De passage à La Sphère

lasphere11avril

L’émission La Sphère, de la radio de Radio-Canada, était diffusée hier en direct du Salon du livre de Québec. J’y étais invité pour participer à un échange sur le livre numérique.

Ça été un échange assez large, où nous avons survolé bien des sujets en rapport plus ou moins direct avec les impacts du numérique sur le monde du livre et de la lecture. Et pas que sur la dimension technique (fichiers epub et pdf, lecture sur tablette ou sur eReader, etc.) — mais aussi sur la manière de raconter une histoire, sur les façons d’éditer et de diffuser les oeuvres. Un survol des modèles économiques qui sont bouleversés également. Bref, beaucoup de sujets en peu de temps.

Pour entendre ou réentendre l’émission, c’est ici:

La Sphère | Les différents visages du livre électronique | 11 avril 2015

Pour voir quelques-uns des gazouillis qui ont été publiés au cours de l’émission:

Storify | Le livre numérique à La Sphère | 11 avril 2015

Perdre son âme dans les discussions byzantines

IMG_8083_2

Qu’est-ce que je pense de l’entrevue que Jacques Parizeau a accordée à Michel Lacombe et qui a été diffusée un peu plus tôt aujourd’hui?

Le PQ a perdu son âme, selon Parizeau | Radio-Canada | 6 avril 2015

J’ai d’abord trouvé que l’ancien Premier ministre était étonnamment serein, malgré la déception de ne pas avoir réussi à faire la souveraineté du Québec, seule raison pour laquelle il s’était engagé en politique, a-t-il rappelé.

Bien sûr qu’il est dur, très dur même, avec le Parti Québécois. Et les médias se font déjà un plaisir de le mettre en évidence. Mais il faut bien admettre qu’il a un peu raison… non? «On [s’est] égaré dans des discussions byzantines», dit-il. Ce n’est certainement pas moi qui vais le nier. Nous avons multiplié depuis plusieurs années les sujets sur lesquels les membres se sont divisés — jusqu’à oublier la cause qui les rassemble. Il n’y a qu’à lire notre programme pour le constater! J’espère que la nouvelle mouture du programme qui émergera du prochain congrès sera simplifiée, à l’extrême. Vous pouvez compter sur moi pour y travailler.

En ce qui concerne la souveraineté du Québec tout dépendrait maintenant, selon monsieur Parizeau, de la volonté des jeunes de 30 et 40 ans (dont je fais partie) et de la modernisation de l’économie québécoise, qu’il présente comme comme une condition préalable à la souveraineté. J’ajouterais personnellement à ces conditions la capacité de faire une pédagogie plus efficace de nos convictions.

Cette pédagogie politique devra également éviter les pièges du dogmatisme qui colore actuellement l’ensemble des discours politiques, comme nous le rappelle, à juste titre, monsieur Parizeau.

Tout est aujourd’hui comme s’il fallait que nos convictions se concrétisent immédiatement sans quoi elles perdraient leur sens, alors que l’Histoire montre bien qu’il faut faire preuve de stratégie, de détermination et de patience avant de voir se concrétiser une idée.

La prise de position de l’ancien premier ministre en faveur de la gratuité scolaire était particulièrement éclairante à ce sujet: «Modernisons d’abord l’économie québécoise, afin de nous donner les moyens de s’offrir la gratuité scolaire, mais cela ne nous empêche pas de plaider en faveur de cette idée dès maintenant». Une chose à la fois, c’est dit.

Avancer étape par étape, en fonction d’un objectif clairement défini, sur une route dont tout le monde accepte de bon coeur les nécessaires détours et compromis… parce que s’il est tentant de croire que chacun de son côté on ira plus vite, c’est évidemment ensemble qu’on pourra aller le plus loin. Je pense que c’est cette conviction que monsieur Parizeau décrit comme «l’âme perdue» du Parti Québécois.

Il faut revenir à la base: notre parti est une coalition de gens qui croient dans l’action collective pour construire l’avenir, en se dotant des moyens dont dispose un pays — avec toutes les nuances et les compromis qui sont nécessaires pour rester solidaires dans la poursuite de cet objectif. J’y crois. Et je pense que la région de la Capitale nationale peut contribuer à faire renaître cet esprit dans le parti.

Jacques Parizeau n’est pas parfait. Il a fait des erreurs (je ne lui pardonne toujours pas le discours de la défaite en 1995) et il pose un regard parfois nostalgique sur le passé, mais le message qui ressort de cette entrevue, même très dûr, ne me démotive pas du tout. Au contraire.

J’en retiens essentiellement:

  • qu’il est indispensable de toujours se rappeler pourquoi on fait de la politique (« parce que ce n’est pas la politique qui est importante, c’est de construire l’avenir »).
  • que la clé du succès, c’est de savoir rassembler autour de soi les gens qui partagent les mêmes motivations essentielles.
  • qu’il est important de distinguer ces motivations essentielles des motivations secondaires et accepter de faire des compromis sur les secondes quand cela permet de poursuivre la réalisation des premières (à défaut de quoi, c’est dans un groupe de pression qu’il est préférable de s’engager, plutôt que dans un parti politique).

Autrement dit, la politique, c’est l’art du possible.

Plus que jamais.

Construire l’avenir

IMG_8589

C’était à Paris, au café en face du Salon du livre, début mars.

L’homme de la table voisine transcrivait une entrevue à partir d’un vieux walkman à cassette. Play, Stop, Rewind. Play, Stop… Le texte se déroulait devant nous, jusqu’à envahir progressivement notre table.

Expresso. Grand crème. Thé. 20 minutes pour faire le point avant de repartir chacun de notre côté pour nos rendez-vous de l’après-midi.

C’est un peu à l’image de tout le mois de mars qui vient de se terminer. Un rythme fou. Trop à faire en trop peu de temps. Mais je suis très fier de ce qui a été accompli. Famille, boulot, politique… mes priorités sont bonnes, je crois — l’efficacité est au rendez-vous… et les résultats aussi. C’est stimulant.

