Écrire à l’oral

J’ai bien vu poper dans mon univers informationnel, hier, une foule de réactions à un texte de Christian Rioux, publié dans Le Devoir. Mais ce n’est que ce matin que j’ai pu lire le texte en question: La société des blogs. Un texte qui remet en cause la qualité de ce qui s’écrit pour le Web — c’est ce qui a choqué une partie de la blogosphère. Pas moi.

Non pas que je pense que Christian Rioux a raison, mais je lui accorde tout à fait le droit de secouer les puces de ceux qui écrivent pour le Web s’il le juge nécessaire.

Bien sûr, je trouve qu’il fait preuve d’une généralisation abusive et je trouve qu’il parle un peu trop à travers son chapeau, mais je sais qu’en un millier de mots il faut parfois faire quelques raccourcis. Je pense aussi qu’il a choisi la provocation et je ne lui reproche pas puisque j’ai toujours apprécié l’écriture pamphlétaire. Et puis, de toute façon, je me fous un peu de ce que Christian Rioux pense de la blogosphère. Tant mieux pour lui s’il trouve ailleurs tout ce dont il a besoin pour alimenter sa vie sociale et intellectuelle (dont ses textes témoignent bien de la richesse). Pour ma part, j’ai besoin de ma blogosphère pour y arriver.

La lecture de ce texte m’a surtout fait penser à deux autres textes qui m’ont meublé l’esprit au cours de la semaine — le premier m’est arrivé par le Web, de Montréal, l’autre par mon iPod, des banlieues de Paris.

D’abord un texte de Sébastien Provencher, intitulé A New Year’s Resolution: More Blogging, Less Tweeting, dans lequel il aborde le rôle des différentes formes d’écriture Web dans sa vie intellectuelle — personnelle et professionnelle (Sylvain Carle a publié un complément intéressant à ce texte). Ce texte m’est revenu à l’esprit parce que j’il me semble évoquer, d’un autre point de vue, certaines des idées développées par Christian Rioux, notamment le fait que chaque espace d’écriture a ses forces et ses faiblesses, auxquelles sont associées des contraintes qu’on accepte ou non, comme scripteur.  Une différence importante toutefois: Sébastien Provancher peut parler à la première personne, il a essayé les deux types d’écriture sur lequel il porte son regard; alors que Christian Rioux ne s’est pas aventuré dans la blogosphère, son point de vue est celui d’un observateur.

Le deuxième texte qui m’est revenu à l’esprit est celui d’une chanson de Grand Corps Malade, intitulée J’écris à l’oral, dans laquelle il raconte sa découverte de la poésie, un soir d’octobre sans histoire sur le macadam fatigué du trottoir en pente de la rue des Dames.

Je pense que pour plusieurs jeunes et moins jeunes, la blogosphère est un remarquable espace de découverte de l’écriture — un lieu semblable à ce bar qui a permis à Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, de découvrir les vers et la musique. Et je ne peux que m’en réjouir.

Moi j’oublierai jamais l’année où j’ai choppé le virus,
Quand tu trébuches sur un hasard et que tu tombes sur un bonus
Ces soirées où l’on se livre, ces moments où l’on se lève
(…)
Ces soirées sont toujours là mais le mieux c’est quand tu fais
connaissance.

On peut écouter cette remarquable chanson en suivant ce lien…

Une fable sur le cinéma, le bricolage et l’esprit Web

bekindrewind

Sur Twitter, ce matin, quelques caractères de Jose Afonso Furtado, au sujet de ce texte, m’ont rappelé que j’avais acheté le DVD de Be Kind Rewind il y a quelques mois et que je ne l’avais toujours pas regardé.

J’avais découvert l’existence de ce film en lisant une entrevue avec son réalisateur, Michel Gondry, dans Le Monde, le printemps dernier. Une entrevue qui m’avait renversé par la façon dont elle rendait compte de ce qui me semble être au cœur de l’esprit Web — de toute la créativité qu’il libère, et du nouveau rapport à la culture qui l’accompagne.

* * *

Je viens de terminer le visionnement du film et n’ai pas été déçu! L’histoire est originale, drôle, touchante — et source de réflexion. C’est une fable moderne très habilement tournée.

Au moment d’aller me coucher, il me reste en tête une question, celle du titre du texte vers lequel Jose Afonso Furtado m’a redirigé ce matin: What is The Bookstore Equivalent for “Be Kind, Rewind”?

