blogueurs ».

Et avec un peu de chance on cessera peut-être bientôt d’analyser la blogosphère en termes essentiellement quantitatifs. Parce qu’à tout prendre, il vaut sans doute mieux constater la croissance du nombre de « post-blogueurs » que de voir sans cesse apparaître des gens qui n’utilisent les blogues que pour nous manipuler, sans véritable intention d’entreprendre un dialogue.

Merci Martineau. Merci Mario. Vos réflexions font progresser la mienne.

Note: Martine Pagé aborde un sujet semblable ici.

L’Institut CD Howe critique les CPE et Cyberpresse en ajoute!

Ça me choque de lire ce matin dans Cyberpresse que « l’Institut CD Howe recommande au gouvernement fédéral d’éviter l’exemple québécois de service de garderie ».

Ce n’est pas le point de vue de l’Institut CD Howe qui me choque… c’est le traitement que Le Soleil donne à la nouvelle! Il me choque parce qu’il manque clairement de perspective — ce qui est d’autant plus important lorsqu’un texte aborde un sujet chaud à partir du point de vue d’un organisme reconnu pour ses points de vue polémiques.

Lire la suite de « L’Institut CD Howe critique les CPE et Cyberpresse en ajoute! »

Déjà six mois

Déjà six mois que j’ai quitté Québec pour relever de nouveaux défis à Paris.

Déjà six mois que je vis éloigné de mes parents et amis — guidé par l’idée:

de découvrir le monde tel qu’il se présente vu d’ailleurs;
de mieux comprendre qui je suis;
d’aller à la rencontre de l’Autre.

…tout ça pour avoir une meilleure idée de ce qu’il faut savoir aujourd’hui — quand on a 33 ans, 32 ans, 8 ans, 6 ans et 4 ans — pour être libre, vivre inspiré par son appartenance à l’Humanité et être pleinement conscient de la solidarité que cela implique.

Alors, qu’est-ce que j’ai découvert jusqu’à présent?

Candidement, en vrac:

J’ai évidemment constaté que ce qui peut faire l’objet d’un jugement rapide demande généralement du temps, parfois beaucoup de temps, pour être compris.

J’ai appris que le concept de « qualité de vie » est bien plus flou que je ne le croyais… je pense maintenant que c’est un concept qui ne peut essentiellement être interprété sur une base personnelle: « j’ai une qualité de vie extraordinaire à Québec »… bien, mais est-ce que ça permet pour autant de vendre « LA qualité de vie à Québec » à des gens d’ailleurs, qui ont des goûts, des habitudes et une culture différente de la mienne? Maintenant j’en doute.

J’ai réalisé qu’il n’y a pas qu’aux États-Unis « que ça se passe »… que l’Europe est une construction politique et économique aussi extraordinaire qu’étonnante et qu’il est infiniment dommage que cela ne soit pas plus perceptible à partir du Québec. Il y a beaucoup à découvrir et à accomplir ici pour des Québécois… et il y bien des avantages à avoir développé des points de repères dans « un petit pays » avant d’en aborder un plus grand — en affaires notamment.

J’ai aussi constaté que l’omniprésence du multilinguisme (parfois cinq ou six langues, voire plus, sur les emballages, l’affichage, etc.) a pour effet salutaire (indirect?) de nous rappeler continuellement que nous vivons dans un monde multiculturel et qu’il n’est pas (plus) possible de réfléchir et d’agir « en vase clos », avec nos seuls repères culturels — au risque de vivre repliés sur nous-mêmes. En politique, en affaires, comme dans les domaines culturels et éducatif, il me semble plus essentiel que jamais de savoir — et de comprendre — qu’il existe plusieurs manières de voir le monde (et de développer l’empathie qui doit accompagner ce constat). En ce domaine, les habitudes culturelles défensives (légitimes et généralement essentielles) du Québec — telles que la Loi 101 — sont peut-être parfois un obstacle à une prise de conscience pourtant nécessaire.

J’ai été étonné (et ravi!) de constater que malgré des systèmes scolaires et des « des rapports à l’école » bien différents, les défis auxquels font face la France et le Québec dans le domaine de l’éducation sont très semblables et que les réformistes et les conservateurs se retrouvent, de part et d’autre de l’Atlantique, dans des positions semblables. J’ai par ailleurs été surpris de réaliser à quel point l’horaire de l’école française n’était pas soumis à la logique du marché du travail et de constater toutes les pirouettes et les inconvénients que cela peut représenter pour les parents — évidemment le plus souvent pour les femmes… pour qui il conviendrait même de parler de sacrifices (les garderies à 7$ et les « services de garde » québécois sont vraiment des merveilles!). Toujours par rapport à l’éducation, j’ai constaté (avec horreur) l’incroyable influence de la publicité directement adressée aux enfants… ce que nous avons le bonheur de ne pas connaître au Québec.

