Pickup

En voyant ce pickup ce matin je me suis dit wow! c’est un personnage… c’est le début d’un road movie… non, d’un road… comment on dit ça pour un livre déjà… un road novel? mais en français?

Il m’a habité toute la journée. Le pickup. L’aventure. Le départ, l’inconnu, le roman. Il était là, lui. Pourquoi? Et l’était-il encore d’ailleurs? Et le serait-il la fin de la journée?

Il n’y était plus.

L’aventure avait commencé. Sans moi. Merde. End of the journey.

Je me suis rabattu sur Google. Road novel? comment on dit en français? Une question. C’est tout ce qu’il me restait de l’aventure (c’est quand même pas rien).

Road novel…

Roman-route…

« Genre né d’un roman signé par un écrivain… presque québécois… »

« Auto(mobile) fiction »

C’est tiré d’un texte de Pierre Monette (version pdf), extrait de Entre les lignes, le plaisir de lire au Québec, vol. 2 no 4, 2006, p. 30-31 / que j’ai pu consulter grâce à Érudit.

Un texte qui fait abondamment référence à Kerouac.

Kerouac, Jack Kerouac.

Celui en l’honneur de qui a été élaboré une bonne partie de la programmation du Festival de Jazz de Québec… qui commence dans quelques jours…

Le pickup, je pense que c’était Kerouac.

Le salon du livre

À l’arrêt d’autobus. Montréal. Coin de Lorimier et Ontario Est. Le 14 novembre, vers 15h. Une scène de lecture, presque banale — à quelques heures de l’ouverture du Salon du livre.

Tant de questions dans cette image — hommage au lecteur inconnu : que lit cette personne? auprès de qui a-t-elle acheté ce qu’elle lit? Sous la recommandation de qui? Pourquoi sur l’écran d’une liseuse plutôt que sur papier? Est-ce qu’elle lit plus ainsi? Comment cette lecture la relie-t-elle à ses concitoyens — à une culture commune?

Tant de questions qui devraient être omniprésentes dans les réflexions du monde du livre, dans les prochains jours, à la Place Bonaventure.

Est-ce que ce sera le cas? Je le souhaite. Vraiment. Vivement.

Qui sait?

Message dans une bouteille

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Coin St-Joseph et Mgr Gauvreau. J’observe la vie; la ville.

Il y a les plus pauvres qui empruntent la rue Mgr Gauvreau et les autres qui ne marchent que sur la rue St.-Joseph, côté sud. Et moi qui mange des sushis.

L’intersection pourrait être un lieu de rencontres. Elle n’est qu’un lieu de croisements. Et même pas: les trajectoires se superposent sans se rencontrer. Elles ont en commun un lieu, tout au plus. Deux réalités qui s’ignorent.

Ici des commerces neufs et chics que fréquentent les bobos. Là des immeubles laids et délabrés, abandonnés même. Patchwork urbain.

Si je pouvais faire entrer cette intersection, à cet instant, dans cette bouteille, quel message s’y trouverait codé?

Et qu’en penserait ceux qui la trouveraient, ailleurs (ou ici), dans dix ans (ou demain)?

Quel message?

Aveuglement volontaire

J’ai pris cette photo à bord du taxi qui nous conduisait de l’hôtel au Javits Center. Le reflet dans la fenêtre de la voiture en témoigne. Nous étions en retard.

J’aime New York, son énergie. C’est une ville brutale.  Une ville de hauteurs, de défis. Une ville sans demi-mesures.  Une ville right to the point. Une ville où les rêves viennent se frotter à la réalité.

Nous avions passé la journée précédente en réunions avec une multitude de personnes liées à l’industrie du livre. Nous avions eu des discussions très franches, sans complaisance, toutes marquées par l’ampleur des défis que pose par la place croissante du numérique dans les habitudes des lecteurs. Même les plus conservateurs de nos interlocuteurs étaient conscients que l’industrie était en train de se métamorphoser et que les transformations allaient encore s’accélérer.

