Jours 19, 20, 21, 22, 23… et 24!

Le temps file — encore et encore. Les feuilles tombent. Les jours raccourcissent. Le climat politique est tendu. La pandémie continue. Mais on tient bon!

Semaine de débat présidentiel aux États-Unis. De vote aussi — beaucoup beaucoup de vote par anticipation, en particulier chez les jeunes. Signe positif pour une démocratie autrement bien malmenée. Signe d’espoir? Je reste optimiste pour le 3 novembre. 

Semaine de tension sur le front lexical aussi avec les débats provoqués par la réaction de certains étudiants au choix des mots utilisés par une professeure de l’université d’Ottawa.

Le débat m’a semblé bien mal engagé en début de semaine avec des excès de toute part. Mais en lisant les journaux aujourd’hui je me dis qu’il finit par prendre le bon bord: celui de la nuance et de l’humilité.

La nuance, comme nous y invite Boucar Diouf.

L’humilité, comme en fait preuve Patrick Lagacé, dans LE texte à lire aujourd’hui, à mon avis. 

Les textes sont très nombreux dans les journaux à ce sujet — avec des points de vue plus complémentaires que contradictoires. Ils nous offre de quoi réfléchir. Parce qu’il ne s’agit pas de se faire une idée sur le sujet, mais de cultiver une réflexion continue, individuelle et collective, sur tout ça. 

Pour s’engager dans une réflexion — avec une perspective réellement progressiste: pour faire advenir un progrès, réel.

Asséner des opinions ou condamner sans appel ne nous mènera à rien de bon, comme le décrit si bien Sarah Silverman

Finalement, je trouve que la semaine nous a permis de progresser, collectivement, sur cette question infiniment délicate. Je trouve ça encourageant.

Jours 17 et 18

Hier soir et ce matin j’ai lu L’Espèce fabulatrice, de Nancy Huston. 

Je me demande pourquoi je ne l’avais pas lu avant — tellement c’est une lecture essentielle!

Le livre explore le rôle fondamental du récit — et de la fiction — pour l’être humain. L’autrice explique comment notre identité est, en elle-même, un récit. Elle est le résultat de ce qu’on choisit de retenir de notre vie, de ce à quoi on a donné un sens.

C’est un livre sur l’importance du roman et de la lecture dans le développement de notre civilisation. L’importance de développer le plaisir de la lecture chez les enfants aussi, forcément.

Nancy Huston survole les raisons qui nous amènent à s’associer à des récits plus qu’à d’autres (histoire, religions, politiques, etc.), et comment les récits auxquels nous sommes confrontés influencent nos identités individuelle et collective.

C’est un livre très agréable à lire et qui jette un éclairage fascinant sur notre époque — et en particulier sur ces derniers mois/années, qui peuvent apparaître de plus en plus surréalistes. Il me semble plus pertinent encore qu’à sa publication, en 2008.

J’ai trouvé que l’Espèce fabulatrice amenait un éclairage fascinant sur:

  • Sur ce qui a pu aider Trump à accéder au pouvoir;
  • Sur la nature les mouvement conspirationnistes — aux États-Unis, mais au Québec aussi;
  • Et même sur les étranges convictions des flat earthers — par exemple.

C’est un livre qui aide à comprendre aussi pourquoi le discours scientifique, à lui seul, ne suffira pas pour susciter une mobilisation suffisante pour faire face aux changements climatiques — et pourquoi on aura absolument besoin des romanciers, et d’autres spécialistes du récit, pour y arriver.

C’est un livre profondément humaniste, que j’ai trouvé plein d’espoir.

Un livre important. Un livre qui fait du bien.

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Évidents échos entre l’Espèce fabulatrice et les propos d’Andrian Rivierre auxquels je faisais échos il y a quelques jours

Aussi au Petit manuel de résistance contemporaire de Cyril Dion, lu il y a deux ans. La page Wikipédia consacrée à l’Espèce fabulatrice m’apprend d’ailleurs que le livre aurait fortement influencé la scénarisation du film Demain, qui m’a beaucoup marqué en 2015.

Ça m’a aussi ramené aux échanges auxquels avait donné lieu ma participation à une rencontre de Ciné-Psy, en rapport avec le film Qu’est-ce qu’on attend?, en 2018…

…et, plus largement au mouvement des villes en transition, initié par Rob Hopkins, qui a récemment publié l’excellent From What is to What if (en français: Et si…on libérait notre imagination pour créer le futur…).

Très inspirant tout ça! 

