Commerce du livre numérique: une deuxième vague?

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On parle beaucoup de ce que Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a présenté comme sa résolution pour 2015: lire un livre toutes les deux semaines et en faire un groupe sur Facebook pour susciter la discussion.

Plusieurs ont dit que c’était peut-être l’initiative qui prendrait la relève du célèbre club de lecture d’Oprah Winfrey. Il est certainement un peu tôt pour l’affirmer, mais cela illustre bien la force qu’on associe aujourd’hui à Facebook (comparable à la mainstream television? ça reste à voir).

Elizabeth Sutton soulève une autre dimension intéressante dans un court article sur IDBOOX:

«L’initiative de M. Zuckerberg est finalement peut-être aussi liée à des projets plus vastes dans le domaine de la lecture sociale. Après tout, Amazon possède Goodreads un réseau social dédié à la lecture… Facebook va peut-être tenter par la voix de son fondateur de se positionner en réel concurrent… »

IDBOOX | Mark Zuckerberg a fondé un club de lecture sur Facebook

Presque partout, les ventes de livres ont été décevantes en 2014. Et les ventes de livres numériques n’ont pas augmenté au rythme souhaité, ni même prévu. Et cela met l’industrie sous pression.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’année 2015 sera une année de grands bouleversements où les équilibres entre les acteurs traditionnels du monde du livre pourraient être bousculés.

Et si cette «résolution» de Mark Zuckerberg n’était qu’un signe précurseur d’une deuxième vague de transformations pour le commerce du livre — en particulier sous sa forme numérique?

Une deuxième vague qui prendrait forme en réponse à l’échec (très relatif, mais tout de même) des premiers prétendants au contrôle du commerce des livres numériques: Amazon, Apple, Google, Kobo, etc.?

Et si c’était du côté des géants des réseaux sociaux que cette deuxième vague prenait forme?

Et si, et si… quelles opportunités est-ce que cela permettrait d’envisager?

Faire l’autruche serait la pire chose à faire

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J’ai fait quelques recherches à la suite des réactions que mon texte d’hier (Par-delà Netflix) a provoquées.

Pour alimenter la discussion je partage ci-dessous quelques extraits d’un texte prononcé le 7 novembre dernier par Monique Simard, présidente et chef de la direction de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), devant les membres du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Sodec | Monique Simard | La culture du changement pour une culture en changement

Je trouve qu’il indique une direction intéressante — qui reste néanmoins entièrement à concrétiser.

«… nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. […] On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau. […]

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus? […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.»

Je le prends comme une nième illustration que 2015 sera une année pour se retrousser (encore un peu plus) les manches.

Bonne lecture.


La culture du changement pour une culture en changement

Quelques extraits de l’allocution de Monique Simard, présidente et chef de la direction, au CORIM, 7 novembre 2014

Ceux d’entre vous qui me connaissent savent à quel point je suis ravie d’avoir l’occasion aujourd’hui de venir vous parler de culture québécoise, oui, mais plus particulièrement, de tous ces changements, voire des bouleversements auxquels elle fait face, et auxquels nous, consommateurs, producteurs, diffuseurs, intervenants de toutes sortes du monde culturel, faisons face! […]

Je ne veux pas vous assommer de chiffres, ce n’est pas le moment dans ce type de conférence, mais je tiens à vous en donner quelques-uns pour vous démontrer en quoi le monde de la consommation culturelle s’est radicalement transformé depuis quelques années. […]

Au Québec, en 2014, nous observons un recul des téléchargements par rapport à l’an dernier: -3 % pour le nombre de téléchargements d’albums numériques et – 13 % pour le nombre de téléchargements pistes numériques. […]

Au Québec, les ventes de livres numériques représentent entre 3 % et 4 % du total des ventes de livres. La tendance entre 2013 et 2014 se stabilise avec 14 % des adultes québécois qui ont téléchargé des livres numériques.

On note un nombre de lecteurs sur format numérique en hausse aux États-Unis, où la valeur du marché du livre numérique était estimée à 3 milliards $US. Le marché semble se stabiliser avec une croissance d’à peine 5 % en 2013. = Taux d’adoption du livre numérique y est + élevé: 23 % chez les hommes adultes et 33 % chez les femmes adultes.

