Le livre se meurt-il?

Ce matin à la radio de Radio-Canada, une discussion sur « la mort du livre » — celle annoncée par certains; que d’autres réfutent.

J’y reviendrai, mais pour permettre aux intéressés d’écouter et de se faire une idée sur le sujet, c’est en cliquant ici. Et les premiers commentaires sur la discussion sont ici…

Aussi, juste avant la discussion sur la mort du livre, une entrevue avec Marie Laberge sur son projet d’édition de cette année, qui prend la forme de lettres envoyées toutes les deux semaines aux lecteurs abonnés. Les commentaires des auditeurs sur ce segment sont là…

Lectures inspirantes dans La Presse: Obama et l’hiver

Survol rapide de La Presse ce matin. Très rapide. Néanmois, deux articles retiennent immédiatement mon attention. J’ai le goût de les partager avec vous:

  • En prélude à la semaine qui sera marquée par l’arrivée de Barack Obama à la présidence des États-Unis, un très beau récit de Stéphane Laporte: Le conte de fées ne finira pas.
  • Parce qu’il a fait froid toute la semaine et que, malgré cela, il faut l’aimer notre climat: Vivre l’hiver, par Nathalie Collard.

Le déni de l’hiver, c’est partout au Québec, et encore plus à Montréal, c’est vrai. Mais en ce qui me concerne: vive l’hiver! …je m’en étais beaucoup ennuyé à Paris!

L’importance d’un blogue pour un écrivain

J’ai évoqué il y a quelques jours le plaisir que j’avais à voir des oeuvres prendre forme grâce au regard que la blogosphère me permet d’avoir sur le travail de certains écrivains. J’ai notamment évoqué le blogue de Stanley Péan à cette occasion. J’y reviens.

J’y reviens parce que celui-ci nous offrait hier un texte absolument remarquable où, faisant référence à une conversation avec une lectrice, il décrit la nature de son blogue, nous offre un aperçu des thèmes abordés dans son prochain roman et même quelques informations sur sa genèse. Le texte, dont le titre est inspiré de celui, provisoire, de son prochain roman, s’intitule À quoi rêve un Bizango? Extraits:

Au sujet de la nature de son blogue:

« [un] site conçu à la fois comme une extension de mon travail de création, une fenêtre virtuelle sur mon atelier, et un lieu de réflexion sur les enjeux personnels, culturels et sociaux qui ont des répercussions sur mon écriture »

Au sujet des thèmes de son prochain roman:

« Les romanciers sont en général assez mal placés pour dire ce dont parlent leurs œuvres, puisque souvent l’essentiel leur échappe. Je dirai cependant que j’aborde ici des préoccupations récurrentes: la violence urbaine, particulièrement celle faite aux femmes; la prostitution et le marchandage de l’affection et du sexe dans les rapports entre les sexes; un certain malaise identitaire qui n’est pas exclusif aux immigrants; le poids parfois accablant de la mémoire; le besoin d’exister dans le regard de l’Autre et, paradoxalement, le désir d’échapper à la geôle que construit ce regard. Un gros programme, quoi. »

Au sujet de ce que peut apporter à un auteur la conversation avec ses lecteurs, notamment à travers le blogue:

« … Ce serait peut-être à moi de vous remercier, puisque l’exercice auquel vous m’avez en quelque sorte obligé m’a permis de faire le point et de préciser ma pensée pour la suite. »

Un texte auquel il me faudra vraisemblablement revenir.

Écrire à l’oral

J’ai bien vu poper dans mon univers informationnel, hier, une foule de réactions à un texte de Christian Rioux, publié dans Le Devoir. Mais ce n’est que ce matin que j’ai pu lire le texte en question: La société des blogs. Un texte qui remet en cause la qualité de ce qui s’écrit pour le Web — c’est ce qui a choqué une partie de la blogosphère. Pas moi.

Non pas que je pense que Christian Rioux a raison, mais je lui accorde tout à fait le droit de secouer les puces de ceux qui écrivent pour le Web s’il le juge nécessaire.

