Réglementer le prix des livres? Contexte.

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Je l’ai dit il y a quelques jours, je vais utiliser mon blogue dans les prochains jours pour réfléchir publiquement à la question de la réglementation du prix du livre — cela, dans le contexte où je suis invité à intervenir, le 21 août prochain, dans le cadre d’une commission parlementaire qui sera entièrement consacrée à cette question.

Pour bien situer ce sur quoi il convient ici de réfléchir, il faut savoir que les travaux de la Commission s’appuient sur un document de consultation dans lequel le gouvernement du Québec précise ses intentions, dont voici quelques extraits de l’introduction (les intertitres sont de moi):

Au sujet du contexte:

« Si, ces dernières années, l’avènement du numérique, l’essor de la vente en ligne et l’évolution du contexte concurrentiel se sont avérés d’indéniables vecteurs d’innovation et de concertation, ils ont aussi représenté des défis considérables pour l’écosystème et l’économie du livre.

« C’est dans ce contexte, et dans l’optique d’en réguler les effets que la perspective de réglementer le prix de vente au public des livres neufs est réapparue au Québec.

Au sujet de la nature de la réglementation qui sera étudiée:

« Cette mesure consiste à fixer, pendant une période déterminée, le prix de vente au public des nouveautés afin que le même livre soit obligatoirement vendu au prix établi par l’éditeur ou l’importateur par tous les détaillants, y compris ceux pratiquant la vente en ligne, avec la possibilité d’un escompte autorisé. »

Au sujet du besoin auquel répondrait cette réglementation:

« Cette réglementation est réclamée par le milieu du livre qui dit vouloir ainsi prémunir la chaîne du livre, et plus particulièrement les librairies économiquement fragiles, des effets de la concurrence et de la vente à rabais des best-sellers sur le réseau de diffusion du livre et sur la bibliodiversité, c’est-à-dire la nécessaire variété des livres mis à la disposition des lecteurs. »

Au sujet de l’objectif du gouvernement du Québec:

« …le gouvernement du Québec souhaite évaluer, en commission parlementaire, la pertinence de réglementer le prix de vente au public des livres neufs imprimés et numériques.»

* * *

La table ayant été ainsi dressée, je prévois pour le moment bâtir mon intervention autour des idées suivantes:

Mon intervention portera spécifiquement sur le livre numérique — c’est ce sur quoi je pense que mon point de vue peut être le plus utile à la Commission.

Je souhaite adopter un point de vue plus pédagogique qu’idéologique — je pense que le fonctionnement du marché du livre numérique est mal compris et que cela nous entraîne parfois dans des raisonnements inadéquats.

Il ne faut pas perdre de vue que livre numérique est encore aujourd’hui, le plus souvent, la forme numérique d’un livre d’abord publié en papier — mais que ce ne sera pas toujours le cas.

Il ne faut pas perdre de vue que pour qu’un livre puisse être acheté, il faut d’abord que celui-ci soit écrit, édité et diffusé — il est par conséquent essentiel de s’assurer qu’il existe des conditions propices à chacune de ces étapes.

Qu’il prenne une forme imprimée ou numérique, un livre n’est pas seulement un produit de consommation — c’est aussi une œuvre, une manifestation culturelle et une forme importante sur laquelle s’appuie la liberté d’expression.

C’est la capacité de diffusion des livres qui me semble la plus mise en danger dans le contexte du numérique — parce que la diffusion ne peut se limiter à « rendre disponible », il est aussi indispensable de cultiver la capacité de faire connaître, de mettre en valeur, et de rendre effectivement accessible.

Pour cela, il est essentiel de pouvoir compter sur un réseau de points de ventes étendu, dynamique et varié — capable de rendre compte de la diversité de la production éditoriale nationale et internationale.

Or, le fonctionnement du marché du livre numérique entraîne actuellement le risque qu’il n’existe bientôt plus que trois ou quatre très grands détaillants qui feraient, ensemble, l’essentiel des ventes de livres numériques — et dont les choix pourraient peser très lourd sur la possibilité d’un livre d’être porté à l’attention des lecteurs / des acheteurs — voire même d’être édité.

