Apparition


Aujourd’hui il y a 5 personnes qui sont arrivées sur mon blogue en écrivant dans un outil de recherche:

histoire de larocque et fils drummondville

Je trouve ça incroyable. Des voyageurs, clients de Via Rail, peut-être.

Ça m’a fait penser que j’ai pris une autre photo de l’entrepôt de Larocque et fils lors d’un récent déplacement vers Montréal. Et cette fois, je pense que je l’ai vu! Celui que j’avais cherché, en février dernier : le fils (ou le petit fils) du E disparu. Il était là, dans l’embrasure.

Comme une apparition.

Journal d’un printemps

Il s’appelait Godefroi Flegmon.

Ses amis l’avaient mis au défi. Il avait accepté. Il devrait noter pendant trente jours ses observations sur l’actualité, telle qu’elle lui était relayée par les médias. Pour quoi faire? Pour rien. Rien de prévu en tout cas.

Il devait commencer ce soir.

* * *

Extraits du journal de Godefroi Flegmon

1er avril 2012


« Ils se sont succédé à l’écran toute la soirée pour marteler ce qu’ils présentaient comme une évidence.

Une fatalité, ou presque: nous n’avons plus les moyens de se payer tous ces services publics.

— Vous les avez pourtant déjà défendus, monsieur le chroniqueur…

— Oui, mais les choses ont bien changées depuis…

Bien sûr… il fallait y penser!

La solution serait donc de moduler le prix des services en fonction des revenus de ceux qui utilisent les services. Que les plus riches paient plus cher, ce serait plus juste, a-t-il dit d’un air généreux.

Bullshit!

— Comment peut-on accepter que les riches d’Outremont (comme moi, insiste le chroniqueur) ne paient que 7$ par jours pour faire garder leur enfant alors qu’ils ont les moyens de faire des voyages deux fois par année? Il me semble qu’ils devraient payer plus cher. Ce serait plus juste…

C’est peut-être parce qu’on ne veut pas que ceux qui paient plus cher exigent des services différents des autres? ou que ceux qui ne bénéficient pas des services parce qu’ils n’ont pas d’enfants ou qu’ils ne sont pas malades ne demandent pas d’être exemptés des coûts du système de garderie, du système scolaire ou du système de santé?

Ce qui est équitable, ce n’est pas toujours ce qui apparaît plus juste au premier regard. Ce qui est équitable, ce qui est vraiment juste, c’est que tous les citoyens soient également considérés quand il est question de services publics, et, ce quel que soit leur revenu.

Un système universel — comme les garderies, les écoles et la santé — c’est quelque chose qu’on juge absolument essentiel au bon développement de la société — quelque chose qui doit rester hors de la logique de marché. C’est quelque chose qui doit être financé par les impôts — et surtout pas dans une logique d’utilisateurs payeurs. C’est quelque chose pour lequel chacun doit payer par l’entremise de l’impôt sur le revenu, et, cela, indifféremment de l’usage qu’il fait des services publics.

Mais j’ai comme l’impression que c’est de plus en plus tabou de parler de l’impôt — et de la solidarité.

Y’a peut-être des gens qui ont intérêt à ce qu’on en parle pas trop…

…des gens qui sont même prêts à payer spontanément 20$ de plus par jour pour envoyer leurs enfants à la garderie plutôt que de nous voir parler du rôle fondamental de l’imposition pour assurer la distribution de la richesse. Peut-être parce qu’ils savent que ça leur coûterait pas mal plus que 20$ par jours si on analysait tout ça plus en profondeur et qu’on se mettait à (re)parler de solidarité entre les classes sociales et entre les générations.

Je dis ça de même…

Ce serait peut-être bien qu’on fasse une petite place à un économiste-pédagogue quelque part entre toutes ces images de manifestations étudiantes pour nous aider tous à comprendre ça… pour sortir du spectaculaire et entrer un peu plus dans le véritable débat politique.