La journée se termine presque comme elle a commencé. Be kind…

Mise à jour (après une nuit de sommeil…): Je réalise que la journée d’hier a vraiment été sous le thème de la production amateure, parce qu’en même temps que Twitter me pistait sur Be Kind Rewind, René Audet laissait ici un commentaire en rapport, lui aussi, avec le thème des user generated content (UGC): Les chats, les marmottes et les fins de la participation, par André Gunthert. Extraits:

« Qu’est-ce que l’UGC? Disons pour simplifier (…) que cette expression désigne les photos et les vidéos que vous et moi envoyons sur Flickr ou sur Youtube (…) les UGC n’ont pas la qualité des productions professionnelles. Etonnant, non? dirait Desproges. Et si la finalité d’une photo sur Flickr n’était pas de faire la une de CNN? Et si les contenus partagés servaient à autre chose que de supplétifs à la construction du spectacle? (…)

J’ai infiniment plus de respect pour l’inventivité et le talent que révèlent un bricolage réalisé en quelques heures avec les moyens du bord, comme « Amateur » de Lasse Gjertsen, que pour n’importe quel blockbuster standardisé. (…)

Alors, les User generated content ne sont-ils qu’un ersatz pour une industrie culturelle en crise? Tu comprends que je pense que ce n’est pas, de loin, l’aspect le plus important de ces contenus. Et que je ne crois pas du tout que le web 2.0 se dégonfle. La participation a ses propres fins, qui ne sont pas celles que lui assignent les entrepreneurs ou les traders. »

Sur les bouleversements à venir dans le monde du livre…

Le Devoir a publié samedi un texte intitulé Culture : l’épreuve de la dématérialisation (réservé aux abonnés), dont l’essentiel porte sur la presse écrite et l’avenir des journaux, mais dont la dernière partie s’intéresse à l’avenir du livre. Et là, franchement, je n’ai pas de félicitation à faire à Stéphane Baillargeon: catastrophisme, approximations, erreurs factuelles. Désolant. Je me suis permis de le dire…

Fort contraste avec le ton adopté par Hugh McGuire le même jour, dans le Huffington Post (info). Son texte, intitulé What If the Book Business Collapses? explore de façon beaucoup plus optimiste les bouleversements qui se profilent à l’horizon pour le monde du livre. Quelques extraits:

« The state of the book publishing business is dire. Publishers are cutting back staff, editors are getting fired, or leaving. Amazon is putting the squeeze on everyone, and bookstores across the land are having a hard time, with major closures expected. (…)

So the rest of us, readers and writers and lovers of books, entrepreneurs and technologists (…) are going to have to come up with new and different ways to get books written, published and in the hands of readers. (…)

I’m optimistic. New technologies are coming along that change the economics of books: ebooks, ipods, print-on-demand, the web, and more to come yet. The readers are there, maybe fewer of them, but no less passionate. The writers are there. (…)

So it’s up to us — all of us who care about books — to figure out what the book business is going to look in the next decade or so.

Exciting times. »

Je partage cette excitation.

Cri du coeur d’un libraire

« Eteignons ces p… de téléviseurs et frénétiquement, délicieusement, voracement, doucement, emparons-nous d’un livre, et demain, devant l’étalage de ce bienheureux libraire en sifflant ou chantant, armé d’un sourire, trouvons le temps de flâner et de converser. »

À lire sur BiblioObs, le nouveau site littéraire mis en place par le Nouvel Observateur et Rue 89.

Réseaux sociaux et identité — sentiment d’urgence

Bien que je sois particulieusement silencieux ici depuis quelques temps, je reste évidemment très actif sur le Web et plus que jamais en mode exploration, découverte et réflexion sur de nouveaux usages du Web.

J’explore notamment Facebook, avec autant d’émerveillement que d’angoisse — il faut bien le dire! Et même un peu plus d’angoisse que d’émerveillement, pour tout dire.

En conséquence, je ne peux m’empêcher de relayer ici ce texte de Virginie Clayssen, qui s’appuie sur le travail toujours exceptionnel de Danah Boyd (et sur un résumé remarquable de Olivier Ertzscheid), qui résume bien tout le défi que représente « les réseaux sociaux » dans une perspective éducative.

Il m’apparaît de plus en plus évident que ce dossier de « la gestion de l’identité » sera LE chantier des prochaines années.

