L’odeur du café dans un train

Levé avec le soleil. Attente silencieuse sur le quai à la fraîcheur du petit matin. Les sourires sont discrets. Les salutations timides. Le monde dort.

Il faut l’odeur du café à bord du train pour que tout change.

En direction de Montréal, on y a généralement droit un peu avant Saint-Apollinaire — quand on est dans la voiture 4.

Je consulte le GPS avant de verser le contenu du godet laitier dans mon café.

Je ne savais pas comment nommer ce petit récipient, j’ai lu pour la première fois ce qui est inscrit sur le dessus. Maintenant je le sais, c’est un godet laitier dairy milker 2% M.G. M.F. UHT.

Plessisville. Tout va bien.

Le roulis du train. Le paysage qui défile. Le soleil matinal. La musique de Regina Spekor: What We Saw From The Cheap Seats.

Le regard fixé à la fenêtre, en classe économique, je souris.

Fin de l’échauffement à l’écriture. La journée peut commencer. Je plonge dans mes courriels et dans la préparation des réunions qui m’attendent au bout de la voie.

Sur ce coin de rue


Je devais avoir 13 ans, ou à peu près, quand ils ont définitivement mis la clé dans la porte. Peut-être moins. Je me demande même si j’avais fini mon primaire.

C’était une station-service. Je pense. Ou un garage, en tout cas. Je ne suis plus certain qu’il y avait des pompes à essence. Mais il me semble que oui.

Ce doit d’ailleurs être pour cela que c’est encore ainsi aujourd’hui. Le terrain doit être contaminé par les résidus d’essence. Probablement. Personne ne veut payer pour ça.

Je ne me souviens plus de l’enseigne. Il n’en reste rien d’ailleurs, comme tu peux le voir au-dessus de la vitrine arrondie d’où le caissier nous a tellement vu passer, chevauchant fièrement nos BMX après une course folle sous les pylônes d’Hydro ou revenant du dépanneur les poches pleines de bonbons.

Vingt-cinq ans plus tard. Au moins.

Toujours à l’abandon. En pleine ville. À Québec. Est-ce possible?

Ce l’est.

À deux pas de chez moi.

À croire que là, sur ce coin de rue, le temps s’est définitivement arrêté au moment de la chute du mur de Berlin.

Gaz Bar Blues n’en finit plus de finir.

Printemps

Elle est là, depuis deux ans, sur le mur rouge, près de la table de la cuisine. Elle nous inspire.

Elle accompagne notre vie familiale: les repas, les devoirs, les leçons, la lecture des journaux et les conversations auxquelles elle donne lieu — entre adultes et avec les enfants: comme pour nous aider dans la nécessaire pédagogie du bien commun et de la vie en société.

Discrète, elle a parfois pu passer inaperçue, mais elle a toujours là quand nous avons eu, autour d’un bon repas, avec la famille ou avec des amis, des échanges plus vigoureux sur la politique d’ici et d’ailleurs. Elle nous a entendu parler de souveraineté, d’environnement, de langue, d’identité, de culture et d’éducation, de justice et d’économie. De gaz de schiste, de plan nord et de corruption, aussi, parfois — comme des programmes d’à peu près tous les partis politiques.

Et, tout à coup, la voilà plus d’actualité qu’elle ne l’a jamais été — parce que c’est enfin le printemps.

Mon pays ce n’est pas que l’hiver, c’est une œuvre qui a été créée par ma mère, Geneviève De Celles, en décembre 2009.

Le jongleur


C’était encore l’hiver. Rue Saint-Laurent, à Montréal, dans le secteur italien.

Nous étions arrêtés au feu rouge quand il a fait son apparition. Il nous a élégamment salués, en levant son chapeau, et s’est mis à jongler, pour nous.

J’ai repensé à lui cet après-midi en voyant, à la télévision, un jongleur parmi la foule compacte du rassemblement en faveur du bien commun.

J’ai aussi pensé à lui en jonglant, à mon tour, avec la peur, la liberté, la démocratie et le bien commun — en essayant de rendre concret pour les enfants ce qu’est un projet de société — au fur et à mesure que prenait forme ce magnifique arbre géant.

Les enfants se sont endormis vers 20h30, sans trop de difficulté; rassurés après les événements d’hier, je pense, mais aussi un peu plus émotivement engagés dans l’avenir de leur pays — ça j’en suis sûr.