Il ne faut pas pour autant adopter une position caricaturale qui ferait d’Amazon, Apple, Kobo, etc. de méchants géants — je pense qu’il faut plutôt les considérer comme des acteurs superefficaces, qui répondent très bien à certains besoins des consommateurs, et qui réalisent leur plan d’affaires, dans le cadre des règles qui sont en vigueur dans chaque marché — règles qu’il nous revient d’établir dans notre marché, en fonction de ce qu’on croit important / des valeurs qui nous animent (qu’il faut prendre le temps d’expliciter).

J’ai personnellement la conviction qu’il faut réglementer le prix du livre parce que je pense que la diversité de la production éditoriale est une valeur essentielle, tant d’un point de vue culturel qu’économique — voire même d’un fonctionnement démocratique de la société.

Bien que ce ne soit vraisemblablement pas leur préférence, Amazon, Apple, Kobo, etc. acceptent évidemment de se conformer aux diverses formes de réglementation sur le prix des livres neufs — imprimés et/ou numériques — là où elles existent.

La question reste de savoir de quelle façon réglementer et comment éviter les éventuels inconvénients qui pourraient être associés.

Je poursuivrai la réflexion à ce sujet demain.

N’hésitez pas à prendre part à l’exercice…

– – –

Texte suivant: Réglementer le prix des livres? L’édition.

Diplomatie

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Nous terminions tout juste la visite de l’ONU — très belle expérience.

De l’autre côté de la rue, au One UN Plaza — siège de la délégation étasunienne à l’ONU — un déploiement sécuritaire: véhicules officiels, policiers, services secrets, quelques journalistes… et quelques badauds.

La curiosité nous porte à attendre, à observer, à tendre l’oreille — à remarquer que de leurs postes d’observation, les agents des services secrets scrutent nos sacs et s’interrogent sur notre parapluie. Les cyclistes sont forcés de quitter la voie qui leur est normalement réservée. Les journalistes reçoivent des appels, les caméramans se déplacent. Les attendus se font manifestent attendre… Mais de qui s’agit-il?

— On dit que John Kerry est dans cette voiture et qu’il attend l’arrivée d’une délégation syrienne.

Ça a été dit avec un français impeccable.

— Merci! Vous êtes de New York?

— Je suis née dans l’état de New York, mais je vis maintenant à Seattle. Je suis ici seulement pour la semaine. (…) J’espère que John Kerry se montrera bientôt parce je ne veux pas être en retard au théâtre! Et vous, d’où êtes-vous?

— Du Québec, de la ville de Québec. Nous sommes aussi en vacances pour la semaine.

— Ah, le Québec! J’adore la musique québécoise: La Bottine souriante, Vent du Nord… c’est absolument magnifique!

Eh ben, me suis-je dit… Nous sortons des Nations Unies, nous attendons John Kerry pour ajouter un visage à l’apprentissage de la diplomatie auquel nous avons consacré l’après-midi avec les enfants…

    Les questions fusent encore: « Papa, c’est qui John Kerry? C’est quoi un secrétaire d’Etat? Les Affaires étrangères? Hillary Clinton? Pourquoi une délégation syrienne? Pourquoi pas aux Nations Unies plutôt qu’ici, dans l’immeuble étasunien? … »

… et ce n’est pas Céline Dion, Arcade Fire ou même le Cirque du Soleil qui représentent ici le Québec, mais la Bottine souriante et Vent du Nord.

Cela n’enlève rien aux premiers — mais quelle remarquable illustration du fait que la vitalité d’une culture nationale ne saurait être résumée que par le succès de ses mégastars internationales!

La diplomatie c’est la capacité à reconnaître ce qui nous distingue les uns et les autres — ce qui fait de nous des personnes et des nations uniques, nos cultures — pour bâtir ensuite la capacité d’agir ensemble, en s’appuyant sur ce qui nous unit.

Ça été notre résumé de l’après-midi au moment de reprendre notre route sur la 48e rue.