J’ai aussi pu découvrir que les gens que j’admire le plus, ceux qui m’inspirent avec qui j’apprécie le plus collaborer sont des gens déterminés, guidés par des idées personnelles claires, qui leur permettent de prendre des décisions sans trop d’hésitation… tout en restant attentifs aux opinions qui leurs sont communiquées, et qui font même en sorte que des points de vue contradictoires puissent s’exprimer librement. J’ai encore une fois la chance d’être entouré de plusieurs personnes de ce type… et je compte apprendre encore beaucoup en les côtoyant. Vision, détermination, efficacité et écoute.

J’ai finalement beaucoup apprécié pouvoir vérifier que les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui permettent effectivement de rester en contact avec nos proches — où qu’on soit dans le monde — et que le principal obstacle à cet égard n’est plus technique ni économique… c’est essentiellement le temps dont on dispose — un temps qui s’enfuit si on ne se l’accorde pas.

Mais plus que tout, j’ai pu constater au cours des six derniers mois que toutes ces découvertes n’ont fait qu’accroître mon désir de changer le monde grâce à l’éducation. Je suis plus que jamais convaincu que les apprentissages que je fais quotidiennement grâce à ce dépaysement seront très précieux pour les prochaines étapes de la poursuite de cet objectif — un objectif qu’il serait évidemment prétentieux de penser pouvoir accomplir, mais qui est néanmoins indispensable de poursuivre: parce que c’est l’essence de la vie telle que je la perçois aujourd’hui.

Je suis prêt pour le prochain six mois. Il y a encore tant à apprendre.

Go!

Croire dans l’éducation

Un texte de François m’a bousculé il y a quelques jours: désillusion de l’éducation. J’ai dû prendre un peu de temps pour y penser avant de réagir… parce qu’il ne faut pas perdre confiance dans l’éducation. Nous n’en avons pas les moyens… il n’y a rien d’autre pour faire face à l’obscurantisme, à l’injustice, à la misère à la guerre et aux espoirs déçus.

Quand on ne croit plus dans l’éducation on ne croit plus en rien. Il faut y croire. Par conviction ou, à défaut, par obligation.

En contrepartie, il faut sans doute accepter de remettre en question notre conception de l’éducation et la manière dont on la conduit généralement.

* Charles-Antoine insiste sur l’importance du « vivre ensemble »;
* Negroponte, cité par Mario, rappelle que l’enseignement n’est qu’une des manières d’éduquer;
* Le congrès des Villes éducatrices (où je serai évidemment!) sera l’occasion de nous rappeler que les écoles ne sont pas le lieu exclusif de l’éducation.

C’est juste, je partage tout ça, mais je pense qu’il faut aller plus loin. Il faut surtout remettre en cause notre conception pittoresque de « l’éducateur solitaire » — celui qui enseigne seul devant son groupe d’élève — et (re)bâtir une conception de l’éducation comme une responsabilité véritablement collective, où l’enseignant joue un rôle essentiel au sein d’un vaste ensemble d’intervenants, dans et hors de l’école.

Être éducateur aujourd’hui, être prof, être pédagogue, est-ce que ça ne devrait pas d’abord et avant tout être un leader — celui qui prend les devants — être celui ou celle qui coordonne le déploiement de toutes les ressources que la société choisi de mettre à la disposition des enfants pour apprendre à vivre en société? Être celui qui accompagne, celui qui trace le parcours par lequel un petit humain devient un adulte? Être prof, n’est-ce pas avant tout être en mesure de mettre en contact, au moment opportun, ceux qui savent et ceux qui veulent ou ont besoin d’apprendre?

Pas facile tout ça. Impossible, sans doute, dans le contexte actuel. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas y croire? Pour ne pas l’espérer? Pour ne pas travailler à faire en sorte que cela puisse se réaliser?

Je comprends très bien que François puisse flirter avec la désillusion. Ce doit être difficile, très difficile, par les temps qui courent, d’être un prof solitaire dans une école-sanctuaire.