C’est seulement le temps pour écrire qui m’a manqué. Pour la première fois depuis un an, j’ai passé plus d’une journée — presque tout le mois en fait! — sans écrire au moins quelques mots dans DayOne — c’est à dire sans prendre le temps de me demander ce qu’il y avait à retenir de la journée, comment cette journée me permettait d’avancer dans mes projets et de construire l’avenir.

Pas que je n’ai pas pris le temps d’y penser. Au contraire! Ça a même été, plus que jamais, une réflexion de tous les instants… mais sans laisser de traces écrites, c’est un peu périlleux comme réflexion. Il faut faire mieux — me remettre à écrire.

Ça fera un an demain que ma première campagne électorale comme candidat du Parti Québécois dans Jean-Talon se terminait. Pas avec le résultat souhaité, bien entendu… mais il y aura d’autres occasions… et la prochaine approche même déjà à très grands pas.

Je serai prêt.

L’Âge de la parole

IMG_8515

Dans le contexte de la publication du livre de Régine Detambel intitulé Les livres prennent soin de vous, chez Actes Sud, le magazine Livres Hebdo a réalisé la semaine dernière un dossier sur les livres remèdes.

Lectures sur ordonnance | Livres Hebdo | 20 mars 2015

Pour ce dossier, j’ai été invité comme une trentaine d’autres personnes à décrire en 800 caractères un livre dont la lecture m’a particulièrement fait du bien. Mon choix: L’Âge de la parole, de Roland Giguère. Le texte que j’ai soumis:

« De tous les livres qui m’ont fait du bien, L’Âge de la parole, de Roland Giguère, est sans doute le plus marquant. J’en possède une édition originale (Éditions de l’Hexagone, 1965) trouvée par hasard dans une librairie d’occasion alors que j’étais ado. Soulevant la couverture on peut lire, écrit au crayon de mon écriture juvénile: « si vous trouvez ce livre prière de m’en informer, il a pour moi une valeur sentimentale inestimable ». Et pour cause: c’est dans ces poèmes que j’ai découvert et apprivoisé les mots de l’amour, de la rage et de l’espoir. C’est aussi en lisant ces pages que j’ai véritablement appris à écrire, à aimer écrire, à oser écrire. Y’a-t-il plus grand bien à recevoir d’un livre? Vingt-cinq ans plus tard, je reviens encore fréquemment à L’Âge de la parole pour trouver réconfort, inspiration ou courage. Chaque fois que j’ai besoin de me faire du bien. »

Le dossier complet est réservé aux abonnés de Livres Hebdo, mais la liste des livres proposés est ici:

32 prescriptions littéraires | Livres Hebdo | 20 mars 2015

Livre numérique, entre économie et politique

IMG_6272

Le 9e Colloque étudiant du GRÉLQ aura lieu les 16 et 17 avril à Sherbrooke sous le thème «Les transformations du monde du livre à l’ère du numérique». L’événement est organisé en collaboration avec le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ).

Colloque étudiant du GRÉLQ | Sherbrooke

J’aurai le privilège de faire une intervention le vendredi qui a pour titre «De l’imprimé au numérique: l’étape du choc entre  la volonté politique et la réalité économique».

Voici la description que j’ai proposée:

Dans de nombreux pays occidentaux, le livre bénéficie d’un statut particulier. On dit du livre qu’il n’est pas un produit comme les autres. Le commerce du livre est par conséquent l’objet de nombreuses particularités et bénéficie de nombreuses exceptions. C’est un marché qui est régulièrement guidé par une forte volonté politique — particulièrement dans les périodes de bouleversements.

Vient toutefois un moment où la réalité économique doit rejoindre la volonté politique si on souhaite assurer la pérennité des systèmes mis en place. C’est l’étape à laquelle sont aujourd’hui confrontés les acteurs du monde du livre, au Québec comme ailleurs dans le monde.

Cette présentation sera l’occasion de faire un survol de quelques-uns des enjeux associés à cette délicate étape pour le marché du livre — particulièrement quand il est commercialisé sous forme numérique.

Le programme complet de l’événement est ici…

Culture geek et politique

IMG_7674

Un collègue de travail a porté à mon attention au cours des derniers jours un texte sur le choc de cultures au sein des organisations.

Understanding the Culture of No — par Clay Jonhson

Il s’agit en fait d’une transcription d’une présentation qui a été faite à Mexico le 20 février dernier par le fondateur d’une entreprise qui s’appelle Department of Better Technology (DOBT), qui décrit sa mission de la façon suivante:

We make great software that helps governments and non-profits better serve their communities.

La coïncidence entre cette suggestion de lecture et la démission d’Yves Bolduc — qui me replonge dans un scénario d’élection — m’a beaucoup fait sourire.

Parce que le texte met efficacement en relief certaines des convictions qui guident depuis longtemps mon engagement politique (même si je déplore une description caricaturale des milieux de travail qui sont décrits par l’auteur: entreprises privées d’une part et organisations gouvernementales d’autre part).

Parce que je pense que ce que Clay Jonhson décrit comme « la culture du non » n’est pas étranger non plus à notre difficulté « pour se dire oui » — parlant de la souveraineté du Québec.

Parce que le collègue me disait avec raison « qu’il y a aussi beaucoup de choses dans ce texte qui s’appliquent autant à notre propre milieu de travail qu’à un gouvernement » — et que comme c’est actuellement mon boulot de tous les jours de réfléchir à notre organisation, sa culture, son fonctionnement et son efficacité… ben… ça interpelle aussi très concrètement  le chef d’entreprise.

C’est comme si plusieurs dimensions de mes engagements professionnels et politiques s’étaient mises à se faire des clins d’oeil imprévus.

Alors quand Pierre Bouchard a lancé sur son blogue, hier, un appel pour alimenter sa réflexion autour de cette question…

Pourquoi les geeks et les politiciens sont-ils incapables de se comprendre? | Pierre Bouchard | 27 février 2015

…je me suis dit qu’il fallait que je soumette le texte de Clay Jonhson pour alimenter la discussion.

