La Fabrique du numérique

Vendredi c’était la Fabrique du numérique. Un événement co-organisé par René Audet, Éric Duchemin et moi — hors de tout contexte institutionnel et dont le principal objectif était la rencontre de personnes engagées, d’une façon ou d’une autre dans les métamorphoses du livres.

Comme René, qui l’a fait avant moi, je souhaite revenir rapidement sur les objectifs que je poursuivais en participant à l’organisation de la Fabrique:

1. Rendre possible des rencontres qui n’auraient autrement pas eu lieu

Les feedbacks reçus me permettent de croire que cet objectif a été pleinement atteint.

2. Faire en sorte que les échanges de la journée laissent de nombreuses traces sur le Web — devenant ainsi des matériaux pour la suite.

Je pense que cet objectif est déjà partiellement atteint et qu’il le sera encore davantage à mesure que d’autres participants emboîteront le pas à François, Gilles, Jean-François et Laurent qui ont déjà trouvé le temps de rendre compte de leur expérience sur leur blogue — cela s’ajoutant à plus de 300 twits en rapport avec la Fabrique depuis deux jours.

3. Favoriser des discussions qui se nourrissent de projets concrets et de l’expression de besoins plutôt que d’idées générales, d’opinions et d’hypothèses (dont l’expression sert trop souvent de prétexte pour justifier le statu quo).

C’est peut-être le point sur lequel le bilan me semble le plus mitigé. Je pense que nous n’avons pas su trouver les moyens pour éviter que les discussions tournent autour de cas généraux au lieu de porter sur des cas particuliers, bien ancrés dans le réel. À réfléchir pour une éventuelle deuxième édition.

4. Favoriser l’émergence d’une vision partagée au regard de l’horizon temporel des changements évoqués

J’ai un peu de mal à conclure sur ce point. Peut-être parce que cela n’a pas été suffisamment pris en compte au cours des échanges, ou tout simplement parce qu’il était évident pour tout le monde que le moment de ces changements… c’est maintenant!

* * *

Quelques autres réflexions en vrac…

Ma grande surprise au cours de la journée?

Constater le désintérêt presque total pour la question des métadonnées associées aux oeuvres publiées sous formes numériques. C’est pourtant une question qui me semble absolument essentielle — à tous points de vue et pour tous les acteurs. Faudra y revenir.

Une déception?

Réaliser le contraste entre la richesse et l’énergie qui se dégageaient des échanges que j’entendais aux tables et ce qui pouvait en être rapporté lors des plénières. Notre méthode était manifestement déficiente à cet égard (faudra que je demande conseil à Jean-Sébastien pour la prochaine fois — en le remerciant pour le matériel qu’il nous avait prêté vendredi).

Une idée séduisante qui me laisse songeur?

Exprimée à la fin de la première série d’atelier [citée par Gilles]: « ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus ». Je suis d’accord si cela est une invitation à définir les modèles par l’action, en tentant des expériences. Mais très franchement je n’aime pas tellement l’idée que les « modèles économiques vont se définir eux-mêmes ». Ce n’est pas vrai! Les modèles économiques ne sont pas neutres, ils rendent compte de rapports de forces et d’interactions complexes entre des acteurs qui poursuivent des objectifs très différents et ils s’appuient sur des valeurs (au sens moral) dont on ne peut pas se désintéresser. Il ne faut pas perdre de vue que les modèles économiques ne seront pas neutres sur la nature de la création littéraire ni sur la nature de ce à quoi les gens s’intéressent au moment de choisir de la lecture. Ne soyons pas candides.

La leçon que je retiens personnellement?

La proposition d’action très concrètes formulée en fin de matinée par François Bon m’a interpellée: « que chacun d’entre nous écrive un texte, ce soir, sur le Web — cela changerait peut-être bien des choses ».

Cela m’a rappelé que malgré l’incessante course du quotidien, il faudrait que je re-trouve le temps d’écrire, de témoigner, de questionner, d’interpeller. Dans l’esprit de la Fabrique. Je vais donc tenter à nouveau de me retrousser les manches pour recommencer à le faire dans les prochains jours, ici et sur Twitter @remolino.

