Bilan et perspectives pour Le Lien Multimédia

logo_lien_multimedia1Chaque fin d’année, Le Lien Multimédia propose à ses lecteurs un bilan et quelques perspectives pour l’année 2009. C’est dans ce contexte qu’on m’a demandé de répondre à trois questions, que je reprends ici (en gras) suivies de mes réponses.

* * *

Quelle a été, d’après toi, la meilleure idée à voir le jour dans le monde multimédia québécois en 2008?

Je dois d’abord préciser que je suis revenu au Québec à la mi-année après presque trois ans passés en France et qu’il n’a pas toujours été facile de suivre l’actualité du multimédia pendant cette période.

Cela dit, je n’ai pas trouvé que 2008 était un très grand cru en termes d’innovation — une année de maîtrise et d’approfondissement peut-être davantage.

Ce qui me vient toutefois le plus spontanément à l’esprit comme « meilleure idée », ou comme « meilleure nouvelle » de 2008, c’est la campagne Web de Québec Solidaire lors des dernières élections. Rien de si extraordinaire, me direz-vous? C’est vrai. Avec des résultats très mitigés? Peut-être. Mais je pense que nous avons enfin eu un exemple québécois du « comment faire de la politique sur le Web en 2008 » — un exemple que les autres partis ne pourront pas ignorer.

Chapeau à Anne-Marie Provost et son équipe, ainsi qu’à tous ceux et celles qui les ont appuyés et qui leur ont fait confiance pendant cette campagne.

Reste au Parti québécois et au Parti libéral à se retrousser les manches maintenant — et sans attendre les prochaines élections! Parce que la démocratie ce n’est pas seulement voter, et qu’Internet nous amène à repenser la manière dont peut se vivre la démocratie québécoise au quotidien.

Le flop de 2008?

Aucun doute dans mon esprit, le grand flop de 2008 c’est le manque de leadership politique dans le domaine du multimédia et d’Internet.

Je trouve invraisemblable qu’au moment où notre société est en train de se transformer rapidement sous l’influence des « nouvelles technologies », le Québec ne dispose d’aucune vision d’ensemble, et encore moins de stratégie, dans ce domaine. Ce n’est pas sérieux: ni d’un point de vue social, ni d’un point de vue économique.

Je trouve invraisemblable qu’aucun des partis politiques n’ait présenté de propositions sérieuses à cet égard lors de la dernière campagne électorale.

Quelques mesures ici et là, bien sûr, mais quel plan d’ensemble? En éducation? En culture?

Et je ne dis pas que c’est seulement la faute des hommes et des femmes politiques — nous avons aussi, comme citoyen, une responsabilité dans ce déplorable état de fait.

Cessons d’accepter l’inacceptable: engageons-nous dans les démarches qui contribuent à faire émerger une vision partagée du rôle des technologies de l’information et de la communication dans le développement du Québec (unplannumeriquepourlequebec.com par exemple); écrivons aux élus; proposons-leur des plans d’actions. C’est urgent!

Une chose que tu aimerais voir en 2009?

J’aimerais que le Québec se dote d’un plan ambitieux en rapport avec le rôle d’Internet à l’école. Un plan avec une portée d’au moins dix ans — parce que l’école n’est pas une institution qu’on peut bousculer; et parce que les responsabilités qui incombent aux enseignants exigent qu’ils aient un temps suffisant pour adapter leurs pratiques pédagogiques à la vision que ce plan devrait énoncer.

Ce plan ne parlerait pas seulement de technologie et d’équipements, mais aussi (surtout!) de l’ouverture sur le monde qu’Internet rend possible dans les écoles; de la forme que nous souhaitons voir prendre au matériel éducatif et du rôle des éditeurs scolaires pour développer ce matériel. Préciser aussi ce que tous les enfants québécois devraient savoir pour être en mesure de développer leur identité dans ce nouveau monde aussi — parce que c’est un véritable défi qui échappe aujourd’hui largement à l’école.

La « réforme » était une nécessité. Il faut continuer de l’appuyer. Ses fondements correspondent bien aux défis que les enfants devront relever lorsqu’ils seront adultes.

Je suis convaincu que plusieurs des difficultés que nous rencontrons dans la mise en oeuvre de cette réforme tiennent essentiellement au fait que nous n’avons pas encore su faire appel aux technologies pour aller au bout des convictions qui nous ont guidés jusqu’ici — c’est pourtant nécessaire. C’est le défi que ce plan devrait nous aider à relever.