J’en retiens particulièrement trois extraits, que je soumets en guise de premières pistes de réponses à certaines des questions soulevées par Pierre Bouchard.

«In government we say yes to big projects and don’t take small ones seriously. We need to change that. We need to start saying no to big, because as I pointed out earlier, it fails more often than it succeeds. »

«…when you give software to your employees that they hate using, they internalize that and pass that on to your customers. Moreover, the message you send is “we don’t value you, your time, and your happiness more than we value the lowest bid.” And that empowers the Culture of No more than anything else.»

« The Driver isn’t laziness or people being set in their ways. It is risk mitigation. That question, “how do we not fail?”, is antithetical to innovation, and is the thing that empowers the Culture of No.»

Je me demande si la deuxième n’est pas celle par laquelle il faudrait commencer: changer d’approche dans le choix des logiciels dans les organismes gouvernementaux — comme un moyen de favoriser l’empowerment des forces vives.

Le Club de lecture de Zuck

IMG_7690

Début janvier le fondateur de Facebook annonçait en grande pompe qu’il lançait son Book Club. Toutes les deux semaines, une suggestion de lecture et des échanges. Les réseaux se sont enflammés: une bonne nouvelle pour stimuler le goût de la lecture. Sauf que…

Sauf qu’on dirait bien que Facebook n’est pas une plateforme où il est si facile d’organiser des échanges de cette nature.

Le 18 février A Year of Books, présentait le quatrième livre de la série: On Immunity, de Eula Biss. Aucune description, ni de commentaires de Zuckerberg, avec pour seule invitation:

Feel free to discuss it in the comments here, but please keep all conversation relevant to this book.

Cinq jours plus tard, 975 personnes on cliqué sur J’aime, 73 ont commenté, et 81 ont partagé. Tout cela, parmi 369000 personnes qui suivent la page du Book Club.

Tellement faible que je me suis dit que ce n’était pas possible que le phénomène se limite à cela. Je me suis dit que quelque chose devait se passer sur la page personnelle de Mark Zuckerberg.

Effectivement. Une invitation, lancée le même jour, 18 février. Avec une explication un peu plus complète:

Vaccination is an important and timely topic. The science is completely clear: vaccinations work and are important for the health of everyone in our community.

This book explores the reasons why some people question vaccines, and then logically explains why the doubts are unfounded and vaccines are in fact effective and safe.

This book was recommended to me by scientists and friends who work in public health. It’s also a relatively short book — one that you should be able to read in a few hours. I encourage you to check it out and to join the discussion.

Et, là, au moment où j’écris, 47094 personnes ont cliqué sur J’aime, un peu plus de 3900 ont commenté et 1774 ont partagé — parmi les 31,5 millions de personnes qui suivent la page du président de Facebook, qui répond parfois personnellement aux commentateurs. Ça reste faible… on est loin de l’engouement (Oprah Winfrey peut dormir sur ses deux oreilles!) mais tout de même… En comparaison, quand Zuck a publié ses voeux pour le Nouvel An chinois, le lendemain, plus de 183000 personnes ont aimé, plus de 17500 ont commenté et presque 37000 ont partagé.

Le Book Club n’est manifestement pas suffisant pour faire d’un livre un bestseller… puisque On Immunity est actuellement au 2232e rang des meilleurs vendeurs sur Amazon.com. Le précédent ne semble pas avoir fait beaucoup mieux. Et c’est correct, l’objectif d’un club de lecteurs n’est pas forcément de faire des livres choisis des bestsellers — mais vu les attentes qui avaient été placées sur ce Book Club, c’est tout de même un peu étonnant.

Je pense qu’il est probablement mieux de fonder nos espoirs sur des initiatives plus structurées de médiation de la lecture si on veut avoir véritablement un impact. Vraisemblablement avec des médias traditionnels en appui — et pourquoi pas aussi une contribution du réseau des bibliothèques publiques? Et pourquoi pas les libraires aussi? Quelque chose de complémentaire aux remises de prix littéraires, qui spécialement destiné à donner le goût de la lecture.

Réflexion à poursuivre.

Révolution? Quelle révolution?

revolution_lapresse

J’ai lu avec intérêt le dossier que LaPresse+ a consacré au livre numérique en fin de semaine  — et ça m’a vivement donné l’impression qu’on est en train de passer à côté des vrais enjeux.

Une révolution (très) tranquille | La Presse+ | 15 février 2015 — accessible seulement à partir d’un iPad

Une révolution très tranquille? Peut-être… mais quelle révolution? Vendre les livres dans un nouveau format? Une révolution? Vraiment?

Et si la révolution c’était plutôt la capacité d’utiliser de nouveaux vecteurs pour rejoindre de nouveaux types de lecteurs? Des outils qui permettent aux auteurs et aux éditeurs d’être en contact direct avec les lecteurs? D’en comprendre mieux les habitudes et les intérêts? L’apparition de circuits de vente plus courts? plus dynamiques? ou qui font appel à de nouveaux types d’intermédiaires? La possibilité de renouveler le marketing du livre? Une facilité accrue de lier le livre à d’autres produits culturels? Et quoi encore? Sans oublier l’exploration de nouvelles manières de raconter des histoires.

Est-ce qu’on s’intéresse à tout ça aujourd’hui? Certainement pas assez en tout cas. Et ça passait plutôt à côté du radar de LaPresse+ (pas complètement — mais presque). Et c’est dommage — parce que c’est là qu’on est rendu… et la vraie révolution c’est là qu’elle se trouve.

S’être donné les moyens de produire, de distribuer et de vendre les livres publiés ici sous divers formats numériques, c’était nécessaire, c’était un point de départ — mais si on s’arrête à ça, on passe à côté du plus important, non?

Faudrait s’y mettre (très) rapidement.