* * *

Une chose est certaine, je ressorts de l’événement plus que jamais convaincu que l’écosystème dans lequel évoluera « le livre numérique » est quelque chose qui reste à inventer — à fabriquer — et que nous faisons partie des acteurs de ces changements.

J’ai été ravi de rencontrer vendredi autant de gens qui partagent aussi cette conviction, chacun à leur manière.

Grands mercis à l’équipe du Cercle, et en particulier à Jean-François et Frédéric, dont la collaboration de tous les instants a été un important facteur de succès de l’événement. Vous nous avez offert un espace parfait pour cette rencontre.

Les prix des Prix…

Amusantes observations cette semaines autour des Prix littéraires.

D’abord le paradoxe de voir que le Prix Goncourt, remis à Marie Ndiaye, une auteure française, est distribué en numérique grâce à une plateforme technique québécoise; alors que le Prix Médicis, remis à Dany Laferrière, un auteur québécois, est distribué en numérique grâce à une plateforme technique française.

Ainsi, si vous achetez Trois femmes puissantes, publié par Gallimard, sur le site de la FNAC, c’est grâce à une infrastructure opérée à partir de Québec que vous obtiendrez le fichier.

Alors que si vous achetez L’énigme du retour, publié par Boréal à Montréal (et par Grasset à Paris) sur jelis.ca, c’est par une infrastructure opérée à partir de Paris que vous obtiendrez le fichier.

Pour mémoire, les prix aujourd’hui sont les suivants:

Trois femmes puissantes

Prix, version imprimée, site de la FNAC: 18,05€ (environ 28$)

Prix, version imprimée, site de bibliosurf.fr: 18,05€ (environ 28$)

Prix, version imprimée, site de la librairie Pantoute: 35,95$

Prix, version imprimée, site d’Archambault.ca: 35,95$

Prix, version imprimée, site de Renaud Bray.ca: 35,95$

Prix, version numérique (ePub), sur le site de la FNAC: 16,50€ (environ 25$)

Prix, version numérique (ePub), site de bibliosurf.fr: 16,50€ (environ 25$)

Conclusion, il est plus économique de lire Trois femmes puissantes en version numérique, mais il faut pour cela l’acheter dans une librairie en ligne française.

L’énigme du retour

Prix, version imprimée, site de la FNAC: 17,10€ (environ 26$)

Prix, version imprimée, site de bibliosurf.fr  17,10€ (environ 26$)

Prix, version imprimée, site de la librairie Pantoute (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site d’Archambault.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site de Renaud Bray.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site de mosaique.qc.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version numérique (ePub), sur le site de la FNAC: 16,25€ (environ 25$)

Prix, version numérique (ePub), sur le jelis.ca (édition Grasset): 24,95$

Conclusion, quelle que soit la librairie ou le format, il en coûte environ 25$ pour lire le prix Médicis 2009.

* * *

Et pendant ce temps, Philippe Laperle, directeur, achats et mise en marché, d’Archambault, révèle que « les ventes de livres numériques représentent déjà 10% de leur équivalent papier ».

Ça promet…

Des livres qui nous accompagnent

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Retour de voyage. Home sweet home.

J’étais parti pour Rome avec un exemplaire du Monde qui titrait, à la une, « Amazon lance son Kindle à l’assaut de la planète ».

En correspondance pour Montréal, à l’aéroport Charles-de-Gaulle, hier, j’ai vu mes deux premiers Kindle en véritable situation d’usage. C’est l’image d’entête de ce texte: un homme et une femme qui lisent, lui sur le Kindle DX, elle sur le Kindle 2. Personne ne s’étonnait tant leurs appareils se confondaient parmi les Nintendo DS, iPod Touch, iPhone et autres gadgets en vogue. J’ai d’ailleurs été fasciné de voir à quel point la posture des gens est identique quelque soit l’appareil qu’ils ont entre les mains. On pourrait les interchanger sur des photos sans que cela n’y paraisse — sinon d’un point de vue sociologique (des jeunes avec des livres? des vieux avec des consoles de jeux vidéos?). Pourtant, pour l’essentiel, chacun tient un récit, plus ou moins interactif, entre ses mains.

