Sous béton

Cela fait une très étrange impression de lire Sous béton, de Karoline Georges, le matin du 11 septembre.

C’est l’histoire d’un enfant qui vit depuis sa naissance enfermé dans un minuscule appartement au 5969e étage d’une immense tour de béton: l’Édifice. Toute sa vie est strictement régulée: de l’absorption quotidienne des nutriments aux périodes de sommeil en passant par les périodes où son cerveau est enserré au distributeur du Savoir. Toutes ses réflexions sont aussi contrôlées. Jusqu’à ce que.

C’est un roman dur. Un récit pessimiste. Une histoire qui force à s’interroger sur le monde dans lequel on vit et sur la liberté.  Un livre que je classe spontanément avec 1984 et Le meilleur des mondes.

Dès les premières pages, j’ai été happé par l’efficacité de l’écriture de Karoline Georges qui nous plonge instantanément dans une univers étouffant. J’ai beaucoup aimé Sous béton… à l’exception des quinze dernières pages qui m’ont donné l’impression de conclure cette oppressante allégorie par une homélie aussi absconse qu’inutile.

J’aurai nettement préféré que le livre termine à la fin de la sixième section, avec ce retentissant « Enfin, presque. » qui, à mon sens, marque de toute façon la véritable fin de l’histoire et qui aurait forcé le lecteur à forger lui-même un sens à cet extraordinaire récit.

À lire, vraiment.

La culture à la carte: de Drapeau à Bono

Pour préparer la réunion de mon conseil d’administration virtuel, j’ai entrepris de relire Les années qui viennent, un livre qui a été publié par les Éditions du Boréal en 1987 et qui regroupe des chroniques que Jean-Paul L’Allier avait écrites pour Le Devoir au cours des années précédentes.

Plusieurs des chroniques sont d’une étonnante actualité.

Je reprends ci-dessous de larges extraits d’une de ces chroniques, parce qu’elle me semble apporter une réponse intéressante à la question que Stéphane Baillargeon pose à la une du Devoir de ce matin dans Pro bono publico:

À l’ère des mégaspectacles, des festivals et des superproductions, la culture est-elle condamnée à se justifier par le discours économique?

Elle me semble ajouter aussi une perspective historique importante au texte que Marie-Andrée Chouinard consacrait hier à la place de la langue française dans le Festival d’été de Québec.

* * *

Culture à la carte

Durant toutes ses années de vie politique, l’ex-maire de Montréal aura été, avant tout, un homme fasciné par les grands événements, les super-spectacles, les projets ayant un commencement, une apothéose et, pour la plupart, qu’il le veuille ou non, une fin. (…)

Les coûts de touts ordres n’ont que peu d’importance pourvu que le spectacle soit eau, si les gens l’aiment et si, de jeux en événements, on crée des images, des présomptions que l’on prend ensuite pour des certitudes.

Précurseur et intuitif, il se voit aujourd’hui confirmé dans ses choix par les élus de beaucoup de villes de tous les pays qui réagissent ainsi aux réflexes télévisuels des citoyens-spectateurs-consommateurs. D’autant plus que s’ils sont bien organisés et bien montés, on peut toujours prétendre que ces événements s’autofinancent par le décompte de toutes les retombées économiques et de toutes les taxes qu’ils génèrent et qu’ils apportent.

C’est la culture à la carte, un magazine vivant et, toutes dimensions de la culture déjà faite, une sorte de fantastique « Reader’s Digest » de l’Art.

Pour avoir l’impact souhaité et ne pas devenir le gouffre financier dont tous ceux qui se pressent pour l’inaugurer s’éloignent comme la peste au fur et à mesure de l’impression d’échec, l’événement doit être spectaculaire, original, grandiose et, à priori, populaire. (…)

Il ne s’agit pas, bien sûr, d’opposer d’une part la culture mondiale dans ses pointes d’excellence et dans ce qu’elle peut avoir produit de mieux, et d’autre part, les prétentions que l’on pourrait avoir ici, à partir de faibles ressources, de nos petites institutions et d’une population aussi restreinte, d’atteindre les mêmes sommets.

Ce qu’il faut retenir de cette culture à la carte, que l’on cherche de plus en plus à offrir puisqu’elle correspond à une formule gagnante, aux habitudes et aux goûts de la population, c’est que seule l’excellence des contenus, de la programmation, de la présentation, du marketing et de l’accueil sont des gages du succès.