De retour du Conseil national

cnpq2015

Tout juste revenu du Conseil national du Parti Québécois, je m’accorde un moment pour prendre spontanément quelques notes, en vrac, et pour les partager ici. Je le fais d’abord à l’intention des quelques centaines de personnes avec qui j’ai partagé la fin de semaine, mais tant mieux si cela peut intéresser un peu plus largement (désolé si tout n’est pas clair pour ceux qui n’étaient pas à Laval). Je le fais de manière à pouvoir y revenir plus facilement dans les prochains mois, bien sûr, mais aussi pour les soumettre dès maintenant à la discussion.

Je dois confesser d’entrée de jeu le plaisir (coupable) que j’éprouve généralement dans une assemblée comme un Conseil national. Je l’avoue: j’adore l’application des codes de procédure. J’ai toujours perçu ça comme une sorte de grand jeu et considéré l’animation des assemblées comme un art. Je ne m’en lasse généralement pas.

Sauf qu’hier après-midi les délibérations étaient clairement un peu longues… très longues… trop longues même, pour tout dire! Au point où cela m’a amené à m’interroger sur l’utilité de tous ces efforts et de tout le temps consacré à quelques propositions qui n’allaient, de toute façon, n’engager vraiment personne ni aucune instance du parti.

Peut-être que j’étais plus fatigué qu’à l’habitude, mais quand même moi je ne trouve plus ça drôle, c’est qu’on est probablement entré dans une zone dangereuse pour la motivation des troupes — et encore plus dangereuse si on est sérieux dans notre désir d’augmenter le nombre de personnes qui appuient notre parti et la cause qu’il défend.

Pour cette raison, je pense qu’il est devenu nécessaire d’identifier des moyens concrets afin de simplifier notre fonctionnement et le rendre plus attrayant et plus efficace. Quelques pistes intéressantes me semblent heureusement émerger de nos travaux de la fin de semaine.

Parmi ces pistes:
  • Il faut certainement faire (encore) plus confiance aux membres. Leur permettre de dire régulièrement ce qu’ils pensent en leur offrant de nouvelles occasions de le faire. La démarche de consultation qui a été menée dans les circonscriptions au cours des derniers mois est un bel exemple de cela. Il faut aller encore plus loin: en faire un processus continu et y convier des non-membres. Tirer profit du web et des réseaux sociaux pour le faire, aussi.
  • En contrepartie, il m’apparaît indispensable de trouver une manière d’encadrer plus efficacement l’utilisation des droits de parole lors des assemblées. Il est évident que certaines personnes abusent de ce privilège et que cela se fait trop souvent au détriment des autres. On doit trouver une façon acceptable de composer avec les abonnés au micro. C’est délicat, je le sais, mais c’est un défi qu’on doit trouver le moyen de relever.
  • Dans cet esprit, et (re)connaissant la culture du parti, il faut que nous apprenions aussi à mieux évaluer ce qui doit faire l’objet d’une proposition en bonne et due forme dans une assemblée. Il n’est pas nécessaire de débattre de tout à la première occasion. Dit clairement: certaines proposition ne devraient pas se rendre sur le plancher. Parce qu’on le sait bien, si on soumet une proposition il ne faut pas se surprendre qu’il y ait des amendements: on ne sait tout simplement pas s’en empêcher. Apprendre à se concentrer sur l’essentiel est aussi très important. J’espère que le travail de réforme des règlements du parti nous offrira l’occasion de se pencher aussi sur ce genre de choses. C’est un travail exigeant qui n’est pas très sexy, mais il est absolument fondamental — et c’est d’autant plus important que nous nous engagerons bientôt dans la longue démarche qui nous amènera au prochain congrès.
  • Il faut également encourager davantage les initiatives spontanées des différents regroupements qui existent au sein du parti — et plus largement dans la société civile. Il faut reconnaître que notre succès repose sur notre capacité à coordonner l’action des gens d’affaires pour l’indépendance, des écolos souverainistes, des femmes pour faire un pays, etc. (en guise d’exemples, évidemment!). Il est inutile d’essayer de les piloter ou, pire, de les contrôler — il faut reconnaître leur autonomie, les encourager et les soutenir dans leurs actions. Ce sera bien plus efficace. À cet égard, les exemples que François Larouche nous a présentés en fin de journée samedi devraient très rapidement se transformer en plan d’actions pour le parti.

Bien vaste chantier tout ça me direz-vous. C’est vrai. Mais ce n’est rien devant tous les autres défis qui nous attendent pour faire du Québec un pays. Alors, autant se retrousser les manches et s’y attaquer dès maintenant.

Le moulin

IMG_4832

Ulverton Woolen Mills
Duval & Raymond propriétaires

L’affiche est usée par le temps. Elle nous accueille à l’entrée du moulin à laine devenu attraction touristique. C’était une superbe journée de juillet.

Les lieux sont enchanteurs. La lumière danse. Le contraste de la nature et des machines est fascinant. Un lieu d’histoire qu’on découvre avec l’aide d’une guide extraordinaire. On boit ses paroles, et beaucoup d’eau, parce qu’il fait vraiment très chaud.

C’est une histoire industrielle. Une histoire de prise en main et de fierté. L’histoire d’un village dont les entrepreneurs se frappent malheureusement aux premiers signes de la globalisation du commerce. Une histoire avec des intrigues aussi: un pont couvert détruit, reconstruit, incendié par des voyous, avant d’être reconstruit. Encore et encore. Une histoire d’espoirs et de coups durs, comme toutes les grandes histoires.

C’est aussi l’histoire des francophones qui doivent faire des affaires en anglais pour survivre, tant bien que mal, aux lois de la jungle.

C’est aussi l’histoire d’un village qui reprend en main un moulin abandonné, en perdition, et qui le reconstruit pour en faire quelque chose de grand, un témoin, un symbole, un cri:

On ne se laissera pas tondre la laine sur le dos!

C’est bien ça qu’on dit, je crois, quand on n’est pas des moutons. Et on est pas des moutons.