Sommes-nous prêt à y faire face? De toutes évidences, non…

Le blogue de Joseph Facal

C’est un départ pour Joseph Facal… qui hisse la voile pour explorer la blogosphère — et il n’arrive pas les mains vides, nous offrant d’un seul coup presque quatre ans d’archives!

Je suis évidemment ravi d’avoir modestement pu contribuer à rendre possible cette aventure (dont André Parent et Jean-Sébastien ont pris la relève)… mais plus encore, je suis rassuré de constater qu’un nombre croissant de personnalités politiques de premier plan font l’expérience directe de ce que représente l’univers des réseaux — un univers tellement étranger à une certaine vision de la politique, fondée sur le contrôle de l’information.

…une vision de la politique qui a d’ailleurs encore une fois triomphé dans les derniers jours avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui est passé maître dans cette manière de faire la politique.

Je rêve du jour où une majorité d’élus auront leur blogue parce que je crois que cela permettra un arrimage plus dynamique entre « ceux et celles qui représentent » et « ceux et celles qui sont représentés » — une dynamique qui sera profitable à tout le monde et qui revalorisera le rôle de député, de conseiller et de maire.

Malgré son caractère utopique, je crois plus que jamais dans la pertinence du manifeste pour l’indépendance politique que j’avais esquissé il y a quelques mois.

…et j’aime croire que, comme d’autres avant lui, le blogue de Joseph Facal nous permet de faire encore un petit pas dans cette direction.

Les rendez-vous stratégiques de la culture

J’ai eu le privilège d’intervenir ce soir (par vidéoconférence) dans une rencontre organisée par l’Institut du Nouveau Monde, au musée de la civilisation (et simultanément dans plusieurs autres villes). Le thème de la soirée (et de la journée de demain): Que devient la culture québécoise à l’heure d’Internet et de la planète?

« Les nouvelles technologies numériques, le iPod, le cellulaire et l’Internet : comment tout cela influence-t-il la culture québécoise et quelles sont nos voies d’avenir? La mondialisation menace-t-elle notre culture? »

Je reprends ici l’essentiel de mon intervention.

Lire la suite de « Les rendez-vous stratégiques de la culture »

Person of the Year: You!

François attire notre attention sur une brillante idée du Time Magazine qui consacre ses honneurs annuels non pas à une personne, comme c’est la tradition, mais à tous ceux et celles (potentiellement tout le monde!) dont les gestes, relayés par une nouvelle générations d’applications réseaux (dits, à tort ou à raison, Web 2.0), sont en train de réinventer Internet et de donner de nouvelles formes à la culture, aux médias, à la collaboration: Person of the Year: You

« It’s about the many wresting power from the few and helping one another for nothing and how that will not only change the world, but also change the way the world changes. »

C’est un très puissant message que lance ainsi Time Magazine, dont l’édition de fin d’année est une extraordinaire caisse de résonnance. En ce sens, je trouve particulièrement intéressant qu’ils aient choisi de mettre les projecteurs sur les gens plutôt que sur la technologie.

Décidément, l’année 2007 ne sera pas moins stimulante que 2006 pour ceux et celles qui cultivent de grands rêves. Plus que jamais, rien n’est impossible!

Optimisme naïf? candeur? Peut-être, mais je le crois vraiment! Et je choisi cette utopie pour éclairer mes choix et guider mon action.

Quelques questions pour les blogueurs du jour

Quelques blogueurs de la région de Québec s’étaient donc donné rendez-vous aujourd’hui au Loews Le Concorde pour l’événement Québec carrefour international. Ils ont beaucoup publié, quelques personnes ont commenté leur texte au fur et à mesure (j’ai fait plus que ma part, diront certains!), plusieurs autres le feront sans doute dans les prochaines heures et les prochains jours. C’est ce qui est bien avec les blogues, nous rappelait justement Michael Carpentier, c’est un medium qui permet très bien à la fois le direct et le différé.

J’ai envie de poser quelques question à ces blogueurs au terme de cette très intense expérience:

1. Quelle était votre intention lorsque vous avez choisi de consacrer votre journée à cet événement politique? Quelle était votre principale motivation? Pourquoi était-ce important pour vous d’être là?

2. Qu’est-ce qui a été le plus difficile au cours de la journée? Qu’est-ce qui devrait être amélioré dans une future expérience de ce type?

3. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné au cours de la journée?

4. Participeriez-vous à nouveau à un événement de ce type dans une perspective de journalisme citoyen?

5. Comptez-vous assurer un suivi à ce dossier? poursuivre les échanges sur le sujet avec les bloggeurs et lecteurs de vos blogues qui en mnifesteront l’intention? Si oui, de quelle façon?

Et tiens, une petite dernière, encore plus ouverte:

6. Que pensez-vous que les organisateurs de l’événement retiendront de cette expérience?

Québec carrefour international

Événement politique innovateur à Québec aujourd’hui.

En effet, à l’occasion d’un colloque d’une journée organisé dans le but de promouvoir « des projets incontournables pour l’avenir de la ville de Québec » le Bloc québécois invite quelques blogueurs à rendre compte de l’événement sur le Web dans le but de permettre à un plus grand nombre de personnes d’y prendre part et à favoriser la poursuite des discussions au terme de la journée. C’est ici que ça se passe: Québec, carrefour international.

Je lève mon chapeau au Bloc québécois pour avoir pris cette initiative audacieuse… d’autant plus que j’ai toutes les raisons de croire qu’il l’a fait avec la bonne attitude, en assumant les risques que cela comporte et en misant sur l’intelligence des citoyens et des internautes.

Je connais bien les blogueurs invités, pour lesquels j’ai le plus grand respect sachant qu’ils n’ont jamais fait preuve de complaisance dans leurs écrits sur le Web. Si les recherchistes du Bloc ont bien fait leur travail, ils savent très bien que ce ne sont pas des gens dont les opinions politiques leurs sont acquises — loin de là. Et c’est bien la raison pour laquelle je pense que l’expérience sera intéressante.

Je lève aussi mon chapeau aux six personnes qui ont accepté de consacrer leur dimanche à une expérience comme celle-ci parce qu’ils apporteront une importante contribution dans le sens de la réinvention des lieux où les débats — qui sont au coeur de la démocratie — peuvent prendre forme à l’ère des réseaux.

Merci Mario, merci Michael, merci François, merci Audrey et François, merci Francis. Et merci à tous ceux qui commenteront leurs écrits au fil des heures.

Et à défaut d’être présent physiquement, je serai de coeur et d’esprit avec vous.

Entreprendre durablement au coeur des réseaux…

Jean-Sébastien publie sur son blogue un texte qu’il vient de soumettre à trois quotidiens québécois. J’aime beaucoup le ton et il me semble que son propos est très juste — particulièrement en ce qui regarde la faible prise de conscience de nombreux entrepreneurs par rapport à la société de l’information.

Cela me semble un peu paradoxal que des enterpreneurs se présentent en victimes ou n’imaginent que des solutions qui soient « en dehors d’eux-mêmes ». Cela ne correspond pas tellement à ma conception de l’entrepreneuriat.

Et si l’attititude de certains entrepreneurs et de certaines chambres de commerce faisaient partie des choses à revoir dans « le climat social actuel »? C’est la piste que Jean-Sébastien nous invite à explorer en tous cas…

Ce matin à LCN

Je prends quelques minutes même si je n’ai pas vraiment le temps pour garder la trace de quelques impressions. Faudra que je relise tout ça ce soir.

Je viens tout juste de raccrocher le téléphone au terme d’une très courte entrevue au réseau LCN en rapport avec le fait que j’étais présent au pied des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001.

Je suis content du très court message que j’ai pu laisser (mes notes plus bas) mais je dois dire que j’ai été traumatisé par ce que j’ai entendu avant d’entrer en onde. Ouf! Le rythme, le contenu, la dose d’adrénaline, le résumé de tous les attentats survenus depuis cinq ans en quelques secondes, les cris, les sirènes, le stress, l’insécurité: j’en suis tout à l’envers. Incroyable.

Ça me fait réaliser que je n’ai pas regardé l’actualité à la télévision ni écouté à la radio depuis presque un an. Mon rythme de vie à Paris m’amène plutôt à être en contact avec l’actualité via Internet ou par la presse imprimée. Je lis à mon rythme. Et quel confort. Vraiment, en comparaison, ce matin je me suis senti agressé: tiens-bouffe-z’en de la catastrophe! J’exagère, mais à peine. Et je fais exprès… je le laisse ici sans prendre le temps de décanter, parce que je veux garder la trace de ce que j’ai ressenti sur le coup.