Dans un autre ordre d’idée, j’aimerais aussi que les éditeurs, les auteurs et les libraires, notamment, s’engagent dès maintenant, et avec conviction, dans le passage au numérique et dans les premières étapes de la dématérialisation du livre. Je vais personnellement y consacrer toutes mes énergies au cours des prochains mois, parce que je suis convaincu que par delà les risques qui inévitablement associés à de tels bouleversements techno-socio-économiques, il y a là une extraordinaire opportunité pour la culture québécoise de voir naître de nouveaux talents et de se faire connaître plus largement que jamais auparavant.

Nationalisme et humanisme

Je suis en profond désaccord avec la charge que Mathieu Bock-Côté signe contre le Bloc québécois ce matin dans les pages du Devoir.

Le très médiatique candidat au doctorat à l’UQAM accuse Gilles Duceppe de trahison, participe au délirant discours du « coup d’état » et prétend que le Bloc s’est disqualifié pour de bon dans la défense des intérêts du Québec.

Foutaise!

On comprend que pour lui tout ce qui permettrait au Québec de vivre tranquille dans son coin (« un gouvernement fédéral plus discret [même très] conservateur ») est préférable à un fédéralisme plus centralisateur — il ajoute même que le Bloc devrait rester — comme au moment de sa fondation — « une coalition de nationalistes de tous les horizons »… comme si depuis 17 ans le contexte politique québécois, canadien et international ne s’était pas profondément modifié.

Je récuse le nationalisme d’isolement que plaide Mathieu Bock-Côté et je condamne le cynisme de ceux qui croient que le Bloc n’avait pas à se mêler des querelles entre le Parti conservateur, le Parti libéral et le NPD — voire pire, de ceux qui, comme Mathieu Bock-Côté croient que Gilles Duceppe aurait dû profiter de la situation et faire « une alliance [avec] un gouvernement conservateur s’ouvrant à certaines revendications historiques du Québec. »

Non, franchement. Le nationalisme doit avoir des limites et la volonté de faire du Québec un pays doit continuer d’être motivée par un projet de société (lequel nous manque cruellement aujourd’hui) et par des valeurs humanistes.

Dans ce contexte, de mon point de vue, il serait absolument inacceptable que le Bloc québécois s’allie à un gouvernement qui s’était proposé de couper le financement aux partis politiques, de retirer aux employés du gouvernement le droit de grève et d’abolir le droit pour les femmes de recourir aux tribunaux pour protéger leur droit à un salaire égal. Un gouvernement qui a par ailleurs démontré à maintes reprises depuis quelques mois, notamment dans le dossier de la culture, qu’il est prêt à renier sa parole à tout moment.

La situation à Ottawa est invraisemblable, c’est vrai. Mais pour ma part, je suis fier de constater que Gilles Duceppe a préféré assumer l’humiliante alliance avec les Libéraux (et leur chef!) et le NPD que de nous engager dans la voie d’un nationalisme prêt à tout pour vivre seul dans son coin.

Je souhaite, moi aussi, être « maître chez nous », mais pas si cela me demande, même par opportunisme, de renier mon engagement humaniste pour la démocratie et pour les droits des femmes et des travailleurs.

Pour cette raison, j’appuie pour le moment sans réserve le Bloc et la coalition que j’espère voir prendre place au Parlement fédéral.

Gérer une ville comme une business ?

Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:

« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »

Cela ne me plaît pas.

Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.

Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.

Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.

Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.

Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.

Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!

Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.

Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?

Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.

C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.

Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.

Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.

Contraste

Ici: « Moi, j’invite les enseignants progressistes à revendiquer leur autonomie professionnelle, individuelle et collective et à prendre leurs responsabilités pour faire avancer les idées-forces d’un véritable renouveau. »

: « Quant à moi, dans mon rôle de conseiller pédagogique, j’apprendrai par coeur le discours que je dois maintenant tenir. Après tout, c’est pour ça que je suis payé… »

Quel leadership?

Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.

Lire la suite de « Quel leadership? »

La force de la culture québécoise et la chance de l’immigrant

« …il garde toujours en tête le proverbe marocain hérité de son père, qui dit ceci: «Lorsque votre hôte vous déroule son tapis, ayez la bienséance de vous déchausser.»

«Mon père m’a toujours dit: avant d’être chez toi, tu es invité. Il faut respecter cette crainte de l’autre. Tout ne nous est pas dû. Il y a un passage. Il y a un devoir d’intelligence.