    … et je me suis fait la réflexion que le Québec aura mérité son siège dans la salle l’Assemblée générale de l’ONU quand nous saurons vraiment qui nous sommes et ce qui fait réellement de nous une nation.

L’art de réglementer

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Dans Le Devoir d’hier, on peut lire une double page de publicité de Bell sous forme d’une lettre ouverte à tous les Canadiens. Le géant des télécommunications s’inquiète de voir le géant étasunien Verizon faire son entrée sur le marché canadien de la téléphonie cellulaire.

Dans cette publicité, Bell évoque le rôle du gouvernement fédéral dans le développement de cette industrie :

« Le gouvernement fédéral a récemment joué un rôle actif dans la réglementation de l’industrie des services sans fil au pays, notamment en offrant divers avantages à de nouvelles petites entreprises. »

L’entreprise souligne d’ailleurs l’efficacité de l’intervention gouvernementale :

« Grâce au soutien d’Ottawa, ces nouvelles entreprises se sont taillé une place sur un marché canadien des services sans fil soumis à une forte concurrence. »

Elle évoque toutefois certaines failles dans la réglementation qui pourraient maintenant avoir pour effet de procurer des avantages fortuits à Verizon.

Parmi ces avantages, l’entreprise étrangère qui a « quatre fois la taille de l’ensemble de l’industrie canadienne des services sans fil » serait apparemment dispensée de devoir financer et construire un réseau répondant aux besoins de tous les Canadiens :

« … une entreprise comme Verizon n’aurait pas besoin de construire son propre réseau à travers le Canada, d’investir dans les collectivités rurales canadiennes ou de soutenir le marché canadien de l’emploi, comme le font les entreprises canadiennes de services sans fil. Au lieu de cela, elle pourrait se concentrer sur quelques grands centres urbains, ce qui forcerait les télécommunicateurs canadiens à faire pareil s’ils veulent demeurer concurrentiels… »

* * *

Au moment où je dois préparer mon intervention pour la commission parlementaire sur une éventuelle réglementation du prix des livres neufs, cela m’amuse de constater jusqu’à quel point il peut être de bon ton de plaider les bons côtés — voire la nécessité — de la réglementation de certains marchés alors qu’on s’offusque si facilement à l’idée d’en réglementer d’autres, comme celui du livre.

Pourtant, de la même façon qu’on a réglementé les télécommunications pour s’assurer que tous les citoyens puissent en profiter où qu’ils soient sur le territoire, il me semble tout à fait raisonnable de réglementer le marché du livre afin que tous les Québécois puissent avoir accès à une offre diversifiée de livres de qualité qui soit représentative de la culture québécoise (en particulier, mais pas seulement) tant par l’entremise de librairies locales que bibliothèques publiques et tant sous formes imprimées que numériques.

En ce qui me concerne, la question est moins de savoir s’il faut le faire que de savoir comment le faire efficacement.

J’utiliserai mon blogue pour réfléchir à tout cela, publiquement, au cours des prochains jours.

Caractère félin

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À travers les masques, les sarcophages et les temples reconstitués de l’incroyable exposition égyptienne du Metropolitan Museum, une minuscule statuette dorée, l’air fier, me défie du regard, une lance à la main, les vêtements portés par le vent.

    — Eh toi… Oui, toi! Je parie que tu t’es fait prendre en photo à côté de Doum Doum au Musée d’histoire naturelle — l’homme de l’Île de Pâques dont Hollywood a fait une vedette… Bravo idiot… ce n’était qu’une reproduction, creuse comme un chocolat de Pâques! Essaie donc d’en faire autant avec moi pour voir!

Je ne sais pas ce qu’elle avait pu traverser comme péripéties pour se retrouver là, 5000 ans après avoir été façonnée… mais une chose est certaine: elle n’avait rien perdu de son caractère!

L’expérience du lieu

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Première visite familiale à Ground Zero et alentours. Nous avons fait, à rebours, le parcours que nous avions fait le 11 septembre 2001 pour fuir la tragédie. En expliquant aux enfants comment tout ça c’était déroulé.