C’était le premier juillet. Je me souviens.

Écrire. De plus en plus.

IMG_7443

Dix minutes pas plus, c’est un exercice. C’est ce que je fais aujourd’hui. Écrire 750 mots par jour, c’en est un autre, je le fais depuis le 2 janvier, avec beaucoup de plaisir, à partir du site 750words.com. Très ludique, stimulant. J’aime beaucoup.

Pour écrire 750 mots par jour à travers le reste, il faut évidemment écrire très librement et spontanément, alors ça donne parfois un peu n’importe quoi. Mais qu’importe puisque ce n’est pas pour partager. Je vois ça comme une séance de gymnastique intellectuelle (et de réchauffement pour les doigts… le plus souvent en début de journée).

Je vois déjà beaucoup d’avantages… ça déconstipe… ça devient plus facile d’écrire. Les mots coulent plus naturellement, les doigts suivent plus aisément.

Mon exercice quotidien m’amène à formuler plus simplement des textes un peu plus longs. Ça délie les idées. Le défi est de garder les idées simples, de maintenir un rythme et d’essayer d’établir, idéalement un trait d’union, d’un jour à l’autre.

Je ne sais pas trop où ça m’amènera, mais je regarde avec un certain intérêt le Prix du récit de Radio-Canada. On verra dans les prochains jours si les idées qui me viennent à l’esprit arriveront à prendre forme.

Qui sait…

Ce serait un beau défi à relever…

Bouder le livre numérique? Non, mais…!

IMG_4731

Un texte publié sur le site Bible urbaine — que je ne connaissais pas avant aujourd’hui — a fait réagir plusieurs de mes amis éditeurs sur Facebook.

Biblio urbaine | Charlotte Mercille | Est-ce que le monde de l’édition québécois boude le livre numérique?

J’ai eu l’audace de dire que même si ce texte était effectivement fait, pour l’essentiel, d’affirmations à l’emporte-pièce, « tout n’y était pas faux, tout de même, non? ». On a réagi à ma bravade en me demandant de signaler ce que l’auteure disait de pertinent. C’est de bonne guerre.

Je m’y prête donc avec plaisir, en énumérant les affirmations de l’auteure du texte, pour y réagir spontanément. La discussion se poursuivra à partir de cela… qui sait?

* * *

AFFIRMATION 1 — « Les maisons d’éditions québécoises montrent un retard important au tournant de l’ère numérique.»

FAUX, mais… — Il faudrait apporter au moins deux nuances: toutes les maisons d’édition ne sont pas en retard, au contraire. Et par rapport à qui doit-on décréter un retard? Par rapport aux États-Unis? Si on jugeait par rapport à ailleurs dans le monde, on pourrait même se dire en avance. Cela dit, il faut bien reconnaître qu’il reste beaucoup de résistance, en particulier en ce qui concerne des modèles alternatifs à la vente à l’unité par téléchargement. Et certaines maisons rejettent encore carrément le numérique — on y reviendra.

AFFIRMATION 2 — « En parcourant les catalogues Amazon et iTunes, on remarque bien vite que les livres québécois sont complètement éclipsés par la marée de bestsellers américains.»

VRAI. Mais est-ce la faute des éditeurs? Amazon et Apple n’accordent encore que peu de ressources à la mise en valeur des catalogues francophones dans leurs « librairies en ligne » — dont les versions canadiennes sont mal adaptées pour composer avec des livres dans d’autres langues que l’anglais. Je pense que la réalité décrite est véridique, mais le coupable identifié n’est pas le bon (peut-être y aurait-il toutefois moyen d’agir plus vigoureusement pour que la situation change — et peut-être que les gouvernements s’en lavent un peu facilement les mains — mais c’est un autre débat).

AFFIRMATION 3 — « Si on arrive enfin à trouver le livre québécois souhaité, son prix se rapproche davantage de celui trouvé en librairie. »

VRAI… partiellement — Les prix définis par les éditeurs québécois (et francophones en général) sont plus élevés que ceux des éditeurs anglophones. Cela s’explique par de nombreux facteurs (dont la taille et la structure des marchés). Il est toutefois indéniable qu’il y a plusieurs cas de tarification pour le moins difficiles à comprendre pour les consommateurs.

AFFIRMATION 4 — « Branchées par intraveineuse aux subventions gouvernementales, les maisons d’éditions québécoises continuent de bouder une entreprise [Apple] qui a depuis longtemps fait ses preuves sur le marché. »

FAUX, mais — La « dépendance aux subventions » est une image déformée de la réalité. Il faut analyser la structure complète du marché pour comprendre la manière dont s’organise cette industrie. Et ne pas perdre de vue que pratiquement tous les pays occidentaux stimulent et protègent l’industrie du livre de façon particulière. Par rapport au fait de bouder des entreprises qui ont fait leur preuve sur le marché… il faudrait apporter au moins deux nuances: 1) c’est une minorité d’éditeurs qui boudent encore ces points de vente et 2) ces points de vente n’ont pas encore totalement fait leur preuve sur le marché québécois (ou peuvent certainement faire beaucoup mieux).

AFFIRMATION 5 — « Pendant que les éditeurs attendent sagement la permission de Québec, les grandes corporations américaines et canadiennes se régalent de leur monopole.»

FAUX — je ne comprends pas du tout celle-là. Qui attendrait la permission de Québec? Personne n’a attendu de permission de qui que ce soit pour avancer… au contraire.

AFFIRMATION 6 — « encore aujourd’hui, plusieurs éditeurs québécois ne sont pas enclins à ajouter leurs derniers titres sur ce site Internet [prêtnumérique.ca], ce qui donne de belles ironies, comme du Michel Tremblay seulement disponible en version anglaise.»

VRAI — l’affirmation est un peu large, mais il est vrai que plusieurs éditeurs bien en vue au Québec auront attendu presque trois ans pour rendre leurs livres disponibles aux bibliothèques sous forme numérique… ne le font que depuis quelques jours et ils ne le font de façon très timide. Quelques-uns refusent encore, mais ils commencent à être rares.