De façon plus générale, en Occident:

87 % des 15 – 25 ans regardent des vidéos en ligne

98 % écoutent de la musique dématérialisée

46 % ont lu des livres électroniques

20 % des 15 – 18 ans dans les pays occidentaux n’utilisent jamais de média traditionnel pour regarder des vidéos, soit 3 X plus que leurs aînés

Un dénominateur commun s’applique à tous ces secteurs culturels: c’est désormais le « consommateur de culture » qui mène le bal.

L’environnement technologique permet désormais au consommateur de choisir QUAND, OÙ ET COMMENT IL CONSOMME. Il choisit sa plateforme de consommation, son format, le mode de paiement (s’il paie!) de ce qu’il consomme en culture: livre, musique, film, télé, jeux…

D’une certaine façon, on peut affirmer que le consommateur a pris de l’avance, qu’il s’est approprié les nouvelles technologies plus rapidement que les créateurs, les producteurs, les distributeurs et les diffuseurs. Un changement de donne majeur!

Le produit c’est le consommateur. Gros changement de paradigme! […]

Vous êtes ces consommateurs! Qui achète désormais sa musique sur Internet? Qui ne l’écoute que par Internet? Qui achète ses livres sur Internet? Qui est abonné à Netflix ? Je ne vous demanderai pas de lever la main, mais si vous êtes comme la plupart des gens, vous le faites. C’est pratique, pas cher, quand ce n’est tout simplement pas gratuit, et l’offre ne cesse de grandir.

Parlons-en justement de ces Netflix et Spotify, qui font maintenant bien partie du décor et qu’on ne peut plus mettre de côté.

Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), le taux d’adoption de NETFLIX au Québec est de 9 %  contre 24 % pour l’ensemble du Canada. Son taux d’adoption est nettement plus élevé chez les Canadiens anglophones que chez les Canadiens francophones: 29 % contre 7 % en 2013. […]

Spotify, pour sa part, est assez récent, le service est arrivé cet automne au Canada, et déjà, il fait beaucoup parler de lui.

Toujours selon le CRTC, en 2014, il comptait déjà plus de 10 millions d’abonnés payants et plus de 40 millions d’abonnés « actifs » (payants + gratuits actifs dans les 30 derniers jours). L’an passé, il comptait 6 millions d’abonnés payants et 24 millions d’abonnés « actifs ». On constate donc que Spotify a fait un bond important!

Et n’oublions pas Amazon, où, pour seulement 9,99 $, vous avez accès à  600 000 titres! Permettez-moi l’expression, mais c’est « All you can eat! »

[…] Comment faire pour que la culture québécoise, celle créée par nos artistes, produite et diffusée par nos entreprises culturelles, puisse, dans ses nouveaux environnements, toujours rejoindre son premier public, les Québécois, et plus encore, en rayonnant au plan international? […]

Comment dans un univers en si grande transition, particulièrement depuis l’apparition de tant de plateformes (2008), pouvons-nous continuer à nous distinguer? […]

Deux valeurs doivent nous guider à mon avis: la Lucidité et l’ambition. Ce sont les deux valeurs que nous devons partager dans le milieu culturel, que nous soyons des institutions publiques ou privées. Pour moi, la discussion ou même l’opposition entre art et commerce est futile.

Partager une même lecture et se fixer des ambitions.

Vous remarquerez que j’utilise le mot « ambition » et non pas « objectif » tout simplement car, pour moi, l’ambition est un terme qui mobilise et qui doit nous inspirer à nous dépasser.

J’ose espérer que nous faisons toujours consensus sur la nécessité d’une politique culturelle qui repose sur:

– l’affirmation de l’identité culturelle

– le soutien aux créateurs et aux arts et l’accès

– la participation des citoyens à la vie culturelle

Et, bien sûr, sur une nécessaire intervention et soutien de l’État pour la culture.

Une nécessaire orchestration de moyens pour soutenir créateurs, producteurs et exploitants.

Et une nécessaire et vibrante communauté d’entreprises culturelles pour arriver à ces fins.