Bien sûr, je trouve qu’il fait preuve d’une généralisation abusive et je trouve qu’il parle un peu trop à travers son chapeau, mais je sais qu’en un millier de mots il faut parfois faire quelques raccourcis. Je pense aussi qu’il a choisi la provocation et je ne lui reproche pas puisque j’ai toujours apprécié l’écriture pamphlétaire. Et puis, de toute façon, je me fous un peu de ce que Christian Rioux pense de la blogosphère. Tant mieux pour lui s’il trouve ailleurs tout ce dont il a besoin pour alimenter sa vie sociale et intellectuelle (dont ses textes témoignent bien de la richesse). Pour ma part, j’ai besoin de ma blogosphère pour y arriver.

La lecture de ce texte m’a surtout fait penser à deux autres textes qui m’ont meublé l’esprit au cours de la semaine — le premier m’est arrivé par le Web, de Montréal, l’autre par mon iPod, des banlieues de Paris.

D’abord un texte de Sébastien Provencher, intitulé A New Year’s Resolution: More Blogging, Less Tweeting, dans lequel il aborde le rôle des différentes formes d’écriture Web dans sa vie intellectuelle — personnelle et professionnelle (Sylvain Carle a publié un complément intéressant à ce texte). Ce texte m’est revenu à l’esprit parce que j’il me semble évoquer, d’un autre point de vue, certaines des idées développées par Christian Rioux, notamment le fait que chaque espace d’écriture a ses forces et ses faiblesses, auxquelles sont associées des contraintes qu’on accepte ou non, comme scripteur.  Une différence importante toutefois: Sébastien Provancher peut parler à la première personne, il a essayé les deux types d’écriture sur lequel il porte son regard; alors que Christian Rioux ne s’est pas aventuré dans la blogosphère, son point de vue est celui d’un observateur.

Le deuxième texte qui m’est revenu à l’esprit est celui d’une chanson de Grand Corps Malade, intitulée J’écris à l’oral, dans laquelle il raconte sa découverte de la poésie, un soir d’octobre sans histoire sur le macadam fatigué du trottoir en pente de la rue des Dames.

Je pense que pour plusieurs jeunes et moins jeunes, la blogosphère est un remarquable espace de découverte de l’écriture — un lieu semblable à ce bar qui a permis à Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, de découvrir les vers et la musique. Et je ne peux que m’en réjouir.

Moi j’oublierai jamais l’année où j’ai choppé le virus,
Quand tu trébuches sur un hasard et que tu tombes sur un bonus
Ces soirées où l’on se livre, ces moments où l’on se lève
(…)
Ces soirées sont toujours là mais le mieux c’est quand tu fais
connaissance.

On peut écouter cette remarquable chanson en suivant ce lien…

Écrivains sur le Web et oeuvres en gestation

J’aime beaucoup la blogosphère… notamment parce qu’elle nous permet, parfois, d’adopter un autre regard sur les choses… comme sur un livre qui s’imagine, qui s’écrit et qui prend forme au moment d’être publié. Le contact avec l’écriture — la mienne et celle d’autrui — est une des choses qui me passionne.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai eu le plaisir de lire, hier et aujourd’hui, les trois textes suivants:

Dominic Bellavance à la recherche de l’inspiration

Stanley Péan en plein processus d’écriture

Audrey Parily en dernière relecture (avec une primeur)

Stimulantes lectures qui laissent l’impression de participer, même très indirectement, au processus d’écriture. Vive la blogosphère!

Diderot: Sur ma manière de travailler

Un commentaire publié sur ce blogue au cours des derniers jours m’a amené à faire quelques recherches au sujet de Denis Diderot — l’encyclopédiste.  Pour mon plus grand plaisir, ma mère s’y est mise aussi… et je dois admettre que c’est elle qui a fait la découverte la plus intéressante — et par des méthodes plus traditionnelles que les miennes, dans sa bibliothèque personnelle de vrais livres imprimés (!). À tout seigneur tout honneur.

Dans ce texte intitulé Sur ma manière de travailler, Denis Diderot explique à Sa Majesté Impériale, Catherine II, ce qui est au cœur de sa méthode d’écriture. Il évoque aussi — surtout! — le rôle de la publication, de la consultation, du commentaire et de l’emprunt dans l’élaboration de la pensée. Et c’est là que le texte constitue, à bien des égards, il me semble, une véritable Charte pour les blogueurs.