Le Québécois consommateur de culture s’habituera vite à avoir accès à ce qui se fait de mieux et il est prévoir que les exigences monteront de plusieurs crans au cours des années à venir.

(…) la masse des consommateurs tendra plutôt à s’accroître, l’éducation culturelle n’en sera certes pas la cause puisqu’elle est virtuellement inexistante. C’est l’événement lui-même qui prime.

Dans ce contexte, il est à craindre que les gouvernements, toujours sensibles aux mouvements de l’opinion publique et aux modes autant qu’aux tendances nouvelles, cherchent maintenant à concentrer leurs interventions et les orientations de leur planification, lorsqu’elles existent, autour de l’événement. Quelle aubaine: il a des retombées positives sur le plan culturel, il en met plein la vue et peut même ne coûter à peu près rien à ceux qui, plastron en avant, l’inaugurent en propriétaire en notre nom à tous.

Leurs interlocuteurs ne seront donc plus d’abord les créateurs, les artistes et ceux que l’on a traditionnellement appelés « gens de culture » mais les promoteurs, concepteurs et vendeurs d’événements. (…)

Comment faire en sorte que ces « happenings » de la culture soient autre chose que des feux d’artifice et contribuent à consolider chez noues bases de toute première qualité en matière d’innovation et de création culturelle? Comment en assurer le suivi autrement que de fête en fête?

Comment faire pour que ces blocs de culture qui nous viendront presque toujours d’ailleurs, à de rares exceptions près (…) soient une formidable occasion d’éveil, de recherche d’excellence et de dépassement non seulement pour le monde de la culture, mais pour ceux qui ont la responsabilité de l’éducation à la culture, de l’organisation de la vie ou de la gestion des ressources gouvernementales?

Ne gâchons pas la fête. (…) Tant mieux si cela ne doit pas se faire au détriment de nos propres foyers de création et de nos institutions déjà souvent en retard.

Montréal a déjà fait la preuve qu’elle pouvait être un foyer original d’accueil et de diffusion extrêmement séduisante pour toute l’Amérique du Nord. À moins qu’il ne réussisse parallèlement et rapidement à démontrer qu’il peut aussi être un foyer de création et d’excellence tout aussi important pour les gens d’ici dans leur recherche de création et de dépassement, avec tous les coûts que cela suppose, toute la patience, toute la compréhension et toute la tolérance des femmes et des hommes publics, nous n’aurons fait que bouger sur place sans avancer, bien au contraire.

Pour un peuple comme pour les individus, c’est là toute la différence que de pouvoir écrire « la culture » en deux mots ou « l’aculture » en un seul ot. Le mot n’est peut-être pas encore au dictionnaire, mais la réalité l’emporte maintenant sur l’imaginaire.

Le goût du pouvoir public

Je lis depuis quelques jours (sur mon iPhone, lors de mes déplacements et dans les transports en commun) Guy Coulombe, le goût du pouvoir public — un livre de Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, publié par les Presses de l’Université du Québec.

Je connaissais le nom ce grand commis de l’État, mais pas beaucoup plus. C’est en lisant quelques textes publiés à l’occasion de son décès, la semaine dernière, que j’ai eu envie d’en apprendre davantage à son sujet — et que j’ai découvert ce livre publié tout récemment par les PUQ.

Les auteurs rendent d’ailleurs hommage à Guy Coulombe dans Le Devoir d’hier matin — en présentant notamment ce qu’étaient pour lui les quatre grandes qualités que tout haut dirigeant doit posséder. Une synthèse à lire.

Je n’en suis encore qu’au tiers du livre, mais déjà, je découvre un personnage très inspirant, tant par son parcours professionnel atypique que par le regard qu’il porte sur l’évolution de la société québécoise.

Où j’en suis dans la lecture, je retiens particulièrement l’importance que Guy Coulombe accordait au choix des gestes qu’on pose — parce qu’il faut « choisir ses batailles ».