Dans le magnifique lobby de l’Embassy Suite (devenu Conrad Hotel), nous nous sommes remémoré la période entre le choc du premier avion et la chute de la première tour.

J’étais assis là, à ce bar, les yeux rivés à la télévision, essayant de comprendre ce qui se passait là, tout près, de l’autre côté de la rue — moments surréalistes où la logique semblait nous avoir échappé… jusqu’à ce que la terre tremble, que l’écran se ferme un instant et que, l’image réapparaissant, nous comprenions qu’il ne restait plus qu’une tour… et qu’il ne nous restait plus qu’à fuir — ensemble, de préférence, ce que nous avons heureusement pu faire.

Et ces trois hommes au bar, hier, qui buvaient une bière en riant à la fin de leur journée de travail… ils ne se doutaient pas que j’avais une toute autre expérience de ce lieu.

J’ai été fasciné par le contraste.

Les mains en l’air

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À quelques pas de l’hôtel, une boutique d’articles de cuisine. Dans la vitrine, un hommage à Trevor Martin.

Hold hands. Not arms.

Une poignée de main au lieu d’une clé de bras, ou qu’une arme pointée.

Lever la main.
Les mains en l’air.
Tout est dans le nombre…

Singulier pluriel.

La société se bâtit une main à la fois. Jour après jour.

* * *

Et pour ne pas oublier à quel point la pédagogie est nécessaire à la politique — à tout progrès social — et que même lorsqu’on rencontre des difficultés (surtout!) il ne faut jamais perdre de vue les progrès réalisés… Il faut prendre le temps de voir ou de revoir la remarquable intervention de Barack Obama au sujet de Trevor Martin plus tôt cette semaine.

Le bonheur

 

To Happiness. À la craie.

Comme une invitation anonyme, sur un trottoir new-yorkais — au début du mois de juin.

Je l’avais (évidemment) photographiée. Avec ces deux personnes âgées au pas déterminé. Inspirantes.

L’image m’a trotté dans la tête quelques jours. Elle me revient à l’esprit aujourd’hui.

Le bonheur est-ce que ça peut être par là? Est-ce quelque chose pour demain? Est-ce que c’est seulement en vacances?

Je pense que je vais offrir une craie à chacun des enfants et leur demander de la glisser dans la poche de leur pantalon et de la conserver précieusement… pour marquer leur chemin, comme l’a fait le Petit Poucet… mais vers le devant — pour ne jamais perdre de vue où ils s’en vont, quel est leur prochain objectif.

Pour se souvenir que le bonheur n’est jamais acquis, qu’il se trouve dans le mouvement, dans l’apprentissage, dans la rencontre de l’autre, dans la découverte de soi… et que ça, ben, que c’est l’affaire de tous les jours.

Pour se rappeler que c’est à à eux de dessiner les contours de leur bonheur, à tout moment, quel que soit leur âge et où qu’ils soient dans le monde: à New York, à Québec ou ailleurs.

Happiness here. Step Inside.

 
 

Équilibre

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Il avait fallu pour s’y rendre prendre un taxi — un petit taxi — un de ceux qu’on appelait six-fesses, parce qu’on ne pouvait pas s’asseoir quatre sur la banquette arrière. Il fallait alors que C. s’assoit sur moi pour la durée du trajet. La maman en avant, le papa et trois ados en arrière: inoubliable! Et c’était ainsi presque tous les jours à Montevideo. De beaux souvenirs.

Le taxi avait fait une crevaison en route pour le Parc. Il faisait très chaud et il y avait des hordes de moustiques assoiffés partout. Dure journée.

On a entendu les amies raconter comment elles avaient vécu la dictature… comment la famille de l’une avait pu bénéficier d’un asile politique en Ouzbékistan pendant sept ans… et comment le mari de l’autre avait été emprisonné pendant 4 ans. Entre autres choses. Leur sérénité en racontant cela était impressionnante.

Les enfants ont appris que sous la dictature, organiser un pique-nique comme celui-là exigeait une autorisation de la préfecture: nécessaire découverte de ce qui peut arriver quand on néglige la démocratie.