Il m’a fallu un peu de temps pour retrouver le texte en question sur le Web, mais j’y suis arrivé (ouf!)… grâce à Google BookSearch. J’en reproduis l’essentiel un peu plus bas.

De façon plus précise, notons que le texte que ma mère avait dans un premier temps repéré dans la revue Parachute (numéro 56), était une reproduction extraite des Oeuvres complètes (Éd. Lewinter, Paris, Le Club français du livre, 1971, v. X, p. 772-775). Le texte aurait été écrit autour de 1773.

La version que j’ai trouvée, presque identique, est tirée d’un exemplaire de La nouvelle revue, publiée en 1883 — qui est détenue par l’Université d’Oxford et qui a été numérisée par Google le 6 septembre 2007 [page couverture du livre | début de la citation]

Lire la suite de « Diderot: Sur ma manière de travailler »

La longue traîne dans le domaine culturel

Lecture importante pour les prochains jours:

Longue traîne: levier numérique de la diversité culturelle?

Par Pierre-Jean Benghozi, Françoise Benhamou
Pour le Ministère de la culture et des communication, France, 12 p., octobre 2008

L’hypothèse de longue traîne, sa consistance, ses conséquences, ses liens avec les modes de prescription sont l’objet de cette étude. Elle cherche à vérifier ou confirmer la théorie de C. Anderson sur les marchés  français de la musique, de la VOD et du livre.  Au centre de modèles d’affaires d’infomédiaires et distributeurs, cette perspective concerne autant les industries culturelles d’édition que les services de médias audiovisuels, mais aussi les musées, les monuments et les festivals, par ses implications sur les modes d’information et de prescription en ligne, tout autant que les stratégies de numérisation et de valorisation des données publiques culturelles.

Trouvé à la suite de ce texte de Thierry Crouzet, grâce à un commentaire de Alexis Mons.

De lecture et de jeux vidéos

Virginie commence l’année en citant un texte provocateur de Adrian HonThe Long Decline of Reading — dans lequel celui-ci suggère notamment que les auteurs et les éditeurs devraient emprunter certaines méthodes des réalisateurs de jeux vidéos pour intéresser davantage les jeunes lecteurs — les digital natives. Extraits:

« Allez dans n’importe quelle conférence sur les jeux vidéo, nous entendrez les gens parler de “récompense”. Les concepteurs ont réalisé (ou décidé ?) que récompenser le joueur en permanence était le moyen de l’accrocher. Ces récompenses peuvent prendre la forme d’extraits d’histoires, de nouveaux niveaux ou de nouveaux mondes, de trophées, d’animations, de vidéos, de points… qu’importe. Quelles qu’elles soient, elles doivent revenir régulièrement et fréquemment pendant la totalité du jeu, et, le plus important, au début du jeu.

Dans les dix premières minutes de beaucoup de nouveaux jeux, les joueurs reçoivent un tel tourbillon de récompenses (…) cela peut sembler ridicule, et parfois ça l’est, mais un encouragement constant maintient le joueur en contact avec le jeu suffisamment longtemps pour qu’il entre dans l’histoire (…)

Les livres ne sont pas interactifs. Vous ne pouvez pas donner aux lecteurs des récompenses parce qu’ils ont réussi à atteindre la page 6 (bien que…) Le principe est cependant le même : vous devez donner de l’élan au lecteur. Vous devez l’aider à traverser ces dix premières minutes énervantes, pendant lesquelles il n’est pas encore immergé dans le flux, et qu’il est encore susceptible d’être distrait par la télé, la radio, son portable, son ordinateur. Après ces dix minutes, s’il est accroché, il est accroché… (…)

Et Adrian Hon d’ajouter, faisant sans doute référence au moment où les livres seront distribués sous formes numériques:

« Faire que ces premiers paragraphes, ces cinq premières pages, soient toujours plus palpitantes sera la meilleure manière d’attirer de nouveaux lecteurs. Que cela soit réalisé au moyen de texte ou d’une présentation, via des sonneries de cloches et des sifflements ou du drame, l’objectif est de capturer l’attention. et ensuite, graduellement, insidieusement, engager les gens à continuer à lire par la seule force de la narration . »

À réfléchir.