« …[il faut] savoir distinguer entre l’essentiel et l’accessoire à chaque niveau de responsabilité. Ce qui est essentiel pour un cadre intermédiaire ne l’est pas pour un cadre supérieur. (Le Devoir)

« Il y avait tellement de données détaillées que s’il avait fallu que je commence à lire tout, j’aurais perdu mon temps. Je me suis rendu compte que non seulement c’était pratique d’aller toujours à l’essentiel, mais c’était essentiel de le faire ». (PUQ)

Je retiens aussi l’approche systémique, et l’importance de la planification — pour éviter les conséquences de l’arbitraire.

« …[c’est sous la direction de Michel Bélanger et de Guy Coulombe] que toutes les structures financières d’un État moderne ont été mises en place par l’application du système budgétaire de « planification, programmation et préparation du budget. » (PUQ)

Je trouve habilement formulé le constat qu’il fait sur le Québec des années soixante:

« … il faut dire qu’au Québec, à l’époque, […] il y avait de la place pour ceux qui avaient des ambitions ». (PUQ)

(et me dit qu’on gagnerait à affirmer plus clairement notre volonté de réunir des conditions semblables aujourd’hui).

J’ai aussi surligné à plusieurs endroits dans le texte des passages qui, d’une façon ou d’une autre, mettre en relief la place du pragmatisme dans l’utopie.

« … [parce que] c’est bien beau d’avoir des rêves, mais il faut que ce soit concret, que ce soit appuyé sur une réalité ». (PUQ)

C’est une lecture qui fait le plus grand bien dans cette période où les décisions arbitraires et l’improvisation semble régner dans une multitude de dossiers où on attendrait un fort leadership politique; où les champs d’action (de responsabilités) des fonctionnaires et des élus sont remis en question et où on a parfois l’impression d’avoir perdu tout « point de repère dans le temps » (des objectifs et des projets qui donnent de la perspective aux actions — qui les inscrivent dans le cours de l’histoire et qui nous évitent de succomber aux charmes de la dernière idée à la mode).

C’est un livre qui nous rappelle que  la politique ce n’est pas seulement le vaudeville  que nous en présentent parfois les médias — c’est aussi des hommes et des femmes qui, chacun à leur manière, orientent le développement du Québec, en donnant forme à des idées grâce à des budgets, des programmes — des actions planifiées guidées par des valeurs fortes.

« Quelles valeurs vous guident ? » — voilà une question qu’on devrait plus que jamais oser poser aux gens qui aspirent à nous représenter.

Et s’il vous plaît, ne nous dites pas seulement ce que vous comptez faire… — dites-nous aussi pourquoi vous souhaitez le faire, et sur quoi se fonde votre décision de le faire de cette façon.

* * *

C’est un livre qui peut à première vue paraître aride, mais qui ne l’est pas — c’est tout le contraire! J’en suggère particulièrement  la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la tournure politique que le Québec semble être en train de prendre.

Livres, marché et politique

Le monde du livre est en effervescence. Rien de neuf là. Cela fait des mois qu’on le dit

Sauf que les débats sont plus vifs que jamais, dans les médias, sur les blogues, sur Twitter. Parce que les enjeux sont plus clairs, sans doute, et parce que les approches adoptées par les  uns et des autres se distinguent de plus en plus, jusqu’à s’opposer parfois. Parce qu’il y a de plus en plus de commentateurs de toute cette activité aussi, alors ça jase — beaucoup.

Les enjeux techniques ont jusqu’à récemment occupé l’essentiel des esprits. Il fallait apprendre à produire adéquatement les fichiers et à les distribuer de façon satisfaisante vers les librairies en ligne et autres types de points de vente. C’est une étape qui est, pour l’essentiel, derrière nous, il me semble.

Une nouvelle étape s’ouvre depuis quelques semaines, et c’est la diffusion qui (re)devient au centre des réflexions de tout le monde. Les éditeurs (et les libraires) doivent (ré)apprendre à faire connaître les livres publiés en versions numériques — ils doivent réapprendre comment les porter à l’attention d’autres (de nouveaux?) lecteurs, par de nouveaux canaux. Et là, tout est à faire.

Les méthodes et les outils de distribution vont évidemment encore devoir s’améliorer, mais dorénavant, ce sont les métadonnées qui accompagnent les fichiers et le savoir-faire marketing qui seront les plus déterminants. Voyons ça comme un premier signe de maturité du marché du livre numérique (déjà!).