Entre temps, j’aurai aussi vu des livres merveilleux dans le cadre d’une exposition sur les instruments scientifiques de la collection du Vatican — une exposition qui passait sous silence d’obscène façon le sort réservé pendant des siècles aux astronomes, et en particulier à Galilée, mais qui offrait à voir des objets et des livres absolument merveilleux.

J’ai été particulièrement étonné par ces livres, du XVIe siècle, dont les pages se dépliaient de savantes façons pour rendre compte avec précision des reliefs de la surface de la lune, ou du mouvement des planètes. Des pages dont des illustrations s’animaient grâce à un ingénieux système de superposition de feuilles reliées par des ficelles. Des oeuvres qui n’ont rien à envier aux PopUp Book modernes que j’ai pu voir à Francfort — le caoutchouc et les pouet pouet en moins.

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J’ai aussi pu m’étonner de retrouver Cory Doctorow par hasard dans une cafeteria de Rome, le dernier jour de notre voyage — lui qui avait pris part à la conférence d’ouverture de Tools of Change, à Francfort. Pas lui en personne, bien sûr, mais une de ses oeuvres. En effet, en levant les yeux entre deux gorgées de capucino, j’ai découvert le premier chapitre de son dernier livre en italien sur un support destiné à accueillir des cartes postales publicitaires — comme il y en a partout au Québec. Un beau petit livre, d’un seul chapitre, bien présenté, qui se termine par « continua in libreria… », comme il se doit!

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Il y avait aussi d’autres premiers chapitres de livres — et pas tous du même éditeur — dans ce présentoir. Je ne sais pas si cela s’est déjà fait au Québec et que j’ai manqué quelque chose, mais j’ai trouvé que c’était une très bonne idée. Introduire le livre là où les gens se trouvent, dans les restos, dans les bars, dans les dépanneurs — comme La courte échelle le fait avec Epizzod à l’intention des ados.

Notre aventure de livres en voyage a aussi été ponctuée par la lecture, pour Ana, de The Lost Symbol, de Dan Brown, sur la PRS-600, et pour moi de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry, sur la PRS-505.

Et elle s’est terminée par un amusant clin d’oeil, avec la lecture d’un texte de Jean-Sébastien Trudel, un voisin — et papa d’amis des enfants — que j’ai découvert tout à fait par hasard dans le magazine d’Air Canada à vingt minutes de Québec. Intitulé À la pêche, le texte s’est mérité le second prix dans la catégorie Nouvelles, aux Prix littéraires Radio-Canada en 2008. Un texte d’une seule phrase qui, comme un voyage, est fait de méandres, d’incises et d’élisions.

Un voisin qui nous accueille, de retour de voyage, sans même le savoir, et avant même qu’on ait  mis les pieds au sol —  c’est aussi ça la magie littéraire!  Je pense que Saint-Exupéry aurait apprécié cette histoire d’avion, de mots et d’amitié.

* * *

Après une bonne nuit de sommeil, il reste beaucoup de lavage à faire, le réfrigérateur à remplir, une visite d’école secondaire à effectuer, des devoirs et des leçons avec les enfants, des centaines de photos à classer, des courriels à survoler (mes ambitions à cet égard sont assez minces — faudra être patient!), beaucoup du rattrapage médiatique (incroyable ce qu’il peut se passer en deux semaines à l’étranger!) et la lecture de tous les blogues qui ne se sont évidemment pas arrêtés en mon absence (en particulier pour rendre compte du colloque Génération C, organisé par le CEFRIO, que j’aurai manqué avec beaucoup de peine).

Et pendant ce temps, il y a les enfants qui rient en jouant dans ce qu’il reste de la première neige…

Édition numérique: quand les médias s’emparent du sujet

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Je m’accorde quelques jours de vacances au retour de Francfort. Direction Rome. J’y vais pour la première fois. Au moment où j’écris ces lignes, je n’y suis que depuis quelques heures, mais déjà, la ville est envoûtante. Quelques images.