Je suis convaincue de cela, c’est-à-dire, du rôle essentiel de l’État à déterminer une politique culturelle et à s’assurer de la mise en place des mesures pour l’appliquer. La mission d’une politique culturelle est une chose, les moyens en sont une autre. […]

Dans la période de grande transformation que nous vivons, je crois que l’on a tendance à confondre la mission des moyens ou des activités pour l’accomplir. Parfois, on a tendance à prendre le « moyen » pour une finalité en soi. À titre d’exemple: l’important est-il de LIRE ou le FORMAT sur lequel on lit? Même chose pour les films ou la musique. […]

Mais, je vous entends déjà marmonner que nous allons tout chambouler, que tous les modèles d’affaires vont changer. Et bien, vous avez peut-être raison! Vous avez raison, sinon on risque fort de ne pas passer au travers. Je ne veux pas faire peur à personne. Je ne suis pas là aujourd’hui pour semer la panique. […]

J’étudie les modèles d’affaires, j’analyse les chaînes économiques liées à chacun des secteurs, et force est de constater 1) qu’il faut changer et 2) que la peur du changement est très répandue. C’est normal et je comprends cette peur lorsque les modèles de remplacement ou alternatifs ne sont pas encore aux rendez-vous. Je comprends, et j’ai, croyez–moi, énormément d’empathie pour les entrepreneurs qui ne savent pas où donner de la tête pour maintenir leurs entreprises à flots, tout comme je comprends les artistes et artisans qui ont des conditions de travail difficiles. Je comprends aussi les diffuseurs et les exploitants qui voient leurs clientèles diminuer d’année en année.

Mais je comprends aussi qu’on ne peut pas retourner en arrière. Que rien ne sert d’être nostalgique.

On doit, c’est une quasi obligation, se transformer si on veut survivre.

Il est impératif de:

– Trouver de nouvelles sources de financement. Pas facile à faire mais essentiel! […]

– Trouver de nouveaux modes de financement (ex: interactive crowd funding).

– Modifier notre conception de ce qu’est une entreprise culturelle (revoir des statuts).

– Créer une synergie réelle dans le monde culturel québécois.

[…]

J’ose avancer que nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. Par exploitation, j’entends: promotion, marketing, commercialisation, diffusion, distribution nationale et internationale. On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau.

Rien ne sert de produire, si le produit n’est pas consommé.

Assez simple comme raisonnement, mais c’est celui que font ceux qui s’opposent au soutien public à la culture. Déjouons cela en innovant et en créant des outils d’exploitation qui permettront à nos produits de rejoindre les publics. Et quand je dis nos produits, je pense à des produits dont la propriété intellectuelle est québécoise, et dont l’exploitation ici et ailleurs dans le monde enrichit le Québec.

Le Québec regorge de talents, et pas seulement en musique, en écriture, et dans les autres disciplines culturelles plus « traditionnelles ». Nous avons également d’immenses talents dans l’innovation de la programmation, des développeurs de jeux, des ingénieurs, des concepteurs de plateformes, des designers, bref les talents nécessaires pour créer des outils de promotion et d’exploitation de la culture. Nous avons l’obligation de faire de la place à ces nouveaux talents, à ces nouvelles entreprises.

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus?

[…]

Les modèles d’affaires changent, les chaînes de droits se complexifient et les notions de territoires s’estompent. […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.

Tous les acteurs des chaînes de production culturelles sont actuellement fragilisés, c’est donc maintenant le temps de se serrer les coudes pour se donner des ambitions communes. J’aimerais demander, au risque de passer pour naïve, que chaque maillon d’une chaîne économique de la culture se solidarise aux autres pour renforcer la chaîne au lieu de l’affaiblir. C’est très concret ce que je demande et cela exige, oui, une forme de « détachement », de recul, qui permet de ne pas s’arrêter à ne voir que son arbre, mais au contraire la forêt en son entier. […]

Pour une culture en changement, adoptons une culture du changement!

—/ fin /—

Par-delà Netflix

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Je ne sais pas vous, mais on a souvent mentionné Netflix dans les discussions du temps des Fêtes. Parfois pour parler des séries que chacun avait appréciées dans les derniers mois et parfois comme phénomène en tant que tel — avec les enjeux culturels, économiques et sociaux qui l’accompagnent.

Certains ont même évoqué la possibilité de se désabonner bientôt du câble pour ne garder que Netflix.

— Si ce n’était pas du hockey, c’est certain que ce serait fait depuis longtemps.

— Sauf qu’on ne regardera plus aucune émission québécoise quand ce jour-là sera venu…

Silence.