Qui sait? Peut-être demain soir… »

Taxi


La borne de taxi était sur la place. Nous étions pressés. Il fallait être boulevard Beaumarchais en 10 minutes. Nous nous sommes engouffrés dans la voiture sans remarquer qu’elle était flambant neuve. Elle sentait le cuir et ce qu’il faut pour faire briller un tableau de bord. BMW M5, je l’ai lu en sortant. Elle était bleu marine.

Ça n’avait pas été la seule surprise, puisque le chauffeur était une chauffeure — chose très rare dans la capitale. Visiblement pas une personnalité banale: peau basanée, cheveux platine, élégamment musclée. Elle avait un look qui empruntait à la fois à celui de Rihanna et à celui de Ben Jonhson.

Elle portait de bijoux dorés en abondance, de gros bracelets, une bague à diamant à chaque doigt et des lunettes de soleil Chanel. Un chapelet d’or et de perles était suspendu au rétroviseur.

Son iPhone a sonné. L’identité de l’appelant s’est affichée sur le tableau de bord. C’était Dadou. Il avait beaucoup de choses à raconter Dadou. Ses paroles emplissaient l’habitacle d’un dialecte inconnu. J’aurais aimé pouvoir intervenir, juste pour le surprendre. Les bruits que nous entendions derrière sa voix m’ont fait croire qu’il était dentiste.

Est-ce qu’un dentiste peut parler au téléphone tout en maniant la fraise?

Une usine dans le brouillard


À la lecture du texte de Didier Fessou, dans Le Soleil de dimanche dernier, on pourrait croire que c’est la faute de De Marque si l’usine Papiers White Birch a fermé ses portes. Comme si le livre numérique — encore marginal — pouvait être tenu responsable de la fermeture des usines de papier — et cela, sans égard aux choix et à la gestion immorale de leurs propriétaires ultra capitalistes. Pure démagogie.

J’ai tout de même souris en lisant le texte, parce qu’il m’a fait penser à cette photo, prise il y a quelques jours, de la porte des bureaux de De Marque, où on ne voit plus du tout l’usine de Papiers White Birch — complètement disparue dans le brouillard.

Chroniques ferroviaires — 1

Il y a M.-H. qui chronique déjà brièvement sur Facebook ses allers-retours en autocar à Montréal.

Au nombre d’allers-retours que je fais — de plus en plus souvent en train — je pense que je vais aussi entreprendre d’écrire des chroniques ferroviaires. Parce qu’il y a toujours quelque chose à raconter quand on passe trois heures dans un train — plus encore que dans un bus. Je me demande d’ailleurs pourquoi.

Ce matin, par exemple. Départ à 6h. Cinq minutes après le départ, mon voisin de gauche ronfle déjà, pendant que mon voisin de droite, de l’autre côté de l’allée pianote frénétiquement sur son ordinateur. Le temps passe, les kilomètres défilent. On nous sert un café.

Après une petite heure, mon voisin de gauche se réveille et sort quelques documents — vraisemblablement pour en prendre connaissance avant la réunion qui l’amène à se rendre à Montréal. Sans trop chercher à lire, j’observe quand même qu’il travaille en informatique pour Desjardins. Refill de café. Je regarde de l’autre côté de l’allée, et je constate sur l’écran de l’ordinateur de mon voisin de droite qu’il consulte ses comptes bancaires… sur le site transactionnel de Desjardins!

J’étais devenu interface: assis entre le concepteur du système et son usager.

J’ai pensé les présenter — mais déjà, nous arrivions en gare.

Trente-neuf


Trente-neuf ans hier.

De nouvelles lunettes demain — un nouveau visage, un regard neuf.

Un voyage en Uruguay dans la tête pour la fin de l’année.

Un printemps tranquille pour le 22 avril.

Et quoi encore?

Un peu d’exercice, bien sûr, parce qu’il faut garder en forme! Il faut durer — il y a tant à lire, tant à voir, tant à dire, tant à écrire, et tant à faire! Pas de niaisage: la santé! — on me l’a rappelé!

Trente-neuf ans.

L’an prochain, j’aurai l’âge que mon père avait quand je suis né.