Vraiment, plus que jamais, la pédagogie telle que je la conçois passe par:

– Une ouverture croissante de l’école sur son milieu;
– La conception de la ville comme une cité éducative;
– La reconnaissance des profs comme les indispensables catalyseurs de la réalisation d’un travail social qui ne peut être que le résultat d’une concertation et d’un engagement collectif permanent.

Voilà pourquoi je rêve d’une ville où des incitatifs seraient mis en place pour:

– encourager les écoles à mettre en tous temps leurs ressources à la disposition des communautés qui vivent à proximité;
– pour multiplier les interactions de nature éducative entre tous les acteurs de la communauté;
– valoriser le travail des enseignants et leur accorder les privilèges nécessaires pour leur permettre de collaborer plus facilement entre eux, de tirer profit des ressources de leur milieu, de faire appel aisément aux médias, aux entreprises, aux élus, etc.

Quand il est question d’éducation, devant le risque de désillusion il faut rêver. Croire et rêver.

L’immigration à Québec… pourquoi?

Je m’énerve un peu en constatant la nature du débat sur l’immigration qui a cours présentement à Québec.

D’une part, la mairesse rappelle — avec raison — que les immigrants ne doivent pas être considérés comme des machines qu’on importe pour répondre aux besoins des entreprises de la région. C’est une déclaration qui est toute à son honneur.

D’autre part, la Chambre de commerce de Québec rappelle — aussi avec raison — qu’il faut malgré tout être en mesure d’offrir un travail valorisant aux immigrants si on désire qu’ils s’intègrent adéquatement à la société québécoise (il faut quand même déplorer certains choix de mots et quelques nuances manquantes dans ce communiqué) .

Enfin, la Chambre de commerce des entrepreneurs de Québec formule une opinion selon laquelle c’est une illusion de croire que l’immigration qui permettra de combler les besoins de main-d’oeuvre des entreprises de la région et qu’il faudrait plutôt faire des efforts pour amener des travailleurs d’autres régions du Québec vers la capitale.

Ce ne sont pas les positions des uns et des autres qui m’agace, c’est le fait qu’en posant ainsi le débat en terme de « besoins du marché du travail » on occulte ce qui est à mon avis la principale raison pour privilégier l’immigration dans la région de Québec.

Il me semble que dans un monde de plus en plus globalisé, où l’interdépendance des pays, des régions, des villes et des peuples et des plus en plus évidente, il est indispensable de comprendre la diversité — de la côtoyer, dans la mesure du possible — de savoir que tout le monde ne vit pas de la même façon, de réaliser qu’ailleurs c’est aussi ici…

Si nous avons toutes les raisons de croire dans l’ingéniosité et le savoir faire de gens de Québec, d’en être fiers, et de penser qu’il pourrait rayonner partout autour du monde — comme les créations de Robert Lepage — il faut bien admettre qu’un des principaux handicaps auquel nous devons palier pour cela, c’est de vivre dans un vase clos relatif — entre nous — très blancs, très catholiques, très francophones. Il y a bien quelques touristes pour nous rappeler l’existence d’un autre monde, mais c’est clairement insuffisant.

Il me semble que dans ce contexte, l’immigration devrait d’abord être perçue comme une fenêtre sur le monde, comme une passerelle vers des réalités qui nous sont autrement inaccessibles, étrangères, inconnues. Dans cette perspective, c’est une relation de solidarité qui doit s’installer dès le départ entre l’immigrant et son milieu d’accueil: il faut s’entraider, pour se comprendre, pour s’expliquer le monde, ici et ailleurs – c’est une condition pour ressortir mutuellement enrichis de cette expérience. Il faut accueillir les gens d’abord pour ce qu’ils sont.

Si on y croit, il faut donner plus régulièrement la parole aux immigrants — pas pour leur faire dire que nous les avons bien (ou mal) accueilli, mais pour les inviter à nous parler d’eux, d’où ils viennent, du monde que nous partageons, de ce qui les amènent à Québec — de ce qui est semblable et de ce qui est différent, ici et là-bas.
* * *

Lorsque j’avais sept ou huit ans et que je restait à l’école le midi, c’est Madame Malouf qui supervisait le dîner.

Un jour, vers la fin de l’année, Madame Malouf nous a présenté des diapositives du Liban, le pays qu’elle avait quitté pour venir s’installer au Québec. Je m’en souviens comme si c’était hier. Un de mes souvenirs d’école les plus clairs.