Un silence que j’ai interprété comme l’admission qu’il y a forcément là un problème, mais que c’est peut-être inévitable. La tendance serait trop forte.

Eh ben non! Il faut absolument trouver moyen que ce ne soit pas une fatalité. Sauf qu’il faudra pour cela que la politique s’en mêle. Qu’on redevienne capable de formuler clairement un projet de société — un projet au coeur duquel notre culture et nos créateurs auront un rôle déterminant à jouer. Il va falloir qu’on retrouve du courage pour poser des gestes forts, audacieux.

On pourrait commencer par suggérer la lecture de La guerre des arts, de Francis Desharnais, à tout le monde. Une bande dessinée minimaliste qui pose un regard lucide, et sévère, sur notre rapport à la création artistique.

Éditions Pow Pow | Francis Desharnais | La Guerre des arts

Et il n’y a pas que Netflix — dont il ne faudrait pas non plus faire le seul grand méchant loup. C’est l’arbre qui cache la forêt. Le défi est encore bien plus large.

Pendant que je vous écris, il y a trois ados dans le sous-sol de la maison qui sont en train de terminer le visionnement des derniers épisodes d’une série sud-coréenne, sur YouTube, en langue originale, sous-titrée en anglais.

Wikipédia | 미남이시네요 |You’re Beautiful

On est très loin de Lance et compte. C’était une tout autre époque.

De l’air chaud sur le coude

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Il devait avoir à peine plus de vingt ans. Les cheveux bleu clair, peignés de façon extravagante. Un regard perçant aussi, avec des sourcils abondants et une barbichette d’une vingtaine de centimètres, taillée en pointe. Plus quelques boucles d’oreille. Il aurait très bien pu être un personnage tout droit sorti de l’univers de Lemony Snicket.

Le coiffeur avait certainement plus de soixante-dix ans, l’air conservateur. Il commençait tout juste la coupe quand je suis arrivé.

Les cheveux bleus sur la cape noire et sur le plancher de tuiles blanches.

Les doigts ridés dans la tignasse colorée.

Et leur échange que j’avais grand plaisir à écouter. Si différents, et pourtant.

Dernier petit coup de séchoir, j’observe que le vieux coiffeur teste la chaleur de l’air en la dirigeant d’abord à l’intérieur de son coude.

Ce jour-là, l’expérience rencontrait l’audace.

31 jours de photo

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Je ne me souviens plus très bien comment j’avais découvert l’existence de ce groupe Facebook appelé 31 jours de photo. Si je me souviens bien, c’était quelque part en octobre. Je l’avais rejoint aussitôt, observé les participants jusqu’à la fin du mois, j’ai laissé passé novembre et je me suis lancé une première fois avec le défi de décembre.

31 jours — 31 photos, et seulement quelques instructions très ludiques:

« Les lignes de conduite sont les suivantes:

  • Vous devez être l’auteur de la photo.
  • Identifiez bien le thème du jour dans votre titre.
  • Tentez de poster une seule photo par jour.
  • Si possible, pas de photo d’archives personnelles, mais bien des photos prises expressément pour le challenge.
  • Encore meilleur : prenez la photo le jour même.

Ceci n’est qu’un jeu, et les règles peuvent être enfreintes en tout temps! »

Je suis très fier d’avoir tenu tout le mois. J’ai pris les photos pour chaque thème au cours de la journée indiquée, toujours avec mon iPhone.  Chaque fois avec le plaisir renouvelé d’un défi qui aiguise le regard et force à voir autour de soi ce que le quotidien nous amènerait autrement à négliger.

Pour le mois de décembre, les thèmes quotidiens étaient les suivants:

  1. Autoportrait
  2. Rouge et blanc
  3. Paysage
  4. Soir
  5. Motif
  6. Écriture
  7. Souvenir d’été
  8. Cuisine
  9. Reflet
  10. Confort
  11. Ancien temps
  12. Météo d’aujourd’hui
  13. Jouet
  14. Vert
  15. Brillant
  16. Neige
  17. Carré
  18. Noir & Blanc
  19. Bokeh
  20. Ce que je porte
  21. Là-bas
  22. Rose
  23. Abstrait
  24. lutin
  25. Noël
  26. Cadeau reçu
  27. Étoile
  28. Affichage
  29. Fourrure
  30. De près
  31. Mouvement

J’ai regroupé mes 31 photos dans un album sur Flickr — si vous avez envie de les découvrir, il est ici:

31 jours de photo | Album | Flickr

Le cassoulet du nouvel an

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C’est devenu une tradition.