Il me reste une drôle d’impression de ma troisième expérience à la Frankfurter Buchmesse — comme si, encore une fois, personne dans l’industrie du livre ne voulait montrer de signes d’inquiétude même si tout indique que de profondes transformations de l’industrie sont bel et bien en cours. On se cache derrière toutes sortes de prétextes pour ne pas prendre les devants ou à tout le moins pour faire preuve de leadership devant ces changements.

Si en France comme au Québec, les éditeurs consacrent de plus en plus de ressources au numérique, on est encore bien loin d’avoir véritablement pris le taureau par les cornes. Tout reste à faire… sans quoi nous ferons la vie bien trop belle/facile à Amazon, Google, Apple et quelques autres géants pour s’accaparer le monde du livre. J’en reviens plus convaincu que jamais.

Et pendant qu’on aimerait ne pas trop avoir à en parler, ce sont évidemment les médias qui s’emparent de l’affaire et qui choisissent les angles pour traiter ces sujets, forgeant du même coup l’opinion publique au regard des efforts (insuffisants) déployés par les éditeurs — et pas toujours de façon très heureuse.

Comme dans Le Monde que j’ai pu attraper à l’aéroport ce matin, à la une — c’est l’image en entête du présent texte — et l’article est à l’intérieur. Pareil dans l’article que Le Devoir publiait au même moment presque sur le même sujet.

Drôle de façon de partir en vacances tout ça… les réflexions m’accompagnent littéralement dans l’avion, je les poursuivrai en me baladant d’une fontaine à l’autre cette semaine…

Restera ensuite à me retrousser à nouveau (encore plus) les manches, dès mon retour la semaine prochaine.

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TOC @ Frankfurter Buchmesse

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Ma présence à la grande Foire du livre de Francfort (Frankfurter Buchmesse) débute cette année par la journée Tools of Change for Publishing (TOC Frankfurt).

Au programme, quelques personnalités en vue dans la blogosphère éditoriale et quelques personnes moins connues, venues présenter leurs approches dans la redéfinition du monde du livre.

D’entrée de jeu, en conférences d’ouverture, nous avons eu droit à de courtes présentations de:

  • Sara Lloyd, de Pan Macmillan — décevant pour qui suit son blogue régulièrement: rien de nouveau.
  • Neelan Choksi, de Lexcycle, créateur de Stanza (acheté par Amazon un peu plus tôt cette année), l’application la plus populaire pour « lire des livres » sur iPhone/iPod Touch — j’en retiens l’énergie du présentateur, son enthousiasme et ce qui m’apparaît être son message le plus essentiel: « innovate fast; keep experimenting; be bold ».
  • Cory Doctorow, auteur et blogueur, vedette du Web — encore une fois, rien de très neuf pour qui le suit même distraitement, mais une phrase importante à placer en exergue de sa présentation: « we love our books because they belong to us ». En clair, il interpelle les éditeurs afin qu’ils abandonnent les DRM et tous les autres mécanismes (légaux, etc.) qui empêchent les lecteurs de faire ce qu’ils veulent des livres qu’ils achètent. (mise à jour: un propos qui reviendra clairement dans le discours de Michael Tamblyn, de Shorcovers, plus tard en matinée)

Son important rappel aussi, que je retiens comme principal message de la première partie de la journée:

«Never forget: we are all readers before being publishers or authors».

Les conférences se poursuivent à bon rythme, j’en laisse quelques traces ici — comme bien d’autres participants…

À suivre…

Le Kindle partout dans le monde… (ou presque!)

Grosse nouvelle aujourd’hui dans le monde du livre: le livre numérique d’Amazon — le Kindle — débarque partout dans le monde… ou presque (pas disponible au Canada aux dernières nouvelles).

L’article eBouquin me semble le plus intéressant sur le sujet jusqu’à présent (avec les commentaires qui suivent).

Je viens d’ailleurs d’y ajouter mon grain de sel — commentaire que je reprends ici:

« Je ne crois pas pour ma part que ce ne soit révélateur ni d’un succès ni d’un échec d’Amazon à ce stade — seulement une illustration additionnelle (puissante!) de la féroce bataille qui est en cours (en particulier entre Amazon et Google) afin de contrôler le plus rapidement possible, par tous les moyens, le plus grand nombre de fichiers.