Je ne doute pas que tous ces gens sympas à qui j’ai parlé avant l’entrevue font de l’excellent travail… mais faudrait peut-être collectivement prendre un peu de recul et se demander quels effets peut avoir ce type de couverture de l’actualité.

Ouf.

—/ mes notes /—

Q: Vous étiez au pied des tours le 11 septembre…

R: j’étais de passage… j’accompagnais mon épouse qui était là pour des raisons professionnelles… nous étions arrivés deux jours plus tôt… installés dans le premier hôtel qui est toujours debout près de Ground Zero… Nous avons évidemment eu très peur, mais mon principal souvenir de cette journée est plutôt la période qui a précédé la peur, celle où on ne comprenait rien de ce qui se passait… celui où nous avions l’étrange sentiment que à quoi on assistait était inexplicable.

Q: Cinq ans plus tard, comment a changé votre vie? (question qui n’a finalement pas été posée)

R: ma vie n’est pas vraiment différente… à l’exception peut-être du fait que j’ai maintenant toujours à l’esprit qu’il n’y a rien de vraiment impossible, même les choses les plus improbables… et ce n’est pas que négatif… c’est ça qui me donne encore plus envie d’imaginer des projets un peu fous… de rêver… avec ma famille, mes amis, mes collègues de travail.

Q: Avez-vous l’impression que nous vivons plus en sécurité aujourd’hui?

R: pour moi ce n’est pas une question de sécurité… ce ne sont pas des moyens techniques ou juridiques qui peuvent assurer totalement notre sécurité… la sécurité est une question de perception… une impression d’être bien où nous nous trouvons… j’aimerais surtout avoir l’impression de vivre dans un monde qui fait une plus grande place à la solidarité et au respect des autres, autant ceux qui vivent près de nous que de ceux qui vivent loin de nous. Pour moi, la seule issue à tout cela (j’ai eu envie de dire: à tout ce bordel) c’est l’éducation.

—/ fin /—

Première génération de post-blogueurs

Même si je n’écris toujours pas autant que je le souhaiterais, je continue d’être un lecteur assidu d’un grand nombre de blogues. C’est une partie essentielle de ma gymnastique intellectuelle quotidienne.

Plusieurs textes m’interpellent depuis quelques temps, il y a quelque chose qui se passe, entre les lignes, comme si une page était sur le point de se tourner.

Nous avons assisté il y a un peu plus d’un an à une explosion de nouveaux blogueurs, et constaté l’effet de mode qui l’a porté. Pour être hot, il fallait avoir son blogue. Sentant le tapis leur glisser sous les pieds, les médias ont fortement incité leurs journalistes vedettes à se mettre au blogue. Certains l’ont fait avec un indéniable succès alors que pour d’autres l’expérience a été plus mitigée. Des formes de publications variées, plus ou moins directement inspirée du blogues ont, par ailleurs, progressivement fait leur apparition dans les principaux sites de médias — qui se sont majoritairement ouverts davantage aux commentaires des lecteurs. C’est d’ailleurs à mon avis la principale retombée positive de cette déferlante.

Richard Martineau publie cette semaine un texte — Ras le bol! — qui pourrait marquer une étape important dans l’exploration du blogue comme « complément » à des formes plus traditionnelles de médias de masse (presse, télévisuelle, etc.). Il en a marre le blogueur: trop de commentaires impertinents, pas assez d’auto-contrôle des lecteurs-commentateurs, etc. Le problème c’est que c’est aussi ça le blogue!

Il me semble que Martineau ne fait pas une bonne analyse de la situation. Sans compter qu’il s’exprime avec rancoeur, sur un ton qui appelle la réplique: il souffle sur les braises pour éteindre le feu. Je pense que son analyse révèle qu’il n’a pas encore tout à fait compris ce qu’est un blogue. Un blogue ce n’est pas un espace pour déposer des textes auxquels les gens pourrons sagement associer des commentaires. C’est un incubateur de dialogues. Des dialogues qui pourront être plus ou moins vifs selon la portée polémique des sujets qu’on choisi d’aborder. Et de la même façon qu’on est toujours responsable de ce qu’on écrit, sur un blogue on est aussi responsable des dialogues qui peuvent prendre forme à la suite de nos textes. Rien de nouveau sous le soleil: si je me lève dans un café pour déclamer mon opinion sur un sujet chaud… il faut que je m’attende à me faire répondre, par des gens de tous les genres, et je ne pourrai pas simplement déplorer par la suite que ceux-ci ne m’adressent pas la parole avec autant de respect que je l’aurais souhaité. Je ne pourrai pas non plus simplement dénoncer le fait que des gens poursuivent la discussion sans moi, même à ma table, même si j’estime personnellement que tout a été dit.