Un TGV entre Québec et Montréal… vu autrement!

On peut lire dans Le Soleil d’aujourd’hui deux articles en rapport avec le livre Rouler sans pétrole, publié aux Éditions Multimondes. Les textes sont regroupés sur Cyberpresse sous le titre Pierre Langlois, auteur de Rouler sans pétrole: pour la sauvegarde de la planète.

Le schéma de gauche (présent seulement dans l’édition imprimée du Soleil) a attiré mon attention — parce que j’aime beaucoup les idées qui transforment notre façon de voir les choses… et après ces quelques lignes de textes, tout à coup, le projet de TGV qui pourrait relier Québec à Montréal (en une heure!) et plus loin encore, jusqu’à Windsor… n’apparaît plus le même!

« …cela coûterait au moins de 30 à 35 millions $ le kilomètre ici pour implanter un TGV [traditionnel]. Ces coûts s’expliqueraient par la nécessité d’exproprier un corridor pour le train et le nivellement du terrain… [alors] que l’implantation de ce type de monorail coûterait entre trois et cinq fois moins qu’un TGV. « Au lieu de niveler le sol sur la distance entre Québec et Montréal, on aurait à travailler le sol sur quelques mètres carrés pour chaque pylône et à solidifier les structures existantes comme les ponts ». »

On peut feuilleter quelques pages du livre sur le site livresquebecois.com.

L’image comme porte d’accès à la connaissance

En cette période où la tradition veut qu’on porte un regard rétrospectif sur l’année qui se termine, je me suis demandé lequel des milliers de textes que m’a rapporté mon agrégateur cette année avait le plus marqué mon imagination en ce qui concerne l’avenir du Web — et par voix de conséquence, celui de la société dans laquelle nous vivons.

Il y en a évidemment plusieurs… mais celui qui me reste le plus durablement ancré dans les neurones, celui qui me tarabuste depuis près de deux mois, c’est Is YouTube the Next Google? Et, complémentairement, celui que Internet Actu a publié sur le même sujet quelques jours plus tard: Quand YouTube remplacera Google.

« During one of the conference breaks (…) he mentioned that his son accesses the web through YouTube (…) Whenever [he] needed any information, he would open up YouTube, type in the search term and then just watch the videos that showed up as matches. He never Googled anything; he never went to any other site; his entire web experience was confined to YouTube videos. »

Je n’avais n’avais d’abord que survolé ce texte, le jugeant un peu farfelu. Mais depuis, je constate que mes enfants aussi accèdent spontanément au Web par YouTube — avec une efficacité étonnante. Pas sur tout les sujets, bien sûr, mais avec une efficacité sûrement équivalente à celle que nous offrait les meilleurs moteurs de recherche il y a une d’années.

Qu’est-ce à dire? Qu’est-ce que cela signifie d’un point de vue éducatif et culturel? Est-il possible d’accèder à la connaissance pratiquement sans savoir écrire, uniquement par l’image? Quelles conséquences sur la construction de l’esprit humain, et sur son fonctionnement? Cela me semble extraordinaire. Cela me semble périlleux. Je ne sais trop qu’en penser.

Cela me rappelle un autre texte qui m’avait beaucoup marqué, lu en 1993 alors que j’étudiais au baccalauréat en enseignement au secondaire. C’était dans le deuxième numéro de Wired, sous la plume de Seymour Papert: Obsolete Skill Set: The 3 Rs.

« In my forthcoming book, The Children’s Machine: Rethinking School in the Age of the Computer, I use as a thematic image an encounter with a four- year-old girl who heard that I grew up in Africa and asked if I knew how giraffes sleep. I did not. But the ensuing conversation led me to pursue the question when I got home. Reference books were scattered all over my floor as I jumped from one to another in an exciting exploration of the giraffe’s world. As I enjoyed the chase I pondered the unfairness of being able to get all this fun out of the girl’s question – why couldn’t she do what I was doing?