Dans les jours précédents, trouver des lingots. C’est chaque fois l’occasion de redécouvrir plusieurs petites épiceries, passant d’une à l’autre pour trouver les indispensables fèves. Cette année j’ai trouvé à l’Épicerie européenne, sur la rue Saint-Jean.

Le 30 décembre, avant d’aller se coucher, mettre à tremper. Le bruit des fèves qui tombent dans le fond du pot de terre cuite (je fais exprès pour les laisser tomber de haut: c’est plus mélodieux). Et dans celui du chaudron métallique. Plus grave, en accord. Couvrir abondamment d’eau froide, sans se priver du plaisir de passer les mains dans l’eau froide et les fèves.

C’est dans le bouillon qu’Ana a fait avec les restes de la dinde du réveillon de Noël que les fèves cuiront le lendemain après-midi. Relation étonnante entre les deux fêtes.

Le 31, pendant que la maison reprend l’odeur de Noël: faire dégraisser les pattes de canard confit, faire revenir le porc et, très rapidement, la saucisse. Vers 15h, monter tout ça, en laissant dépasser les os du canard. Recouvrir de bouillon et d’un peu de gras de canard, au moins sept fois, dans les trois heures suivantes.

Très important de libérer le four avant que les invités arrivent. Pour leur permettre de réchauffer leurs plats. Parce que bientôt il y aura un banquet sur la table de la cuisine. Ce sera un délice pour tous les sens.

J’espère que quand ils auront mon âge, au moment de raconter un souvenir de la maison familial — en dix minutes pas plus! — mes enfants repenseront à cette journée où, tous les ans, leur père passait la journée aux fourneaux, dans des odeurs de dinde et de cassoulet.

De la lumière aux odeurs

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Martine a répondu à mon invitation lancée sur Facebook, pour faire faire des ronds dans l’eau à ces courts textes écrits en dix minutes pas une de plus. Et tant mieux si d’autres se joignent à leur tour: l’écriture est aussi un jeu.

Jeux de mots et d’images | 28 décembre | Été 2011

Ni vu ni connu | 28 décembre | Été 2014

Liés par la lumière de Chicago, nos textes étaient marqués par les souvenirs de voyage.

C’est l’évocation « des odeurs de pizza » dans le texte de Martine qui me ramène au clavier ce matin. Parce qu’en lisant cela, j’ai été immédiatement transporté dans le marché du vieux port de Montevideo.

C’était une journée un peu plus calme d’un voyage très dense. Nous avions déambulé  dans la ville avec Betto en direction du vieux port. Une des promenades au cours de laquelle j’ai pu voir le plus de Street Art. Et de très belles choses — très originales et très variées.

Une fois au marché, impression de remonter dans le temps. C’est sombre, les affiches ont toutes un look vieillot, le mobilier aussi. Il y a foule, partout. De petits comptoirs, des restos dans tous les recoins. Et des effluves gourmands. Les parilla sont pleines. Les odeurs d’asado se confondent avec les vapeurs de sucres des pâtisseries.

Nous avons mangé des milanesas et diverses assiettes d’entrées — pour goûter à un peu de tout. L’ambiance est bonne. Betto a un don pour parler avec les gens. C’est très convivial.

C’est à cet endroit que j’ai appris que la tradition en Uruguay veut qu’on mange des ñoquis (gnocchis) les 29e jours du mois.  C’est ce qui explique que sur presque tous les menus de restaurant là-bas il y a une parenthèse après la ligne de ñoquis: (29 de cada mes).

Et comme nous sommes le 29 décembre, c’est ce qu’on mangera ce soir, à Québec, deux ans plus tard et 10000 km plus au Nord.

Été 2011

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Ce devait être la Gaspésie. Ç’a été Chicago. À cause de la météo.

Seize heures de route pour découvrir une ville extraordinaire. Celle que je préfère de toutes celles que j’ai vues aux États-Unis.

Partout il y à voir: du beau, du vieux, du neuf, de l’espace, des oeuvres d’art.

La lumière adore Chicago. Tout y est plus beau.