Jours 14, 15 et 16

7h00 — Jazz Journeys, Sonos radio

Le temps file! — je me répète, mais c’est vraiment ce qui caractérise les dernières semaines. Chaque journée se termine un peu de la même façon, par une exclamation, fort dans la maison, autour de 18h: « Bon, assez pour aujourd’hui! à l’impossible nul n’est tenu! ». On se retrouve dans le salon, Ana et moi, quelques minutes plus tard, pour partager les faits saillants de nos journées, avec un peu de musique, une bière ou un petit verre de vin et quelques grignotines.

Je pense que c’est ce moment, ensemble, à la fin de la journée, qui va marquer le plus durablement notre souvenir de la pandémie. Je le souhaite.

***

J’ai eu beaucoup de plaisir à participer à un nouvel enregistrement des Engagés publics mardi soir. Le résultat est ici.

J’ai complété la lecture de Le pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère. 

J’ai commencé à feuilleter une biographie de Jean-Charles Harvey qui s’annonce fascinante.

Et j’ai commencé à me rebâtir un environnement de veille un peu plus satisfaisant avec Feedly — j’avais négligé ça dans les dernières années. C’est l’occasion de réfléchir sur la nature des sources d’information dont je veux me nourrir l’esprit — un exercice très sain par les temps qui courent!

***

J’ai aussi commencé à compter les dodos avant l’élection présidentielle aux États-Unis.

Je suis optimiste.

Jours 12 et 13

6h30 — Deluxe, Fleetwood Mac

Il fait noir longtemps à cette période de l’année! Le soleil n’en finit plus de se lever…

Hier après-midi j’ai fait un grand ménage du cabanon pour faire de la place à tout ce qu’il faut ranger pour l’hiver. J’ai fait ça en écoutant un très intéressant dialogue entre Édouard Hermet et Adrian Rivierre sur le thème construire des récits positifs.

« Adrien est un expert de la mise en récit, de la prise de parole en public et auteur. Avec Adrien, nous avons exploré de nombreuses thématiques liées à nos imaginaires collectifs et la mise en récit de futurs souhaitables pour nos sociétés. »

Et en fin de journée j’ai (finalement) commencé la lecture de Le Pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère (dont j’avais découvert le livre dans un texte de l’Obs auquel j’ai fait référence il y a un mois). Extraits: 

« Cette fois encore, nous ne voulons pas nous laisser épingler d’un côté de l’opposition entre les optimistes béats (on s’en tirera toujours avec une solution technique) et les pessimistes farouches (l’effondrement est pour 2030, peut-être même avant). Aux premiers, nous objectons qu’il y aura bien des catastrophes, aux seconds que le pire n’est pas certain et que les possibles restent ouverts. »

« Une des principales raisons du succès de la collapsologie est son innocuité politique. Si l’on veut s’opposer à la gestion capitaliste des dégradations écologiques, il n’y a rien à attendre de la collapsologie. Il faut s’interroger pour savoir si d’autres mondes sont possibles et à quelles conditions ils peuvent advenir. C’est pourquoi il importe que l’écologie et l’ensemble des luttes sociales et des expériences qui portent sur la défense et l’amélioration des milieux de vie ne se laissent pas absorber dans un courant qui, finalement, dessert leurs objectifs. »

***

La collapsologie est un courant de pensée qui prétend qu’il est trop tard pour renverser les changements climatiques, qu’on ne peut dorénavant plus échapper à la catastrophe — à l’effondrement de la société — et qu’il ne reste plus qu’à s’y préparer. C’est noir, très noir… et ça ne met pas du tout dans une disposition d’esprit pour rassembler. Ça souffle pas mal sur le chacun pour soi.

Je trouve intéressant que Catherine et Raphaël Larrère soulignent que le succès d’un mouvement peut parfois être lié à son innocuité politique, qu’ils rassemblent parce qu’ils sont en fait des refuges pour se donner l’impression d’agir sans avoir à remettre en question les fondements, les causes des problèmes.

Je me dis que c’est peut-être un peu aussi ça qui explique le succès de plusieurs mouvements complotistes…

Si tel est le cas, il sera sans doute plus efficace de créer des mouvements plus attrayants, plus engageant, plus stimulants (j’ose même un plus l’fun) que les complotistes au lieu de se contenter de les dénoncer.

Il faut trouver dans les prochains mois des moyens que ça devienne plus l’fun de changer réellement le système que de se contenter de s’en indigner.

Jours 8, 9, 10 et 11

10h30 — Dusty Rainbow from the Dark, Wax Tailor

Le temps file, le temps file! Et j’ai mis en priorité la marche quotidienne sur l’écriture ici. Y’a que 24h dans une journée… et il a fait tellement beau hier. Il y aura aussi une grande marche aujourd’hui. À Lévis, probablement.