Not long ago the answer would have been obvious: She can’t read. But today, there is no technical obstacle to creating a « Knowledge Machine » that would allow a girl of four to navigate through a virtual knowledge space where she could see for herself how giraffes live. It will take time for the vast quantities of information available in print to be recast for such a machine. But it will happen; and when it does, the Knowledge Machine (a metaphor for much more varied forms of media) will provide easier access to richer and fuller bodies of knowledge than can be offered by any printed encyclopedia.

Admitting the prospect of Knowledge Machines does not imply that people will no longer need to read. But reading will no longer be the unique primary access road to knowledge and learning, and it should therefore no longer be the dominant consideration in the design of School. »

Ce texte m’avait évidemment amené à lire The Children’s Machine: Rethinking School in the Age of the Computer. Il est vraisemblablement temps de le poser à nouveau sur ma table de chevet.

Le fil de la mémoire des lecteurs…

Après Ça sent la coupe, je suis plongé dans la lecture de Lectodôme, de Bertrand Laverdure. Mes commentaires suivront bientôt, mais, d’ici-là, voici trois extraits d’un dialogue entre l’auteur et son éditeur, trouvé sur le blogue des éditions Le Quartanier.

« Je suis fasciné par l’apparition d’extraits de livre ou de livres entiers dans les livres. L’univers de la littérature est un univers tautologique, une vaste entreprise de relais d’œuvres. On écrit parce que nous avons lu; nous lisons pour écrire. L’ADN du style de chaque auteur correspond à ce qu’ils ont digéré des livres qu’ils ont lus. C’est pour cette raison que je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de livres mentionnés dans les romans contemporains. Nous vivons à une époque d’abondance littéraire et cet état de fait devrait se traduire par des hommages incessants aux auteurs qui nous ont frappés ou à ceux qui nous agacent. Les auteurs marchent dans une boue d’influences complexe et ils semblent avoir nettoyé leurs souliers en écrivant. »

« Je souhaite transformer chacun de mes romans en magazine contemporain de mes lectures et, incidemment, mettre de l’avant la lecture de mes collègues écrivains, mes lectures québécoises. Pourquoi? Parce que la diffusion des œuvres contemporaines fait défaut. Quelques articles sont publiés à la sortie des livres (encore, si l’écrivain est chanceux) et puis un silence de mort s’ensuit. Pourtant, la vie du livre, surtout de la fiction, repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs. Hormis les succès internationaux ou les livres populaires (Le petit prince ou Harry Potter) le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

« C’est ainsi que je me suis donné comme mission littéraire d’évoquer dans tous mes romans (Gomme de xanthane, Lectodôme et même le roman pour adolescent qui je publierai en 2009 à La courte échelle) au moins une dizaine d’auteurs québécois que je respecte, ai lus, ou admire. La curiosité intellectuelle est selon moi le premier devoir de l’écrivain. »

* * *

Quand Bertrand Laverdure dit que…

« la vie du livre (…) repose entièrement sur le relais que peuvent en faire les praticiens ou les lecteurs (…) [et que] le relais des œuvres littéraires issues d’un corpus à faible diffusion (comme les livres québécois) ne tient qu’au fil de la mémoire des lecteurs. »

…je trouve qu’il décrit très bien une des raisons qui explique que le développement de la blogosphère est aussi déterminant pour la culture québécoise — et pourquoi la dématérialisation du livre représente une opportunité extraordinaire pour la majorité des auteurs (et des éditeurs) d’ici.

ISBN | 9782923400440

Sur les bouleversements à venir dans le monde du livre…

Le Devoir a publié samedi un texte intitulé Culture : l’épreuve de la dématérialisation (réservé aux abonnés), dont l’essentiel porte sur la presse écrite et l’avenir des journaux, mais dont la dernière partie s’intéresse à l’avenir du livre. Et là, franchement, je n’ai pas de félicitation à faire à Stéphane Baillargeon: catastrophisme, approximations, erreurs factuelles. Désolant. Je me suis permis de le dire…

Fort contraste avec le ton adopté par Hugh McGuire le même jour, dans le Huffington Post (info). Son texte, intitulé What If the Book Business Collapses? explore de façon beaucoup plus optimiste les bouleversements qui se profilent à l’horizon pour le monde du livre. Quelques extraits:

« The state of the book publishing business is dire. Publishers are cutting back staff, editors are getting fired, or leaving. Amazon is putting the squeeze on everyone, and bookstores across the land are having a hard time, with major closures expected. (…)

So the rest of us, readers and writers and lovers of books, entrepreneurs and technologists (…) are going to have to come up with new and different ways to get books written, published and in the hands of readers. (…)

I’m optimistic. New technologies are coming along that change the economics of books: ebooks, ipods, print-on-demand, the web, and more to come yet. The readers are there, maybe fewer of them, but no less passionate. The writers are there. (…)

So it’s up to us — all of us who care about books — to figure out what the book business is going to look in the next decade or so.