C’est un extrait d’une chronique de Rima Elkouri à lire comme une bouffée d’air frais dans le contexte du démarrage un peu turbulent de la commission Bouchard-Taylor.

Mario voulait savoir…

Dans un commentaire laissé en réaction à mon texte Où s’en va l’éducation, Mario me demandait il y a quelques jours de quelle façon mes deux années passées en France ont pu teinter ma réflexion sur l’éducation. En d’autres termes, si j’ai bien compris, il me demandait de préciser en quoi mes idées sur le sujet ont pu évoluer depuis deux ans.

Je présume que Mario m’interroge à ce sujet parce qu’il trouve que je n’ai pas suffisamment témoigné de cette évolution au cours des vingt-quatre derniers mois — n’écrivant pas assez régulièrement sur mon blogue. Il a bien raison.

Alors, je me lance pour une première version de cette réflexion — à parfaire dans les prochains jours/semaines.

Je pense que j’ai une vision de plus en plus culturelle et de moins en moins scolaire de l’éducation. L’école est certes (à l’évidence!) un outil indispensable à l’éducation mais la réforme des systèmes scolaires m’apparaît de plus en plus insuffisante pour permettre à une société de conserver la maîtrise de son développement et de pouvoir assurer une vie heureuse à toutes les personnes qui la composent (surtout quant on pense aux invraissembables efforts que ces réformes exigent!).

Je suis plus convaincu que jamais que les nouvelles technologie de la communication sont INDISPENSABLES au fonctionnement de nos systèmes politiques — et donc à l’élaboration des projets de société dont dépendent nos visions de l’éducation. Je n’ai rien perdu de ma conviction dans le potentiel démocratique des blogs, des wikis, des médias communautaires, etc. — au contraire, je ne cesse de m’émerveiller devant les exemples de leur fonctionnement encore plus efficace et puissant que je pouvais le croire!

Je suis de plus en plus intéressé par la profonde transformation du rôle des médias dans le fonctionnement de la société — j’en suis même parfois à penser que leur rôle ne sera bientôt plus de « critiquer le pouvoir politique », comme on l’a souvent dit, mais d’animer l’espace démocratique et de rendre audible ce qui, dans la rumeur, permet de reconstituer une véritable agora (un espace public qui était possible avec un petit nombre de personnes ayant droit de parole, mais qui n’est pas spontanément possible avec une parole aussi largement distribuée).

Pour cette raison, je commence à accepter l’idée que les excès des uns sont davantage dans l’intérêt public que le silence ou les excès de nuances des autres — et, qu’en ce sens, il conviendrait parfois davantage de condamner ceux qui hésitent ou refusent de s’engager dans le débat public que ceux qui le font… même maladroitement. Je pense qu’il faut davantage utiliser notre capacité à faire des nuances dans l’écoute que nous faisons de l’opinion d’autrui que dans la formulation de nos propres idées.

Je continue de croire que le rôle des intellectuels, particulièrement dans ce contexte, n’est pas d’apporter des nuances sur les idées d’autrui, mais de s’appuyer sur leur compréhension approfondie des dossiers pour prendre le risque de formuler des propositions — au risque qu’elles ne soient pas retenues. La force de proposition des intellectuels nous est plus indispensable que jamais, il faut trouver des manières ingénieuses de les encourager à s’engager dans le débat public.

Je suis aussi de plus en plus convaincu du potentiel éducatif des médias — je vais parfois jusqu’à penser qu’une partie de la mission qui a été confiée à l’école au cours du dernier siècle pourrait éventuellement être assumée par de nouvelles formes médiatiques. Une réflexion à poursuivre….

Je continue évidemment — et plus que jamais! — à croire dans la symbiose de l’espace urbain et de l’espace éducatif — de l’espace où l’on vit (ensemble) et de l’espace où l’on apprend. Parce qu’il n’y a pas d’apprentissage sans projet et que la cité, c’est le projet par excellence; celui, le seul, qui conditionne et dont dépend notre quotidien, notre rapport à l’autre proche, à demain. Et là-dessus mon expérience parisienne m’a appris la force des événements festifs (comme la Fête de la musique, par exemple) et des projets d’infrastructure collective (comme les Vélib’ et le Tramway, par exemples).