C’est dire tout ce qu’il me reste à accomplir…

Présence


J’ai d’abord pensé, comme vous, que cette lumière révélait une présence.

Puis j’ai douté.

C’était peut-être plutôt un oubli — quelqu’un parti en laissant la lumière allumée? Une femme qui prévoyait rentrer à la maison en fin de soirée mais qui tombée en amour avec un aventurier rencontré à la terrasse d’un café — partie avec lui sur un coup de tête pour un safari au Kenya?

Je me suis faufilé dans le hall l’immeuble pour noter son nom et son adresse complète.

Quelqu’un qui laisse ainsi allumée la lumière de son appartement n’a certainement pas une vie banale.

J’aimerais lui écrire.

Mise en scène


Au coin de la rue. Au pied de la poubelle. Mais ce ne pouvait pas être un hasard. Ce devait être une mise en scène.

Une scène de crime? Une scène de ménage? Une scène de théâtre?

J’ai pensé à Frédéric Dubois. Aux Fonds de tiroirs.

Vive impression que rien n’avait été laissé au hasard: cette tête de mannequin, cette perruque, ces supports, cette bouteille (pleine, de quoi?), cet aérosol, cette brosse, cette banane. Et le reste. Une scène: assurément.

Il y avait là un message — quelque chose qui nous échappait, mais qui nous atteignait quand même.

L’impression de quelque chose de dramatique.

La vie. La ville. Trop vite.

hic et nunc

B. comme bouton

Noirs. Quatre à l’extrémité de chaque manche du veston. Invisibles pour qui le porte. Les boutons.

Ils s’étaient posés sur le comptoir au moment de récupérer les cartes d’embarquement, sur les accoudoirs de l’avion, sur les tables des restaurants que j’avais fréquentés. Ils avaient fait chaque fois un bruit imperceptible pour celui qui ne cherche pas à l’entendre. La musique subtile des vêtements. L’usure de leur surface pouvait témoigner de mon parcours dans la ville, de mes rencontres et de mes habitudes. On avait probablement déjà résolu un crime en trouvant un indice caché dans le trou d’un bouton, sur la manche du veston d’un suspect. L’histoire restait peut-être à écrire.

Le fil qui retenait celui-là s’est progressivement distendu et j’ai dû me résigner à le couper, hier soir, de peur de le perdre. Je l’avais mis dans ma poche, avec les quelques centimes qu’il me restait.

Il a fallu que je le dépose ce matin dans un panier au moment de passer la sécurité pour que l’enchantement opère et qu’il me transporte il y a presque cinq ans, à Paris, sur le parvis de l’école, rue de Dijon, au moment où B. s’apprêtait à partir en classe de neige — dans les Alpes — avec sa classe. Elle avait le coeur gros au moment de la séparation. Je lui avais offert un tout petit dé à six faces. Surprise, elle l’avait mis dans la poche de son manteau en souriant et c’est en le tapotant discrètement du bout de ses doigts qu’elle était restée en contact avec moi pendant dix jours, rassurée. J’étais avec elle, même à l’autre bout de la France.

J’avais pris pour elle la forme d’un dé et voilà qu’elle se présentait à moi sous la forme d’un bouton. Une belle complicité.

J’ai remis la monnaie dans ma poche et j’ai gardé le bouton au creux de ma main en souriant à l’agent de sécurité.

— Pour Montréal? c’est par là monsieur.

— Je sais, merci!

Lire sur le sol


Je n’avais jamais remarqué avant aujourd’hui ces écritures sur le plancher du métro.

Il y en avait pourtant dans les trois rames du métro que j’ai pris aujourd’hui, ligne 6. Toujours dans le premier wagon. C’est peut-être particulier.

J’y ai vu un message adressé aux voyageurs: si vous êtes à la recherche de quelqu’un, elle est ici. Personne n’y était aujourd’hui.

Petit commerce, grands espionnages? Échanges de drogue? de fric? d’information? de secret d’État?  J’ai pensé poser mes pieds sur la pointe de la flèche et attendre un signe. Pour le savoir.

Je n’ai pas osé. J’ai préféré l’imaginer.