Amazon lance ainsi un message très clair aux éditeurs de partout dans le monde: « Le Kindle débarque sur votre marché national, alors si vous voulez vendre, confiez-nous vos livres le plus rapidement possible! ».

Ils le font maintenant parce qu’ils savent que plus le temps passe, plus les éditeurs s’organisent pour maîtriser leurs propres infrastructures de « logistique numérique »… Ils savent que le temps joue contre eux.

Je pense qu’ils assument parfaitement le fait de ne pas très bien le faire (frais additionnels, pas d’adaptateur électrique pour chaque pays, etc.) et qu’ils n’ont pas d’attentes commerciales en termes de ventes — c’est le message aux éditeurs qu’ils veulent passer aujourd’hui, juste avant la Foire de Francfort. Et de cette manière, cela ne leur coûte pas tellement cher de le faire…

Sans qu’il n’y ait de « front commun contre Amazon » — j’espère comme Xelle que les éditeurs résisteront au chant des sirènes… il faut se rappeler ce que cela coûte, à long terme, d’un point de vue économique et culturel, quand un seul acteur exerce une influence aussi dominante qu’Amazon en a l’habitude. »

À suivre… très attentivement!

Affamé de textes québécois, Antidote se nourrit grâce à la BNF et à Google

De toutes les notes prises au cours des Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique (E-PaperWorld) la semaine dernière à Montréal, celles qui me reste le plus fortement à l’esprit concernent les interventions de Éric Brunelle, président de Druide informatique, éditeur de Antidote.

Monsieur Brunelle a beaucoup insisté sur l’importance de rendre disponible la littérature québécoise sous forme numérique — notamment afin d’en assurer le rayonnement à travers les outils linguistiques contemporains.

Il a évoqué le fait que Google Books est très utile à Druide pour enrichir et perfectionner Antidote en parcourant de ses algorithmes l’ensemble du corpus numérisé par Google — qui est malheureusement, selon ses dires, assez pauvre en oeuvres québécoises.

Il a aussi mentionné avoir déjà sollicité les éditeurs québécois afin d’avoir accès à leur fonds d’édition sous forme numérisée dans le but de pouvoir en tenir compte — et ainsi pouvoir mettre en valeur notre écriture à travers Antidote.  Cela s’est malheureusement conclu par un échec.

Encore plus invraisemblable, il a mentionné que Druide n’a jusqu’à présent pas pu tirer profit des efforts de numérisation de la BAnQ parce que celle-ci numériserait essentiellement sous forme d’images et/ou que les fichiers textes qui pourraient être issus de cette numérisation ne sont pour le moment pas accessibles. Druide doit donc se tourner vers les fruits du programme Gallica, de la Bibliothèque nationale de France, afin de répondre à ses besoins et continuer à enrichir et améliorer Antidote.

Cela fait bien réfléchir…

Parce que, non mais… merde!… qu’est-ce qu’on attend pour numériser notre littérature nationale sur le sens du monde? — pour en faire un véritable projet — avec toutes les ressources qu’exigerait un projet aussi ambitieux; un projet aussi nécessaire? Arggghhh

Le livre numérique de plus en plus tendance

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Le livre numérique devient décidément un sujet de prédilection pour les médias québécois.

Dimanche matin, titre à la une du journal Le Soleil et deux pleines pages à l’intérieur sous la plume de Daphnée Dion-Viens.

Un e-book sous le sapin? (ce texte a été le plus populaire sur le site du Soleil au cours de la journée)

L’abc du livre numérique

Et on en annonce autant pour lundi (mise à jour de ce billet à prévoir).

Et je sais qu’il y a aussi des reportages en préparation à la radio de Radio-Canada.

Si le sujet est de plus en plus chaud, c’est évidemment que les gens s’y intéressent aussi de plus en plus (l’éternel cercle vertueux/vicieux des médias), mais également parce que plusieurs découvrent ce qui se déroule en sous-terrain depuis quelques mois.

Qui aurait cru, par exemple, que quelques mois après son ouverture, Shortcovers représenterait presque 5% des ventes d’Indigo, le plus grand libraire au Canada? Tout pendant que plusieurs continuent de penser que lire sur un écran, « c’est une affaire de geeks ».