Et, par dessus tout (peut-être), je suis de plus en plus convaincu qu’on peut profondément faire confiance aux gens, à la population, comme groupe, à la foule — que quand on lui propose un projet stimulant, quand on lui offre l’occasion de s’engager, elle sait le reconnaître et la saisir avec enthousiasme. Je suis de plus convaincu qu’avec de bons moyens de communication et des nouveaux médias efficaces, cette foule saura généralement reconnaître le projet dans lequel s’engager, celui « qui a du sens » — un sens qu’il est plus que jamais de la responsabilité des élus et des pouvoirs politiques de savoir mettre en évidence. Un pari fou? Peut-être… mais aussi une utopie que je crois de plus en plus nécessaire!

Ce n’est sans doute pas très clair tout ça… mais j’ai quand même envie de le publier ainsi pour profiter des réactions de Mario (qui ne regrettera sans doute pas d’avoir posé sa question!) et d’autres lecteurs… et en faire éventuellement une version améliorée.

Les citoyens et les infrastuctures

Je rêve de voir cela prendre forme aussi à Québec, comme à Merced.

C’est une idée aussi brillante que simple, pour laquelle nous avons toute l’expertise à la portée de la main.

J’imagine ça réalisé par Poly9 et iXmédia, puis rendu accessible sur Québec Urbain en association avec ZapQuébec.

Je ne doute pas que cela pourrait par la suite intéresser la ville de Québec, qui fait déjà de gros efforts pour mieux informer les citoyens des travaux d’infrastructure en cours (notamment les travaux routiers) et pour leur permettre de lui signaler des travaux à entreprendre, par exemple. Tout cela pourrait aussi être intégré à la carte du « Projet infrastructure de Québec ».

Mise à jour:
Cela devrait aussi intéresser les médias de la région. Francis Pisanni explique ainsi pourquoi, reprenant le message initial de Jeff Jarvis:

« Jeff Jarvis, professeur de journalisme plein d’idées a utilisé son blog pour lancer un appel aux médias peu de jours après la catastrophe de Minneapolis. Mettez une carte Google sur votre site, leur conseille-t-il. Ajoutez-y Platial (qui permet à chacun de créer les cartes de son choix en y indiquant les lieux important pour lui/elle) et invitez vos lecteurs à y indiquer les infrastructures qu’ils jugent dangereuses. Ça vous permettra d’avoir une quantité d’informations que vous n’auriez jamais autrement. Puis, faites votre métier: allez-voir sur place. Produisez des reportages, informez votre public en détail.

Le théatre d’été selon Joseph Facal

Joseph Facal a publié dans les derniers jours un texte qui me semble particulièrement important dans le contexte où nous assistons au Québec (et en France) à des bouleversements qui pourraient donner lieu à un renouvellement des pratiques politiques.

Sous le titre Théâtre d’été, l’ex-ministre-le-plus-présent-dans-la-blogopshère rappelle que:

« Un politicien […] peut très difficilement dire qu’il ne sait pas. […] Même chose devant un problème impossible à résoudre. Pour un politicien, l’admettre ne sera pas vu […] comme une franchise de bon aloi, mais comme un aveu d’impuissance et d’incompétence. […] »

« Il est donc toujours obligé de faire semblant qu’il sait ou qu’il peut faire quelque chose ou, au moins, qu’il est sensible aux tracas des gens. Montrer en tout cas qu’il ne reste pas les bras croisés. Bouger même si c’est pour n’aller nulle part. »

Tous ceux qui ont formulés des commentaires à la suite du texte semblent partager ce constat et s’entendre pour le déplorer — mais bien peu osent s’aventure à formuler des solutions à ce qui prend au fil de la conversation des allures de faiblesse de la démocratie alors qu’il ne s’agit en fait que de mauvaises habitudes pris dans l’exercice de la démocratie. Je ne crois à aucune fatalité en ce domaine — je crois profondément qu’il n’en tient qu’aux hommes et aux femmes politiques (et à ceux qui les élisent) de changer ces habitudes.

À cet égard, en réaction à un commentaire de Michaël Carpentier, Joseph Facal précise:

« …[qu’]on ne peut pas non plus TOUT dire ce qu’on pense TOUT LE TEMPS. En fait, c’est sans doute René Lévesque qui a montré la voie. Il disait : «je ne peux pas dire tout ce que je pense, mais je pense tout ce que je dis». »

Tout en étant d’accord avec cela, je pense que ce paragraphe illustre bien la faiblesse du texte dans son ensemble. Parce que le problème, au fond, ce n’est pas qu’un politicien choisisse ce qu’il dit et ce qu’il tait (on le fait tous continuellement) — c’est qu’il manque de respect aux citoyens en ne s’obligeant pas toujours à formuler des raisonnements complets.