On remarque aussi une politisation accrue du marché du livre, en général, et du livre numérique, en particulier — où deux visions s’opposent, avec parfois quelques nuances.

La première affirme que le livre un produit commercial comme les autres, et qu’il faut laisser les détaillants en fixer librement le prix.

La seconde affirme que le livre n’est pas un produit comme les autres, qu’il ne devrait pas être soumis au libre marché et que, par conséquent, son commerce doit faire l’objet d’une réglementation — notamment à l’égard du prix de vente, qui devrait être fixé par l’éditeur.

Ce sont deux visions du marché du livre qui s’affrontent, mais aussi deux façons de voir le rôle de l’État dans le développement de la culture, de façon générale, et des industries culturelles, en particulier.

Résultat: c’est souvent du dialogue — jugé plus ou moins nécessaire — entre le monde politique et le monde des affaires dont il est indirectement question dans nos échanges — gazouillis, blogues, etc. De la place de la solidarité et du chacun-pour-soi dans le développement d’un marché, aussi, très souvent. De ce qui relève du discours de l’action aussi, forcément.

Au début des années quatre-vingt, la France et le Québec (notamment) se sont dotés de lois fondamentales pour encadrer le marché du livre. Trente ans plus tard, on se trouve dans l’obligation d’imaginer des façons pour les mettre à jour, pour les réinventer de façon ingénieuse. C’est fondamental. Abandonner le livre aux lois du marché devant la difficulté de le faire n’aurait aucun sens — c’est mon avis.

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Avec quelle énergie faut-il se battre pour défendre nos convictions au regard de pareils enjeux? Comment prennent formes les positions de chacun dans ce type de débat? Comment concilier les besoins immédiats et la poursuite d’objectifs à plus long terme dans le domaine de la culture?

C’est pour répondre à ces questions que j’ai lu cet après-midi Passion et désenchantement du ministre Lapalme, une pièce de Claude Corbo, publiée par les Éditions du Septentrion.

C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien et qui a renforcé ma conviction qu’il n’est pas possible de voir le développement du livre numérique comme une opportunité d’affaires sans y voir aussi un sujet politique, un projet de société — un projet qui doit forcément être porté par une vision à long terme et qui doit faire appel à notre détermination.

Écrire

Des projets personnels aux échanges avec les amis, en passant par le blogue d’Éric Chevillard (texte repéré par René: merci!), jusqu’au coffre de Pierre Gagnon dans Mon vieux et moi*, tout m’invite à écrire plus ici.

Je l’ai déjà dit. Je ne l’ai pas toujours fait. Cette fois peut-être.

C’est pourquoi : tout homme sera tenu désormais de fixer dans un livre la forme de son esprit ; au programme de toute existence désormais, cette obligation contractuelle, un livre…

Source: 1030, Éric Chevillard.

 

* * *

 

* Mon vieux et moi, de Pierre Gagnon, publié chez Autrement. J’ai adoré ce court roman: beau, triste et drôle à la fois. Un véritable coup de coeur. Pour le découvrir, visionner ceci, ou lisez ces textes, presque tous enthousiastes.

 

Mise à jour: Oups… on me souligne que le livre a précédemment été publié au Québec, aux Éditions Hurtubise. On peut donc se le procurer facilement dans toutes les librairies, notamment ici.  L’éditeur parle d’ailleurs du succès du livre en France ici.

Où est-ce qu’on prend goût à lire (et à écrire)?

La chronique de Nicolas Dickner dans le Voir de cette semaine me plaît beaucoup: Une enfance condensée. Elle nous rappelle qu’il n’y a pas de sottes lectures si elles alimentent l’imaginaire de l’enfant.

Moi aussi j’ai lu de très nombreux articles et condensés de romans dans Sélection du Reader’s Digest. Et j’ai adoré Petzi (les premières éditions, sans phylactères, bien sûr… ces foutus phylactères dont j’avais naturellement interprété l’apparition aux côtés des personnages comme un signe de décadence du monde du livre!).

C’est un texte qui me semble important au moment où les nouvelles pratiques de lecture des jeunes nous font trop souvent conclure que la lecture exigeante se perd, qu’on ne pourra jamais remplacer la lecture d’un livre, un vrai, et que le Web, Facebook (voire pire, Twitter!) risque de faire perdre tout goût de la lecture et de l’écriture à la prochaine génération.