Et il y avait ces balançoires colorées sur lesquelles des dizaines d’enfants s’amusaient avec l’équilibre — déplaçant au besoin le levier sur le point d’appui pour tenir compte du poids de chacun. Sinon, c’est pas l’fun.

L’équilibre. La démocratie. La politique. L’apprentissage. Le jeu.

Et dire que le six-fesses a fait une autre crevaison au retour…

La nuit

« Le soleil ne cessait jamais de briller et les Indiens cashinahua ne connaissaient pas la douceur du repos.

Ayant grand besoin de repos, épuisés par tant de lumière, ils empruntèrent la nuit à la souris.

L’obscurité se fit, mais la nuit de la souris leur laissa juste le temps de manger et de fumer un moment devant le feu. Les Indiens s’étaient à peine installés dans leurs hamacs que l’aube arriva.

Ils essayèrent alors la nuit du tapir. Grâce à la nuit du tapir, ils purent dormir à poings fermés et jouir du long sommeil tant attendu. Mais lorsqu’ils se réveillèrent, un temps si long s’était écoulé que les broussailles de la forêt avaient envahi leurs cultures et écrasé leurs maisons.

Après avoir cherché, cherché, ils gardèrent la nuit du tatou. Ils la lui empruntèrent et ne la lui rendirent jamais.

Et le tatou, à qui l’on a volé la nuit, dort le jour. »

— Eduardo Galeano, Mémoire du feu — Les naissances, Lux Éditeur.

Le pays des merveilles / 1

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Descendant du bus sur la rue Saint-Paul, je suis passé comme tous les matins devant le stationnement de la Gare du Palais. Pour une dernière fois avant les vacances.

Il faisait très beau. Soleil. Petit vent.

Aucun signe de pluie, et pourtant, le stationnement était couvert d’eau. Pire (ou mieux!): il se remplissait d’eau!

Mon environnement se préparait lui aussi aux vacances!

Demain il y aurait probablement là un lac et un parking à chaloupes.

Déambuler

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Vacances. Presque.

Le plaisir d’aller sans destination. De se laisser surprendre par les ruelles. D’accepter les invitations imprévues. De flâner.

Il y a partout des surprises quand on s’ouvre les yeux et l’esprit pour les accueillir. C’est plus facile pendant les vacances, mais ça devrait rester un exercice quotidien.

Comme cette ruelle de Québec aux allures new yorkaises où je me suis perdu la semaine dernière.

Comme ce jeune étudiant qui lit L’étranger assis au milieu d’un groupe d’immigrants volubiles dans l’autobus ce matin.

Comme ce qui m’attend, peut-être, au prochain coin de rue, derrière cet arbre, à la quarante-troisième page du livre, au fond de la tasse de thé ou en croquant ce dernier biscuit.

Les vacances c’est le pays des merveilles.

La goutte

Je suis arrivé une quinzaine de minutes à l’avance. Pour avoir le temps de souffler un peu. Il faisait chaud et je devais m’assurer d’avoir les idées claires.

J’ai fixé du regard la goutte sur la paroi du verre. Oui, celle-là.  Et j’ai tendu l’oreille. Pas pour écouter ce que les voisins se racontaient. Juste pour le bruit, pour l’ambiance. Pour saisir l’empreinte du moment.

Et soudain, il était là. Déjà.

Avant même que je puisse prendre une gorgée.

Canicule

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Plaisir d’écrire assis dans une chaise de parterre, à l’ombre, au son du vent dans les feuilles du bouleau, le nez chatouillé par l’odeur des phlox, une Dominus Vobiscum à la portée de la main.

Et cette photo, prise le 7 janvier près de la Puerta de la Ciudadela à Montevideo, par la même température caniculaire. Extrait de mes notes de voyage:

* * *

« Les enfants ont dormi jusqu’à 10h45. Moi j’ai somnolé de 8h30 à 11h. On a ensuite mangé les croissants et le pain achetés par Ana.