On a beaucoup marché: le matin, l’après-midi, le soir — parfois jusqu’à très tard.

Chicago est un merveilleux terrain de jeu pour le regard.

Quand est-ce qu’on y retourne?

Le quai

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J’avais commencé il y a quelques mois une série de textes intitulée dix minutes pas une de plus. Un exercice d’écriture spontanée. Objectif: prendre une photo, spontanément, écrire à partir de celle-ci, aussi spontanément, et publier, dix minutes plus tard. Pas plus. Pas de zèle. Pas de perfectionnisme.

Je réactive aujourd’hui cette série — avec cette photo, prise le 20 juillet 2011. Sur la rue Saint-Paul, en face de la Gare du Palais, à Québec.

On y voit le choc des époques. Les vestiges d’un des quais de bois du premier chantier naval de la Nouvelle-France, conservés grâce aux hasards de la géologie. Des blocs de béton de remblayage. Une pelle mécanique tout ce qu’il y a de plus moderne. D’un jaune violent pour l’histoire.

Je passais par là tous les jours depuis 2008. L’année du 400e anniversaire de Québec. Pendant trois ans il n’y avait rien là. Seulement terrain vague, sans intérêt en surface.

Puis un grand trou, quelques vestiges, quelques protestations et le cours normal des choses.

Je passe toujours par là tous les jours, devant un immeuble pas laid, mais pas très beau non plus. Anonyme.

De la plomberie à la photographie en passant par Saint-Gabriel-de-Brandon

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La deuxième semaine de décembre, c’est de la plomberie et de la menuiserie à la maison, deux réunions politiques, des gestes importants à poser dans mon nouveau rôle de directeur général — vraiment un peu de tout! Une très grosse semaine.

J’ai aussi passé un après-midi au Cégep Sainte-Foy où j’ai accepté d’être mentor dans un programme de développement de l’entrepreneuriat. Les différentes équipes d’étudiants présentaient pour la première fois leur projet. J’étais très fier de l’équipe dont je suis mentor: un projet simple, efficace, réaliste, bien préparé. Bravo! J’ai toutefois été surpris par le conservatisme de l’ensemble des propositions: rien qui s’appuie sur les technos, les réseaux sociaux, etc., ni même indirectement — alors qu’il y avait de très belles occasions.

Tout cela sans compter que la fin de semaine se passait en tournoi de hockey avec le fils. L’écho que j’en laissais sur Facebook:

Partir pour un tournoi de hockey du fils à Saint-Gabriel-de-Brandon… Faire une crevaison… réparée chez Pierre et Pierre sur la rue principale en dix minutes sans attente:

— Monsieur, ça fera 18,40$… Monsieur? Monsieur?

— C’est à moi que vous parlez?

— Oui, c’est terminé.

(me demande si je me suis endormi? Pourtant, non…) Eh ben… Merci infiniment!

Constater au retour la présence de la Roulotte de Paul Buissonneau devant l’aréna… saupoudré d’une belle petite neige.

Il y a de la magie dans l’air.

Nous avons perdu la demi-finale contre Mascouche. 4-3. Les gars étaient désappointés, mais ils ont beaucoup appris pendant ces trois jours.

Et à travers tout ça, le plaisir d’avoir recommencé le décompte fantaisiste du nombre de minutes avant Noël sur Facebook — qui est presque devenu une tradition.

Comment ne pas mentionner en terminant le plaisir que j’ai à participer à un groupe Facebook qui s’appelle « 31 jours de photo » — qui est essentiellement composé des personnes que je ne connais pas… mais dont la formule est toute simple: un thème par jour, une photo, idéalement prise le jour même. Cela force à regarder autour de soi et à porter attention à son environnement. C’est très sain. Presque une question d’hygiène visuelle.


L’origine de ces notes hebdomadaires:

8 novembre | Éditorialiser

Les publications précédentes dans cette série:

8 novembre | La première semaine d’octobre

15 novembre | La première semaine de novembre

24 novembre | La deuxième semaine de novembre

7 décembre | La troisième semaine de novembre

13 décembre | La dernière semaine de novembre

20 décembre | La première semaine de décembre

Voyager dans le temps

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La machine à voyager dans le temps, c’est le blogue.