Je me suis fait un cadeau hier: un nouvel ordinateur, et j’ai pris le temps de faire un ménage en profondeur de mes espaces de travail — physique et virtuel. J’ai même déplacé le bureau, question de changer un peu de perspective. Ça peut faire du bien psychologiquement aussi, non?

J’étais dû, mon MacBook avait plus de 7 ans, et il commençait à en arracher pas mal pendant les visio-conférences — et au temps qu’on y passe par les temps qui courent, et vraisemblablement encore pour plusieurs mois…

***

Comme presque tous les dimanche matin, ma journée a commencé par la lecture de l’infolettre Sentiers, publiée par Patrick Tanguay.

Un texte m’a particulièrement intéressé aujourd’hui: Community-led futures is a radical act.

J’ai trouvé l’ensemble du texte très inspirant, mais la description du jeu de Polak a particulièrement retenu mon attention:

« First you ask people to stand somewhere on a line based on how optimistic or pessimistic they feel about the future. Standing at one end of the line means they are very optimistic, at the other end very pessimistic.

Next you ask people to imagine another axis in the room bisecting the first, which describes whether they feel agency over the future or if they feel helpless to influence it. Without shifting where they are on the first axis, they move along the second axis. You end up with the room in four quadrants. People in the first quadrant are optimistic and feel agency, those in the second are optimistic but feel they have no power to influence the future. The third quadrant contains people who are pessimistic yet feel they can influence things, and the final quadrant is where those who feel pessimistic and powerless stand. 

In the final step of the game you have fun by getting the people in each quadrant to form a team, try to justify their choices and convince others to join them. Whichever team recruits the most new members wins. »

Apparemment, après échanges et une animation adéquate, il y a pratiquement toujours plus de monde dans l’équipe des optimistes engagés.

Ça me semble une très belle illustration du défi que nous devons tenter de relever chacun avec notre entourage — particulièrement par les temps qui courent — le défi du leadership, en général — et ce qu’on devrait attendre des politiciennes et des politiciens, en particulier.

Note: pour celles et ceux qui souhaiteront aller plus loin, la description complète du Jeu de Polak mérite aussi le détour.

Jour 7

Jour 7

7h15 — La hiérarchill, Jérôme 50 

Je prends le temps d’écrire un court texte sur la journée d’hier avant d’entreprendre celle d’aujourd’hui. 

Ça a été une bonne journée!

J’ai eu plusieurs échanges avec des gens dont les plans et les projets sont en train de se métamorphoser à cause de la covid, mais qui ne se laissent pas abattre et qui se disent qu’il en sortira bien éventuellement quelque chose de positif. Si on n’y croit pas, y’a bien peu de chance que ça arrive…

Un début de soirée super agréable en famille, plein de complicité et de fous-rire. Ça fait du bien à tout le monde. Et la soirée à regarder et commenter le débat des aspirants à la vice-présidence avec mon amoureuse + les commentaires écrits de la plus grande, maintenant à Montréal, qui le regarde aussi.

Et la mouche sur la tête de Mike Pence, qui nous a bien fait rire!

Et, plus encore, les analyses qui sont de plus en plus convergentes pour dire que la possibilité d’une victoire de Trump diminue jour après jour… Il ne faut rien tenir pour acquis, bien sûr — mais je me suis quand même couché avec le sourire.

Je commence même à pressentir la satisfaction que ce sera (que ce serait) d’assister à une victoire décisive de Joe Biden le 3 novembre. Le soulagement… 

Enfin tourner la page… le début d’autre chose…

Il restera bien des défis… mais je pense qu’il sera beaucoup plus facile de s’y concentrer. C’est déjà pas pire…

Jours 5 et 6

22h15 — Sonos Radio, Concert Hall

Les derniers jours ont été fous fous fous: une succession d’imprévus, pas toujours agréables — mais qu’importe! Je suis content d’être passé à travers avec le sourire — par choix, parce que c’est tellement plus facile et plus agréable pour tout le monde! 

Même derrière un masque, le sourire, ça change tout!

Et un immense levé de chapeau à toutes ces femmes (surtout) qui portent le système de santé à bout de bras, généralement avec le sourire et avec tellement de bienveillance. 

***

À travers les imprévus: quelques cafés couverts d’une mousse nuageuse, quelques tasses de mon thé préféré (l’odeur suave et stimulante du lapsang souchong!) et un (ou deux) matcha — dont la saveur me donne instantanément accès au royaume du calme. 