Je me souviens avoir dit à mon collègue que la phase du déni était peut-être enfin terminée et qu’on pouvait espérer que la créativité de l’industrie états-unienne allait reprendre le dessus sur des réflexes plus conservateurs de protection des acquis — des réflexes normaux, certes, mais pas trop longtemps!

Et l’industrie québécoise allait probablement bientôt suivre dans la même voie.

* * *

Ce soir je me dis qu’il faudrait enfin y être à ce bientôt… parce que je commence à trouver qu’on fleurte pas mal avec le trop longtemps.

Je me désole de lire tant de personnes s’exprimer encore sur le livre numérique en se basant uniquement sur des impressions personnelles, sans s’y être vraiment intéressé et sans jamais faire d’efforts pour appuyer leurs opinions sur des faits. J’ai même parfois l’impression d’entendre le maire de Montréal: « je n’ai pas à savoir ça ». L’aveuglement volontaire. C’est tellement plus simple…

Et quand on me dit que l’industrie du livre a déjà suffisamment de défis à relever avec le livre imprimé et qu’on pourra s’occuper du numérique plus tard, quand on aura repris le dessus avec le bon vieux livre papier (« parce que de toute façon, le numérique c’est encore marginal »),  je ne peux que soupirer, très profondément.

Soupirer et me servir un verre de vin — parce que c’est samedi.

Et lundi je me retrousserai à nouveau les manches. Encore un peu plus.

Arrière-plan

L’arbre qui était là avait dû souffrir de l’hiver. Mort au printemps, on l’a remplacé par un arbuste frêle et sans grande distinction. Je passe là tous les matins et je ne l’avais jamais remarqué. C’est dire.

Jusqu’à vendredi dernier.

Il a suffi de quelques travaux routiers sur la rue voisine pour qu’il se révèle à mon regard.

Un panneau d’affichage mobile avait été placé derrière lui. D’un côté quelques mots et une flèche pour indiquer un détour aux automobilistes. De l’autre, face à moi, un fond de toile noire — l’arrière-plan parfait pour mettre en valeur ses quelques feuilles teintées par l’automne.

C’était impossible de le manquer. Je me suis arrêté pour lui rendre hommage. D’une photo… et d’un texte.

L’automne, c’est les montagnes cuivrées, les forêts aux feuilles virevoltantes et les rues de Limoilou bordées de congères de feuilles jaunes (la 9e rue était particulièrement magnifique cet après-midi). C’est aussi ces humbles branches colorées qui nous surprennent au moment où on s’y attend le moins.

J’aime l’automne.

Carnets de…

Il y a quelque chose de magique à écrire un texte comme Quelque part? N’importe où!, un mardi soir, seul chez soi, juste avant de se coucher, et se réveiller le mercredi matin en constatant qu’il a trouvé écho sur Twitter — mieux: qu’il a donné lieu à un échange aux allures de jeu de piste.

Commentaire de François qui a identifié le livre et l’a relié à un de ses textes.

Commentaire de René qui s’était récemment intéressé à l’auteur.

Courriels aussi, de quelques personnes qui l’ont particulièrement apprécié.

Et, comme si ce n’était pas assez… se faire offrir la photo placée en haut de ce texte par ma mère, qui l’avait prise dans le processus de gestation de deux expositions prochaines, et qui sied à merveille au texte de la page 83 — et à ce que je connais maintenant de l’oeuvre de Depardon.

Je vous ai dit que j’aimais le mot doute?

C’est pour ça qu’on écrit. Pour ces moments-là. Pour cette magie-là.

– – –

Geneviève DeCelles
http://www.genevieve-decelles.qc.ca/

Prochaines expositions:

Aperçus
L’espace contemporain galerie d’art de Québec
13 au 18 novembre 2012
Rencontre avec l’artiste: samedi le 17, de 13h à 17h

Présences
Théâtre de la Bordée
6 novembre au 1er décembre 2012
Pendant les représentation de la pièce Les chaises d’Eugène Ionesco

Le banc

Une chaise rouge. Un sofa bleu. Et maintenant un banc vert.