* * *

Une fois calme revenu dans la maison (et le lavage de la vaisselle terminé!), j’ai ressorti l’Âge de la parole — l’œuvre phare de Roland Giguère, écrite entre 1949 et 1960. J’en ai une très belle édition de 1965, un peu abimée, mais beaucoup plus agréable à lire que toutes les éditions plus récentes.

Je me suis accordé ainsi quarante-cinq minutes d’un précieux recul poétique par rapport aux événements des derniers jours — en plongeant dans les mots d’une époque au cours de laquelle se préparaient également de profonds bouleversements pour la société québécoise.

J’en suis ressorti particulièrement touché par un texte, que j’ai envie de dédier aux étudiants qui auront marché de l’hiver jusqu’au printemps dans les rues du Québec — et dont la détermination, l’habileté politique et la solidarité m’inspirent profondément.

TANT ATTENDUS

Vint la neige dans nos mains moites
vint la lueur des condamnés
vint le dégel du fleuve
vint le vent ramasser les feuilles mortes
vint ensuite la douceur de l’air libre
circulant dans les rues tête nue
vint aussi la raison des pas perdus
puis vinrent les jours tant attendus
où nous vécûmes de rien de tout et bien
les moments les plus difficiles

Roland Giguère, 1950.

* * *

À partir d’aujourd’hui, il ne s’agit plus surtout de savoir si nous sommes en faveur ou non d’une hausse des frais de scolarité. Il s’agit de savoir si nous sommes capables de reconnaître l’importance du mouvement que ces jeunes ont tenu à bout de bras depuis plus de dix semaines — et la nécessité d’en faire pour eux (et pour nous!) une expérience positive, un événement fondateur, grâce auquel ils deviendront des citoyens engagés, plutôt que de rejoindre progressivement la génération particulièrement cynique qui les a précédés.

Dans ce parc


Il y a dans ce parc tout ce qu’il faut pour écrire un livre.

Du beau, du laid. Du neuf, du vieux. De la richesse et de la pauvreté. Des gens aussi. Des personnages. D’hier et d’aujourd’hui. Gilles Kègle, Gabrielle Roy. Une gare et un port avec tous leurs départs, leurs arrivées et les rêves qui les accompagnent.  On y trouve la fontaine de Charles Daudelin et les chaises de Michel Goulet — sur lesquelles sont reproduits les mots de dizaines de grands auteurs. Pas très loin, il y a aussi ma pizzeria préférée et quelques autres bons petits restaurants.

Qu’on y passe rapidement ou qu’on s’y installe pour l’après-midi, on est aussitôt enveloppé par la magie: on se trouve l’imagination grouillante, au cœur d’une fiction en train de s’écrire. Tout inspire.

Ces deux cônes qui coiffent le lampadaire, par exemple.

N’importe où ailleurs on aurait cru qu’ils avaient été posés là par un espiègle. Pourtant, pour qui était dans le parc hier midi, c’était évident qu’il ne s’agissait pas de cônes, mais plutôt d’improbables repères piqués là par un géant égaré à la recherche de sa route sur Google Maps, dans une autre dimension.

Ces repères aux allures de cônes témoignaient de l’existence d’un autre, ailleurs, presque invisible, mais pourtant là. Ici.

Dans ce parc.

Regards

Nous attendions l’ouverture du Salon du livre dans une lumière étincelante, celle du printemps de Paris. Les portes auraient dû être ouvertes depuis une bonne vingtaine de minutes. L’impatience s’emparerait peu à peu de la majorité d’entre nous.

Elle semblait échapper à l’impatience. Plongée dans sa lecture, assise sur une valise, bottes aux pieds, sac de voyage ouvert à ses côtés.

Intrigué, je me suis éloigné du groupe pour m’en approcher un peu — déambulant, l’air de rien, pour éviter d’attirer son attention.

L’étiquette sur son sac indiquait qu’elle était arrivée le jour même à Paris, CDG, en provenance des États-Unis, par US Airways. Elle lisait un livre dont je reconnaissais la maquette sans pouvoir en lire ni le titre ni l’auteur. J’ai volontairement échappé ma cocarde près d’elle afin d’en apprendre un peu plus. J’ai pu voir qu’elle lisait Soifs, de Marie-Claire Blais.