De la musique aussi. Et de bons repas — ce soir, après une courte promenade vers l’épicerie, avec un détour par notre « petit Copenhague » (un sentier sans prétention qui nous rappelle notre dernier voyage avant le confinement): poulet en crème avec de petits légumes et des herbes du jardin, sur des pâtes fraîches — merci Ana!). Et une bière de la brasserie Maltco: la Fraichier

L’optimisme s’entretient aussi en prenant soin de nous. 

Alors fuck les fake news (ou pas) et vive les bonnes choses!

Jour 4

10h30 — Session acoustique, Tire le coyote

Il fait beau! Soleil, température idéale pour aller marcher. Hier c’était à la base de plein-air de Sainte-Foy. Aujourd’hui, probablement à Lévis.

Les nouvelles qui entourent l’état de santé du président des États-Unis sont plus invraisemblables que jamais — la confiance dans les message de la Maison Blanche est à zéro. Consternant.

J’ai lu ce matin dans l’infolettre The Optimist, publiée par le Washington Post, qu’au Japon, certains réfléchissent à une autre forme de réponse à la pandémie: aider rapidement les gens à développer un meilleur équilibre dans leur vie. 

Avec une vie plus équilibrée travail-famille-loisirs, on serait moins vulnérable aux virus: plus en santé, meilleure hygiène de vie, moins de comportement à risque. Ça ne peut pas remplacer les contraintes qu’on est forcés d’imposer actuellement, mais dans la perspective d’améliorer la résilience de la société… il ne faudrait pas négliger cette perspective.

***

L’ami Charles a commenté mon texte d’hier:

« Je te trouve étonnamment optimiste… (…) Nos démocraties sont mises à rudes épreuves. Cette pandémie est un vrai test de Civilisation. (…) je ne vois pas comment tu peux dire « On arrive peut-être enfin au bout de tout ça » ou « L’avenir est peut-être en train de s’éclaircir. Je veux le croire. » ou alors c’est de la méthode Coué. »

Je te rassure: je suis aussi inquiet, mais ni plus ni moins qu’il y a six mois ou un an. Mon optimisme tient plutôt dans le fait qu’il y a un an je ne voyais pas trop quelle tournure tout ça pouvait prendre: on était dans le noir, dans l’inconnu — sans prise sur la suite des choses. 

Et là, je me dis qu’on n’est peut-être pas si impuissants qu’on pouvait le croire. On prend conscience de la fragilité de nos gouvernements, on comprend mieux que la démocratie ne peut jamais être tenue pour acquise, que les effets pervers des iniquités et de la marginalisation sont évidents, on saisit mieux l’impact de notre nonchalance à réglementer le fonctionnement des réseaux sociaux, etc. 

On commence à mieux comprendre que les problèmes qui nous accablaient par leur nombre et leur diversité ont souvent un petit nombre de causes communes (iniquité, marginalisation, perte de confiance, etc.) — et qu’une fois qu’on les voit comme ça, on peut plus facilement les aborder autrement, et chercher/trouver des solutions.

Je suis donc inquiet, moi aussi, mais je trouve qu’on voit mieux comment on va pouvoir faire face à cette inquiétude. C’est ça qui me rend optimiste.

Je ne pense pas que ça relève de la méthode Coué — mais plutôt de la recherche d’une piste, par où commencer, pour éviter d’être paralysés devant l’ampleur des défis qu’on a devant nous.

Je suis optimiste parce que je me dis qu’après plusieurs années à avoir l’impression de reculer un peu plus chaque jour, on pourrait enfin se remettre à avancer un peu, vers quelque chose de mieux.

Jours 2 et 3

J’ai bien pris quelques notes hier, mais je n’ai pas eu le temps de les organiser. Et je me suis dit en fin de journée qu’un défi 28 jours qui a notamment pour objectif de cultiver un peu de sérénité dans un automne difficile ne devait pas devenir une source de stress. Alors voilà… avec quelques heures de retard… deux jours en un!

***

14h30 — Sonos Global pulse, Dance/Électro internationale

C’est le chaos aux États-Unis: le président est atteint de la covid, il est maintenant à l’hôpital et les informations qui en émergent sont pour le moins confuses. 

Je ne peux pas cacher que je suis fasciné par tout ça… et que je consacre probablement trop d’attention à l’affaire (mais en faisant la vaisselle, pourquoi pas?). Je sens c’est l’histoire qui s’écrit et (surtout) les conditions de l’Après qui sont en train de prendre forme.

L’avenir est peut-être en train de s’éclaircir. Je veux le croire.