Quoi qu’il en soit, l’auteure du texte aurait dû, pour être honnête, dire que les éditeurs québécois ont été parmi les instigateurs de pretnumerique.ca, qui fait l’envie de bien des lecteurs dans bien des pays.

AFFIRMATION 7 — « Les grandes franchises comme Renaud-Bray et Costco ont réduit leurs prix et tué à petit feu les librairies indépendantes.»

FAUX, ou pas démontré — a priori, Renaud-Bray n’a pas pratiqué de coupes de prix sur les livres québécois. Et tout le monde n’est pas d’accord quant à l’impact réel des pratiques tarifaires de Costco. C’est un sujet complexe… très complexe… trop complexe pour un texte comme celui-là. Et dans le numérique, je pense que ce n’est pas vraiment un facteur.

AFFIRMATION 8 — « je constate plutôt un manque d’intérêt général pour le livre d’ici. Nous sommes donc tous un peu à blâmer. »

VRAI — on ne stimule pas assez la lecture et en particulier la lecture des textes d’ici. Mais dire que c’est la faute à tout le monde, c’est comme dire que c’est la faute de personne. Alors, on fait quoi? Parce que pendant ce temps, les utilisateurs de tablettes et de liseuses achètent vraisemblablement de plus en plus de livres en anglais (publiés avant leur version française, et souvent moins cher) — un phénomène qu’on évalue mal à l’heure actuelle, mais qui est très probablement largement sous-estimé.

Est-ce qu’on est pas un peu négligeant de sous-utiliser le Web et les réseaux sociaux — et de façon trop classique/conservatrice pour faire parler des livres publiés ici? Je le crois.

AFFIRMATION 9 — « Les classiques et les nouveau-nés de la poésie, sans oublier ceux du théâtre, deviennent de moins en moins accessibles parce qu’il n’y a tout simplement pas de demande pour ces genres-là»

VRAI? — moins de demande? ou moins de diffusion, et donc moins facilement accessible?

AFFIRMATION 10 — « Le problème, c’est que la culture québécoise est sous-représentée dans un médium en pleine expansion et demeure ainsi sous l’ombre des grands titres américains.»

VRAI — mais encore une fois, la faute à qui? Et si au lieu de chercher des coupables (les éditeurs? les nouveaux géants de la vente de livres numériques? les libraires?) on faisait un brainstorming collectif pour trouver des moyens de pallier à cela et revendiquer des moyens concrets pour les mettre en place? (ce serait peut-être plus concret et plus « dans les cordes » de ce gouvernement? — je dis ça comme ça).

AFFIRMATION 11 — « Si les éditeurs tentaient de surfer la vague numérique au lieu de l’endiguer, les éditeurs québécois risqueraient peut-être moins de manquer le bateau ebook.»

HEU…Franchement, comment dire… — je ne connais aucun éditeur qui est assez fou pour croire possible d’endiguer la vague numérique. Cela dit, c’est bien beau de parler de surfer sur la vague, mais pour cela, il faut aussi des moyens… et les donneurs de leçons sont généralement des gens qui ne connaissent pas la précarité des équilibres budgétaires des éditeurs. Ça n’explique pas tout, mais ça invite à un minimum de nuances.

* * *

Alors, tout faux? Non… quand même pas… Provocateur, certes… mais n’empêche… quand même quelques belles pistes de discussion, nécessaire, il me semble. Et puisque cela correspond sans doute à la perception d’une partie de la population, et des lecteurs, autant y accorder un peu d’importance.

J’ai pris le temps de rédiger ça parce que Gilles me l’a demandé… mais aussi parce que ce serait trop facile de balancer la critique sans en discuter au moins un peu… vous ne croyez pas?

Le reflet des mots

reflet_livre

Québec. Janvier. Retour du bureau. Il fait vraiment très froid. Le bus s’est immobilisé quelques instants dans la côte d’Abraham.

Une belle jeune femme noire s’asseoit devant moi. Je la vois de profil. Tuque de laine, capuchon de fourrure, foulard. Elle retire ses gants de cuir révélant des mains parfaitement manucurées et sort un livre aux pages abimées. Ni livre de poche ni grand format. Je ne reconnais pas la maison d’édition. Ça pique ma curiosité.

Je regarde dehors.

Un banc de parc dans la neige à travers la vitre du bus, très sale, et givrée. De la vapeur et de la glace. Le froid visible sous le lampadaire devant Radio-Canada.

Et un reflet qui me saute soudainement aux yeux. Le reflet des pages du livre sur la vitre du bus.

Que peut-elle bien lire?

Impossible de voir la couverture.

Au moment où elle change de page, j’attrape quelques mots de la quatrième de couverture. Je ne vois pas le nom de l’auteur, mais il semble être originaire du Gabon. Des mots et des histoires de chaleur, sans doute.  S’il avait pensé, cet auteur, que je verrais ses mots superposés à un banc de parc partiellement enfouit sous la neige par -27 degrés Celcius!

J’ai finalement réussi à lire quelques mots de plus. Assez pour faire quelques recherches à partir de mon iPhone et identifier le livre sans en avoir vu la couverture.

Ma mère se cachait pour pleurer, de Peter Stephen Assaghle.

Le premier roman d’un auteur gabonais né en 1990 qui est maintenant étudiant à Paris.

Il me restait une vingtaine de minutes avant d’arriver à destination. J’en ai profité pour suivre les méandres du Web afin d’en apprendre un peu plus à son sujet.

J’ai découvert le Gabon en regardant par la fenêtre glacée d’un autobus.

Commerce du livre numérique: une deuxième vague?

IMG_2418

On parle beaucoup de ce que Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a présenté comme sa résolution pour 2015: lire un livre toutes les deux semaines et en faire un groupe sur Facebook pour susciter la discussion.