J’ai vu celui-ci à Chicago. C’était l’an dernier.

En une heure j’avais vu s’y asseoir des gens de tous les âges, des hommes, des femmes, des riches et des pauvres. Pour quelques instants ou pour de longues minutes. Pour se reposer, pour lire, pour parler au téléphone. De quoi? Je ne sais pas.

Je repense avec plaisir à toutes les histoires que je m’étais racontées en voyant ces gens. Pendant que j’attendais. Que j’attendais quoi? Je ne me souviens plus.

Eux, des espions, peut-être. Elle, amoureuse. Lui, l’auteur. Et cette photographe qui ne semblait s’intéresser qu’aux passants qui portaient des souliers rouges. Intriguant.

Étaient-ils des personnages d’une même histoire ou de simples témoins d’histoires distinctes, superposées, qui pourraient s’ignorer pour toujours si ce n’était de mon intention d’en lier les destins — juste pour le fun!

Je me suis assis sur le banc à mon tour — comme pour les rejoindre, dans une nouvelle histoire, inventée par quelqu’un d’autre, quelque part, n’importe où.

Quelque part? N’importe où!

Il est monté dans le bus en chantonnant, pas très fort. Juste assez pour que je l’entende d’où j’étais. Il s’est dirigé lentement vers l’arrière, souriant à chacun des passagers.

Il avait un petit livre bleu à la main, dont il détachait les pages, une à une, avant de les remettre à ses compagnons de voyage d’un geste gracieux.

— Tenez, c’est pour vous… et voilà pour vous… et pour vous…

Le papier était très fin — presque du papier bible. Les caractères étaient élégants.

— Lisez-en au moins quelques lignes, je suis certain que vous y trouverez un mot que vous aimez!

Il m’a remis la page 83.

Coïncidence, j’y ai trouvé le mot truisme, que j’ai utilisé ici il y a quelques jours.

J’y ai aussi trouvé le mot doute, que j’aime beaucoup. Périple et paysage, également.

Arrivé à la maison, j’ai posé la page sur mon MacBook. La texture du papier m’a semblé se fondre naturellement dans l’éclat du métal brossé, comme pour offrir aux mots de nouvelles marges, plus larges. Villages. Hameaux. Paysages.

Le texte respirait mieux ainsi. Et moi aussi.

Le mur (presque un an plus tard)

Nous nous étions laissé sur l’hypothèse qu’il y avait au bout de ce chemin une école ou une gare.

Le temps était plus sec. C’était en décembre. Il n’y avait aucune vigne sur le mur, ni feuillage à sa base.

Ce n’est toutefois pas ce qui m’a frappé le plus dans cette nouvelle image.

Plutôt trois choses:

Le toit de paille, d’abord — au fond, sur la gauche. De l’ombre aménagée. De la fraîcheur. Du luxe. Protégé par le mur.

Les deux briques cassées, aussi — au premier plan. Elles étaient pourtant évidentes sur la photo de l’année dernière aussi. Elles forment un escalier de fortune, qui permettrait de gravir le mur, de franchir l’interdit, d’accéder à l’au-delà.

L’écriteau, finalement, au sommet du mur. Il semble fait d’une banale plaque de mortier dans laquelle des lettres ont été gravées, probablement avec une branche. En agrandissant la photo plusieurs fois on peut y lire: «Calle Morelos Privada ». C’est un chemin privé, si je comprends bien.

Une gare à l’extrémité d’un chemin privé? Une école? Ça semble bien peu probable.

Le mystère s’éclaircira peut-être l’an prochain, quand le photographe adoptera un angle encore un peu différent.

Salon Michel

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Trente-cinq ans.