Je cherche le positif dans tout ça, par-delà la dimension spectaculaire des événements, et toutes les intrigues qui les accompagnent.

Il me semble de plus en plus évident que la pandémie et la crise politique sont étroitement liées — liées par le mensonge, les contrevérités et la manipulation. Elles se nourrissent de l’ignorance et de la détresse d’une part croissante de la population (et pas qu’aux États-Unis). La pandémie oblige les manipulateurs à forcer la note encore plus qu’ils en avaient l’habitude — et ça leur explose soudainement au visage.

Je pense que la négligence avec laquelle on aborde la crise climatique depuis quelques années s’explique aussi en partie de la même façon. 

On arrive peut-être enfin au bout de tout ça. 

J’en viens à espérer que balancier va reprendre sa course dans l’autre direction dans les prochaines semaines, que la vérité va reprendre ses droits et que la morale va redevenir déterminante dans la conduite des affaires publiques. 

Et avec un peu de chance, l’invraisemblable fin de règne de Trump, servira de puissant symbole pour la société québécoise — et nous pourrons éviter de tomber dans le même piège au cours des prochaines années.

  • Éviter que trop de gens s’estiment laissés pour compte;
  • Éviter de laisser les inégalités s’accroître;
  • Éviter ne négliger l’éducation scientifique;
  • Éviter que nos partis politiques, de gauche comme de droite, sombrent dans le populisme.

Cet après-midi, je regarde par la fenêtre; j’écoute Le p’tit jardin de Manu Chao, et je me redis: 

Un jour à la fois: il faut tenir bon, voilà peut-être enfin la lumière au bout du tunnel… là-bas, encore loin, mais quand même!

Jour 1

Pour les 28 prochains jours nous vivrons un isolement plus ou moins volontaire. Le gouvernement appelle ça Le défi 28 jours: un confinement qui n’en porte pas le nom.

Le mois d’octobre sera gris, socialement exigeant, politiquement anxiogène. Il va falloir travailler fort pour voir le beau et cultiver le bon. Mais il le faut.

Dans cet esprit, je me lance un défi: écrire tous les jours un court texte pour réfléchir, le plus spontanément possible, sur cette étrange période de notre vie collective. Ce sera mon défi 28 jours à moi. 

***

7h30 — Jardins de Babylone, Pierre Flynn

Comme c’est souvent le cas, j’ai commencé la journée en parcourant les archives de mes notes personnelles. Qu’est-ce que je faisais le 1er octobre au cours des huit dernières années? DayOne rend ça tellement facile. 

Ça m’a rappelé mon état d’esprit le matin du 1er octobre 2018. C’était jour d’élection au Québec. J’avais l’humeur sombre, j’étais anxieux. Moi qui n’en ai vraiment pas l’habitude. Je n’étais pas bien. Les rumeurs de manipulation de l’élection s’était frayées un chemin jusque sur le site du Directeur général des élections. Je déplorais que le Québec était devenu une république de bananes.

Mais en fin de soirée le même jour j’étais bien, soulagé — tellement soulagé! Le Québec était libéré du Parti libéral corrompu qui nous avait pourri les dernières années. La satisfaction était quand même un peu amère: le parti dans lequel j’avais investi tellement d’énergie était presque rayé de la carte. Mais on passait enfin à autre chose! Je me suis couché optimiste.

Ça m’a rappelé qu’en démocratie aussi il y a toujours un boutte à toute… et qu’il faut faire confiance au monde. Je vais tenter de garder ce souvenir à l’esprit jusqu’au 3 novembre — et souhaiter le même soulagement (au cube!) au peuple états-unien.

Ça m’a aussi rappelé que l’espoir n’adopte pas toujours la trajectoire qu’on aurait souhaité — et qu’il est sans doute préférable de garder le cap sur les objectifs, que de trop s’attarder aux moyens si on veut rester optimiste.

P.S. En préparation à mon défi 28 jours, j’ai fait un petit tour hier soir dans les archives du Devoir sur le site de BAnQ. Au hasard, 1er octobre 1966, sur la première page, un texte coiffé d’une photo: « René Lévesque présente un noir tableau du Québec mais annonce le temps de l’espoir ».  Extrait:

« [il faut] partager ce [qu’on] a reçu au lieu de le monnayer (…) [être capable de] s’unir et de travailler en commun, au service d’une conception acceptable du bien commun, alors l’avenir du Québec pourrait être quelque chose de phénoménal. » 

Notes positives

Au moment où on s’apprête manifestement à retourner dans un confinement beaucoup plus contraignant — et où le personnel de la santé va se retrouver de nouveau sur la ligne de front — je trouve intéressant de noter les petites touches de positif qui réussissent à se frayer un chemin dans l’actualité.