Me redressant, cocarde à la main, j’ai croisé son regard. Elle a certainement pu voir la surprise dans le mien. J’aurais pu lui parler, mais les portes se sont ouvertes et j’ai rapidement rejoint les collègues. Elle a dû se lever, emporter son sac et sa valise puis entrer à son tour au Salon, quelques pas derrière moi. Je ne l’ai pas revue. Je ne sais pas qui elle était. Et je l’ai oubliée.

Jusqu’à hier matin.

Je venais de déposer Le Devoir du samedi sur la table de la cuisine. Un peu trop vigoureusement, peut-être, parce que le bulletin d’information des éditions du Boréal s’en est aussitôt échappé — avec en couverture le profil d’un visage féminin dont les airs me sont apparus familiers. Une très belle couverture, colorée, très efficace pour attirer l’attention.

Aussitôt ouvert, j’ai pu constater dans le petit catalogue saisonnier que cette très belle image était en fait la couverture du plus récent livre de Marie-Claire Blais, Le jeune Homme sans avenir — expressément présenté comme le sixième volet de la série romanesque Soifs

Ce visage, ne pouvait qu’être que le sien.

Et, cela, vraiment la plus étonnante façon de croiser à nouveau son regard.

Qui marche?

Lundi de congé. Pas de pluie. Pas de vent.

J’ai défait le garage de toile et libéré les arbres de leurs abris. L’hiver est officiellement terminé.

Au cours des travaux, j’ai plusieurs fois eu l’impression que l’homme qui marche m’observait, qu’il m’invitait à profiter du moment — à le sentir.

Alors j’ai pris le temps d’apprécier la texture des vis envahies par la rouille, le froid des tuyaux d’aluminium, les feuilles séchées par l’hiver, qui cassent entre les doigts.

J’ai senti l’odeur des cèdres sous la toile de jute, celle du sapin de Noël qui sèche sur le tas de compost, celle de la terre humide là où il y avait encore de la neige ce matin.

J’ai écouté le chant des oiseaux, le bec du pic qui frappait sur le tronc du grand chêne, et celui de la toile de plastique qui m’a rappelé les jours de froid et de grands vents.

J’ai vu les chats de la voisine m’observer, cachés sous une voiture, les tiges et des premières tulipes se frayer un chemin dans la terre noire et les minuscules bourgeons de la spirée chercher le soleil.

J’ai croqué dans une pomme aussi. Et bu un grand verre d’eau fraîche.

Quand j’ai eu fini de préparer le terrain pour le printemps, l’homme qui marche était reparti. Je me suis dit qu’il était allé marcher avec les étudiants… parce que j’ai beaucoup pensé à eux aussi au cours de l’après-midi.

Je suis rentré pour me réchauffer. Ma tendre moitié m’avait préparé une collation: croustade renversée aux pommes et aux framboises. Un magnifique petit carré rouge à l’odeur enivrante, au goût extraordinaire, tendre et croquant, servi avec un mélodieux je t’aime.

Le bonheur quoi.

Prendre le temps


Guy m’a envoyé il y a quelques jours par courriel cette photo qu’il a prise dans le parc linéaire de la Narchez. La lumière et le calme qui s’en dégagent m’ont profondément touché. Je l’ai mise de côté, le temps d’y revenir.

J’ai reçu hier en cadeau L’homme qui marche, de Jirô Taniguchi. Je l’ai lu ce soir et j’y ai retrouvé la même lumière et le même calme qui m’avait touché dans la photo — qui m’est aussitôt revenue à l’esprit.

L’homme qui marche, c’est une bande dessinée aux images sobres, toutes en noir et blanc; une série de courtes histoires qui se lisent lentement; une ode à la contemplation — une invitation à prendre le temps de regarder, d’écouter, de goûter, sentir, de toucher tout ce qui est au cœur de notre quotidien. Un livre impossible à apprécier si on est pressé, stressé ou inquiet. Un livre de sérénité.

On pourrait croire qu’il ne s’y passe presque rien — le vol d’un oiseau, la découverte d’un coquillage, une pluie soudaine, une rencontre imprévue, une sieste sous un cerisier. Et pourtant!

Et pourtant, les détails de chaque image nous font découvrir tout ce qui nous échappe, tout ce qu’on perd, quand on se laisse envahir par l’empressement et qu’on néglige nos sens.

En tournant la dernière page, je me suis servi quelques gorgées de Bowmore, j’ai tamisé la lumière du salon, j’ai ressorti la photo que m’avait envoyé Guy et j’ai écrit ce texte dans le calme de la maison endormie.