Une première série de diapositives nous avait permis de découvrir le Liban d’avant la guerre et sa splendide côte méditerranéenne avec ses plages, ses grands hôtels, de remarquables immeubles et de superbes avenues. Une deuxième série nous avait permis de comprendre les conséquences de la guerre: des images semblables, où on pouvait reconnaître les mêmes lieux, les mêmes immeubles, mais où, pour l’essentiel, il n’y avait plus qu’un champ de ruines. Inoubliable, à tout âge, mais encore plus pour des yeux d’enfants.

Chaque jours, je revois les images que madame Malouf nous a présentées et même vingt-cinq ans plus tard, elles ont plus de sens que celles que me présentent aujourd’hui en boucle Radio-Canada, Libération, Le Monde ou CNN. Ces images ont un visage, elles m’obligent à ne pas « théoriser » cette guerre — elles m’imposent de ne pas perdre de vue que derrière tout « ça » il y a des gens qui souffrent.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait une Madame Malouf dans toutes les écoles du Québec, au moins une, pour parler de son pays d’origine aux enfants, pour leur parler de la paix et de la guerre, de ce qu’elles ont laissé derrières elles et de ce qu’elles ont trouvé ici.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait beaucoup de Madame Malouf à Québec… non pas parce que nous manquons de personnes pour superviser les enfants le midi dans les cafétérias scolaires, mais parce que je pense que leur présence est indispensable pour préparer adéquatement les enfants à vivre dans le monde qui sera le leur — celui que nous leur aurons laissé en héritage.

Merci Madame Malouf. Merci. Et bon courage.

Entreprendre

En prenant connaissance des dernières réflexions de Jean-Sébastien j’ai découvert le blog de Zane, dont plusieurs des préoccupations me rejoignent.

J’ai particulièrement apprécié son texte intitulé life and entrepreneurship qui fait écho à quelques éléments d’un texte que j’ai en préparation et dont voici le début:


Déjà six mois

Déjà six mois que j’ai quitté Québec pour relever de nouveaux défis à Paris.

Déjà six mois que je vis éloigné de mes parents et amis — guidé par l’idée:

de découvrir le monde tel qu’il se présente vu d’ailleurs;
de mieux comprendre qui je suis;
d’aller à la rencontre de l’Autre.

…tout ça pour avoir une meilleure idée de ce qu’il faut savoir aujourd’hui — quand on a 33 ans, 32 ans, 8 ans, 6 ans et 4 ans — pour être libre, vivre inspiré par son appartenance à l’Humanité et être pleinement conscient de la solidarité que cela implique.

Alors, qu’est-ce que j’ai découvert jusqu’à présent?

Le bureau, Creative Commons… et Microsoft!

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas fait un billet sur de simples observations… mais aujourd’hui, deux choses m’ont particulièrement renversées:

Ceci, comme quoi une idée simple peut encore révolutionner quelque chose qu’on croyait pourtant « stabilisé », en l’occurence, la métaphore du bureau informatique. Wow!

Et cela… parce qu’au delà des grands discours, ça illustre bien que la manière d’envisager le « droit d’auteur » est véritablement en train de changer. Un move aussi simple que brillant pour Microsoft. Bien joué!

Deux choses très simples, marquantes, alors que je rassemble et j’assemble actuellement un paquet d’informations sur l’évolution du monde de l’édition, ce qui constitue vraiment des menaces, des opportunités, etc. Décidément… il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de l’illustration.

Fin d’UpFing 2006

Petit bilan spontané de ma participation à la UpFing 2006 :

– J’aurais beaucoup aimé que plusieurs amis et collaborateurs Québécois et Français puissent participer à cette université de printemps.

– Je pense que mes ex-collègues d’OpossumiXmédiaZengo auraient beaucoup apprécié l’événement (Michaël particulièrement).

– Décidément, dans le champ de la réflexion d’avant-garde sur les usages des technologies dans une perspective de développement de réseaux sociaux, il n’y a que les « survivants du concret » qui ont des discours qui m’inspirent.

– Les témoignages les plus intéressants sont portés par des gens qui arrivent à communiquer à la fois leurs idéaux et à rendre compte simplement de leur engagement sur le terrain et des conclusions qu’ils en tirent. La prospective pure, les envolées théoriques et les nobles intentions m’ont laissées plus indifférent que jamais.