Plusieurs ont dit que c’était peut-être l’initiative qui prendrait la relève du célèbre club de lecture d’Oprah Winfrey. Il est certainement un peu tôt pour l’affirmer, mais cela illustre bien la force qu’on associe aujourd’hui à Facebook (comparable à la mainstream television? ça reste à voir).

Elizabeth Sutton soulève une autre dimension intéressante dans un court article sur IDBOOX:

«L’initiative de M. Zuckerberg est finalement peut-être aussi liée à des projets plus vastes dans le domaine de la lecture sociale. Après tout, Amazon possède Goodreads un réseau social dédié à la lecture… Facebook va peut-être tenter par la voix de son fondateur de se positionner en réel concurrent… »

IDBOOX | Mark Zuckerberg a fondé un club de lecture sur Facebook

Presque partout, les ventes de livres ont été décevantes en 2014. Et les ventes de livres numériques n’ont pas augmenté au rythme souhaité, ni même prévu. Et cela met l’industrie sous pression.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’année 2015 sera une année de grands bouleversements où les équilibres entre les acteurs traditionnels du monde du livre pourraient être bousculés.

Et si cette «résolution» de Mark Zuckerberg n’était qu’un signe précurseur d’une deuxième vague de transformations pour le commerce du livre — en particulier sous sa forme numérique?

Une deuxième vague qui prendrait forme en réponse à l’échec (très relatif, mais tout de même) des premiers prétendants au contrôle du commerce des livres numériques: Amazon, Apple, Google, Kobo, etc.?

Et si c’était du côté des géants des réseaux sociaux que cette deuxième vague prenait forme?

Et si, et si… quelles opportunités est-ce que cela permettrait d’envisager?

Faire l’autruche serait la pire chose à faire

IMG_2512

J’ai fait quelques recherches à la suite des réactions que mon texte d’hier (Par-delà Netflix) a provoquées.

Pour alimenter la discussion je partage ci-dessous quelques extraits d’un texte prononcé le 7 novembre dernier par Monique Simard, présidente et chef de la direction de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), devant les membres du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Sodec | Monique Simard | La culture du changement pour une culture en changement

Je trouve qu’il indique une direction intéressante — qui reste néanmoins entièrement à concrétiser.

«… nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. […] On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau. […]

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus? […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.»

Je le prends comme une nième illustration que 2015 sera une année pour se retrousser (encore un peu plus) les manches.

Bonne lecture.


La culture du changement pour une culture en changement

Quelques extraits de l’allocution de Monique Simard, présidente et chef de la direction, au CORIM, 7 novembre 2014

Ceux d’entre vous qui me connaissent savent à quel point je suis ravie d’avoir l’occasion aujourd’hui de venir vous parler de culture québécoise, oui, mais plus particulièrement, de tous ces changements, voire des bouleversements auxquels elle fait face, et auxquels nous, consommateurs, producteurs, diffuseurs, intervenants de toutes sortes du monde culturel, faisons face! […]

Je ne veux pas vous assommer de chiffres, ce n’est pas le moment dans ce type de conférence, mais je tiens à vous en donner quelques-uns pour vous démontrer en quoi le monde de la consommation culturelle s’est radicalement transformé depuis quelques années. […]

Au Québec, en 2014, nous observons un recul des téléchargements par rapport à l’an dernier: -3 % pour le nombre de téléchargements d’albums numériques et – 13 % pour le nombre de téléchargements pistes numériques. […]

Au Québec, les ventes de livres numériques représentent entre 3 % et 4 % du total des ventes de livres. La tendance entre 2013 et 2014 se stabilise avec 14 % des adultes québécois qui ont téléchargé des livres numériques.

On note un nombre de lecteurs sur format numérique en hausse aux États-Unis, où la valeur du marché du livre numérique était estimée à 3 milliards $US. Le marché semble se stabiliser avec une croissance d’à peine 5 % en 2013. = Taux d’adoption du livre numérique y est + élevé: 23 % chez les hommes adultes et 33 % chez les femmes adultes.

De façon plus générale, en Occident:

87 % des 15 – 25 ans regardent des vidéos en ligne

98 % écoutent de la musique dématérialisée

46 % ont lu des livres électroniques

20 % des 15 – 18 ans dans les pays occidentaux n’utilisent jamais de média traditionnel pour regarder des vidéos, soit 3 X plus que leurs aînés

Un dénominateur commun s’applique à tous ces secteurs culturels: c’est désormais le « consommateur de culture » qui mène le bal.

L’environnement technologique permet désormais au consommateur de choisir QUAND, OÙ ET COMMENT IL CONSOMME. Il choisit sa plateforme de consommation, son format, le mode de paiement (s’il paie!) de ce qu’il consomme en culture: livre, musique, film, télé, jeux…

D’une certaine façon, on peut affirmer que le consommateur a pris de l’avance, qu’il s’est approprié les nouvelles technologies plus rapidement que les créateurs, les producteurs, les distributeurs et les diffuseurs. Un changement de donne majeur!

Le produit c’est le consommateur. Gros changement de paradigme! […]

Vous êtes ces consommateurs! Qui achète désormais sa musique sur Internet? Qui ne l’écoute que par Internet? Qui achète ses livres sur Internet? Qui est abonné à Netflix ? Je ne vous demanderai pas de lever la main, mais si vous êtes comme la plupart des gens, vous le faites. C’est pratique, pas cher, quand ce n’est tout simplement pas gratuit, et l’offre ne cesse de grandir.

Parlons-en justement de ces Netflix et Spotify, qui font maintenant bien partie du décor et qu’on ne peut plus mettre de côté.

Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), le taux d’adoption de NETFLIX au Québec est de 9 %  contre 24 % pour l’ensemble du Canada. Son taux d’adoption est nettement plus élevé chez les Canadiens anglophones que chez les Canadiens francophones: 29 % contre 7 % en 2013. […]

Spotify, pour sa part, est assez récent, le service est arrivé cet automne au Canada, et déjà, il fait beaucoup parler de lui.