Apparition


Aujourd’hui il y a 5 personnes qui sont arrivées sur mon blogue en écrivant dans un outil de recherche:

histoire de larocque et fils drummondville

Je trouve ça incroyable. Des voyageurs, clients de Via Rail, peut-être.

Ça m’a fait penser que j’ai pris une autre photo de l’entrepôt de Larocque et fils lors d’un récent déplacement vers Montréal. Et cette fois, je pense que je l’ai vu! Celui que j’avais cherché, en février dernier : le fils (ou le petit fils) du E disparu. Il était là, dans l’embrasure.

Comme une apparition.

Journal d’un printemps

Il s’appelait Godefroi Flegmon.

Ses amis l’avaient mis au défi. Il avait accepté. Il devrait noter pendant trente jours ses observations sur l’actualité, telle qu’elle lui était relayée par les médias. Pour quoi faire? Pour rien. Rien de prévu en tout cas.

Il devait commencer ce soir.

* * *

Extraits du journal de Godefroi Flegmon

1er avril 2012


« Ils se sont succédé à l’écran toute la soirée pour marteler ce qu’ils présentaient comme une évidence.

Une fatalité, ou presque: nous n’avons plus les moyens de se payer tous ces services publics.

— Vous les avez pourtant déjà défendus, monsieur le chroniqueur…

— Oui, mais les choses ont bien changées depuis…

Bien sûr… il fallait y penser!

La solution serait donc de moduler le prix des services en fonction des revenus de ceux qui utilisent les services. Que les plus riches paient plus cher, ce serait plus juste, a-t-il dit d’un air généreux.

Bullshit!

— Comment peut-on accepter que les riches d’Outremont (comme moi, insiste le chroniqueur) ne paient que 7$ par jours pour faire garder leur enfant alors qu’ils ont les moyens de faire des voyages deux fois par année? Il me semble qu’ils devraient payer plus cher. Ce serait plus juste…

C’est peut-être parce qu’on ne veut pas que ceux qui paient plus cher exigent des services différents des autres? ou que ceux qui ne bénéficient pas des services parce qu’ils n’ont pas d’enfants ou qu’ils ne sont pas malades ne demandent pas d’être exemptés des coûts du système de garderie, du système scolaire ou du système de santé?

Ce qui est équitable, ce n’est pas toujours ce qui apparaît plus juste au premier regard. Ce qui est équitable, ce qui est vraiment juste, c’est que tous les citoyens soient également considérés quand il est question de services publics, et, ce quel que soit leur revenu.

Un système universel — comme les garderies, les écoles et la santé — c’est quelque chose qu’on juge absolument essentiel au bon développement de la société — quelque chose qui doit rester hors de la logique de marché. C’est quelque chose qui doit être financé par les impôts — et surtout pas dans une logique d’utilisateurs payeurs. C’est quelque chose pour lequel chacun doit payer par l’entremise de l’impôt sur le revenu, et, cela, indifféremment de l’usage qu’il fait des services publics.

Mais j’ai comme l’impression que c’est de plus en plus tabou de parler de l’impôt — et de la solidarité.

Y’a peut-être des gens qui ont intérêt à ce qu’on en parle pas trop…

…des gens qui sont même prêts à payer spontanément 20$ de plus par jour pour envoyer leurs enfants à la garderie plutôt que de nous voir parler du rôle fondamental de l’imposition pour assurer la distribution de la richesse. Peut-être parce qu’ils savent que ça leur coûterait pas mal plus que 20$ par jours si on analysait tout ça plus en profondeur et qu’on se mettait à (re)parler de solidarité entre les classes sociales et entre les générations.

Je dis ça de même…

Ce serait peut-être bien qu’on fasse une petite place à un économiste-pédagogue quelque part entre toutes ces images de manifestations étudiantes pour nous aider tous à comprendre ça… pour sortir du spectaculaire et entrer un peu plus dans le véritable débat politique.

Qui sait? Peut-être demain soir… »

Taxi


La borne de taxi était sur la place. Nous étions pressés. Il fallait être boulevard Beaumarchais en 10 minutes. Nous nous sommes engouffrés dans la voiture sans remarquer qu’elle était flambant neuve. Elle sentait le cuir et ce qu’il faut pour faire briller un tableau de bord. BMW M5, je l’ai lu en sortant. Elle était bleu marine.