Mario décrit très bien le fond de ma pensé sur le sujet: pour assurer la santé et la vitalité d’un blogue, il faut obligatoirement s’impliquer dans les commentaires, prendre part aux dialogues suscités par nos textes. En tout premier lieu lorsqu’ils prennent forme sur le blogue lui-même, mais également lorsqu’ils s’évadent vers d’autres espaces, d’autres blogues, d’autres types de publications. Ce n’est évidemment pas facile, c’est très exigeant intellectuellement (et parfois émotivement) et cela demande quelquesfois beaucoup de temps. Sans compter qu’on ne choisi pas toujours le moment où surviennent les pires dérapages. Mais si on n’est pas prêt à jouer le jeu, vaut mieux abandonner le blogue et revenir à une forme plus classique: je publie, vous m’écrivez, je décide de ce que je fais de votre point de vue. Pourquoi pas? C’est une méthode qui a fait ses preuves à bien des égards et qui n’est pas moins noble.

Sauf que ce n’est pas « à cause des autres » que Martineau cessera éventuellement de publier son blogue. Ce sera parce qu’il n’aura pas envie, pas le temps, ou pas les moyens de s’engager dans ce type de publication. Il faudra bien qu’il le reconnaisse. Ce sera son choix. Martineau aura le mérite d’avoir tenté l’expérience, d’être allé au bout de ce qu’il pouvait faire dans cette piste avant de l’abandonner… en toute connaissance de cause. C’est tout à son honneur.

Tout cela pour dire que je pense que nous sommes à l’aube d’une nouvelle étape dans l’exploration du potentiel des blogues et des contraintes qui l’accompagnent.

Je pense que si nous avons souvent catégorisés les gens entre « blogueurs » et « non-blogueurs » au cours des derniers mois, nous verrons bientôt se développer une catégorie de « post-blogueurs ».

Ce groupe sera formé de gens qui auront expérimenté le blogue avec sincérité et qui, pour une raison ou pour une autre, auront conclu qu’ils ne souhaitaient pas poursuivre l’expérience. Même s’ils n’auront peut-être plus directement pignon sur Web, ces gens connaîtront tout de même l’interaction qui peut naître autour des blogues et lerenouveau que cela peut présenter pour la démocratie et pour l’éducation, en particulier.

À l’avance, je désire remercier tous les gens qui rejoindront ce groupe parce que même s’ils auront abandonné une forme de publication que j’adore — et dans laquelle je crois beaucoup — je sais qu’ils se seront laissés transformer par l’expérience et qu’ils n’hésiteront pas à partager ce qu’ils auront appris avec leur entourage. On entre forcément dans le groupe des « post-blogueurs » plus ouvert d’esprit que lorsqu’on a fait son entrée chez les « blogueurs ».

Et avec un peu de chance on cessera peut-être bientôt d’analyser la blogosphère en termes essentiellement quantitatifs. Parce qu’à tout prendre, il vaut sans doute mieux constater la croissance du nombre de « post-blogueurs » que de voir sans cesse apparaître des gens qui n’utilisent les blogues que pour nous manipuler, sans véritable intention d’entreprendre un dialogue.

Merci Martineau. Merci Mario. Vos réflexions font progresser la mienne.

Note: Martine Pagé aborde un sujet semblable ici.

L’Institut CD Howe critique les CPE et Cyberpresse en ajoute!

Ça me choque de lire ce matin dans Cyberpresse que « l’Institut CD Howe recommande au gouvernement fédéral d’éviter l’exemple québécois de service de garderie ».

Ce n’est pas le point de vue de l’Institut CD Howe qui me choque… c’est le traitement que Le Soleil donne à la nouvelle! Il me choque parce qu’il manque clairement de perspective — ce qui est d’autant plus important lorsqu’un texte aborde un sujet chaud à partir du point de vue d’un organisme reconnu pour ses points de vue polémiques.

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