Un raisonnement complet suppose, par exemple, de dire:

« Je pense que… parce que… et par conséquent je propose que… »

…quand on a quelque chose à proposer — ou:

« On constate que… cela a pour effet ceci et cela… et je n’ai malheureusement pas encore de proposition pour corriger la situation… reparlons-en le mois prochain… je m’engage à faire un suivi avec vous à cette date. »

…si on ne sait pas!

D’une certaine manière, le texte pèche précisément par ce qu’il dénonce parce que son auteur évite de formuler des propositions qui permettrait de palier à ce qu’il déplore: il se contente de formuler la part consensuelle — au risque d’alimenter le cynisme contre lequel il voudrait lutter.

Nous serions d’autant plus en droit de s’attendre à une proposition de la part de l’auteur, il me semble, qu’il ajoute, toujours en réponse à un commentaire:

« Je suis aussi entièrement d’accord avec ceux d’entre vous qui pensent que le peuple voit de plus en plus clairement ce théatre pour ce qu’il est, et que cela explique au moins une partie du cynisme actuel des gens. »

Pour moi, le devoir des intellectuels — ce qu’est indéniablement Joseph Facal — c’est de proposer. Le commentaire est insuffisant.

Je crois personnellement que le principal obstacle à cette autre manière de faire la politique est probablement l’instantanéité que tentent de nous imposer certains médias qui trouvent avantage à faire de la politique un spectacle. On s’attend aujourd’hui à ce qu’un politicien ait une idée sur tout à tout moment. Un pont s’écroule, il faudrait qu’il sache déjà de quelle manière il faut modifier la gestion des milliers d’autres que compte le pays. C’est renier la complexité du monde dans lequel on vit et l’interdépendance des sujets qui sont confiés au monde politique (qui, par définition, s’intéresse ce qui implique des choix de société difficiles, des arbitrages financiers, etc.).

Pour cette raison, il me semble plus important que jamais d’inscrire l’action politique dans le temps. Cela veut évidemment dire de faire moins de place aux sondages et de laisser le temps aux gens de réfléchir, mais cela veut aussi dire d’exiger de nos hommes et de nos femmes politiques de dire ce qu’elles pensent plus régulièrement, d’exprimer les valeurs qui les guident, et de partager plus ouvertement leurs convictions. D’écrire aussi — d’avoir le courage de s’exprimer en sachant que c’est aussi sur la base de ce qu’ils ont dit dans le passé que nous les jugerons dans le futur — et que s’ils ont généralement été cohérents, qu’ils n’ont pas fait preuve de trop d’opportunisme, nous saurons leur accorder le droit de ne pas tout avoir sur le champ ou de ne pas avoir d’idée sur tout au moment précis où on le demande — et même le droit à l’erreur et celui de changer d’idée! Tout est dans la rigueur et l’exigence qu’on s’impose. La voie facile, celle par laquelle on choisi de ne s’exprimer que quand on est forcé de le faire, n’est pas une voie compatible avec le renouvellement des pratiques politiques.

C’est bien d’ailleurs pourquoi les blogues, par l’ouverture et la perspective constructiviste qu’il permet d’avoir sur la pensée des uns et des autres (des simples citoyens comme des politiciens qui acceptent de jouer le jeu) sont aussi intéressants, et de plus en plus indispensables, d’un point de vue démocratique. Je suis ravi que Joseph Facal partage ce point de vue et qu’il tienne son propre blogue. C’est d’ailleurs pourquoi je me permets de réagir à son texte en l’invitant à prolonger sa réflexion qui me semble encore bien incomplètement formulée.

J’ai pour ma part candidement (?) formulé il y a quelques mois un certain nombre de propositions qui pouvaient s’inscrire dans cette voie. Je les reporte ici afin qu’elles puissent alimenter la discussion.

Certes, la situation est déplorable. Alors, on fait quoi?

Renouvellement de l’espace politique

Cela fera une semaine demain qu’André Boisclair a remis sa démission comme chef du Parti Québécois. Juste une semaine.