Il y a François Bon qui nous amène avec lui depuis quelques jours (sur Facebook — privé) à la rencontre d’amis rencontrés au fil des ans — avec photos et souvenirs. Je m’y suis même retrouvé, il y a six ans, comme si c’était hier.

J’ai fait ce matin un saut de deux ans pour me retrouver sur El Rio de la Plata. J’y ai entendu Roland Giguère et lu Borges.

26 décembre 2012 | Des mots flots au livre de sable

J’ai eu cet après-midi l’envie de retourner plus loin… dix ans en arrière, presque jour pour jour.

20 décembre 2004 | Déchiffrer l’indéchiffrable

À ma grande surprise, Borges y était encore! avec mon beau-frère, René, que François connaît bien.

Il n’y a pas à dire, le temps est un ruban de Moebius — comme ceux de Brent Seales.

Des mots flots au livre de sable

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26 décembre 2012

Sur le bateau qui nous amène de Montevideo à Buenos Aires j’écoute Thomas Hellman chanter les mots de Roland Giguère.

L’eau couleur de lion scintille. Le ciel est s’est éclairci jusqu’au bleu. Azul.

La poésie est là, omniprésente.

Les mots-flots s’abattent sur la plage blanche où j’écris que l’eau n’est plus l’eau sans les lèvres qui la boivent.

Les mots peints sur mon mur de chambre quand j’ai connu Ana.

Les mots flots. La plage blanche. Le livre de sable.

Aujourd’hui, je suis là. Avec Roland Giguère, à la rencontre de Borges.

Quand Kim Dotcom joue au Père-Noël

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24 décembre, tard dans la soirée, le fils reçoit une PlayStation4. Un des jeux inclus dans boîte doit être téléchargé sur le PNS Network.

Multiples tentatives: ça ne fonctionne pas. Conclusion dépitée: on réessaiera demain.

25 décembre: ça ne fonctionne toujours pas.

Une recherche sur Internet permet de confirmer que le réseau de Sony est hors service. Vagues rumeurs d’attaques de pirates informatiques (forcément puisque c’est Sony: « des Nord-Coréens, peut-être » — fous rires). Le XBox Network aussi est hors service.

Toute la journée: PNS Network Status: Offline.

26 décembre: toujours Offline. Nouvelles recherches sur le Web.

Traboulidon! Ce que je découvre est invraisemblable…

Les réseaux reviennent progressivement à la normale. Kim Dotcom a offert 3000 comptes premium de son nouveau service d’hébergement aux pirates pour qu’ils cessent leurs attaques et qu’il puisse jouer à Destiny.

L’échange entre le polémiste entrepreneur du Web est surréaliste. Extraits:

Hi @LizardMafia, I want to play #Destiny on XBOX Live. I’ll give your entire crew Mega lifetime premium vouchers if you let us play. Cool? [source]

Thanks @KimDotcom for the vouchers–you’re the reason we stopped the attacks. @MegaPrivacy is an awesome service. [source]

Remember… Lizard Squad only gets the benefit of free Mega premium accounts if they don’t attack Xbox Live & PSN again. #ThatsTheDeal [source]

Et le résumé de l’histoire… par son principal protagoniste:

A Christmas Miracle. How @MegaPrivacy saved @Xbox & @PlayStation from the @LizardMafia attack. Enjoy your games! :-)  [source]

Kim Dotcom, ne peut même pas s’empêcher de faire la morale au gouvernement des États-Unis, rien de moins:

Obviously, diplomacy works. I recommend that the U.S. Government gives it a try. #MakeLoveNotWar #UseMegaVouchers  [source]

Un remarquable coup de pub.

Et, clairement, ce conte de Noël, lui, n’est pas sans prétention.

Conte de Noël sans prétention

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Soleil levant. C’est la sonnerie qui le sortait du sommeil depuis longtemps, cinq jours par semaine. Étirer le bras. Glisser le doigt sur l’écran. Débrancher le fil. Ouvrir les yeux. Souffrir la luminosité, d’un oeil, puis de l’autre. Facebook. Like. Like. Twitter. Gmail. La routine matinale. Position horizontale.

Tous les matins: un bagel avec du fromage à la crème, une demi-banane et un verre de jus de pamplemousse. Aujourd’hui, par exception, Joe s’est servi dans une belle coupe de verre taillé. Il avait l’esprit à la fête.