Comme ceci dans Le Devoir de ce matin, sous la plume de Christophe Huss:

Ce que Marc-André Hamelin retient de ces six derniers mois est surtout une découverte que sa vie de musicien itinérant ne lui permettait pas. « Le plus grand avantage est d’avoir passé tout ce temps en famille. Bien des musiciens étaient forcés d’être seuls, car ils n’ont pas de famille. Moi, j’ai une famille. Je connais ma femme depuis 2003, et c’est de loin la plus longue période que j’ai passée avec elle depuis que je la connais. C’est un don du ciel ! »

Et ça m’a fait penser à un autre texte de Christophe Huss, aussi publié dans Le Devoir, il y a une dizaine de jours: Oui, la distanciation change le son, et les chefs doivent s’adapter.

« Je pensais à tort que le rôle du chef d’orchestre est de faire jouer des gens ensemble. Désormais, je pense que le rôle du chef est d’amener tous les musiciens à s’écouter. »

Le texte est fascinant et il avait aussi attiré mon attention pour son point de vue positif: le contexte change, on s’adapte, on découvre, on apprend. 

Au moment de sa publication, j’avais relayé le texte sur Twitter en soulignant qu’il n’y a pas que dans le domaine musical que le rôle des chefs est d’amener les gens à s’écouter — c’est nécessaire pour toutes les personnes en situation de leadership, et tout particulièrement dans les périodes difficiles.

Il ne faudra pas l’oublier dans les prochaines semaines.

Merci M. Huss pour ces deux textes. 

Photo prise au Brooklyn Museum en mai 2016.

Forger les souvenirs

Dans un texte d’opinion publié dans le Washington Post le 22 septembre, le professeur de psychologie Daniel Willingham, nous rappelle que l’attitude et les choix des adultes ont une influence directe sur ce que les enfants retiendront de la pandémie. Notre attitude déterminera largement si 2020 sera pour eux un traumatisme ou simplement une période hors de l’ordinaire, dans laquelle il y avait aussi du bon.

« I hope for less frustration at being separated from friends and more pleasure at spending time with family. These emotions and attitudes not only lead to better mood today; they are also associated with happiness in the long term. » (…)

« A memory summarizing months or years, for example, “the pandemic” or “attending Wilson High School” is not the heading of a mental file containing details of that time. It’s an isolated fact. The rich detail resides in episodes: memories of events that last hours, not months. » (…)

« My children’s memories of the pandemic will be influenced by their beliefs about this time in their lives. Those beliefs, in turn, are shaped by repeated experiences. »

En d’autres mots: la réalité est un matériau et c’est à nous, comme adultes de la forger pour permettre aux enfants de s’en faire des souvenirs plus ou moins agréables et plus ou moins utiles pour l’avenir.

***

En lisant le texte de Daniel Willingham, je me disais que tout cela était aussi vrai pour les adultes. Pour soi-même, avec nos amis, avec nos collègues, etc. 

Et pour la société en général.

Mais alors, qu’est-ce qu’on retiendra, collectivement, de cette pandémie? Ou plutôt: qu’est-ce nous choisirons d’en retenir?

Il me semble que ça devrait faire partie de nos préoccupations dès maintenant. Ça devrait faire partie de nos réflexions et être présent dans le discours de nos leaders. 

On devrait commencer tout de suite à forger la réalité de cette pandémie pour s’en faire quelque chose de positif — à moyen et à long terme.  

On pourrait par exemple se demander tout de suite qu’est-ce qu’on aimerait qui accompagne le récit de la période 2020-2022 dans les livres d’histoire?

Qu’est-ce qu’on aura appris grâce à la pandémie? Qu’est-ce qui aura été mieux après? Comment ça aura affecté positivement le cours de notre histoire?

Clarifier cela nous aiderait probablement aussi à savoir quels gestes poser, quoi privilégier, maintenant, pour passer à travers la pandémie et ne pas en sortir seulement avec de mauvais souvenirs.

Voir venir

On est allé prendre une grande marche cet après-midi sur le Sentier des grèves. Forêt, belles couleurs, fleuve, canards, kayaks, voiliers, escaliers, écureuils. Et encore des escaliers. Du grand air. Du beau temps. Du bon temps. Ça nous a fait le plus grand bien.