Ça n’avait pas été la seule surprise, puisque le chauffeur était une chauffeure — chose très rare dans la capitale. Visiblement pas une personnalité banale: peau basanée, cheveux platine, élégamment musclée. Elle avait un look qui empruntait à la fois à celui de Rihanna et à celui de Ben Jonhson.

Elle portait de bijoux dorés en abondance, de gros bracelets, une bague à diamant à chaque doigt et des lunettes de soleil Chanel. Un chapelet d’or et de perles était suspendu au rétroviseur.

Son iPhone a sonné. L’identité de l’appelant s’est affichée sur le tableau de bord. C’était Dadou. Il avait beaucoup de choses à raconter Dadou. Ses paroles emplissaient l’habitacle d’un dialecte inconnu. J’aurais aimé pouvoir intervenir, juste pour le surprendre. Les bruits que nous entendions derrière sa voix m’ont fait croire qu’il était dentiste.

Est-ce qu’un dentiste peut parler au téléphone tout en maniant la fraise?

Une usine dans le brouillard


À la lecture du texte de Didier Fessou, dans Le Soleil de dimanche dernier, on pourrait croire que c’est la faute de De Marque si l’usine Papiers White Birch a fermé ses portes. Comme si le livre numérique — encore marginal — pouvait être tenu responsable de la fermeture des usines de papier — et cela, sans égard aux choix et à la gestion immorale de leurs propriétaires ultra capitalistes. Pure démagogie.

J’ai tout de même souris en lisant le texte, parce qu’il m’a fait penser à cette photo, prise il y a quelques jours, de la porte des bureaux de De Marque, où on ne voit plus du tout l’usine de Papiers White Birch — complètement disparue dans le brouillard.

Chroniques ferroviaires — 1

Il y a M.-H. qui chronique déjà brièvement sur Facebook ses allers-retours en autocar à Montréal.

Au nombre d’allers-retours que je fais — de plus en plus souvent en train — je pense que je vais aussi entreprendre d’écrire des chroniques ferroviaires. Parce qu’il y a toujours quelque chose à raconter quand on passe trois heures dans un train — plus encore que dans un bus. Je me demande d’ailleurs pourquoi.

Ce matin, par exemple. Départ à 6h. Cinq minutes après le départ, mon voisin de gauche ronfle déjà, pendant que mon voisin de droite, de l’autre côté de l’allée pianote frénétiquement sur son ordinateur. Le temps passe, les kilomètres défilent. On nous sert un café.

Après une petite heure, mon voisin de gauche se réveille et sort quelques documents — vraisemblablement pour en prendre connaissance avant la réunion qui l’amène à se rendre à Montréal. Sans trop chercher à lire, j’observe quand même qu’il travaille en informatique pour Desjardins. Refill de café. Je regarde de l’autre côté de l’allée, et je constate sur l’écran de l’ordinateur de mon voisin de droite qu’il consulte ses comptes bancaires… sur le site transactionnel de Desjardins!

J’étais devenu interface: assis entre le concepteur du système et son usager.

J’ai pensé les présenter — mais déjà, nous arrivions en gare.

Trente-neuf


Trente-neuf ans hier.

De nouvelles lunettes demain — un nouveau visage, un regard neuf.

Un voyage en Uruguay dans la tête pour la fin de l’année.

Un printemps tranquille pour le 22 avril.

Et quoi encore?

Un peu d’exercice, bien sûr, parce qu’il faut garder en forme! Il faut durer — il y a tant à lire, tant à voir, tant à dire, tant à écrire, et tant à faire! Pas de niaisage: la santé! — on me l’a rappelé!

Trente-neuf ans.

L’an prochain, j’aurai l’âge que mon père avait quand je suis né.

C’est dire tout ce qu’il me reste à accomplir…

Présence


J’ai d’abord pensé, comme vous, que cette lumière révélait une présence.

Puis j’ai douté.

C’était peut-être plutôt un oubli — quelqu’un parti en laissant la lumière allumée? Une femme qui prévoyait rentrer à la maison en fin de soirée mais qui tombée en amour avec un aventurier rencontré à la terrasse d’un café — partie avec lui sur un coup de tête pour un safari au Kenya?

Je me suis faufilé dans le hall l’immeuble pour noter son nom et son adresse complète.

Quelqu’un qui laisse ainsi allumée la lumière de son appartement n’a certainement pas une vie banale.

J’aimerais lui écrire.