Six fois par année. 210 fois. Moins les trois ans où j’ai vécu en France. 192 fois. Moins quelques exceptions. Disons 180 fois.

Cela fait donc environ 180 fois que je me fais couper les cheveux ici, dans le petit salon sans rendez-vous de Place Beshro, sur le Chemin Sainte-Foy.

J’avais quatre ans la première fois.

Aujourd’hui j’écris ce texte sur mon iPhone pendant que c’est mon fils de douze ans qui se fait couper les cheveux.

Le temps passe…

– – –

P.S. À mon tour sur la chaise, la coiffeuse commence son travail et me dit: «eh ben, tes cheveux commencent vraiment à être plus clairsemés sur le devant de la tête, avais-tu remarqué? ». (…) Y’a vraiment pas à dire, le temps passe…

Synthetica

Nuit de vadrouille à la recherche des souvenirs perdus.

Ici et là. Et où encore? Qui sait?

Is this my life?

Marche dans la ville. La nuit. Les néons. La foule.

Taxi! Plaça Reial. Thanks.

À l’arrivée, cette jolie fille qui monte dans la voiture que nous laissons.

Sur son t-shirt:

« Never let your dreams go out »

La voie pénétrante d’Emily Haines. Partout. La musique de Metric. Omniprésente.

Synthetica sur la Rambla. Et nous. Et nous.

I’ll shut up and carry on.

Hors du temps

C’était la semaine dernière. Ou il y a cent ans.

Seuls quelques détails avaient pu changer: les marques des voitures, le niveau de bruit, la qualité de l’air. Pour le reste, la continuité.

Haut-de-forme. Queue-de-pie. Col empesé. Chaussures vernies.

Et les gestes. Lents. Élégants. Cérémoniaux, même.

Des gestes efficaces, surtout: le trottoir est impeccable. Depuis toujours. Tous les jours.

C’était à quelques minutes de Kaiserstraße, à Francfort. Ou peut-être ailleurs.

Une expérience hors du temps et de l’espace.

Les deux pieds sur terre.

— Taxi sir?

Cafe Luna

C’était l’été dernier, en famille, à Boston. Tout près du MIT Museum. Déjeuner-brunch en famille. Une journée magnifique en prologue à une semaine fabuleuse à Cape Cod.

Le cerne de la tasse de café sur la nappe de papier du Cafe Luna est vite devenu un soleil levant.

Un soleil qui a eu tôt fait de provoquer un déferlement de couleurs sur la table, pour le plus grand plaisir de la serveuse émerveillée et des autres clients.

Il devrait toujours y avoir des nappes de papier et des crayons de couleur dans les restaurants.

No Speed Limit (vraiment?)

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Paris. Capitale de la Francophonie. Grande ville de littérature.

L’espace où je suis accueilli dans les bureaux de la société américaine est dépouillé. Rien de luxueux.

Sur les murs il n’y a que des affiches de business psycho pop probablement destinées à motiver les employés. Toutes en anglais. Je suis perplexe, les employés ne font que passer en coup de vent.

À gauche de la porte par laquelle je suis entré, celle-ci attire particulièrement mon attention:

NO SPEED LIMIT — Speed matters in business. Many decisions and actions are reversible and do not need extensive study. We value calculated risk taking.

Si je suis d’accord avec la fin de l’affirmation, je suis perplexe sur tout le reste, et en particulier sur le titre donné à cette valeur de l’entreprise.

Je pense que le rythme auquel on fait les choses n’est pas sans influence sur le résultat qu’on obtient.

Et que quand on ne prend même pas le temps de s’adapter à la langue des gens à qui on désire s’adresser, on ne se donne pas de chance pour réussir à long terme.

Susciter l’enthousiasme et pouvoir compter sur une incroyable puissance commerciale c’est bien, certes — mais ça ne peut pas remplacer le respect qui est nécessaire à toute relation de confiance.

That’s why there needs to be some speed limitations.