Je pars à l’instant pour l’océan avec É. et C. pour un trente minutes de baignade avant de se rendre à Plaça Independencia pour essayer de faire un tour de ville.

Pour le reste, on verra.

Il fait TRÈS chaud et TRÈS humide aujourd’hui.

(…)

Au lieu du tour guidé, nous avons marché dans le quartier — celui où on s’était fait arroser de bière et d’eau le 24 décembre. Ça été plus agréable cette fois! — malgré la chaleur. On a marché du côté ombragé de la rue.

(…)

Repartant de là, on a remonté l’avenue du 18 juillet, faits quelques boutiques, visité le musée Torres Garçia (et son très intéressant « constructivisme universel») et nous sommes finalement retourné à La Cigale pour une helado.

Arrivé à l’appartement, direction plage. On a passé une très belle heure rafraîchissante dans l’océan.

Au retour de la plage on a laissé les enfants seuls une petite heure et nous sommes partis en amoureux… Pour faire l’épicerie! »

* * *

Et dire que ce soir les enfants sont avec leurs cousines à la piscine… alors on sort en amoureux!

Prendre le large

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L’été. À une semaine des vacances.

Fin de semaine de teinture. Faut remettre la terrasse dans un état qui permettra d’en profiter et d’y inviter les amis. Fin de semaine de soleil aussi. Et de calme.

Presque une heure chaque matin, au lit, pour faire un survol des réseaux sociaux, dans le silence. Eh boy qu’il s’en dit des choses, qu’il s’en raconte des histoires… que d’opinions exprimées… Pour le mieux? Je ne sais pas, peut-être — probablement.

Sur la tragédie de Lac-Mégantic, on dit que c’est le résultat de la poursuite effrénée du profit rapide — et de la déréglementation, qui en est le moteur. Une affaire de rythme. Toujours plus vite. Jusqu’au drame.

Il faut admettre que nos comportements ne sont pas étrangers aux conditions qui nous ont amenés là. On veut de l’essence à bas prix, des produits de consommation pas chers — et pouvoir les renouveler sans cesse en fonction des tendances de la mode. On voudrait aussi que les gouvernements soient de plus en plus lean; qu’ils nous taxent et nous imposent le moins possible, quitte à ce qu’ils n’aient plus les moyens d’agir. Parce qu’on nous a convaincus que l’intervention de l’État, c’est toujours trop lent, donc inefficace. Il faut aller plus vite et, pour ça, déréglementer, le plus possible, parce que le rythme est devenu l’ultime mesure de l’efficacité.

Je décroche.

Il faut ralentir.

Prendre le temps de réfléchir.

La cabine abandonnée

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J’ai cru assister ce matin à la disparition du dernier téléphone public de la rue Saint-Paul. Ce sont les cônes et le ruban qui ont attiré mon attention. L’ouvrier était là, démontant discrètement la cabine. Le téléphone n’y était déjà plus. Je me suis arrêté et j’ai pris cette photo.

En reprenant mon chemin, je me disais qu’une cabine téléphonique c’est bien plus qu’un endroit pour communiquer, c’est aussi un point de vue — une perspective partagée par toutes les personnes qui utilisent le téléphone ou qui s’y abritent pour éviter la pluie.

Avec le démantèlement de cette cabine téléphonique, c’est donc aussi un point de vue sur la rue Saint-Paul qui disparaissait — ou qui devenait tellement improbable que cela revenait pratiquement au même.

C’est pour tenter d’immortaliser ce point de vue par un court texte que j’ai choisi de me transporter là, virtuellement, grâce à Google StreetView. Pour réaliser, ô surprise, qu’elle était abandonnée depuis longtemps! Sur la photographie prise par Google en avril 2012, on voit très bien que la cabine est là… sans ses portes et sans téléphone à l’intérieur!

Et dire que je suis passé sur cette rue des centaines de fois sans jamais remarquer la présence d’une cabine abandonnée… probablement parce que j’avais les yeux rivés sur mon iPhone, émerveillé par les images de cabanes abandonnées que tonydetroit partage sur Instagram.