Je ne suis pas tout à fait certain que ce qui s’est passé depuis est tout à fait sain. J’avais personnellement exprimé le souhait que le choix d’un nouveau chef soit précédé de discussions sur le projet de société qu’incarne le Parti Québécois, mais au bout du compte le résultat me convient très bien et je suis persuadé que Pauline Marois saura animer la mise à jour du projet qui pourrait un jour donner lieu à la naissance d’un nouveau pays — non comme une fin en soi, mais comme un moyen de réaliser certains éléments essentiels de ce projet. C’est ce projet qu’il faut faire naître, d’abord et avant tout. J’avais cru en Pauline Marois en 2005. J’y crois toujours — et plus encore — parce que je crois que les circonstances sont bien meilleures et qu’elles lui permettront bien mieux d’exploiter ses forces et ses talents.

Il faut être fait fort pour faire de la politique aujourd’hui… et les blogueurs sont particulièrement impitoyables. Avant même qu’elle ne soit officiellement nommée cheffe certains, dont Mario, doutent déjà de la longévité de Pauline Marois à la tête du Parti Québécois — certains allant même jusqu’à formuler des hypothèses frôlant le mépris (que ceux-ci me pardonne, je le pense sincèrement!) selon lesquelles Mme Marois serait aujourd’hui seulement choisie parce que les membres du parti « veulent se faire pardonner pour la dernière fois ». Franchement! Est-ce qu’on ne peut pas lui reconnaître ses compétences, lui laisser sa chance… et la juger sur ses résultats?

Bien entendu que ce parti est impitoyable pour ses chefs! Bien entendu qu’il n’est pas normal d’oublier, pour ainsi dire, un chef en moins d’une semaine; bien entendu que Pauline Marois pourrait aussi être dévorée par le parti (est-ce qu’elle ne l’a pas déjà été quelques fois?). Et alors? N’est-il pas normal qu’un parti qui défend auprès des Québécois un projet aussi ambitieux que de fonder un pays soit aussi exigeant avec ses chefs? Bien sûr! Et c’est une évidence que le rôle de chef du Parti Québécois est plus exigeant que celui de chef du parti libéral ou de l’ADQ. Heureusement, aie-je même envie de dire!

Je l’ai dit hier dans un commentaire sur le blogue de Mario: je souhaite que ce qui ressemble de plus en plus à un couronnemment ne nous privera pas de discours importants — suivis d’actions concrètes — sur le plan de l’éducation, sur la place de l’entrepreneuriat et de l’innovation dans le développement économique, sur l’environnement, sur les relations internationales, etc. Il ne faut pas que le consensus qui s’est exprimé cette semaine ait pour effet de reléguer au second plan l’expression des points de vue — même divergents (surtout divergents!) — et qu’il autorise, au contraire, des échanges encore plus approfondis.

Je compte d’ailleurs pour cela sur Mme Marois — notamment afin trouver la meilleure manière de faire appel à Joseph Facal, qui vient de passer à deux doigts de replonger dans la vie politique.

Ces deux là sont, de mon point de vue, deux des plus indispensables acteurs du renouvellement de l’espace politique québécois.

Le blogue de Joseph Facal

C’est un départ pour Joseph Facal… qui hisse la voile pour explorer la blogosphère — et il n’arrive pas les mains vides, nous offrant d’un seul coup presque quatre ans d’archives!

Je suis évidemment ravi d’avoir modestement pu contribuer à rendre possible cette aventure (dont André Parent et Jean-Sébastien ont pris la relève)… mais plus encore, je suis rassuré de constater qu’un nombre croissant de personnalités politiques de premier plan font l’expérience directe de ce que représente l’univers des réseaux — un univers tellement étranger à une certaine vision de la politique, fondée sur le contrôle de l’information.

…une vision de la politique qui a d’ailleurs encore une fois triomphé dans les derniers jours avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui est passé maître dans cette manière de faire la politique.

Je rêve du jour où une majorité d’élus auront leur blogue parce que je crois que cela permettra un arrimage plus dynamique entre « ceux et celles qui représentent » et « ceux et celles qui sont représentés » — une dynamique qui sera profitable à tout le monde et qui revalorisera le rôle de député, de conseiller et de maire.

Malgré son caractère utopique, je crois plus que jamais dans la pertinence du manifeste pour l’indépendance politique que j’avais esquissé il y a quelques mois.

…et j’aime croire que, comme d’autres avant lui, le blogue de Joseph Facal nous permet de faire encore un petit pas dans cette direction.