Il n’y avait peut-être pas tant de monde qu’espéré cette semaine à Montréal pour les premières Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique (E-PaperWorld), mais les rencontres ont été très riches et je pense que cela aura contribué à éveiller les journalistes encore un peu plus sur les bouleversements qui sont en cours dans le monde du livre. Bravo à Éric Le Ray et à l’ensemble des personnes qui ont rendu ces rencontres possibles.

Comment ne pas mentionner au passage que De Marque s’est vu reconnaître à cette occasion comme « la société qui offre la meilleure solution numérique (édition, presse) », pendant que le PRS 600 de Sony se voyait reconnaître comme le meilleur eReader et milibris comme le meilleur logiciel.

Il faudrait maintenant organiser rapidement un événement qui aborde les mêmes thèmes en accordant davantage d’espace aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs — en particulier à de jeunes lecteurs…

Pourquoi pas à Québec?

Pourquoi pas pendant l’année littéraire qui se prépare?

J’entends déjà des gens évoquer des dates… quelque part en février 2010… (à suivre!)

Et pourquoi pas en faire aussi l’occasion d’un happening comme le 24hr Book Project qui se termine actuellement à Londres?

Produire un livre numérique en famille

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J’ai deux amis de 8 et 10 ans qui font l’école à la maison. Je salue Pénélope et Marc-Antoine.

Avec leurs parents, Nathalie et Michel, ils ont produit un livre unique, sous forme d’une application pour iPhone/iPod Touch. Je vous présente Papiko 1 (un deuxième tome est déjà en préparation!).

Ce livre est pour eux une grande étape, il donne un sens à leur projet familial, dont rendait récemment compte Taïeb Moalla dans le Journal de Québec.

Satisfaites votre curiosité, encouragez mes quatre amis, téléchargez Papiko… 0,99$ ce n’est pas cher pour découvrir un tout nouveau type de livres pour enfants!

La tuyauterie au service des oeuvres, jamais l’inverse

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On parle de distribution numérique et de livres sur La Feuille et chez Aldus… avec une foule de commentaires généralement intéressants, bien qu’un peu trop marqués à mon goût par une conception traditionnelle des rôles dans ce qu’on appelle encore (à tort, il me semble) la chaîne du livre.

Là où il y avait une chaîne, il y a maintenant un cycle — des cycles. Un écosystème, beaucoup plus complexe, avec des rôles qui se superposent bien plus qu’auparavant, et des intervenants/interventions plus polymorphes que jamais.

C’est cette conviction que j’apprécie particulièrement dans l’approche de Xavier Cazin, rapportée par Hubert Guillaud — J’y adhère complètement.

Ce qui m’anime, au quotidien, c’est la volonté de procurer aux éditeurs — à tous les éditeurs — les moyens d’offrir le plus large accès possible aux oeuvres qu’ils éditent, aux conditions qui leur conviennent ainsi qu’à leurs auteurs. Leur offrir les moyens de maîtriser (pas de contrôler complètement: de maîtriser le mieux possible) la manière dont leurs oeuvres peuvent faire leurs premiers pas dans l’univers numérique.

Et je suis convaincu que pour réussir cela, il faut viser à permettre l’accès aux oeuvres partout où il peut en être question sur le Web — partout où des gens auront pu établir un lien vers ces oeuvres. Et qu’importe s’il faut pour cela que les infrastructures que nous mettons à leur disposition soient parfois interconnectées à celles d’autres « distributeurs » — même potentiellement concurrentes, comme s’en étonne Aldus. Ce n’est même pas une question de mon point de vue — le choix définitif demeurant toujours, à cet égard, celui de l’éditeur, comme ultime responsable de l’oeuvre.

Il ne faut surtout pas perdre de vue sont les liens qui s’établissent entre les oeuvres, par l’entremise des lecteurs, qui assurent leur vitalité — pas la tuyauterie qu’elles empruntent pour se rendre jusqu’à nous.