– Mes coup de coeurs sont pour, dans le désordre: Chris Messina et ses Bar Camp (des wiki live!), la puissante simplicité des interventions de Euan Semple, la découverte des travaux de Goffman (merci à Samuel Bordreuil), la découverte des travaux d’Olivier Auber sur la représentation de l’activité d’un wiki et la présentation franchement business de Julien Jacob sur ZDNET… sans oublier le site même de La Baune, où se déroulait UpFing. L’intervention virtuelle d’Howard Rheingold était aussi des plus intéressantes.

– Sur l’éducation en particulier, j’ai ressenti une grande résignation devant le constat que les institutions n’arrivent pas à comprendre (et encore moins à intégrer) les pratiques collaboratives qui apparaissent sur le Web.

– Le manuel scolaire a pris à quelques reprises sa part de baffes, quelques fois pour des raisons justifiables, parfois de façon injuste, le plus souvent sur la base d’une mauvaise compréhension du métier et du rôle de l’éditeur (à mon avis!).

– Je suis par ailleurs très heureux d’avoir pu valider, une fois de plus, bon nombre des conclusions que j’avais pu tirer de mes expériences antérieures.

– Autres moments forts de mon séjour, la rencontre de Christophe Ducamp et de Xavier Moisant (enfin!).

– Me reste plus qu’à rentrer à Paris et à accueillir le cousin demain matin!

UpFing 2006 à Aix-en-Provence

Je profite de quelques instants de calme pour savourer le fait d’être pour deux jours à Aix-en-Provence, pour UpFing 2006, entourés de gens variés, fascinants, utopistes et pragmatiques à la fois.

Pour ceux et celles qui désireraient participer malgré la distance qui les sépare d’Aix (où grâce à elle!), je signal qu’une large part de l’événement est diffusée sur le Web et qu’un wiki doit permettre de rendre compte de toutes les séances — et d’interagir avec les participants avant, pendant ou après chacune d’elles.

J’aurai pour ma part le plaisir d’animer demain un atelier intitulé De la conversation à la connaissance. Toute participation venue du Web est non seulement bienvenue, mais désirée! (ici, sur le Wiki upFing, sur d’autres blogues, etc.)

à+

Mise à jour: il y a aussi des photos de l’événement sur Flickr.

Grosse semaine dans « ma blogosphère »…

Jean-Sébastien quitte à son tour Opossum. Il faut que je lui souhaite bonne chance de ses nouveaux projets. Que je lui dise merci aussi, un très gros merci, pour toutes les réflexions que nous avons passionnément amorcées ensemble et que nous poursuivons maintenant chacun à notre manière, de chaque côté de l’Atlantique.

iXmédia rend accessible sur le site de nosracines une mise en forme remarquable du résultats du travail d’Ana-Laura: deux enquêtes historiques et pédagogiques pas mal intéressantes! À voir.

iXmédia annonce qu’il adopte Québec urbain, un site que j’avais encouragé Francis Vachon à lancer et qu’il a mené avec une main de maître, au point d’assurer sa poursuite malgré son départ de Québec. Chapeau!

Gilles G. Jobin lance un projet audacieux inspiré d’un livre qui m’a toujours fasciné…

Il y aurait aussi tant à exprimer sur tant de textes publiés ici et là…

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L’hospitalité française

Je n’ai pas écris depuis plus d’un mois. Le temps passe très/trop vite. Je continue néanmoins de lire et de penser beaucoup au Québec, à tous ceux que j’aime et à tous les projets qui s’y vivent — ceux que j’ai laissé et les autres.

J’espère trouver éventuellement le temps d’écrire ici un peu plus souvent dans les prochaines semaines… mais il y a tant à faire ici pour apprécier le dépaysement, apprivoiser le quotidien, accomplir le boulot qu’on attend de moi, découvrir le monde.

Sauf que ce matin, en lisant dans Cyberpresse que « les Français seraient le peuple le plus ennuyeux et le moins hospitalier de tous » je ne peux pas garder le silence!

Je ne comprends pas.

Je ne reconnais pas ceux et celles qui nous ont accueillis ici. Pour nous, tout a été impeccable: l’accueil dans l’immeuble, dans les écoles, au travail, etc. Vraiment, tout a été parfait.

Rien à redire sur l’hospitalité!

Et sur le fait que la France soit ennuyeuse… ben, disons que je n’ai rien à dire sur le sujet, sinon pour pousser un très grand éclat de rire.

Je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer!

Gros merci à tous ceux et celles qui ont fait des six derniers mois une si extraordinaire aventure.

Je souhaite la même aventure à tout le monde.