Exciting times. »

Je partage cette excitation.

Habitudes d’achat de livres des Canadiens

Lu dans Le Soleil de ce matin sous le titre « Les écrivains canadiens, ces inconnus »; retrouvé sur Cyberpresse.ca sous le titre Margaret Atwood? Connais pas…

« …les Canadiens consacrent somme toute assez peu de temps à lire la prose de leurs compatriotes. En effet, à peine 22% des ouvrages que les répondants affirment avoir lus au cours des 12 derniers mois ont été écrits par des Canadiens. En fait, les consommateurs accordent très peu d’importance à la nationalité de l’auteur du livre qu’ils achètent: ce facteur arrive à l’avant-dernier rang dans la liste qu’on a proposée aux répondants. »

« « Ce qui m’intéresse, c’est d’abord le sujet, l’histoire du roman, pas la personne qui l’a écrit, confirme Robert Émery, rencontré dans une librairie du centre-ville de Montréal. En fait, je dirais même que je préfère les auteurs étrangers parce qu’ils me font découvrir plus de choses en me racontant comment est la vie dans leur pays.  » »

« Joëlle Gagnon, libraire en chef de la librairie Raffin, rue Saint-Hubert, note que la nationalité de l’auteur ne devient un critère pour ses clients que lorsqu’ils prévoient offrir un livre en cadeau à un étranger. « Les demandes pour des auteurs canadiens sont très rares, mais elles sont un peu plus fréquentes pour les écrivains québécois depuis quelques années », note-t-elle. »

Un tableau accompagne la version lue dans Le Soleil:

Critères de choix

Les Canadiens ont acheté 14 livres en moyenne ces 12 derniers mois. Voici, dans l’ordre, les facteurs les plus souvent cités comme ayant influencé leurs choix:

  • Le sujet du livre (80%)
  • Le nom de l’auteur (42%)
  • Le bouche à oreille (41%)
  • Le prix (23%)
  • Les critiques et les prix remportés (19%)
  • Les listes de meilleurs vendeurs (15%)
  • Les illustrations et la mise en pages (12%)
  • L’adaptation au cinéma (11%)
  • La nationalité de l’auteur (4%)
  • La nationalité de l’éditeur (3%)

Je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur la version complète du sondage de Patrimoine canadien.

Quelques chiffres sur l’édition québécoise en 2007

Parmi mes lectures du temps des Fêtes, pour préparer quelques projets d’écriture — de réponses à des blogueurs et, peut-être aussi d’un livre à venir en 2009:

« Il semble bien que, contrairement à 2005 et à 2006, la forte croissance des ventes de livres au Québec en 2007 ait surtout profité aux éditeurs étrangers. Ce ralentissement de l’édition québécoise sur son marché est en partie compensé par un accroissement des ventes hors Québec, tandis que tant les distributeurs que les éditeurs du Québec ont connu un repli relatif sur le réseau de détail face aux fournisseurs étrangers. »

Source: Édition québécoise 2007 : exportations en hausse et baisse sur le marché national – No 43, Décembre 2008

Je retiens particulièrement de ce document les figures 4 et 5, concernant les ventes directes des éditeurs vs les ventes réalisées par les distributeurs.

Cri du coeur d’un libraire

« Eteignons ces p… de téléviseurs et frénétiquement, délicieusement, voracement, doucement, emparons-nous d’un livre, et demain, devant l’étalage de ce bienheureux libraire en sifflant ou chantant, armé d’un sourire, trouvons le temps de flâner et de converser. »

À lire sur BiblioObs, le nouveau site littéraire mis en place par le Nouvel Observateur et Rue 89.