Tout déplacement peut être romanesque.

Jour de marché

Caddy rouge, roues oscillantes — et le chien, attaché à la poignée: une vieille dame remontait le boulevard Blanqui. C’était jour de marché. Le temps était gris. Sa démarche était une invitation à la suivre. Claudicante, mais fière. J’ai eu envie de faire quelques pas avec elle.

Je me suis laissé guider par ses envies. Poireaux, accras, cantal, olives, rouget, nougat. Partout, on la saluait par son nom — avec le sourire.

À Place d’Italie, elle s’est offert un café. J’ai fait la même chose. Elle a donné un carré de sucre à son chien. J’ai croqué le mien avant de régler les deux additions en demandant au garçon de café de saluer pour moi la dame-avec-le-caddy-rouge-assise-là-bas-sur-la-terrasse en lui transmettant mes hommages pour sa dignité.

Je l’ai salué d’un sourire et j’ai quitté le café avant qu’elle ne reçoive mon message.

J’aime les jours de marché.

Ralentir


Tout va trop vite, c’est bien connu. Il faut ralentir. Il faudrait. Et pourtant, ce n’est pas facile.

Je pense que le meilleur outil pour y arriver, c’est un appareil photo. Ça force à relever le regard. Ça invite à voir les couleurs, les contrastes, à sourire devant les coïncidences, les superpositions. Ça donne le goût d’écrire.

Pas facile l’hiver, à Québec. Plus facile le printemps, à Paris.

Prendre une photo, prendre une pause, écrire.

Crânes

Il fait soleil. Un temps magnifique. Les vestons se portent à l’épaule.

Croque-monsieur. 25 cl de vin blanc. Sur une terrasse du boulevard des Maréchaux — je crois. Ding ding ding, le tramway passe. C’est bien ça!

Les crânes brillent au soleil.

Les crânes? Oui. Les crânes:

Celui de l’homme qui parle avec une auteure assise à ma droite sur la terrasse. Comment je sais que c’est une auteure? Avec une telle présence, je n’imagine pas qu’elle puisse ne pas l’être.

Celui de l’homme assis un peu plus loin aussi, qui arbore une moustache incroyable, très noire et très fournie — comme on ne peut en voir que dans un salon du livre ou tard le soir dans un vieux pub anglais.

Et surtout sur celui de cette jeune femme de la table d’à côté, dont l’intrigante beauté attire tous les regards. Elle parle livre numérique, avec un journaliste, je crois.

Le réveil sonne. Il est 8h.

Saut du lit. À la douche! J’ai rendez-vous dans une heure.

Trois chauves à mes côtés, sur une toute petite terrasse — dans un rêve. Symbolique: il faut cesser de couper les cheveux en quatre — le temps presse!

24 poses féministes


Au hasard des déplacements d’une semaine de vacances, j’avais entendu à la radio une discussion sur le projet 24 poses féministes. J’avais aussi lu certains articles du dossier que Le Devoir y a consacré.

Une image m’avait particulièrement frappé (à la radio!) — celle des cubes de glace, proposée par Queen Ka pour illustrer le mot égale.

C’est ici…

Ça me semble une puissante métaphore de l’écart parfois très grand entre nos intentions et la réalité — aux plans personnel et collectif. Vrai dans une perspective féministe, mais aussi, beaucoup plus largement pour de nombreux programmes sociaux.

Pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

Le quotidien Le Monde a mis en ligne dans les derniers jours une remarquable vidéo qui explique pourquoi l’économie de la culture ne suit pas les mêmes règles que d’autre secteurs de l’économie:

La parabole des Tuileries ou pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

C’est une vidéo qu’il me semble indispensable de faire circuler en cette ère du tout à l’économie de marché.

Vivement des politiques culturelles progressistes et des interventions de l’État décomplexées dans le domaine de la culture!

Et, tiens, je pense que je vais relire l’excellent Passion et désenchantement du ministre Lapalme dans l’avion vers le Salon du livre de Paris, la semaine prochaine — ça me (re)mettra dans le bon état d’esprit!