Ce n’est pas vrai!

Ce qui est vrai c’est que la vision du monde que ces nouveaux lecteurs développeront sera différente de la nôtre et qu’ils n’entreront vraisemblablement pas dans la grande littérature de la même façon que nous ni par les mêmes chemins.

L’essentiel, pour développer chez les jeunes le goût de la lecture, c’est de mettre sur leur route des textes qui offrent une expérience intellectuelle et affective stimulante. Dickner a trouvé les siens sur le réservoir de la toilette familiale. Il se pourrait bien que mes enfants les trouvent à partir de Twitter, sur Facebook, ou sur des blogues à l’apparence aussi cheap que celle du Reader’s Digest.

Lectures honteuses? Jamais de la vie!

Photo du haut: affiche vue dans la vitrine d’une grande librairie de San Francisco, mars 2010.

Mise à jour: Trois photos que ma mère, artiste, m’a envoyées. Elles prolongent ce texte… et celui de Nicolas Dickner. Ce sont des photos d’une oeuvre qu’elle a réalisée il y a quelques années déjà… Amusant, non?




Des livres qui nous accompagnent

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Retour de voyage. Home sweet home.

J’étais parti pour Rome avec un exemplaire du Monde qui titrait, à la une, « Amazon lance son Kindle à l’assaut de la planète ».

En correspondance pour Montréal, à l’aéroport Charles-de-Gaulle, hier, j’ai vu mes deux premiers Kindle en véritable situation d’usage. C’est l’image d’entête de ce texte: un homme et une femme qui lisent, lui sur le Kindle DX, elle sur le Kindle 2. Personne ne s’étonnait tant leurs appareils se confondaient parmi les Nintendo DS, iPod Touch, iPhone et autres gadgets en vogue. J’ai d’ailleurs été fasciné de voir à quel point la posture des gens est identique quelque soit l’appareil qu’ils ont entre les mains. On pourrait les interchanger sur des photos sans que cela n’y paraisse — sinon d’un point de vue sociologique (des jeunes avec des livres? des vieux avec des consoles de jeux vidéos?). Pourtant, pour l’essentiel, chacun tient un récit, plus ou moins interactif, entre ses mains.

Entre temps, j’aurai aussi vu des livres merveilleux dans le cadre d’une exposition sur les instruments scientifiques de la collection du Vatican — une exposition qui passait sous silence d’obscène façon le sort réservé pendant des siècles aux astronomes, et en particulier à Galilée, mais qui offrait à voir des objets et des livres absolument merveilleux.

J’ai été particulièrement étonné par ces livres, du XVIe siècle, dont les pages se dépliaient de savantes façons pour rendre compte avec précision des reliefs de la surface de la lune, ou du mouvement des planètes. Des pages dont des illustrations s’animaient grâce à un ingénieux système de superposition de feuilles reliées par des ficelles. Des oeuvres qui n’ont rien à envier aux PopUp Book modernes que j’ai pu voir à Francfort — le caoutchouc et les pouet pouet en moins.

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J’ai aussi pu m’étonner de retrouver Cory Doctorow par hasard dans une cafeteria de Rome, le dernier jour de notre voyage — lui qui avait pris part à la conférence d’ouverture de Tools of Change, à Francfort. Pas lui en personne, bien sûr, mais une de ses oeuvres. En effet, en levant les yeux entre deux gorgées de capucino, j’ai découvert le premier chapitre de son dernier livre en italien sur un support destiné à accueillir des cartes postales publicitaires — comme il y en a partout au Québec. Un beau petit livre, d’un seul chapitre, bien présenté, qui se termine par « continua in libreria… », comme il se doit!

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Il y avait aussi d’autres premiers chapitres de livres — et pas tous du même éditeur — dans ce présentoir. Je ne sais pas si cela s’est déjà fait au Québec et que j’ai manqué quelque chose, mais j’ai trouvé que c’était une très bonne idée. Introduire le livre là où les gens se trouvent, dans les restos, dans les bars, dans les dépanneurs — comme La courte échelle le fait avec Epizzod à l’intention des ados.

Notre aventure de livres en voyage a aussi été ponctuée par la lecture, pour Ana, de The Lost Symbol, de Dan Brown, sur la PRS-600, et pour moi de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry, sur la PRS-505.