Bien sûr, tout cela peut sembler très abstrait devant ce qu’on perçoit (trop) souvent comme les implacables règles du commerce — mais je pense qu’il faut néanmoins adopter cette idée, l’affirmer, rappeler qu’elle est notre idéal, au moins d’un point de vue technique. Et plaider aussi souvent que possible cette conviction quand les contraintes semblent nous inviter à la résignation.

Il ne faudrait pas accepter de voir se refermer sur elles-mêmes (ou alors le moins possible!) des plateformes qui prétendent pourtant être destinées à faire mieux connaître — et à commercialiser plus efficacement — des oeuvres qui ne demandent qu’à exister sous formes numériques.

Lire et lier: une proximité essentielle dans l’aventure du livre numérique

À l’occasion d’une conférence que je prononçais hier dans le cadre des Journées de la Culture, au sujet du livre électronique, je me suis entendu dire:

« … une des choses qui me fascinent, c’est de voir, à quel point les verbes lire et lier sont proches l’un de l’autre quand les livres sont numériques. »

et

« … je pense que la créativité qui s’exprime actuellement autour des différentes formes que peuvent maintenant prendre les livres constitue un des plus extraordinaires laboratoires culturels qui soit — un laboratoire qui se révélera au moins aussi fascinant que ceux qui ont donné forme à la rencontre de la musique, du cinéma et du théâtre avec les technologies numériques. »

Ces deux phrases me restent depuis comme un écho. Comme un appel. Comme un rappel.

Un rappel important qu’il me faut réinvestir du temps dans ce blogue. Pour partager. Pour lier. Pour relier. Non pas parce que j’aurais tout abandonné de ce côté — notamment grâce à Twitter et del.icio.us — mais parce que je suis convaincu qu’il ne suffit pas de faire des liens 140 caractères à la fois. Il faut prendre le temps d’écrire vraiment.

Mes journées sont actuellement beaucoup trop chargées, par toute l’énergie que je déploie, sans compter, dans cette aventure du livre numérique… c’est ce qui fait que je ne trouve pas le temps d’écrire. Je m’y étais résigné… mais je vais devoir y remédier.  Trouver le temps d’écrire. Dès demain.

Tous les liens évoqués lors de ma conférence d’hier sont ici.

Mise à jour: après avoir écrit ce texte, j’ai lu le dialogue entre un gars et son blog, de Michaël Carpentier… et j’ai beaucoup rit, vraiment! Voilà une très amusante synchronicité.

Une histoire à inventer

J’ai participé jeudi dernier au Camp de lecture numérique organisé pour la deuxième année par le Ministère de l’Éducation (quelques traces laissées sur Twitter ici). La rencontre de trois jours regroupait une soixantaine d’éducateurs d’un peu partout au Québec. J’y ai fait une courte présentation — avec l’aide de mes trois enfants… très agréable expérience! Voici la description que j’avais transmises à son sujet il y a quelques semaines:

Le livre à l’ère de la culture numérique: une histoire à inventer

Le monde du livre change à son tour sous l’influence du numérique. Il change vite, au point de nous donner parfois l’impression de changer à notre insu. Il n’en est pourtant rien! C’est même le moment où jamais pour prendre part à l’histoire du « livre numérique » — en participant à son invention. Littéralement.

À partir d’une présentation de nouveaux supports de lecture, de puissants outils d’édition en ligne et d’étonnantes communautés qui s’organisent aujourd’hui « autour des livres », cet atelier prendra la forme d’une invitation à s’engager, individuellement et collectivement, dans l’invention du nouveau monde du livre — parce que les enjeux culturels, éducatifs et économiques qui lui sont associés sont bien trop importants pour être laissés à d’autres…

Le message que j’avais choisi de laisser en conclusion est essentiellement le suivant:

  • Les technologies sont en train de changer profondément notre conception du livre;
  • Il existe un grand nombre d’outils qui permettent aujourd’hui de réaliser des livres, plus ou moins innovateurs — les éducateurs doivent les connaître, se les approprier, savoir y faire appel;
  • Mais il ne faut pas perdre de vue que quelle que soit la forme qu’on peut choisir de lui donner, un livre demeure une création très complexe et, de façon générale, c’est une erreur pour un éducateur de vouloir « se transformer en éditeur »;
  • Il est préférable d’utiliser tous les outils disponibles dans une perspective de prototypage, pour décrire, par l’exemple, concrètement, sous quelle forme nous souhaiterions que les éditeurs réalisent aujourd’hui les livres dont nous avons besoin dans un contexte pédagogique.