Ana a posé une question intéressante au début de la promenade: 

« Je me demande qu’est-ce que je pourrais faire pour me préparer à l’automne qui nous pend au bout du nez… qu’est-ce qui m’aiderait — qu’est-ce qui nous aiderait — à faire face le plus sereinement possible aux difficultés auxquelles on va sans doute devoir (encore) faire face. » 

J’ai trouvé très sage l’idée de se préparer pour les prochains mois. En effet, on n’a pas de raison de les subir passivement. À la différence du printemps, où on a été pris par surprise, cette fois on a la chance de savoir un peu à quoi s’attendre — autant en profiter. 

Mais alors quoi? 

On a parlé de fleurs. On a parlé de créativité, d’aquarelle, de musique, de lecture et d’écriture. D’activité physique aussi — retrouver notre discipline de 10000 pas par jour: reprendre nos belles grandes marches comme au printemps.

On le sait, l’automne va être difficile pour le moral: avec les nombreuses contraintes liées à la pandémie, avec le climat politique aussi — et les élections aux États-Unis — et tout simplement parce qu’il y aura moins de soleil, ce sera le retour du froid et on vivra peu de rencontres avec famille et amis, alors que ça fait normalement partie intégrante de l’automne… avant de s’encabaner .

Je pense que le plus important va être de choisir à quoi et à qui (encore plus important) on consacrera du temps. Il ne faudra pas se laisser mener par le bout du nez par la couverture médiatique et les médias sociaux. Il va falloir réussir à gérer son temps, son attention, ses émotions et maintenir une routine positive.

Il va falloir particulièrement chérir les gens qui nous font rire, celles et ceux qui trouvent moyen de rester optimistes — dans la vraie vie, dans les romans, les films, la musique…

Il va falloir réussir à prendre du recul, écrire, dialoguer.

Il va falloir s’inventer un monde.

Ce sera peut-être même la façon la plus efficace de changer le monde dans les prochains mois — pour faire en sorte que l’après soit mieux que l’avant.

Ce serait d’ailleurs bien de commencer à s’interroger par rapport à ça: quand viendra le temps de voter à nouveau — au municipal, au fédéral et au Québec — est-ce qu’on recommencera à voter comme avant, avec les mêmes critères à l’esprit? Ou est-ce que l’année 2020 nous aura amenés à aborder les choses autrement? Avec de nouvelles réflexions, de nouveaux points de repères, de nouvelles priorités?

J’ai du mal à croire que cette année de chocs n’aura rien changé. 

Ce serait trop bête…

L’essentiel optimisme

Deux mois que je n’ai pas écrit ici — le temps file! J’ai parfois l’impression que le déroulement du temps s’est transformé cette année: certaines choses vont beaucoup plus lentement, d’autres beaucoup plus vite. Le repères s’effacent… pour le meilleur et pour le pire.

Je me répète souvent qu’il faut prendre ça un jour à la fois, parce qu’il le faut… pour passer à travers — mais je tente de trouver des façons d’apprécier aussi le fait que le moment qui s’impose à nous est aussi une extraordinaire opportunité.

Beaucoup de choses qui nous semblaient immuables sont subitement remises en question. Les dogmes apparaissent sous leur vrai jour. Des idées qui semblaient farfelues il y a quelques mois suscitent l’intérêt et deviennent prometteuses. C’est stimulant.

Il faut donc se rappeler tous les jours que derrière les défis et les épreuves de la vie quotidienne en 2020 il y a heureusement aussi une grande ouverture des possibles pour (re)définir l’avenir que nous souhaitons.

J’ai entendu des gens s’apitoyer sur le sort des jeunes: « pas facile d’arriver dans le monde en 2020 ». Je pense le contraire! 

Celles et ceux qui ont autour de vingt ans aujourd’hui ont la chance de vivre le moment de la vie où les idéaux, les projets et les ambitions sont les plus grands, en plein dans un temps où la société sera plus maléable qu’elle ne l’a été depuis des décennies. Il faut qu’ils en soit conscients — et qu’ils en profitent! Ils vont vraisemblablement avoir la chance de transformer la société en fonction de leurs aspirations! De notre côté il faudra les écouter, nous laisser inspirer et les accompagner. 

Au cours des derniers mois j’ai lu From What is to What if, de Rob Hopkins — une invitation à se projeter dans un futur souhaité et à le décrire pour le rendre plus tangible, plus travaillable, plus engageant.

J’ai lu Humankind, de Rutger Bregman, qui nous fait voir que l’humain n’est pas si vilain qu’on le dit généralement — ou que les médias nous le font souvent croire. Au contraire, l’être humain est très généralement bienveillant et que c’est sur cela qu’on doit miser pour imaginer la suite du monde. 