Et elle s’est terminée par un amusant clin d’oeil, avec la lecture d’un texte de Jean-Sébastien Trudel, un voisin — et papa d’amis des enfants — que j’ai découvert tout à fait par hasard dans le magazine d’Air Canada à vingt minutes de Québec. Intitulé À la pêche, le texte s’est mérité le second prix dans la catégorie Nouvelles, aux Prix littéraires Radio-Canada en 2008. Un texte d’une seule phrase qui, comme un voyage, est fait de méandres, d’incises et d’élisions.

Un voisin qui nous accueille, de retour de voyage, sans même le savoir, et avant même qu’on ait  mis les pieds au sol —  c’est aussi ça la magie littéraire!  Je pense que Saint-Exupéry aurait apprécié cette histoire d’avion, de mots et d’amitié.

* * *

Après une bonne nuit de sommeil, il reste beaucoup de lavage à faire, le réfrigérateur à remplir, une visite d’école secondaire à effectuer, des devoirs et des leçons avec les enfants, des centaines de photos à classer, des courriels à survoler (mes ambitions à cet égard sont assez minces — faudra être patient!), beaucoup du rattrapage médiatique (incroyable ce qu’il peut se passer en deux semaines à l’étranger!) et la lecture de tous les blogues qui ne se sont évidemment pas arrêtés en mon absence (en particulier pour rendre compte du colloque Génération C, organisé par le CEFRIO, que j’aurai manqué avec beaucoup de peine).

Et pendant ce temps, il y a les enfants qui rient en jouant dans ce qu’il reste de la première neige…

Porter un nouveau regard

Presque trois mois depuis le dernier texte publié ici. Pourtant, bien peu de repos au cours de ces trois mois… le temps passe vite. Très vite. Trop vite? J’ai eu besoin au cours de cette pause de prendre des notes, d’écrire pour moi — privément. De lire aussi — de me laisser amener ailleurs. Puis, il y a eu deux semaines, ou à-peu-près, de vacances. Et me revoilà. Et le goût de communiquer qui revient.

Un goût suspendu par fatigue du regard, je crois. Comme le champ de vision tend à rétrécir avec la vitesse, à se refermer, à fuire — trop d’info, trop d’action, trop vite. Il ne s’agissait pas tant de ralentir, plutôt d’identifier de nouveaux points de repère.

Le goût de communiquer ici qui revient donc. Avec le recul, un peu de repos, un peu de dépaysement et de la lecture, surtout — des idées, des récits, de nouveaux regards. Un regard renouvelé.

Je vais essayer de garder simples les textes à venir ici — viser écrire sans trop me casser la tête. Revenir à l’écriture « pour moi » — à la réflexion à voix haute — celle que j’ai toujours souhaité être à la source de ma démarche bloguesque (rocambloguesque?).

* * *

Il y a eu, bien sûr, de nombreux textes, plusieurs discussions, bien des images, bien des parcours qui ont contribué à me ramener ici aujourd’hui. Notamment:

Aussi, plus particulièrement, au cours des derniers jours, la visite de l’exposition de Shepard Fairey au Institute of Contemporary Arts de Boston (une pure merveille!) et la lecture de l’Incendie du Hilton, de François Bon (présentation vidéo par l’auteur ici).

Hallucinante découverte de l’oeuvre graphique et de la démarche artistique, philosophique et politique de Shepard FaireyStreet Artist génial, notamment auteur du portrait de Barack Obama qui est devenu une véritable icône lors de la dernière campagne présidentielle aux États-Unis. Son oeuvre est magnifique, originale, engagée. Elle prend forme de puis vingt ans au coeur de la ville, littéralement. Elle consiste pour l’essentiel à interroger tous les messages qui nous sont adressés et à nous inviter à porter un regard plus actif/créatif sur notre milieu de vie.

Grand plaisir à lire aussi, pour conclure mes vacances, le nouveau roman de François Bon — qui se déroule à Montréal, une nuit qui précède un rendez-vous que René Audet et moi avions avec lui, l’automne dernier.  Chaque paragraphe de l’Incendie du Hilton est une invitation à voir la ville — et la vie qui s’y déroule — sous une autre perspective: à décoder l’anecdotique; à fixer l’esthétique de l’errance, de la déambulation, du mouvement. Une invitation à interroger le réel, le pouvoir des mots et des images, la manière de les écrire, de les communiquer, de les partager. Réflexion sur la ville, sur le récit, sur l’écrit, sur le livre. Sur mon quotidien aussi.