Son repas négligemment déposé sur la table, il étire le bras pour saisir le iPad. Un rayon de soleil traverse la coupe et fait apparaître un petit arc-en-ciel sur le bagel.

Joe relève la tête, se lève, va chercher dans l’armoire du salon un napperon tissé par sa grand-mère, redispose son repas, balaie du revers de la main quelques graines de sésame, ouvre Instagram, choisit le filtre Mayfair: «Bon appétit tout le monde! #arcenciel #dernierejourneeavantlesvacances».

Les like et les commentaires des uns et des autres jouent le rôle de la ponctuation dans les journées de Joe. Ils lient les événements, créent le rythme, donnent un sens. Et quand ça s’essouffle, c’est qu’il faut mettre une bûche dans le poêle, publier, alimenter le réseau, susciter l’écho.

Depuis quelques jours les chats portant des bonnets de Père-Noël côtoyaient les suggestions de vins pas trop chers et les vidéos qui révèlent quelque chose de tellement incroyable qu’elles peuvent vous tordre le coeur. L’ambiance de Noël 2014. Avec Rdio en background — Joe FM Special XMas.

Une rumeur à travers ça: des hackers nord-coréens auraient piratés les serveurs de Sony et formulé des menaces suffisamment sérieuses pour que la multinationale annule la sortie de la comédie qui devait être le blockbuster des Fêtes. Le Président Obama s’en était mêlé — mais tout le monde s’en foutait pas mal. Les images truquées des collines de Los Angeles où le Hollywood était remplacé par North Korea et le selfie de Ellen DeGeneres aux Oscars avec Kim Jung Un au premier plan, étaient bien plus intéressants. Share. Like.

Heureusement, la vie suivait son cours. Le Sapin avait des boules. Les hackers nord-coréens n’avaient pas réussi à affecter notre style de vie. Grâce à Mike Zuckerberg, Noël était véritablement devenue la fête du partage.

Mais c’était sans compter sur trois hackers québécois, bien déterminés à réussir là où les troupes de Kim Jung Un avaient échoué. Convaincus que les médias pouvaient récupérer à leur avantage tous les gestes spectaculaires et que la culture occidentale se nourrissait de ces coups d’éclat, ils savaient qu’ils devaient être ingénieux et s’armer de subtilité.

C’est dans un sous-sol de Trois-Rivières qu’ils travaillaient sur leur coup depuis des mois. Ensemble, coupé des réseaux sociaux, parce que le silence est d’or. Ils mirent leur plan à exécution au moment prévu. Précisément 2014 minutes avant Noël.

Personne ne se rendit compte de rien. Jusqu’au lendemain, veille de Noël.

En ouvrant Facebook ce matin-là, Joe constata que la phrase «À quoi pensez-vous?» avait été remplacée par une autre phrase:

«Comment ferez-vous sourire quelqu’un aujourd’hui?»

Le monde avait changé.

365 nuits

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Depuis le 21 décembre 2013, j’ai noté tous les matins mon nombre d’heures de sommeil dans Daily Tracker (j’en avais parlé le 20 août).

Cela fait un an aujourd’hui. 365 jours.

Bilan:

Une moyenne de tout près de 7h de sommeil par nuit (c’était mon objectif)

La nuit la plus courte: 3h (le 9 octobre)

La nuit la plus longue: 16h (le 2 novembre)

Je dors presque 8h par nuit en moyenne la fin de semaine.

Et un peu moins de 7h par nuit en moyenne la semaine.

Le mardi étant généralement ma nuit la plus courte et le dimanche ma plus longue.

En juillet, j’ai dormi presque 8h toutes les nuits. À peine plus de 6h par nuit en février.

* * *

Est-ce que j’ai apprécié faire cet exercice? Oui. Est-ce utile? Je ne sais pas.

Je pense que c’est bien de garder une conscience de nos habitudes de vie. Et que noter ces mesures peut y contribuer.

Est-ce que je continuerai l’année prochaine? Je ne sais pas. Est-ce que je serai plus attentif à autre chose? C’est possible.

Est-ce que je suis fier de l’avoir fait? Oui — pour la discipline que j’ai maintenue. Et parce que je m’étais donné le défi de le faire.

Pourquoi je partage cela? Je ne sais pas.

Mais pourquoi pas?