J’ai aussi lu plusieurs textes de Roman Krznaric, comme celui-ci, qui nous amène à voir le futur autrement et à s’interroger sur le genre d’ancêtres que nous serons pour les prochains humains. Ou celui-là, qui nous invite à nous éloigner de toutes les formes de cynisme.

Je me suis aussi émerveillé de plusieurs courts textes dans différents médias — comme celui qui décrivait, dans Le Devoir, le travail de l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse: Nourrir l’espoir, ça s’apprend.

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Depuis plusieurs semaines, j’ai choisi de lire surtout de textes qui tentent de recréer des conditions favorables pour l’optimisme. Pas un optimisme béat, un optimisme qui reconnaît les défis qui se présentent à nous, mais qui sait que le pire n’est pas certain — comme le rappellent Catherine et Raphaël Larrère. Une conscience qui tente par tous les moyens d’explorer cet espace incertain avec confiance, et avec le sourire.

Je garde précieusement aussi les textes qui aident à redéfinir la manière dont on aborde nos plus grands défis — qui sont bien plus interreliés qu’on pourraient spontanément le croire. Les changements climatiques, qui sont en fait le reflet à l’échelle planétaire des injustices et des inégalités sociales, comme le rappelle Eric Holthaus. Saisir cette complexité ne devrait pas nous accabler — au contraire, elle nous permet de voir des moyens insoupçonnés d’agir sur des problèmes qu’on a trop longtemps vus s’additionnant les uns aux autres.

Pour relever les défis qu’on devra relever dans les prochaines années il va falloir de l’audace, de la cohésion, de l’engagement et de la mobilisation. C’est un mouvement collectif qui doit se mettre en marche. Et pour cela, il faut de l’optimisme. 

Les humains se serrent les coudes et travaillent ensemble lorsqu’ils croient dans un monde meilleur. C’est à nous de tracer aujourd’hui les contours de ce monde et de montrer qu’il est possible.

Écoute planifiée dans les prochains jours: un entretien de France Culture sur le thème Peut-on retrouver de la légereté?, avec le philosophe Vincent Delecroix, Blandine Rinkel, écrivaine et artiste et Hubert Reeves, qui n’a plus besoin de présentation. Une suggestion de Sébastien Provencher — merci!

Un beau désastre

J’aime les coïncidences — surtout les plus imprévisibles. 

J’ai terminé en début d’après-midi dimanche la lecture du plus récent roman de Christine Eddie — Un beau désastre. Le résumé du livre sur le site de l’éditeur présente très bien le récit. C’est un habile roman d’apprentissage avec des personnages pas banals du tout (j’aurais aimé en savoir un peu plus, trop de choses restent en suspend à la fin — il me semble que les personnages ont encore beaucoup à offrir… une suite?). C’est plein d’espoir aussi, ce qui est parfait pour cet étrange été 2020:

« Il parcourait les rues du quartier en s’étonnant de découvrir qu’il était possible, et relativement facile après tout, de changer le monde.»

À un moment du récit, Isa propose à M.-J d’aller vivre au Bouthan:

— Pourquoi? On connaît quelqu’un au Bhoutan?

— Pas encore, mais ça viendra. Regarde!

Elle prit son téléphone, joua des pouces comme une pro et lui tendit l’écran. Il le saisit et lut: Bouthan, le royaume du bonheur. Grand comme la Suisse. Sept cent cinquante mille habitants. Seul pays au monde à avoir remplacé le produit national brut par le bonheur national brut – il relut trois fois cette phrase. Santé et scolarité gratuites. Une gouvernance axée sur le bien-être des citoyens. Protection de la culture et de l’environnement.

Une économie fondée sur des valeurs spirituelles plutôt que sur l’argent…

M.-J. posa le téléphone, médusé.

– Tu es sûre que ça existe vraiment? On dirait que ça se peut pas. »

Une fois la lecture du roman terminé, je suis allé me faire un café, que j’ai bu en feuilletant Le Soleil de samedi. Et là, surprise! Section Voyage, page M39:

Bouthan — au Royaume du bonheur

« Le Bhoutan s’est aussi fait remarquer au cours des dernières années par l’instauration de l’indice du Bonheur National Brut. Selon la volonté du roi, cet indice doit primer sur le produit intérieur brut, communément appelé le PIB. Cette démarche innovante et audacieuse sert au calcul du bien-être des Bhoutanais en priorisant le développement économique et social équitable, la sauvegarde de l’environnement et la promotion du développement durable, la préservation et la promotion des valeurs culturelles et, finalement, une gouvernance responsable. »

Il va vraiment falloir que je visite ce pays dans les prochaines semaines… virtuellement, bien sûr! Du moins pour commencer!