En concluant mes vacances par cette visite et cette lecture, j’ai eu la vive impression que  Shepard Fairey et François Bon me guidaient avec complicité afin que je mette un terme à cette période de retrait de la blogosphère. Comme s’ils avaient voulu me rappeler par leurs oeuvres que si on peut choisir de se laisser raconter le monde tel qu’il apparaît dans le regard des autres, il est bien plus amusant de le raconter à sa manière — devenant par le fait même auteur/acteur d’une nouvelle histoire, d’un nouveau monde.

Je m’y remettrai donc.

Lecture en cours, dans la même veine, mais d’un tout autre point de vue: The Political Mind, de George Lakoff. Fascinant.

L’accidentophiliste, une nouvelle d’André Marois

J’ai récemment parlé d’André Marois, de son site Web et de ses nouvelles lues, offertes en baladodiffusion.

Je ne peux m’empêcher de vous en parler à nouveau afin de vous suggérer d’écouter L’accidentophiliste — une nouvelle qui a d’abord été publiée dans le magazine Urbania, en juin 2008.  Il vous suffit pour cela de cliquer ici…

Je ne vous en dit pas plus, ce serait vous priver d’une partie de votre plaisir — mais il se pourrait que cela change quelque peu votre perception du Web… et de ceux et celles qui déposent des vidéos sur YouTube.

Lorsque le narrateur vous y invitera, vous pourrez cliquer ici, puis ici.

Ça sent la coupe

Ça sent la coupe

J’ai recommencé à lire des romans début décembre après plusieurs mois de pause… fin d’aventure française et retour au Québec obligeant — avec la fatigue qui accompagnait tout ça.

Après m’être lancé dans Millenium (tomes 1 et 2 en une quinzaine de jours; le tome 3 m’attend au pied du lit) j’ai eu envie de m’offrir un survol éclectique de jeunes auteurs québécois.

J’avais été intrigué par Matthieu Simard en explorant le projet Epizood des Éditions de la Courte Échelle, dont il est l’auteur d’une des premières séries : Pavel. Au cours des derniers jours, j’ai donc lu de lui Ça sent la coupe (dont il y a une nouvelle édition).

Je pense que le commentaire qui en a été fait dans Le Libraire est assez juste:

« Ça sent la coupe, c’est une vraie histoire de gars : ça parle pas mal de hockey, mais aussi des chums, des blondes, du besoin d’amour et de sexe. La télé, surtout si elle mesure 51 pouces, est un beau refuge pour Matt, surtout quand Théo ne s’en fait pas scorer trop. Malgré tout, le monde et la gang continuent d’exister, et quand son bon ami Mike déprime ou que sa copine Julie le laisse, il lui faut rebondir pour la coupe de la vraie vie. Un livre sans prétention, écrit dans une langue parlée digne des plus beaux épisodes de Lance et compte, une histoire qui fait sourire et beaucoup de bien, et qui va aider les copines à mieux nous comprendre. »

…je laisserais toutefois tomber la dernière phrase. Parce que si c’est un vrai livre de gars… un livre distrayant… un livre qui permet de se moquer de certains de nos travers de gars… je serais bien désolé qu’il aide qui que ce soit à me/nous comprendre. Le récit relève plus de la caricature que du portrait.

Mais je n’en fais pas le reproche à Matthieu Simard, qui a eu, je crois, beaucoup de plaisir à écrire ce livre — et qui m’a fait rire à plusieurs reprises. Et je ne crois pas qu’il avait la prétention de faire avec son deuxième roman une grande fresque sociologique.

Ça sent la coupe restera pour moi comme un polaroïd acidulé d’une saison de hockey, écrit par avec une écriture très blogue par un gars presque ordinaire (vous en connaissez beaucoup des gars qui écrivent trois pages à la fin de chaque match de hockey avant d’aller se coucher?).

Pour en savoir plus sur Matthieu Simard: son site et son blogue.

ISBN: 2760409759 | 9782923662053