En d’autres termes, j’avais envie de dire que si les technologies sont une extraordinaire occasion d’empowerment (toujours la même difficulté à traduire ce terme) pour les éducateurs au regard de l’édition et du monde du livre… il faut arriver à distinguer ce qui relève de « l’acquisition de la capacité / de l’influence » et ce qui relèverait plutôt du « vouloir tout faire soi-même ».

Je faisais en quelque sorte la proposition d’un nouveau contrat entre éducateurs et éditeurs, s’appuyant sur les technologies — évoquant l’idée d’un laboratoire technologique commun — le web — permettant aux éditeurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les compétences qu’ils savent mobiliser et aux éducateurs de faire leur travail auprès des jeunes (et des moins jeunes).

J’avais promis de rendre disponibles rapidement des liens vers l’ensemble des pages Web que j’ai très/trop rapidement présentées lors de mon intervention. Les voici donc regroupés dans mon compte del.icio.us (tous, exemples de livres électroniques, exemples outils d’édition, et quelques autres).

P.S. Dans un texte intitulé Announcing our new book deal, l’équipe de 37 Signals explique que malgré le très grand succès de leur premier livre, auto-édité il y a quelques années, ils ont choisi de travailler avec un vrai éditeur pour leur prochain ouvrage. Leur démarche est tout à fait dans l’esprit de ce que j’évoquais jeudi: utiliser tous les moyens dont on dispose pour montrer ce qu’on veut faire — faire un/des prototype/s — puis faire appel à de l’expertise spécialisée pour réaliser son projet à pleine échelle.

Je ne crois pas à la révolution

Serge-André Guay m’interpelle à nouveau, en réponse à sa réponse à ma réponse. Je vais cette fois m’abstenir de répondre directement à son message. Non pas parce que je ne suis pas « un homme, un vrai » — comme il le dit — mais parce que je pense que cela n’apporterait rien de plus que ce qui n’a été déjà dit.

Je lui reconnais complètement le droit à ses opinions. Je lui reconnais aussi complètement le mérite de ses réalisations et je suis désolé si je l’ai involontairement piqué au vif, ne connaissant pas tout l’historique de ses difficiles relations avec le monde du livre. J’aurai même plaisir à discuter avec lui si j’ai l’occasion de le rencontrer. Mais je crois qu’il serait stérile de poursuivre notre dialogue publiquement.  Nos points de vue sont trop différents. Lui a une approche révolutionnaire, moi une approche transformatrice. Il l’exprime d’ailleurs très bien:

« Il n’est pas question de faire évoluer la vieille chaîne du livre, mais plutôt d’en inventer une nouvelle, une chaîne du livre révolutionnaire fondée sur la démocratisation de l’accès à l’édition et aux livres, sur le libre choix des lecteurs.  Cessez donc de croire que votre travail s’inscrit dans l’avenir du livre lorsque tout ce que vous faites est de rénover des ruines… »

Je ne crois pas dans la révolution, lui ne croit pas dans la transformation. Je n’arriverai pas à le convaincre, lui n’arrivera pas à me convaincre. Nous sommes devant un conflit paradigmatique.

J’assume complètement mon choix de travailler auprès des acteurs de la chaîne du livre telle qu’elle se présente aujourd’hui et je présume que monsieur Guay assume aussi bien son choix de travailler en marge de celle-ci. D’une certaine façon, c’est même très bien comme ça, parce que c’est l’engagement de gens passionnés dans et hors du système qui nous offrira, collectivement, les meilleures chances de réussite pour inventer le nouveau monde du livre.

Bonne chance dans vos projets monsieur Guay. Et ne vous méprenez pas, ce ne sera pas par mépris ou par ignorance si je ne réagis plus à vos textes (que je continuerai de lire avec intérêt), ce sera par choix — parce que je pense nous avons tous les deux mieux à faire que de nous relancer continuellement alors que nos points de vue sont probablement irréconciliables dans le contexte actuel.