Toujours selon le CRTC, en 2014, il comptait déjà plus de 10 millions d’abonnés payants et plus de 40 millions d’abonnés « actifs » (payants + gratuits actifs dans les 30 derniers jours). L’an passé, il comptait 6 millions d’abonnés payants et 24 millions d’abonnés « actifs ». On constate donc que Spotify a fait un bond important!

Et n’oublions pas Amazon, où, pour seulement 9,99 $, vous avez accès à  600 000 titres! Permettez-moi l’expression, mais c’est « All you can eat! »

[…] Comment faire pour que la culture québécoise, celle créée par nos artistes, produite et diffusée par nos entreprises culturelles, puisse, dans ses nouveaux environnements, toujours rejoindre son premier public, les Québécois, et plus encore, en rayonnant au plan international? […]

Comment dans un univers en si grande transition, particulièrement depuis l’apparition de tant de plateformes (2008), pouvons-nous continuer à nous distinguer? […]

Deux valeurs doivent nous guider à mon avis: la Lucidité et l’ambition. Ce sont les deux valeurs que nous devons partager dans le milieu culturel, que nous soyons des institutions publiques ou privées. Pour moi, la discussion ou même l’opposition entre art et commerce est futile.

Partager une même lecture et se fixer des ambitions.

Vous remarquerez que j’utilise le mot « ambition » et non pas « objectif » tout simplement car, pour moi, l’ambition est un terme qui mobilise et qui doit nous inspirer à nous dépasser.

J’ose espérer que nous faisons toujours consensus sur la nécessité d’une politique culturelle qui repose sur:

– l’affirmation de l’identité culturelle

– le soutien aux créateurs et aux arts et l’accès

– la participation des citoyens à la vie culturelle

Et, bien sûr, sur une nécessaire intervention et soutien de l’État pour la culture.

Une nécessaire orchestration de moyens pour soutenir créateurs, producteurs et exploitants.

Et une nécessaire et vibrante communauté d’entreprises culturelles pour arriver à ces fins.

Je suis convaincue de cela, c’est-à-dire, du rôle essentiel de l’État à déterminer une politique culturelle et à s’assurer de la mise en place des mesures pour l’appliquer. La mission d’une politique culturelle est une chose, les moyens en sont une autre. […]

Dans la période de grande transformation que nous vivons, je crois que l’on a tendance à confondre la mission des moyens ou des activités pour l’accomplir. Parfois, on a tendance à prendre le « moyen » pour une finalité en soi. À titre d’exemple: l’important est-il de LIRE ou le FORMAT sur lequel on lit? Même chose pour les films ou la musique. […]

Mais, je vous entends déjà marmonner que nous allons tout chambouler, que tous les modèles d’affaires vont changer. Et bien, vous avez peut-être raison! Vous avez raison, sinon on risque fort de ne pas passer au travers. Je ne veux pas faire peur à personne. Je ne suis pas là aujourd’hui pour semer la panique. […]

J’étudie les modèles d’affaires, j’analyse les chaînes économiques liées à chacun des secteurs, et force est de constater 1) qu’il faut changer et 2) que la peur du changement est très répandue. C’est normal et je comprends cette peur lorsque les modèles de remplacement ou alternatifs ne sont pas encore aux rendez-vous. Je comprends, et j’ai, croyez–moi, énormément d’empathie pour les entrepreneurs qui ne savent pas où donner de la tête pour maintenir leurs entreprises à flots, tout comme je comprends les artistes et artisans qui ont des conditions de travail difficiles. Je comprends aussi les diffuseurs et les exploitants qui voient leurs clientèles diminuer d’année en année.

Mais je comprends aussi qu’on ne peut pas retourner en arrière. Que rien ne sert d’être nostalgique.

On doit, c’est une quasi obligation, se transformer si on veut survivre.

Il est impératif de:

– Trouver de nouvelles sources de financement. Pas facile à faire mais essentiel! […]

– Trouver de nouveaux modes de financement (ex: interactive crowd funding).

– Modifier notre conception de ce qu’est une entreprise culturelle (revoir des statuts).

– Créer une synergie réelle dans le monde culturel québécois.

[…]

J’ose avancer que nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. Par exploitation, j’entends: promotion, marketing, commercialisation, diffusion, distribution nationale et internationale. On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau.

Rien ne sert de produire, si le produit n’est pas consommé.

Assez simple comme raisonnement, mais c’est celui que font ceux qui s’opposent au soutien public à la culture. Déjouons cela en innovant et en créant des outils d’exploitation qui permettront à nos produits de rejoindre les publics. Et quand je dis nos produits, je pense à des produits dont la propriété intellectuelle est québécoise, et dont l’exploitation ici et ailleurs dans le monde enrichit le Québec.

Le Québec regorge de talents, et pas seulement en musique, en écriture, et dans les autres disciplines culturelles plus « traditionnelles ». Nous avons également d’immenses talents dans l’innovation de la programmation, des développeurs de jeux, des ingénieurs, des concepteurs de plateformes, des designers, bref les talents nécessaires pour créer des outils de promotion et d’exploitation de la culture. Nous avons l’obligation de faire de la place à ces nouveaux talents, à ces nouvelles entreprises.

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus?

[…]

Les modèles d’affaires changent, les chaînes de droits se complexifient et les notions de territoires s’estompent. […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.

Tous les acteurs des chaînes de production culturelles sont actuellement fragilisés, c’est donc maintenant le temps de se serrer les coudes pour se donner des ambitions communes. J’aimerais demander, au risque de passer pour naïve, que chaque maillon d’une chaîne économique de la culture se solidarise aux autres pour renforcer la chaîne au lieu de l’affaiblir. C’est très concret ce que je demande et cela exige, oui, une forme de « détachement », de recul, qui permet de ne pas s’arrêter à ne voir que son arbre, mais au contraire la forêt en son entier. […]

Pour une culture en changement, adoptons une culture du changement!

—/ fin /—